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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 17:28

Dans le respect de tous les principes démocratiques Evo Morales est en train de transformer son pays et de redonner toute leur place aux peuples indigènes dans une société post-coloniale qui les avait marginalisés. Indien aymara lui-même il a jusqu'ici triomphé de l'hostilité des anciens maîtres en faisant appel au suffrage universel ou à la négociation. Il a démontré sa capacité à se montrer tout à la fois ferme et ouvert à la conciliation. A 52 ans il se trouve au milieu de son deuxième mandat présidentiel. Progrès économiques et progrès sociaux vont de pair, sans qu'aient été signalés, jusqu'ici, des cas de corruption. Bref, une "bonne gouvernance" pourraient dire en coeur FMI et Banque Mondiale. Un vrai conte de fées.

Mais voilà que cette fois l'opposition à Evo vient de ses propres troupes. Partant de Trinidad, sur le rio Mamora (bassin de l'Amazone), 64 communautés des ethnies moxos vont marcher sur la capitale, La Paz, pour protester contre la construction d'une route de 170 kilomètres de long (50 mètres de large) qui, selon leurs représentants, va couper en deux leur territoire traditionnel et affecter l'environnement par la destruction, affirment-ils, de 500000 arbres. Le gouvernement les a appelés, en vain, à présenter une solution substitutive, étant entendu que Morales veut de toute manière que cette voie soit ouverte pour raisons économiques. Il va recevoir d'ailleurs une contribution de 300 millions de dollars des Brésiliens, intéressés qu'ils sont à pouvoir commercer avec le coeur du territoire voisin.

Selon les informations dont je dispose le projet est largement soutenu par  les Boliviens. Mais c'est la première fois que des ethnies soeurs défient celui qui a bâti son projet sur la renaissance des nations indigènes.

De toute manière la protestation devrait rester respectueuse de la loi et de l'ordre démocratique. Pouvoir l'affirmer n'est pas, en soi, une mince avancée. Au cous de sa courte histoire moderne la Bolivie indépendante a dû faire face à une moyenne d'une insurrection tous les neuf mois. Et le 21 juillet 1946 une révolte indienne fit 2000 morts dans la capitale et le Président Villaroel fut pendu, nu, par les pieds, ainsi que ses proches collaborateurs, aux lampadaires de la place Murillo, celle du palais de gouvernement. Voilà une chose au moins qui n'arrivera plus.

Antoine Blanca

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:53

Il y a peu de jours, une personne très proche me faisait part de son étonnement sportif (et moral): "comment, me disait-elle, un homme de gauche peut-il soutenir le PSG, c'est-à-dire, dans les faits, le prince héritier du Qatar qui est devenu le seul propriétaire du grand club parisien?"

Dans l'absolu, mon interlocuteur avait raison. Sauf que c'est le système mondial de fonctionnement du foot de haut niveau qui devrait être mis en cause. Et pas le seul PSG. Les Qataris n'ont fait qu'imiter d'autres chevaliers d'industrie, rois du pétrole et oligarques moscovites qui se sont payés une grande équipe à la recherche de gros financements. Aucun club professionnel ne vit aujourd'hui du seul soutien de ses supporteurs et de ses admirateurs, fussent-ils fortunés.

Alors, pourquoi s'en prendre au PSG plutôt qu'à Manchester United ou à l'AC Milan propriété de Berlusconi. Certes, les cheikhs bédouins sont plus voyants que des maîtres locaux de la finance. Mais ces derniers, mettons les patrons du CAC40 parisiens, ont fait la sourde oreille quand il a fallu trouver une puissante dotation susceptible d'éviter que notre capitale soit privée de football professionnel. Ce qui aurait été désastreux à mes yeux.

