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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 10:02

Le deuxième débat entre les 6 candidats à la prochaine primaire citoyenne voulue par le PS, s'est transformée en une démonstration de compétence sur tous les sujets venus en discussion. Comme les échanges, sans être vifs, ont été cette fois plus vigoureux, les différences mieux établies, la presse se dit satisfaite. Entre le devoir de retenue, indispensable dans la perspective du combat qui devra bientôt être mené en commun, et la nécessité de répondre à l'attente de journalistes et de téléspectateurs (ou d'auditeurs) friands de confrontations musclées, la voie est étroite. Et dangereuse.

Pour ma part j'ai trouvé les échanges de qualité. Instructifs même sur nombre de sujets. Un peu trop destiné aux initiés de l'économie et du social dans une première partie, le débat a trouvé un bon rythme par la suite. En tout cas notre intérêt a été retenu jusqu'à la fin. Je pense aussi que les électeurs (si l'on en exclut les inconditionnels de la droite), auront été rassurés: les socialistes sont bien préparés à prendre la relève d'un pouvoir qui perd, un à un, tous ses repères, embourbé qu'il est dans les contradictions d'un chef aux caprices aussi nombreux qu'imprévisibles.

Les commentaires qu'on entend autour de nous sur l'émission d'hier sont presque tous positifs. Il est même possible que le témoignage télévisuel de la diversité d'idées des participants, tout comme la variété de caractère de ceux et de celles qui les portent, puisse se convertir en avantage.

Mon grand regret demeure le même que celui souligné après le premier débat: quid de la politique extérieure? Les animateurs de l'émission ne poussent pas leurs interlocuteurs à s'exprimer sur le sujet. Et les intéressés paraissent ravis de ne pas être interpellés sur les nombreux thèmes qui font l'actualité et sont motifs d'inquiétude pour l'avenir. On peut encore espérer en la séance de rattrapage du 5 octobre...Sans trop d'illusions: les medias estimant que cela n'intéresse que médiocrement l'auditoire, et les candidats, que certaines questions sont potentiellement explosives.

Antoine Blanca

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 09:18

La coïncidence n'est pas passée inaperçue des Espagnols: le Président du gouvernement, José-Luis Rodriguez Zapatero, a annoncé le 26 septembre la dissolution des deux chambres (Congrès des députés et Sénat) et fixé la date des élections générales au dimanche 20 novembre 2011, anticipées de quatre mois par conséquent.

20 novembre, date marquante dans l'histoire de l'Espagne moderne.

20 novembre 1936, d'abord. Premiers mois de la guerre déclenchée par la rebellion militaire que va diriger le général Francisco Franco. Le parti fasciste espagnol, la Phalange, a pour chef charismatique un jeune aristocrate, marquis de Estella (Navarre), José Antonio Primo de Rivera. Quand éclatent le coup d'Etat, et la guerre, il a la malchance de se trouver emprisonné (pour possession illégale d'armes) à Alicante, ville fidèle à la République. Il est  promptement condamné à mort (conspiration et rebellion militaire) et fusillé.

Le 20 novembre 1936...Une erreur stratégique du gouvernement de la République, car il n'est pas douteux que José Antonio, avec ses escouades phalangistes soutenues par Mussolini, se serait opposé à Franco, à son conservatisme social et à son archaïsme militaire. D'ailleurs son successeur, Manuel Hedilla, sera condamné à mort par la dictature, laquelle put alors utiliser sans restriction ni pudeur, la figure outrageusement idéalisée du fondateur du fascisme espagnol, transformé en saint et martyr de l'iconographie du régime...

L'autre 20 novembre historique: la mort du Caudillo, le général Francisco Franco, en 1975, au terme d'une interminable agonie. Après la chute du salazarisme au Portugal, le 25 avril 1974, la dernière dictature d'Europe occidentale n'allait pas tarder à disparaître.

On voit bien que les électeurs espagnols iront aux urnes, le 20 novembre, avec la mémoire de ce récent et douloureux passé ressucité par le calendrier, un jour de libre expression démocratique. En dépit des incertitudes de la crise, ils pourront mesurer le chemin parcouru dans le bon sens, celui de la non-violence et de la liberté individuelle.

