Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 09:44

A l'origine, c'était un mouvement spontané de jeunes madrilènes connectés entre eux par les réseaux sociaux. Une foule a été au rendez-vous sur la Plaza del Sol. Là où se tenait au temps du franquisme la Direcciòn general de seguridad, la Gestapo espagnole avec ses cellules et ses salles d'interrogatoire spéciales. Une manif sans véritable encadrement. Pacifique. Des jeunes pour la plupart plutôt satisfaits de se retrouver avec tant d'inconnus partageant un même sentiment de ras-le-bol. Un succès médiatique et, finalement, politique, qui changea de nature quand des leaders apparurent en tentant d'organiser l'inorganisable, de faire occuper le grande place en permanence.

Le mouvement ne tarda pas à s'essouffler avant de mourir presque sans bruit. A partir du moment où les "cadres" voulurent mettre en place des commissions de travail, rédiger des cahiers de doléance, la spontanéité initiale disparut. A aucun moment le pouvoir espagnol ne réprima les campeurs. Cette indulgence accéléra la fin de la fête. Aujourd'hui seuls restent mobilisés des marginaux et leurs homologues d'autres pays d'Europe qui ont tenté d'organiser une marche sur Bruxelles. On peut dire, d'ores et déjà, qu'elle a foiré. Au lieu de l'immense soulèvement spontané attendu, c'est une sorte de nouvel anarchisme, plutôt dépenaillé qui a surgi. Malgré la compréhension de la presse européenne à son endroit, c'est une gesticullation de groupes de campeurs sauvages, en milieu urbain, dont la voix est devenue inaudible à force de ne pas savoir articuler.

Voilà comment les définit un chroniqueur sympathisant: "Droite-gauche, deux mots usés par le temps et l'imposture des anciens. Nous vivons la perte de sens d'idéologies qui ne fonctionnent plus. Sur les places...personne n'a besoin de se raccrocher à des bannières. Chaque personne est un monde, chaque personne a son idée..."On ne saurait mieux définir l'anarchie (1).

Dans Die Zeit de Hambourg, le célèbre professeur en sociologie Heinz Bude conclut ainsi son article sur les "indignations" diverses et variées de jeunes à travers le monde: "...Naturellement, ce sont les privilégiés qui peuvent se permettre de protester, comme toujours. Mais il leur suffit de se pencher sur leur propre génération pour s'apercevoir des tristes inégalités qui existent en son sein: c'est particulièrement flagrant entre des jeunes du même âge. C'est un scandale moral. La génération devient ainsi le siège des inégalités vécues..."

Je suis d'accord avec la conclusion du professeur. A ceci près que ces jeunes ne viennent pas de découvrir l'Amérique. Les socialistes, les hommes et les femmes de gauche se sont organisés depuis des décennies pour analyser les causes de ces inégalités afin de mieux les combattre. Ce travail est actualisé en permanence.

Et ils proposent, eux, des solutions.

 

Antoine Blanca

(1) Pepe Ribas, La Vanguardia, Barcelone

Repost 0
16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 12:40

La victoire de la gauche au Danemark en annonce d'autres, aujourd'hui presque inéluctables, dans les pays scandinaves. La démocratie socialiste danoise a, en effet, joué un rôle d'éclaireur,  depuis la fin du XIXe siècle, dans tout le nord de l'Europe, parmi les travailleurs organisés. En Suède le PSD a été pendant des décennies la force politique centrale du pays. Il avait atteint des pourcentages de suffrages égaux ou supérieurs à 50%. Des Premiers ministres comme Albin Hansson, Tage Erlander et Olof Palme sont des personnages presque légendaires de l'histoire moderne du pays. Etroitement associé à la puissante confédération syndicale LO, le PSD a établi un modèle de société faite de justice sociale et de liberté, jugé exemplaire par les militants socialistes du monde entier.(1)

Son rôle international, notamment dans les pays en développement, a été considérable. Olof Palme (assassiné en 1986, sans que le crime ait jamais été élucidé), souvent en association avec sa collègue Premier ministre norvégienne Gro H. Bruntland, a beaucoup oeuvré à la résolution de dossiers sensibles, comme celui du Moyen Orient, les guerres en Afrique et la lutte contre l'Apartheid. L'ONU est redevable à la Démocratie-socialiste scandinave de grandes avancées dans des négociations délicates. Martti Ahtissari, qui sera plus tard président (deux mandats) de la Finlande, était un responsable important du Secrétariat général de l'ONU et prépara, de main de maître, la Namibie à l'indépendance.