Cette situation me satisfait-elle ? Certainement pas. L'amateur de beau jeu que je suis souhaiterait que les clubs ne soient pas dépendants de l'argent public ou privé, que les centres de formation aient la priorité en alliant étude et pratique sportive intensive, que les joueurs de l'équipe première soient simplement indemnisés pour le temps qu'ils consacrent à leur sport-spectacle et voient leur avenir professionnel garanti après l'âge de 35 ans. Mais nous ne sommes pas dans une telle logique. Alors tant pis pour le Qatar qui nous oblige, pour aller au Parc des Princes applaudir une grande équipe européenne, à nous asseoir sur nos engagements militants les plus absolus. Il s'agit d'une concession idéologique que j'assume.

Aujourd'hui même le rugby, longtemps préservé, subit ce type de dépendance. Le Stade Français, club phare de la capitale, a ainsi été sauvé par un richissime supporteur. Mais on n'a pas trouvé son frère jumeau pour secourir le PSG. D'ailleurs il aurait fallu qu'il soit encore plus riche que le rugbyman...

Antoine Blanca

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 10:46

La campagne en vue de la "primaire" ne doit pas nous priver d'une analyse, par le PS, principale force d'opposition, de la crise économique et financière qui secoue le monde capitaliste. Les prises de position éventuelles (jusqu'à ce jour seule Ségolène a dit quelque chose, d'assez général d'ailleurs) des candidats à la candidature ne doit pas empêcher, bien au contraire, le Bureau National du Parti, vacances ou pas vacances, de s'exprimer sur la question le plus clairement, le plus complètement possible. Nous sommes nombreux à attendre son communiqué...

Sarkozy et son gouvernement devraient, quant à eux, annoncer le 24 août la couleur des nouveaux sacrifices douloureux qui seront imposés aux contribuables français. Cela s'inscrira dans la droite ligne de leur politique depuis 2007: dureté pour les salariés, les retraités et les plus démunis, pour le secteur public et social. Protection, en revanche, des puissances de l'argent incarnées par leurs amis du CAC 40. La logique du PS devrait marquer, elle, une rupture avec cette philosophie de l'exercice du pouvoir.

C'est dire que le devoir de la gauche est de contrer, par des propositions crédibles et compréhensibles, l'argumentation des conservateurs. Il est indispensable d'actualiser le projet PS que nous connaissons, sous l'éclairage des événements qui font l'actualité et plongent l'univers dans l'inquiétude la plus vive. Or, pour une France très exposée, du fait de ses déficits désastreux dans tous les domaines, ayant en perspective des rentrées fiscales détériorées, un commerce extérieur à l'agonie, un moral des ménages en berne, l'avenir est des plus incertains. Nos concitoyens font d'ailleurs davantage confiance (46%) à Madame Merkel qu'à Monsieur Sarkozy (33%) pour combattre cette crise au sein de l'Union européenne. C'est dire le degré de détérioration de l'image présidentielle: celui qui s'autoproclamait  "sauveur de l'Europe" a bien besoin d'être lui-même sauvé des eaux. En attendant tous nos indicateurs sont au rouge vif.

Il n'appartient pas à l'opposition de participer directement à une éventuelle tentative de sauvetage. Mais c'est la France, c'est l'Europe, ce sont les Français et les Européens qui sont fondés à espérer des changements substantiels que seuls les peuples de gauche peuvent apporter. Aussi devient-il urgent de sortir du silence.

Antoine Blanca

 

 

 

 

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 10:15

En Espagne, si le mouvement  des "indignés" a perdu tout son souffle, il n'a pas moins laissé des traces politiques que la gauche électorale s'emploie à examiner avec intérêt. Au pays de Cervantes, pas de destructions, pas d'incendies, pas de récupération de la peur par l'extrême droite. Au pays de Shakespeare tout est différent. Colère furieuse n'est pas indignation. Les jeunes qui cassent et qui brûlent sont des exclus qui répondent par la violence à la violence d'une société qui ne veut pas d'eux. Ils se heurtent à un mur sans fenêtre destiné à les isoler. C'est que Cameron, avec ses manières et son accent acquis à Eton, n'est pas Zapatero. Le premier a répondu à la crise en supprimant les programmes sociaux, le second en faisant tout pour les sanctuariser.

