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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 14:19

Ce n'est pas l'actualité littéraire qui inspire cet article. Romancier de talent, Mario Vargas Llosa n'a rien produit de significatif depuis longtemps.

Ce ne sont pas non plus ses chroniques hebdomadaires dans la presse de langue espagnole. La plupart d'entre elles sont d'une banalité insupportable.

Mon article n'est pas davantage lié au prochain voyage que je dois effectuer au Pérou, pays de naissance de l'écrivain dont il est question. Vargas Llosa n'y met le pied que de manière très occasionnelle, lui préférant l'Europe, l'Espagne plus précisément, depuis plus de vingt ans.

En vérité c'est l'homme politique qu'il voudrait être qui vient torturer ma plume. Et l'ampleur de ses reniements successifs qui justifie que je la trempe dans le vitriol dès que je vois son nom  imprimé dans la presse. Rappelons un peu son histoire.

Jeune homme de gauche, un long moment révolutionnaire universitaire (puis de salon), il s'attaquait  alors avec talent aux castes civiles et militaires qui dévalorisaient son pays et ses hommes, maniait l'humour et l'autodérision avec dextérité et justesse, dénonçait sans lourdeur, mais avec un esprit créatif, les pesanteurs de l'impérialisme yankee...

Tout changea avec l'attribution du prix Nobel de littérature à son ami et complice Gabriel Garcia Màrquez. La rupture fut brutale. Gabriel, il n'en doutait pas un instant, lui avait volé un prix qui lui était dû. Il alla jusqu'à attaquer le vieux copain, dans un couloir d'un hôtel mexicain, à coups de poing, par surprise, tel  un gamin jaloux dans une cour de récré.

Et puisque Gabriel professe des idées de gauche, Mario devint la voix et la plume de la droite. Puisque le Colombien sympathise avec les projets économiques socialistes, il se transforma en champion du libéralisme économique le plus intransigeant.

Et puisque "el Gabo" était demeuré l'ami de Fidel, il devint son pourfendeur le plus virulent.

D'où mon article de ce jour: Vargas vient en effet de réunir, péniblement, d'ailleurs, une grosse vingtaine de signatures d'intellectuels espagnols et latinos pour condamner "la plus longue dictature de l'Amérique latine". On devine à laquelle ils prétendent se référer...Pas un mot, bien entendu, sur l'embargo criminel, imposé unilatéralement par un puissant voisin, pas un mot sur les prisonniers politiques cubains aux Etats-Unis, pas un mot pour reconnaître les succès de Cuba dans les domaines culturels, de recherche scientifique et de développement culturel. Ils sont pourtant l'honneur de l'Amérique latine tout entière.

Le Péruvien, (l'Espagnol, devrais-je dire désormais), intimément lié aux puissants de l'exil cubain de Miami (dont il se fait le porte-parole empressé), exprimerait davantage le fond de sa pensée en disant clairement son espoir de voir le grande île caraïbe redevenir ce qu'elle était avant la victoire des révolutionnaires: un gigantesque casino ouvert à tous les vices du jeu et du stupre, un bordel offrant des services à toutes les catégories de perversité, un paradis pour trafiquants et mafieux. Las Végas, mais avec la seule loi du milieu pour système judiciaire. Car c'est là l'unique version de la "démocratie" qu'a connue le peuple cubain avant le 1er janvier 1959.

Pauvre Vargas Llosa qui se trompe toujours en matière politique: sa tentative de devenir Président, avec un appui multi-millionnaire en dollars de toute origine, s'était soldée par l'installation solide de Fujimori au pouvoir à Lima. Certes, nul n'est prophète en son pays. Mais lui ne l'est nulle part. Il ferait bien de se remettre à écrire des romans. C'est ce qu'il fait de mieux.

 

Antoine Blanca

note de l'auteur:

Vargas Llosa avait consacré un long papier, publié par la revue péruvienne "Caretas", à critiquer la gauche française en général et le Président Mitterrand en particulier, pour leur conception "étatique de l'économie" et leur répugnance à se plier à la puissance souveraine du "marché". Je lui répondis longuemen, la semaine suivante, dans la même revue (je représentais alors la France à Lima). J'en profitais pour le défier: accepterait-il un débat public, dans un cadre universitaire par exemple, sur les thèmes évoqués. Mario ne me répondit jamais...

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