Tout indique que les partis scandinaves membres de l'Internationale socialiste accompagneront bientôt, dans l'exercice du pouvoir, leurs frères de France et, un peu plus tard, ceux d'Allemagne. Cela ne changera peut-être pas entièrement la face du monde, mais devrait modifier celle de l'Union européenne, enlaidie par une longue main-mise du conservantisme et du libéralisme économique sur sa difficile construction.

Antoine Blanca

1 - Le PSD suédois est désormais dirigé par Mona Sahlin (à ne pas confondre avec son homonyme, pénible coïncidence, de la droite américaine). Mona et son parti sont actuellement favoris des sondages. En Islande c'est aussi une femme socialiste qui dirige un gouvernement de gauche, lequel a rétabli les grands équilibres sur l'île, en alliance avec les Verts. En Norvège les travaillistes, chacun le sait, sont au pouvoir et personne n'a oublié la sanglante agression dont ses jeunes ont été victimes alors qu'ils tenaient pacifiquement leur "université d'été".

Repost 0
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 10:32

Connaissant une situation sociale explosive, l'efficacité deTsahal, armée sur-entraînée et sur-armée, est aussi remise en question dans un pays où chaque citoyen, chaque citoyenne est un ou une soldat. A la veille d'un débat important à New-York sur l'avenir de la Palestine, le grand quotidien de Tel Aviv, Ha'Aretz, s'interroge sur l'efficacité de l'orgueilleuse armée israélienne face à des milices de bricoleurs embusqués.

Quelques citations de son éditorial du 11 septembre:

...nous disposons de cinq sous-marins, d'avions de combat parmi les plus sophistiqués du monde et de capacités nucléaires. Mais le 20 août un Arabe muni d'un simple couteau a pu semer le chaos dans un club de Tel Aviv. Personne ne l'a envoyé en mission...Nous avons les meilleurs services de renseignements militaires au monde, mais les terroristes peuvent encore tendre une embuscade sanglante sur le chemin d'Eilat...

...notre armée de l'air est invincible face à des cibles massives et éloignées, mais pas face à un Ahmed qui circule à dos d'âne, se cache derrière un arbre, tire une roquette et s'en retourne chez lui comme si de rien n'était. Qu'il ait atteint ou non sa cible, il aura terrorisé les habitants du sud d'Israël. C'est la violence de basse intensité qui détermine nos vies...

Et l'éditorialiste de s'interroger sur la meilleure voie devant être empruntée pour assurer une existence prospère et pacifique au peuple juif. La guerre permanente, la guerre de Cent ans, ou la négociation avec un Etat voisin internationalement reconnu et responsable.

...nous avons affaire à un président des Etats-Unis affaibli et qui n'est pas sûr d'être réelu.Dès lors, il est essentiel qu'Israël prenne des initiatives suffisamment fortes pour éviter que l'Assemblée générale de l'ONU ne nous inflige un camouflet cinglant, voire nous accuse de tous les maux qui accablent le Moyen-Orient...

La diplomatie est aussi une arme. Encore faut-il que l'Exécutif israélien ait la volonté d'y avoir recours. Nous pouvons, hélas, en douter quand on se souvient que le ministre en charge des relations extérieures, M.Liebermann est un dur parmi les durs, plus à l'aise, en outre, dans les négociations d'affaires, parfois douteuses, que dans le débat diplomatique.

Antoine Blanca

Repost 0
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 10:39

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan est aujourd'hui l'un des rares hommes d'Etat dans le monde à nager dans une sorte d'euphorie.

Quand il retournera, dans quelques jours, à Ankara, après une tournée de capitales qui l'aura conduit en Egypte, en Libye et en Tunisie, il sera auréolé d'une nouvelle gloire: celle d'avoir entrepris la restauration de l' empire ottoman. Naturellement mon raccourci est audacieux. Il s'agit d'une image, non d'une information devant être prise au pied de la lettre. Mais ce qui est en train de se produire est tellement brutal, le changement de statut régional de la Turquie est à ce point inattendu que, en voyant une foule enthousiaste applaudir au Caire, hier ville phare d'un grand empire patiné d'histoire, ce nouveau maître de la Sublime Porte, on ne pouvait que fantasmer sur une visite de Grand Vizir rêvant de devenir Calife à la place du Calife.

