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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 11:18

L'Empire ottoman a laissé son empreinte dans le bassin méditerranéen. De l'Afrique du Nord à l'Egypte, de la Grèce aux pays slaves du sud de l'Europe. Et, naturellement, dans ce qui fut le Moyen-Orient des Califats dont les nouveaux maîtres turcs revendiquaient d'ailleurs l'héritage. Une richesse culturelle et gastronomique est toujours vivace. Survivant à une occupation qui fut mieux vécue dans les pays musulmans que dans les chrétiens des différentes églises orthodoxes.

L'empire et ses soldats n'étaient pas tendres, maniant facilement le gourdin ou, plus souvent, le sabre. Mais il avait aussi souvent recours aux manoeuvres habiles avec des chefs locaux, tissant avec eux des alliances civiles et militaires non contraigantes.

La révolution de Mustapha Kémal triompha dans un monde ottoman en pleine décadence. Il fut à la fois l'homme des Lumières du XVIIIe français et le rénovateur musclé d'une armée en quête d'un nouveau guide. Le kémalisme allait en effet tout changer. Même l'alphabet. L'Arabe fut banni au bénéfice du latin. L'ambitieux projet visait à faire de la vieille Turquie ottomane une nation moderne, occidentale. On abandonna le fez pour le chapeau ou la casquette, le sarouel pour le costume à l'anglaise, la djellaba pour la chemise à col. En somme le kémalisme désislamisa le pays pour transformer l'empire des sultans en république laïque.

Près d'un siècle plus tard, Atatürk demeure statufié dans villes et villages, son portrait en grand format pend sur les murs de tous les bâtiments officiels. Il est vénéré comme le père de la patrie moderne.

Brutalité et pédagogie ont imposé ce visage nouveau à un vieux pays, usé par le despotisme et l'incompétence.

Personne n'ose remettre en doute ces fondements. D'ailleurs c'est l'armée qui veille sur le respect du nouveau Temple. En un temps relativement récent elle n'hésitait pas à intervenir pour rappeler les civils à l'ordre, à sa manière.

Vraiment personne ? Depuis la victoire électorale des islamistes de Recep Tayyip Erdogan (Parti pour le justice et le développement), la religion a fait un retour insidieux mais réel. Premier ministre depuis dix ans, Erdogan impose son point de vue, chaque jour plus autoritaire. Il s'appuie largement sur un monde rural, ses notables locaux ventrus et des religieux ignorants et secrétement revanchards. Certains parlent déjà de dictature. Vont-ils trop vite en besogne? Des faits corroborent pourtant leurs craintes. Par touches successives mais déterminées, le chef islamiste en costume/cravate, très propre sur lui, a changé toute l'administration civile et, il y a trois ans, il a liquidé tout l'Etat- Major militaire, puissance tutélaire du kémalisme.

Mais il semble aujourd'hui que le coup d'arrêt à ce projet réactionnaire va venir de la société civile. A Istamboul les citoyens paraissent avoir remporté ce soir une importante bataille, après deux jours de manifestations de plus en plus imposantes. Le pouvoir a dû se résoudre à retirer des forces de sécurité particulièrement brutales, déployées pour défendre un projet aberrant du point de vue écologique. Et sentant la corruption à plein nez.

Peut-être que la Turquie est à un nouveau tournant de son histoire?

 

Antoine Blanca

 

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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