Antoine Blanca

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 10:35

Dans la manifestation de notre solidarité vis à vis des révoltés du monde arabophone, il y a eu beaucoup d'artifice, un évident et coupable retard à l'allumage et beaucoup de prudence dans la phase actuelle de tentative de reconstruction des Etats concernés. Tant en Egypte qu'en Tunisie, nos gouvenements avaient pratiqué, jusqu'au bout, la politique de l'autruche. Ils s'étaient même commodément installés dans une bienveillante indifférence vis-à-vis des tyrannies en place, forts d'un alibi très convenable: des régimes durs, même outrageusement corrompus, nous protégeaient du terrorisme islamiste d'Al Qaïda et consorts. Ils protégeaient aussi, soit dit en passant, nos braves touristes aux brioches suantes et débordantes sur des shorts crasseux. Les destinations n'étaient pas chères, le soleil était au rendez-vous et on se sentait en sécurité.

Il a fallu beaucoup de manifs, des multitudes d'hommes et de femmes en colère qui affrontaient la mort, semaine après semaine, pour que la conscience démocratique de nos gouvernements émerge de leur inertie embarrassée. Les services dits d'intelligence, trop englués dans leurs compromissions avec leurs homologues locaux, n'avaient apparemment rien vu venir. Le feu couvait déjà, pourtant, quand Sarkozy plaçait Bachar el Assad à sa droite pour présider notre défilé du 14 juillet, et multipliait les caresses sur le dos burnoussé du capricieux mégalomane Kadhafi, en visite à Paris.

Aujourd'hui on peut comprendre que l'on soit attentif aux contrats potentiels avec la Libye de demain. Il y aura de la concurrence et il vaut mieux se placer aux premiers rangs. En espérant que le pays ne sombre pas dans un chaos propice à l'instauration d'un nouveau despotisme. En Egypte la mise en place d'un pouvoir démocratique civil est sans cesse retardée. Les Frères musulmans et l'Armée détiennent toujours, nous dit-on, la clé de l'avenir. Voilà une réalité peu rassurante. Il n'y aura pas davantage de démocratie en Syrie dans un proche avenir, pas plus qu'en Jordanie dont la monarchie est singulièrement affaiblie. Mon meilleur espoir est encore placé en Tunisie dont la jeunesse, les femmes et les intellectuels demeurent mobilisés face à des "barbus" tenus en respect.

Alors, demandons aux gouvernements occidentaux de demeurer solidaires des mouvements libérateurs et vigilants contre ceux qui veulent les abattre. Baisser la garde serait une erreur. Une faute, même, sans doute.

Antoine Blanca

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 10:18

Triste nuit pour la droite française. Et pourtant la victoire de la gauche aux élections sénétoriales relevait de la logique démocratique et n'aurait pas dû surprendre. Mais le président de la Chambre haute, M.Larcher, était néanmoins parvenu à convaincre l'Elysée et les barons de l'UMP que, si la poussée de la gauche était inévitable, elle n'irait pas jusqu'à lui donner la victoire. Les grands électeurs se sont chargés de détromper une droite qui voulait se rassurer à tout prix, fut-ce par la pratique de  l'auto-suggestion...

Ce sont les grands électeurs, plus sensibles à leur environnement politique, social et judiciaire que Gérard Larcher et ses soutiens ne le pensaient, qui ont corrigé dans les urnes les étrangetés d'un système électoral qui est rareté républicaine, établi et calibré pour mettre le conservatisme à l'abri de toute mauvaise surprise. Ce que Lionel Jospin, alors Premier Ministre, qualifiait d'anomalie démocratique. Cette anomalie a malgré tout joué hier 25 septembre: ce qui aurait pu être un triomphe écrasant, a finalement été une victoire sur le fil. Après avoir gagné haut la main les municipales, les départementales et les régionales (21 régions sur 22 en métropole), la gauche aurait, dans une démocratie ordinaire, dû compter sur 60% d'élus dans une Assemblée censée être la représentation des collectivités locales et territoriales. Tel n'es pas le cas, nous le savons.

Battu malgré sa campagne gastronomique sur-dimensionnée en son splendide Hôtel présidentiel du Luxembourg (deux petit-déjeuners et deux déjeuners en moyenne, trois jours par semaine, offerts à des commensaux bien ciblés, à la meilleure table de Paris), M.Larcher est pourtant candidat à sa réélection. Toute honte bue, il espère pouvoir détourner quelques parlementaires de leur devoir vis-à-vis de leurs électeurs. Ce ne sera sans doute pas le cas, mais l'intention est là, infamante.