L'homme ne manque pas d'assurance, voire d'aplomb. Confirmé électoralement, il vient de mettre au pas des forces armées, les siennes, réputées pour avoir le coup d'Etat facile. Il a en outre, dans le même mouvement, écorné l'esprit laïc en acier trempé du kamalisme institutionnel. Et voilà que le comportement provocateur du gouvernement Netanyahou lui donne l'occasion de mettre fin au caractère privilégié des relations unissant son pays ( membre de l'OTAN et, hier encore, allié inconditionnel des Etats-Unis) à Tel Aviv. Une page est à peine tournée qu'il en inaugure une autre, conquérante, dans un monde arabe déboussolé. Les Palestiniens, en tout premier lieu, vont le regarder comme un sauveur potentiel.

Recep Erdogan, conservateur en politique, ultra libéral en économie, est aussi un islamiste prudent qui estime le moment venu pour lui d'exploiter son image au-delà de ses frontières. Et sans doute est-il fondé à croire que ni l'Europe, ni Washington, ni l'ONU ne sauraient faire obstacle à sa démarche. Alors il bouscule les étapes avec une espèce d'arrogance tranquille d'homme de la situation.

Antoine Blanca

 
Repost 0
13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:05

Les populations des pays riches en sont lasses: les infos qui parlent des ravages de la famine dans la corne de l'Afrique, au Soudan ou au Zimbabwe nous fatiguent. Nous entendons la voix d'un monsieur sur son fauteuil lâcher un: mais que fait l'ONU? L'Unicef, la FAO, le Programme alimentaire mondial sont faits pour rémédier à tous ces maux! Les épidémies, le SIDA? L'OMS a été créée pour ça! Et de souffler très fort son agacement d'homme juste, qui paie ses impôts, se dit épuisé par sa journée de travail et ne veut pas, le soir venu, être accablé de nouvelles qui dérangent le corps et l'esprit.

Et puis il y a tous ces gros messieurs africains qui envoient de l'argent par valises entières pour aider des dirigeants français dans leurs oeuvres électorales (1). Alors, que n'aident-ils pas leurs frères de peau dans la misère, s'écrie l'homme dans son fauteuil? Notre bon et juste compatriote emploie ses faibles forces vespérales à dire son exaspération. On peut le comprendre. A condition de bien préciser deux points importants:

1- Les agences spécialisées qu'il cite (il en existe beaucoup d'autres), ne vivent que des contributions volontaires des Etats membres (même s'il existe parfois des comités nationaux qui font régulièrement des collectes comme celui de l'Unicef en France). Leurs moyens ne sont jamais à la mesure du désastre. De puissantes ONG, heureusement, viennent participer de leur effort. Le facteur humain est tout aussi important, à la mesure des risques que courent souvent employés et volontaires. Mais avec l'alibi de la Crise, les Etats donnent de moins en moins, et avec de plus en plus de réticence.

2- L'ONU ne pratique pas la charité. C'est avant tout un outil central de pratique de la solidarité. A côté des agences spécialisées, la Banque africaine de développement et la Commission économique régionale (siège: Addis-Abebba) mettent au point des programmes destinés à encourager les gouvernements à entreprendre des projets. Ces institutions prétendent éviter l'appel aux banques commerciales traditionnelles, lesquelles ne consentent des prêts qu'aux pays riches. Pour ceux qui en ont le plus pressant besoin, les taux deviennent usuraires.

Bien entendu je suis conscient de lasser avec ces constants rappels des possibilités, insuffisamment connues et souvent mal utilisées, offertes par une organisation à vocation universelle. J'insisterai pourtant encore. Je voudrais être de ceux qui participent à l'effort pour arrêter le pillage des richesses du continent noir (diverses et en apparence infinies) avec la complicité intéressée de gouvernants sans scrupule. L'énormité de cette permanente mise à sac ramène le transport de valises de billets à un niveau anecdotique.