Conséquence: les foules qui avaient marché pour se rassembler Puerta del Sol étaient pacifiques et souvent souriantes. A Tottenham (et ailleurs, bien entendu), les jeunes exclus savaient par avance qu'ils ne seraient pas entendus, qu'un abîme insurmontable les séparaient de ces gentlemen et ladies tout droit sortis de leur Jockey Club.

Simpllification de ma part? Bien entendu. Il est nécessaire parfois de forcer un peu le trait. Les "indignados" ne sortaient pas, eux, de leurs taudis et ils avaient été bien élevés par des familles aimantes de la relativement nouvelle classe moyenne. Mais ce n'était pas un hasard: depuis la mort de Franco la démocratie a produit progressivement une nouvelle école, une nouvelle morale à la fois sensible et ouverte, de nouvelles formes de dialogue. Au Royaume Uni, au contraire, on n'a pas su entendre les toute récentes protestations pacifiques et raisonnables des Trade Unions. Les britanniques défilent rarement en masse, comme nous le faisons en France. Pourtant dernièrement il y a eu des grèves et des manifestations syndicales massives tout-à-fait ordonnées sans que cela déclenche une alerte rouge parmi les membres du gouvernement conservateur-libéral.

Cette droite-là est celle de l'ignorance des autres et du mépris social. A l'opposé de cet état d'esprit, le candidat socialiste aux élections générales du 20 novembre en Espagne a inscrit dans son programme les propositions jugées les plus acceptables émanant des petits groupes de travail issus du M15 (pour 15 mai, date du premier rassemblement de la Puerta del Sol).

Antoine Blanca

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 10:21

Bien sûr, les nouvelles ont de quoi déprimer les citoyens du monde connu.

En Syrie le régime continue de tirer au canon sur des foules désarmées. En Somalie la famine sévit mais les ministres de son gouvernement fantoche (lequel contrôle moins de 5% du territoire), volent la quasi totalité de l'aide envoyée par les ONG et les agences alimentaires onusiennes. Toutes se voient contraintes de négocier avec l'insurrection islamiste des chababs pour assurer un minimum de distribution alimentaire aux affamés. Plus près de nous, à Londres, les ministres de Sa Majesté reviennent à la hâte de vacances. Comme le Maire de la capitale ils n'avaient pas vu les émeutiers venir. Camerone et Scotland Yard étaient donc en congés payés, comme de vulgaires frenchies. En Afghanistan nous continuons à perdre des vies françaises. Heureusement, comme le dit le Président, nos soldats "ne meurent pas pour rien". 

Mais le pire est du côté de Wall Street, de la City et du Palais Brogniart où les actions dégringolent en dépit des réunions d'urgence et autres vidéo-conférences de Chefs d'Etat et d'excellences diverses. On tente bien de nous expliquer l'inexplicable, mais nous comprenons seulement que nous finirons par être les dindons de cette farce capitaliste. On pense à l'ouvrage d'Alfred Capus (cité par La Montagne d'aujourd'hui), auteur de "La Bourse ou la vie" ( écrivain mort en 1922) et à ces lignes bien actuelles:"on est volé à la Bourse comme on est tué à la guerre, par des gens qu'on ne voit pas".

On peut le dire en peu de mots: la tragédie est partout et la solution n'apparaît nulle part. Le système capitaliste agonise après que le communisme ait disparu dans le drame, l'incompétence et l'anarchie.

Reste la Démocratie socialiste. Encore faut-il que les partis qui la représentent sachent coordonner leur action et proposer des solutions justes et adaptées à la situation.