Antoine Blanca

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 10:13

La nouvelle est pratiquement passée inaperçue en France: les députés brésiliens ont décidé, à l'unanimité, de créer une "Commission de la Vérité" afin de tout savoir sur les crimes commis par la dictature militaire (1964-1985). Même si, avant d'être promulguée, elle devra être approuvée par le Sénat et par la Présidente Dilma Rousseff, son adoption définitive ne fait aucun doute.

Comme chacun le sait, le coup d'Etat déclenché par les forces armées le 31 mars 1964 avait ouvert la voie à "l'opération Condor", décidée à Washington et suivie par la CIA, opération qui avait pour but de coordonner la répression militaire dans le Cône sud (Argentine, Bolivie, Chili, Paraguay et Uruguay). En mars 1976, après la prise institutionnelle du pouvoir  par les Forces armées argentines, tout était en place dans la sous-région. Aussi la victoire électorale de l'Unité populaire au Chili (septembre 1970) détonnait-elle dans un contexte pareil. Pinochet et les siens agirent en plein accord avec ce fameux plan qui encourageait l'utilisation des méthodes les plus brutales, les plus définitives, contre "l'ennemi de l'intérieur". La première école pour tortionnaires fut ouverte au Brésil, au lendemain de l'installation de la dictature. On l'appelait, familièrement, La Sorbonne et recevait volontiers des élèves venus des dictatures-soeurs.

La démocratie brésilienne a beaucoup tardé avant d'approuver le projet de loi, mercredi dernier (à l'aube du jeudi en France), par crainte d'une réaction hostile des militaires avec lesquels le retour à la normalité républicaine avait été négocié. Aussi la nouvelle loi spécifie-t-elle ne pas remettre en cause la loi d'Amnistie générale qui excluait toute poursuite pour les faits intervenus pendant la dictature. Elle spécifie aussi que les enquêtes concerneront aussi les crimes commis en dehors du pays, dans le cadre de l'opération Condor.

La Commission comptera sept membres nommés par la Présidente Dilma Rousseff. Les membres du pouvoir exécutif et les anciens militants qui luttèrent contre la dictature ne peuvent en faire partie. La Commission pourra cependant avoir accès à toutes les archives classées "secret Défense", et accepter des dossiers remis sous condition d'anonymat par des citoyens brésiliens ou étrangers.

En bref il s'agit de tout savoir sur une douloureuse question qui ronge, depuis près d'un demi-siècle, le coeur de beaucoup de citoyens et de familles, sans pour autant ouvrir de nouveaux procès devant la justice.

Antoine Blanca

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 09:59

Toujours à la recherche d'une tribune internationale susceptible de redorer son blason, bien terni dans l'hexagone, notre Président vient de jeter son dévolu sur l'Assemblée générale de l'ONU, réunie comme toujours au début de l'automne. Cette fois le grand sujet de discussion est, naturellement, la demande de reconnaissance de Ramallah comme Etat de plein droit. Or cette perspective est d'ores et déjà condamnée à l'échec par la décision de Washington d'opposer son veto à la demande de l'Autorité palestinienne. Le débat pourra plus ou moins se prolonger au Conseil de Sécurité, mais le résultat négatif est connu à l'avance.

Reste le recours à l'Assemblée générale où le projet de résolution est assurée de rassembler une large majorité de délégations. Mais dans ce cas les Palestiniens ne peuvent aspirer, au mieux, qu'à un statut de membre observateur. Comme c'est le cas actuellement pour le Vatican. M.Sarkozy a présenté une proposition en ce sens que ses aboyeurs habituels, appuyés par quelques organes de presse français complaisants ou ignorants, se sont empressés de présenter comme une tentative de médiation. En  fait tout cela est aussi nouveau que la découverte de l'eau chaude. La possibilité d'une solution de repli sur ce type de statut, ses avantages et ses insuffisances, sont examinés et discutés par Ramallah depuis de semaines. Les pays arabes en parlent depuis longtemps tout comme Brasilia ou Pékin, Moscou ou Prétoria. Entre autres.

Alors, dans la salle des pas perdus de l'ONU tout le monde commente, en souriant, le ton solemnel de notre Chef de l'Etat pour proposer une solution, un schéma de sortie de crise que la moindre sténographe de l'organisation connaissait depuis la fin du mois d'août. C'était d'ailleurs la seule envisageable. En l'occurrence notre Einstein méconnu de la diplomatie est présenté à la Cafétéria comme un spécialiste de défonçage de portes ouvertes.