Antoine Blanca

1- En France les partis représentatifs sont subventionnés et le coût des campagnes électorales est largement pris en charge par la République depuis près de vingt ans. Alors où va l'argent des valises?

 

 

 

 

 

Repost 0
12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 15:20

Tout le monde se souvient de la première visite en Afrique de M.Sarkozy en sa qualité de Président. C'était à Dakar et nous avons retenu une phrase de son discours devant le Parlement sénégalais:"L'homme africain n'est pas suffisamment entré dans  l'histoire". Cette phrase a été diversement interprétée. Mais d'une manière générale elle a été jugée malheureuse, voire déplacée. On est en droit de se poser la question: à quelle "histoire" le Chef de l'Etat français faisait-il référence? Ou même, de quel "homme africain" était-il question dans ce vaste continent, saccagé par les puissances européennes, aux cultures et aux ethnies multiples. Il y avait de toute manière quelque frivolité, pour le plus haut représentant d'un pays colonisateur, à tenir des propos de commisération sur les peuples qu'il avait hier soumis à sa domination, dont il avait exploité les richesses à son seul profit, charcuté le territoire selon ses intérêts, enrôlé les hommes dans ses guerres, pillé son patrimoine culturel.

Mais voilà que l'actualité nous retient de nouveau dans cette partie du vaste monde.

L'affaire des valises bourrées d'argent que des gouvernements africains  sans scrupule auraient, aimablement, fait convoyer jusqu'à l'Elysée a été reçue par l'opinion française comme une confirmation, non comme une surprise. Les précédents ne manquent pas, il est vrai, comme celui des diamants que le futur empereur Bokassa 1er aurait offert à Valéry Giscard d'Estaing, grand chasseur de gros gibier devant l'éternel. Mais c'est la première fois que le convoyeur de fonds français passe spontanément aux aveux "pour soulager sa  conscience". Jusqu'à présent les révélations avaient été le fait d'un hebdomadaire à la fois sérieux et satirique, ou résultaient d'enquêtes entreprises par des journalistes curieux en quête d'exclusivités.

A nos yeux tous ces faits se situent dans un même contexte: celui du drame colonialiste qui nous colle à la peau, en France comme en Afrique. Nous payons tous la facture des frasques inavouables de quelques uns.

Antoine Blanca

Repost 0
11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 12:02

Depuis qu'une foule de manifestants a pris d'assaut l'ambassade d'Israël au Caire, détruit le mur censé protéger l'immeuble et contraint le personnel diplomatique au départ, le fragile équilibre, qui préservait les espoirs de paix au Proche-Orient, a été rompu. Ce qu'Anouar el Sadate avait entrepris, en faisant une visite surprenante et téméraire à Begin, alors Premier ministre de l'Etat hébreu, vient d'être brutalement remis en question. Et ce,  au moment où le "printemps arabe" aurait pu ouvrir la voie à une nouvelle forme de coopération entre voisins démocratiques.

La question que l'on est en droit de se poser est: à qui profite le crime?

En Egypte, à tous ceux qui ont vu leur pouvoir remis en cause. Moubarak et son clan n'étaient que la partie visible de l'iceberg. Ils avaient fabriqué un puissant réseau, dont les points d'appui essentiels étaient au coeur de  la police et des forces armées. Cette machinerie est pratiquement intacte. Sur la défensive ces derniers mois, leurs agents sont désormais passés à l'offensive à l'abri du terrain, et en fonction des circonstances. La conjoncture a été jugée favorable par ces forces obscures de l'inavouable reconquête. Et tant pis s'ils doivent utiliser, pour atteindre leurs fins, les groupes extrêmistes, religieux ou non. Sans oublier l'indignation de la partie la plus désorientée de la jeunesse. Car si les puissants frères musulmans sont décidés à participer à la compétition démocratique, des agités ultra-minoritaires, les salafistes par exemple, n'ont d'autre doctrine que le recours à la violence et au mensonge.