Antoine Blanca

 

 

 

 


 


 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 13:56

Coup double pour marquer l'autorité présidentielle sur la caste militaire brésilienne: la Présidente, Dilma Rousseff, a démis de ses fonctions le Ministre de la Défense, Nelson Jobim, et nommé à sa place le "gauchiste" Celso Amorim, son collègue des Relations extérieures.

Avec son allure de chef d'entreprise, grand bourgeois de carrure épaisse à la Perry Mason, Jobim, qui avait servi au même poste deux autres présidents, se croyait inamovible. Il avait même rêvé d'un destin suprême...En tout cas les généraux et autre amiraux l'avaient adopté et Lula avait évité de les contrarier. Aussi n'avait-on pas été surpris de le voir reconduit dans ses fonctions par Dilma pour suivre les conseils de son prédécesseur et mentor. Mais elle devait surveiler de près ce conservateur convaincu: quand il se mit à critiquer ouvertement certaines nominations de haut niveau, la Présidente décida de crever l'abcès. Elle rappela l'intéressé, alors en voyage officiel en Colombie, lui intima l'ordre de revenir sur le champ à Brasilia et, le lendemain, le liquida après cinq minutes d'audience. Dans la foulée elle le remplaça par la bête noire de la droite, le prestigieux militant et intellectuel Celso Amorim.

Les militaires ont eu beau exprimer leur mécontentement, Dilma les a mis aussitôt au pas. C'est qu'elle les a, si j'ose dire, "pratiqués" dans sa jeunesse, quand elle rejoignit le mouvement armé qui s'opposa au coup d'Etat du 31 mars 1964. Elle allait bientôt connaître  leurs sinistres geôles et leurs chambres de torture. Leur dictature dura 21 ans. Appuyée sans restriction par les Etats-Unis, regardée avec bienveillance par les autres démocraties occidentales elle a marqué à ce point le Brésil que les présidents ont toujours pris garde de ménager les généraux depuis leur départ (négocié) du Planalto en 1985.

Dilma a donc été la première à revêtir vraiment, symboliquement faut-il le préciser, les habits de Commandant en chef des Forces armées. "Silence dans les rangs!". Primauté absolue du civil sur le militaire. Les démocrates brésiliens attendaient cela depuis très longtemps.

Antoine Blanca

 

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 10:50

Le juge espagnol Santiago Pedraz, qui avait été autorisé à poursuivre et même à amplifier ses recherches au Guatemala à propos du soupçon de génocide qui planait sur les militaires, l'extrême droite et les Patrouilles d'Autodéfense civiles (PAC), a pu déterminer jusqu'ici 1672 cas de viols à répétition, de massacres de femmes enceintes, de castrations d'indigènes.

On s'attend à ce que ce chiffre dépasse les dix mille à la fin de l'enquête. Pour les autorités en place entre 1979 et 1986, il s'agissaait de liquider physiquement la population d'origine Maya. Ces crimes et ces assassinats se sont déroulés dans l'indifférence apparente de la communauté internationale. Les pays démocratiques et les ONG humanitaires concentraient leurs efforts sur les régimes militaires du Cône sud (Brésil, Argentine, Uruguay, Chili) et sur les pays d'Amérique centrale (Le Salvador et le Nicaragua) où existait une guerre civile ouverte.

En 1982, j'étais Ambassadeur itinérant pour les pays d'Amérique du sud, Amérique centrale et les Caraïbes et j'avais visité Ciudad de Guatemala, rencontré le dictateur sinistre du moment, et m'étais entretenu avec quelques intellectuels terrorisés au point de refuser de répondre  quand mes questions pouvaient être compromettantes compte tenu du régime en place. "Ambassadeur, me disaient-ils, toi tu pars dans quelques heures. Nous, nous restons. Dans le meilleur des cas tu prononceras une belle éloge funèbre devant nos cercueils".

J'étais donc revenu à Paris bredouille, mais avec la conviction qu'une campagne génocidaire suivait son tragique cours dans le pays que je venais de visiter. Le juge espagnol Santiago Pedrez commence à déterrer les cadavres dont j'avais entendu les cris avant leur disparition dans le néant.