Antoine Blanca

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 16:36

Je n'ai heureusement jamais assisté à une exécution capitale, mais le récit de cette tragédie, ou même son annonce, me plonge dans un état de tristesse profonde, me donne un sentiment d'impuissance proche de la détresse. Pourquoi? Peut-être parce que ma famille et ses compagnons d'exil, tous réfugiés politiques espagnols, parlaient devant moi, quand j'étais enfant, de camarades ou de parents républicains qui venaient d'être passés  par les armes ou qui allaient l'être. Après la Victoire de 1945 les "Actualités Gaumont" diffusaient à profusion des images saisies dans les archives nazies montrant des pelotons d'exécution et les suppliciés. Dans une autre circonstance je revois encore avec précision la mort de Pierre Laval. Je savais qu'il n'était pas des nôtres, mais mon émotion fut grande, néanmoins, J'étais allé voir "le dernier des fédérés", film de cow-boys,  au Bijou Ciné du village, et on me servait des images de guerre en première partie...

A peine adolescent deux mises à mort me frappèrent particulièrement. Celle de William Mac Gee d'abord, un noir d'Atlanta, grillé sur la chaise électrique parce qu'une dame blanche avait buté sur lui au détour d'une rue, la nuit. Elle eut honte d'avoir hurlé sans raison. On condamna le black pour tentative de viol. Deux ans après l'exécution de son "agresseur" elle reconnut son mensonge, convaincue de le faire par son pasteur. L'autre eut pour cadre le pénitencier californien de San Quentin. Caryl Chessman n'avait tué personne mais avait été convaincu de vol, viol et enlèvement. Lui était blanc. Un voyou. Mais dans sa cellule il se mit à écrire et ses livres devinrent des best-sellers internationaux. J'avais lu ses quatre récits, qui m'avaient passionné, quand j'appris son supplice, dans la chambre à gaz, en avril 1960.(1)On avait condamné une petite frappe, on exécutait un érudit.

C'est assez dire que ce qui vient de se passer à Atlanta m'a profondément choqué. Troy Davis avait passé vingt ans dans le couloir de la mort et, sans doute, était-il innocent. Les Etats-Unis sont, avec le Japon, la dernière démocratie à pratiquer la peine de mort dans 34 des 50 Etats de l'Union. Pendant dix ans, de 1967 à 1977 un moratoire (2) avait été décrété au niveau fédéral. Puis les exécutions reprirent, fréquentes dans certains Etats comme le Texas. Bien entendu je sais que des pays totalitaires ont pratiqué, ou pratiquent toujours la peine capitale. Staline mettait à mort des innocents qui lui déplaisaient sans aucune médiatisation. Les Américains, en donnant la possibilité au condamné de faire des appels met le tragique événement à la UNE pendant des mois, des années. Une torture supplémentaire à mes yeux.

Antoine Blanca

1- On doit retrouver ses quatre ouvrages dans les bibliothèques: cellule 2455, couloir de la mort (1954), A travers les barreaux (1955), Face à la justice (1957) et Fils de la haine (1960), l'année de sa mise à mort. Il avait 38 ans.

(2) Le moratoire intervint en vertu du VIIIe Amendement de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique.

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 09:35

Les événements se sont accumulés ces dernières semaines, que ce soit devant les tribunaux, les instructions judiciaires ou qu'ils aient été rapportés par la presse, événements qui font dire au Français moyen: "tous pourris!". Des écrivains et des philosophes entreprennent alors de disserter sur le vieux thème: l'éthique peut-elle vraiment rimer avec politique? Platon, il est vrai les avait précédés dans la réflexion. Nous n'allons pas aujourd'hui nous aventurer dans les méandres du monde antique: l'actualité nous donne, à suffisance, matière à nourrir ce débat. L'affaire des mallettes, par exemple, permet de traiter des thèmes aussi délicats que le financement illégal des partis, celui des campagnes électorales, le sens moral des "bienfaiteurs", des bénéficiaires et, il faut le rappeler, des transporteurs même quand ils deviennent délateurs.

Voilà de quoi écoeurer le citoyen. d'autant que les partis représentatifs, tout comme les campagnes électorales, bénéficient d'un financement officiel depuis plus d'un quart de siècle. Les dollars provenant d'Afrique occidentale ou d'un pays asiatique dégagent une forte odeur d'argent sale. Il reste, bien entendu, à apporter les preuves étayant des témoignages. Mais si la justice procède avec la même lenteur que pour les emplois "présumés fictifs" de la Mairie chiraquienne de Paris (les autres affaires ont déjà été enterrées), ce n'est pas demain que nous saurons la vérité.

Mon propos est pourtant d'aller à contre-courant de l'idée facilement répandue que monde politique et honnêteté ne font pas bon ménage. Je souhaite au contraire rappeler l'existence, en France, de 36000 communes, avec leurs maires, leurs adjoints et des centaines de milliers de conseillers. Avec les associations bénévoles locales ce petit monde réalise, avec un extraordinaire dévouement, un respectable travail  d'animation pour redonner vie, force et vigueur à nos provinces et, en particulier, au monde rural hier encore au bord du désarroi. La grande majorité des parlementaires, des élus départementaux et régionaux sont des hommes et des femmes généreux de leur temps, et honnêtes. Soyons exigeants avec ceux qui nous représentent, mais évitons d'être globalement injustes.

Pour revenir au coeur du sujet de cet article, je voudrais partager avec vous la pensée du philosophe et (dirait-on aujourd'hui) politologue espagnol José Ortega y Gasset (1) rapportée par le romancier et essayiste Javier Cercas (2): L'homme politique exceptionnel n'est pas un homme éthiquement irréprochable...Chez lui, certaines qualités considérées in abstracto comme des vertus  cohabitent avec des qualités généralement considérées comme des défauts...J'énumère quelques vertus: l'intelligence naturelle, le courage, la sérénité, la poigne, l'astuce, la résistance, la vigueur des instincts, la capacité de concilier l'inconciliable...(et les défauts) l'impulsivité, l'inquiétude constante, le manque de scrupules, le talent pour la tromperie, l'absence de raffinement...Le pur homme politique est le contraire d'un idéologue, mais il n'est pas qu'un homme d'action...

A chacun, selon ses convictions et ses amours, de reconnaître les siens.

Antoine Blanca

1- Ortega y Gasset est, avec Miguel de Unamuno, le plus éminent universitaire, philosophe et chroniqueur de ce qu'on a appelé en Espagne " génération de 98". En 1898, en effet, la perte des deux dernières possessions outre-océans, généra dans la péninsule un grand mouvement intellectuel, particulièrement créatif d'interrogation et de vérité sur une nouvelle et douloureuse réalité. La grandeur de l'Espagne avait rétréci.

2- Javier Cercas a été traduit en Français chez Actes Sud. En particulier Les soldats de Salamine (guerre d'Espagne) et Anatomie d'un instant, meilleur compte rendu et analyse de la dernière tentative de coup militare en Europe occidentale, le 23 février 1981 dans l'Espagne post-franquiste.

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 12:17

Aujourd'hui, 20 septembre, le Conseil de Sécurité de l'ONU doit débattre de la demande déposée par l'autorité palestinienne en vue de la reconnaissance de cette dernière comme Etat membre de plein droit. Violente opposition du gouvernement de Tel Aviv enfermé dans la défensive agressive qui lui est habituelle. Il a pourtant atteint d'ores et déjà son premier objectif en contraignant Washington, dont on pressent l'embarras, à annoncer sans délai qu'il opposera son veto au projet de résolution en discussion. Ce qui équivaut à le bloquer. On se doute que M.Obama n'est pas en bonne position pour innover sur une question aussi sensible.

On peut regretter cette attitude sans être pour autant surpris. Aussi est-il opportun de revenir sur l'hexagone où le débat onusien semble globalement ignoré. Par l'Elysée, bien entendu, dont l'alignement sur les Etats-Unis est une sorte de dogme sarkozyen (à quelques camouflages près). Mais plus inquiétant me paraît le manque de clarté de la position des socialistes sur la question débattue à New-York. Et que dire du silence total des candidats à la "primaire"en matière de politique étrangère?

Le débat a été, certes, un total succès d'audience. Les participants ont évité les agressions verbales destructrices sans pratiquer, pour autant, la langue de bois. Mais, avec l'aide consciente ou inconsciente de M.Pujadas, le meneur de jeu, on n'a pas quitté le terrain de l'Europe. Il y aura d'autres débats. L'espoir de correction demeure. Comme demeure une inconnue: que pense le PS de la demarche onusienne de Ramallah?