En Israël, le gouvernement Netanyahou joue pour sa part, de manière persistante et cynique, de la provocation. C'est ainsi que Tsahal vient de tuer cinq gardes-frontière égyptiens. Par erreur assurent les autorités. Mais en réalité ce crime s'inscrit dans un contexte exaspérant pour les autres peuples de la région: poursuite de la colonisation, intensification de l'occupation de Jerusalem-Est, refus de négocier la création d'un Etat palestinien en conformité avec la décision solemnelle de la communauté internationale...Bref, la droite au pouvoir à Tel Aviv est en train d'offrir des armes aux extrémistes égyptiens et à ceux qui veulent que les conquêtes démocratiques ne soient qu'apparentes. Le Gouvernement Netanyahou, confronté lui-même à une contestation sociale de forte intensité, joue plus que jamais la politique du pire.

Si on osait un rapprochement téméraire, l'assassin de Sadate rejoint symboliquement celui de Rabin pour embraser de nouveau une région où les braises couvent toujours sous les cendres.

Antoine Blanca

Repost 0
9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 17:11

Rares ont été les medias à avoir rapproché les deux villes, Santiago et New-York, et la date fatidique. L'exception vient de l'hebdomadaire américain The Nation. Il est vrai que le chroniqueur en charge de l'article, Ariel Dorfman, est né en Argentine, a passé son enfance à New-York, son adolescence au Chili avant de se voir contraint à l'exil pour délit d'opinion. De plus, il se trouvait à Santiago le 11 septembre 1973 et à Manhattan le 11 septembre 2001. Il confesse que depuis dix ans il "s'interroge sur cette juxtaposition  de dates", et voudrait pouvoir lui donner un sens.

Mission, en apparence, impossible tant la nature de chacun de ces deux événements est différente. Sauf que les Etats-Unis ont un rôle dans l'un et l'autre. Grandiose victime à New-York, cette puissance est coupable d'incitation au crime dans l'inqualifiable affaire du Chili. Si Pinochet a été le bras assassin, Nixon, Kissinger et la CIA ont bien été les cerveaux de l'odieux attentat, dont le coeur se situa au palais présidentiel de La Moneda.

Au Chili on ne répondit pas à la violence par la violence. Ce fut au contraire ce que j'appelerais la patience démocratique, adoptée par la grande majorité des citoyens, qui permit la mise à l'écart de la dictature militaire. La gauche a su conclure une insispensable alliance avec une force centriste (centrale?), la Démocratie chrétienne, laquelle n'avait pas tardé à mesurer l'ampleur de son erreur opportuniste d'appui initial au coup d'Etat. L'aboutissement de ce marathon épuisant, mais finalement porteur: une consolidation institutionnelle durable. Elle ouvre la voie à toutes les possibilités progressistes dans l'avenir.

Aux Etats-Unis, la peur suscitée par un petit groupe de terroristes a donné lieu à une série de décisions catastrophiques, dépassant, de très loin, les dommages occasionnés par les attentats. Guerres, occupation, violation des droits de l'homme, Des dizaines de milliers de victimes civiles. Et le renforcement d'un régime ultra-sécuritaire fondé sur la culture du mensonge, de l'espionnage et de l'angoisse.

Antoine  Blanca

Repost 0
8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 09:42

Dans un récent article je me félicitais de la pérennisation de représentants de la société civile, démocratique, au Guatemala (25 de vie constitutionnelle ininterrompue). Le Président Alvaro Colom venait alors d'envoyer, sans complexe [1]), l'armée aider les forces policières à nettoyer le nord du pays infesté par les trafiquants de drogue. C'était toute la différence avec un passé relativement proche, quand les militaires massacraient les descendants des Mayas (pour mieux servir les grands propriétaires terriens), et assassinaient hommes et femmes de gauche (pour mieux servir la CIA et mettre en pratique les enseignements reçus à l'Ecole des Amériques[2]). 

Mais la vaste opération anti-cartels a échoué, l'insécurité fait des ravages, et tous les indicateurs prédisent, pour le mois de novembre prochain, l'élection d'un général (Otto Pérez Molina), et du parti de droite musclée qu'il a fondé il y a dix ans, le "Parti patriote". Personne ne paraît en mesure de lui disputer la victoire, après que le Tribunal constitutionnel ait interdit à l'épouse du sortant, très populaire, de se présenter (elle avait divorcé pour être en mesure de le faire).[3]

Otto Pérez Molina deviendra donc le premier militaire élu par le suffrage universel. Il devra, indirectement, cette prévisible victoire au grand cartel mexicain Zetas qui règne désormais en maître dans le nord. Les aéroports pour petits porteurs servent de relais au trafic de "marchandise" provenant du sud du continent. Mais les trafiquants favorisent aussi, effet secondaire, la généralisation de l'insécurité dans le reste du pays, ce qui a mis d'ailleurs l'ONU en alerte.

