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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 14:30

Le terrorisme a été le lot quotidien de ceux et de celles qui vivaient en Algérie dans les années 50 et au début des 60. Bien à l'abri des banquettes du Café de Flore, Simone de Beauvoir pouvait alors disserter à son aise sur la culpabilité ou non d'une jeune algéroise, accusée d'avoir déposée une bombe à la terrasse d'une brasserie proche de l'Université. Et surtout sur les horribles tortures auxquelles fut soumise Djamila Boupacha pour la contraindre à avouer. Un médiocre téléfilm est diffusé ce soir pour illustrer ces tragiques événements. On disait alors, c'est un grand classique:"que voulez-vous, c'est la guerre, une guerre d'indépendance, il y a toujours des victimes innocentes! Notre Résistance agissait de la même manière et pourtant sa légitimité ne pouvait  être contestée..."

A la fin de cette guerre sans nom, des militaires français félons alliés à des fascistes notoires utilisèrent le désespoir de milliers de leurs compatriotes, qu'on appelera bientôt Pieds-Noirs, pour faire exploser des bâtiments publics et tuer tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Des Algériens, des Français "libéraux", des centaines de femmes en haïk blanc, des préparateurs en pharmacie  portant leur fez sur la tête. Que voulez-vous, disait l'OAS, c'est la loi du talion. Les Européens d'Algérie ne veulent pas se résigner à tout perdre sans combattre. Avant de s'embarquer pour une patrie parfois inconnue, ils font le ménage, à leur manière.

Les attentats, de toute manière ce n'est pas de la littérature. Ce sont des morts et beaucoup de sang, bien sûr. Mais ce sont aussi des bras et des jambes  arrachés et les hurlements inhumains des blessés. J'ai personnellement vécu toute cette période de près. Et j'ai même été un gibier chassé par les tueurs de l'OAS.

Dans toutes ces affaires, une organisation guidait la main du terrorisme. Pour se débarrasser du joug colonial dans un cas, pour servir une cause désespérée dans l'autre.

Mais dans ce qui se passe aujourd'hui à Montauban ou à Toulouse, il n'y a apparemment pas de cause à servir, pas d'organisation à laquelle obéir, pas de compagnons d'armes. Quel fil conducteur relie des élèves d'une école israêlite à des paras en uniforme? Le tireur solitaire, imperturbable, froid, déterminé, assoiffé de mort et de sang, serait raciste (origine ethnique des soldats) et anti-sémite. Mais on n'est vraiment sûr de rien. Et cette absence de réponse à notre interrogation est particulièrement insupportable, comme la lecture d'un terrible roman noir encore en quête d'auteur.

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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