Depuis la création de l'Etat d'Israël les socialistes français ont soutenu Tel Aviv presque sans restriction. On avançait des raisons solides à une telle attitude. Israël, seule démocratie de la région, les camarades des deux partis frères au pouvoir, de manière quasi-structurelle (MAPAI et MAPAM), l'agessivité guerrière des voisins arabes. Bref, les Israêliens combattant, dos au mur, pour leur survie...Tout cela fait partie du passé. Les électeurs du pays ont opté pour les formules économiques et sociales de l'ultra-libéralisme, la droite s'offre tous les caprices, l'agressivité guerrière a changé de camp et la violation territoriale de la loi internationale est permanente. Tel Aviv dresse des murs comme hier la RDA à Berlin et, à Jerusalem-Est, les Palestiniens sont chassés de leurs maisons et de leurs territoires. Il n'y a pas d'argument pour le PS en faveur de l'indulgence vis-à-vis de ces pratiques criminelles.

La création d'un Etat palestinien de plein exercice, ayant renoncé au dogme de la "loi du retour" doit, désormais, être l'axe de la politique du PS dans cette partie du monde.

Antoine Blanca

 

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 09:51

En regardant Jean-Luc Mélanchon s'adresser en vedette à la foule assemblée à La Courneuve, à la fête de l'Huma, j'ai vraiment mesuré le degré de déchéance du PCF, celui-là même qui aimait à se proclamer "grand parti de la classe ouvrière" et n'usurpait pas totalement ce titre. Car il a bel et bien été la plus importante organisation partisane ayant jamais existé en France. Elle seule pouvait faire descendre dans la rue des masses populaires bien encadrées, imprimait des journaux et des revues dans tout l'hexagone, destinés à tous les publics, travailleurs manuels et tellectuels, enfants et adolescents, cinéphiles et sportifs. Le PCF comptait des permanents par centaines (peut-être par milliers). Entre un électeur sur quatre et un sur cinq votait pour ses couleurs et il avait tissé un réseau serré de municipalités rouges autour de la capitale et d'autres grandes villes. Il pouvait s'appuyer sur la plus grande confédération syndicale de notre pays, Au lendemain de la Victoire de 45, son Secrétaire général, Maurice Thorez, était en droit d'espérer pouvoir compter ses militants, dans un proche avenir, par millions,

Le week-end dernier l'ex-premier parti de France offrait pourtant sur un plateau la dernière perle rare de son trésor perdu à Jean-Luc Mélenchon, un ancien élu socialiste venu de l'un des mouvements qui se réclament encore de la pensée de Léon Trotsky. Car la fête de l'Huma demeure un grand succès étincelant au milieu des décombres. Tout comme la parution du quotidien qu'avait fondé Jean Jaurès (1) est une sorte de miracle renouvelé à force de conviction et d'imagination créative. Même son édition dominicale a survécu à la tourmente destructrice. La fête continue, elle, chaque mois de septembre, comme une institution devenue monument historique.

Le journal est toujours là, mais plus le parti dont il était l'organe central. Au point d'être dans l'impossibilité de trouver de candidat susceptible de faire bonne figure à une élection présidentielle. Après être allé de débâcle en tsunami depuis 1988, le PCF est allé investir ailleurs (2). Certes Mélenchon impressionne par une présence visuelle, radiophonique et télévisuelle rare. Il sait dire avec véhémence des choses que les militants survivants voudraient entendre dire à leurs derniers dirigeants. Mais Mélenchon vient d'une autre planète, un peu comme un footballeur sénégalais jouant au CSK de Moscou...

Un aveu d'impuissance pathétique qui peut réjouir certains. Tel n'est pas mon cas.

Antoine Blanca

1- Jaurès fonda le journal qui devint, après la guerre 14-18, organe du PS-SFIO. Après le congrès de Tours, gagné par les partisans de la IIIe internationale, il devint propriété du nouveau parti communiste, comme tous les autres biens de la SFIO. Marcel Cachin fut alors son directeur.

2- Le PCF a bien, en 1965 et en 1974, soutenu F.Mitterrand dès le 1er tour. Mais c'était dans le cadre d'une stratégie d'union de la gauche, non par pressante nécessité.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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