Mais aujourd'hui encore le nouvel apport de preuves ne soulève pas d'émotion. Pas plus que ma dénonciation publique de 1982.

Antoine Blanca

 

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 10:24

Une première dans l'histoire de la diplomatie française, ou quand l'insolite le dispute au grotesque: la conférence de presse improvisée de BHL à l'entrée de l'Elysée où il venait d'être reçu par le Chef de l'Etat accompagné d'une délégation de la Libye rebelle. Avec une assurance de voltigeur de cirque, le philosophe à la chemise ouverte immaculée a tranquillement pris le contre-pied du Ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. "Non, monsieur Juppé, a-t-il dit en substance, le Président, moi même et l'insurrection libyenne n'accepterons jamais que Kadhafi puisse rester dans son pays s'il accepte de quitter sa fonction de Guide. Ni même qu'il puisse s'installer dans un pays voisin". Juppé, qui avec d'autres collègues occidentaux et Arabes, négocie discrètement une possible solution à une situation inextricable, a encaissé l'affront sans piper mot. Il venait publiquement d'envisager la solution rejetée avec ostentation par le diplomate de Saint-Germain-des-Prés.

Monsieur le philosophe a ainsi humilié, avec la haute complicité de Sarkozy, toute la diplomatie française. Laquelle choisit, hélas, de s'incliner en silence et en toute humilité.

L'événement, qui n'a pas paru émouvoir plus que cela l'opposition ou la presse, illustre pourtant nos échecs répétés, souvent sanglants en Afrique, au Moyen Orient comme en Afghanistan où 70 de nos soldats "ne sont pas morts pour rien". On avait déjà fait une démonstration d'imprévoyance, parfois d'incompétence, en Tunisie et en Egypte. Notre silence est assourdissant en Syrie où nous affichions pourtant nos ambitions (Bachar el Assad co-présidant le défilé du 14 juillet il y a très peu de temps). En Afrique nous nous trouvons toujours alliés des dictateurs et des corrompus. En revanche la France n'a répondu que de l'extrême bout des lèvres à l'appel à l'aide de la FAO pour secourir les populations moribondes de la Corne de l'Afrique.

Or il paraît que c'est sur son action internationale que Sarkozy est jugé le plus positivement par les électeurs. Grâce à son action européenne, nous dit-on. Espérons que, sur la durée, la lourde mise en scène confirme l'ambition électorale du scénariste.

Antoine Blanca

NB: ce blog va interrompre ses activités pendant quelques jours...

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 18:04

Ollanta Humala va s'installer dans quelques heures au Palais présidentiel de Lima. La droite a beaucoup fantasmé à son propos. Officier activiste ayant participé à une tentative (folklorique) de putsch, élevé dans une famille andine (il est originaire d'Ayacucho, au coeur du peuple quéchua) à la fois marxiste et indigéniste, il avait naguère proclamé son admiration pour Fidel et pour Chàvez. Ollanta faisait donc peur à la classe dirigeante et à la bourgeoisie "blanche". Depuis il s'est débarrassé de ses oripeaux les plus révolutionnaires au point de l'emporter contre Keiko Fujimori avec l'appui de Mario Vargas Llosa, le prix Nobel de Littérature et chantre de la droite libérale péruvienne.

Depuis sa victoire il n'a cessé de donner des gages à l'estaablishment continental. Par exemple en nommant au Ministère de l'Economie et des Finances, Luis Miguel Castilla, le très orthodoxe Secrétaire d'Etat de son prédécesseur Alan Garcia, et à la tête de la Banque Centrale, Julio Velarde, membre reconnu de la démocratie chrétienne locale.

En fait, Humala est devenu un disciple de Luiz Inàcio da Silva Lula, l'ancien président du Brésil qui est venu personnellement le soutenir pendant sa campagne. Un appui plus que symbolique, susceptible de garantir à la fois une profession de foi progressiste, et un réalisme libéral de bon aloi.

Le nouveau chef de l'Etat a par ailleurs négocié avec l'ex-président Alejandro Toledo (le préféré de Washington) dont le parti, "Perù posible", est convenablement représenté au Parlement. Humala va ainsi pouvoir compter, pendant la première année de son mandat, sur une majorité législative plus que confortable.

Sa présidence ne fera pas tache dans le paysage politique, économique et social de la Région. Si l'homogénéité n'y est pas totale, les incompatibilités y sont rares. La droite n'est au pouvoir désormais qu'au Chili (avec un Piñera très secoué par la jeunesse) et en Colombie (où Santos se force à une certaine indépendance vis à vis de Washington). Rompant avec l'anti-castrisme militant de Garcia, dont il prend la place, Ollanta va promouvoir de bonnes relations avec La Havane et avec Caracas. Sans pour autant se montrer défiant vis à vis d'un Oncle Sam qui se désintéresse de plus en plus du sort du sous-continent.

Antoine Blanca

PS: Humala connaît bien notre pays; il a étudié à Paris-Sorbonne où il a aussi passé quelques mois comme attaché militaire à l'Ambassade du Pérou.

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 10:51

Le Nicaragua, le sandinisme et son armée populaire ne font plus rêver la gauche européenne, ni trembler Washington et sa CIA. Aussi en parle-t-on très peu. Le 19 juillet, 32e anniversaire de la victoire des guérilleros de l'Armée sandiniste de Libération nationale sur la Garde des Somoza, est-il une opportunité de rappeler à la vie un petit pays d'Amérique centrale, et des événements qui avaient mobilisé, dans les années 1970 et 1980, l'ensemble de l'humanité progressiste.

A mes yeux ce 19 juillet 1979 marque le premier jour de l'indépendance réelle du Nicaragua. Jusque là cette république, ses richesses et ses splendeurs naturelles avaient été confisquées par des aventuriers criminels ou par des serviteurs zélés de la grande puissance du nord et de ses intérêts. La famille Somoza était l'incarnation de ce mal, avec son bras armé, les mercenaires de leur "garde nationale". C'est contre ce monde nauséabond, qui relevait davantage d'Al Capone que de F.D. Roosvelt, que s'était insurgé Augusto Cesar Sandino. Il devint le héros légendaire des patriotes nicaraguayens après son assassinat par des sbires de la dictature somociste en préparation.

C'est autour de sa mémoire charismatique que s'organisa, à partir de 1961, le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN), lequel décida, quelques années plus tard, d'entreprendre la lutte armée. Je me souviens de mon émotion militante le jour où la guérilla entra, triomphante, à Managua. Le sandinisme formait alors une large alliance de paysans, d'ouvriers et d'intellectuels laïcs ou chrétiens. Humanistes, les vainqueurs libérèrent les 4000 prisonniers de la garde somociste, abolirent la peine de mort et proclamèrent des principes inspirés de ceux de la Révolution française d'avant la Terreur. Tout en se considérant comme les frères d'armes des combattants de la Sierra Maestra et de leur chef, Fidel Castro.

Double allégeance idéologique (le FSLN adhéra à l'Internationale socialiste dont il est toujours membre) que la guerre organisée par la CIA pour détruire par les armes (et provoquer sa destabilisation économique) le gouvernement sandiniste, en créant une armée mercenaire, les "contras", à partir du territoire hondurien  frontalier, ne put concrétiser en un pouvoir réformiste original.

En 1990 le Président Daniel Ortega dut céder la place. De retour au pouvoir désormais, son gouvernement a peu de chose à voir avec celui des années 80. La plupart des sandinistes historiques encore vivants ne se reconnaissent plus dans le FSLN d'aujourd'hui et dans la personnalisation du régime par son chef historique.

 Antoine Blanca

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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