Alors les guatémaltèques vont élire, plus qu'un militaire, un Monsieur Sécurité. Une situation qui risque de fragiliser la vie démocratique dans toute l'Amérique centrale dont le Guatemala est le pays le plus peuplé et, stratégiquement, le plus important.

Antoine Blanca

1- L'oncle de l'encore président, et son mentor en politique, Manuel Colom, homme progressiste, fut assassiné par l'armée en 1979 quand il était maire de la capitale.

2-Fondée en 1946 par le Département de la Défense de Washington, l'Ecole des Amériques(aujourd'hui WHINSE, Western hemisphere institute for security cooperation) a formé, depuis sa création, à la contra-insurgencia, 70000 officiers latinos. Son siège était à Panama avant son transfert dans l'Etat de Géorgie.

3-La Constitution interdit la réélection du sortant.

Repost 0
6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 23:21

La droite gouverne sans partage  dans la quasi totalité des pays de l'Union européenne. Partout elle a échoué. Elle n'a pas su prévoir la crise. Quand cette dernière a été là, elle n'a pas su la gérer. Ou plutôt, elle a bricolé des mesures destinées à protéger sa clientèle électorale. Un néo-libéralisme à la petite semaine qui est en train de nous conduire au désastre.

La Démocratie socialiste se prépare à assurer la relève dans bon nombre de pays. En France ce sera en 2O12. Les militants et leurs experts sont toujours au travail. Il s'agit d'actualiser le projet adopté en y intégrant, le moment venu, des propositions nouvelles surgies pendant la campagne des primaires.

La gauche est habituée à être taxée de rétrograde quand elle annonce des mesures de justice sociale sur le terrain de la fiscalité, de l'économie et de l'emploi. Or ses représentants trouveront peut-être réconfort à lire les articles de deux grands maîtres à penser du conservatisme: Charles Moore dans le Daily Telegraph de Londres, et Frank Schirrmacher dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung de Francfort. L'un et l'autre viennent de disserter longuement sur le thème: Et si la gauche avait raison?

Extraits: "Les riches dirigent un système mondial qui leur permet d'accumuler du capital et de payer le travail le moins cher possible. Ils sont les seuls à profiter de la liberté qui en découle. La majorité doit se contenter de travailler plus dur, dans des conditions toujours plus précaires, pour enrichir une minorité. Le système démocratique, qui vise à enrichir le plus grand nombre, est en fait confisqué par ces banquiers, barons de la presse et autres magnats qui dirigent et possèdent tout..." Charles Moore, dans le Daily Telegraph.

Ou encore, dans le même article:"La force de l'analyse de la gauche tient au fait qu'elle a compris comment les puissants se parent  d'un discours libéral de droite pour défendre leurs privilèges...La mondialisation, par exemple, ne devait à l'origine signifier que le libre échange à l'échelle du monde. Or, aujourd'hui, cela signifie que les banques accaparent les bénéfices réalisés au plan international et distribuent les pertes aux contribuables dans chacun de leurs pays. Les banques ne rentrent à la maison que lorsqu'elles n'ont plus d'argent. C'est alors que nos gouvernements leur donnent de l'argent frais..."

Dans le Frankfurter Allgemeinee Zeitung, Frank Schirrmacher développe les mêmes thèmes, se référant, par des citations, au papier de Moore. Il adapte son écrit à la situation proprement allemande. "Angela Merkel, conclut-il, n'a pas été en mesure d'aborder les répercussions morales de la crise de la zone euro".

Si un analyste de gauche avait développé la même argumentation, cela aurait eu une portée limitée. Mais dans ce qui nous occupe aujourd'hui  ce sont d'éminentes plumes du camp conservateur qui montent au créneau. Et ils disent à des millions de lecteurs: nous devons admettre que nous avons tort et que les autres ont raison. Une telle révolution de l'esprit chez des intellectuels de droite, devrait retenir l'attention de la gauche française dont les dirigeants négligent souvent de lire la grande presse internationale.

Antoine Blanca

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens