Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 09:47

Les pays industrialisés, ceux du G8, avaient pris leur temps avant de réaliser qu'ils n'étaient pas les seuls maîtres du monde. Ils avaient eu alors la générosité de prolonger leur réunion annuelle par une convocation ouverte à douze pays supplémentaires. Les pays émergents. L'Inde, la Chine, le Brésil, et quelques autres comme l'Algérie, avaient été admis à ce nouveau conclave. Une reconnaissance de leur nouveau pouvoir économique et de leur immense part d'humanité. Le G20 venait de naître.

La grande presse internationale avait alors célébré l'événement, l'annonciation d'une nouvelle ère politique et économique. Mais après les réunions de Deauville elle vient de changer de ton. Avec un ensemble touchant on commence à célébrer le retour en force du G8. Simultanément on apprend que la Direction générale du FMI, haute fonction revendiquée par les "émergents", resterait entre les mains d'un (une) représentant(e) des puissances traditionnelles. Ainsi tout paraît rentrer dans l'ordre.

D'autant que l'exécutif politique réel de l'ONU sera, pour un temps indéfini, exclusivement composé de ses cinq membres permanents: les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume Uni et la France. On pourra continuer de répéter à l'envi que les cinq puissances en question verraient d'un bon oeil l'élargissement du sus-mentionné exécutif. Voilà dix ans que cette bonne volonté est manifestée. Mais tous les initiés savent qu'il n'y aura jamais un début d'accord entre "émergents" pour déterminer les critères d'attribution d'une telle promotion.

En réalité si le G20 voit son influence décliner, c'est parce que les grands pays concernés sont incapables de parvenir à s'accorder sur des objectifs communs. Aucun leader ne surnage de cet océan humain. Chacun joue ses propres cartes. Quand ils ne font pas les beaux en quête de protection.

Bref, à Deauville, les "émergents" du G20 ont seulement eu droit à la photo de groupe rituelle de petits communiants.


Antoine Blanca

Repost 0
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 11:39

Les Espagnols sont parvenus à construire de solides fondations démocratiques qui se renforcent encore face à l'adversité économique. Le gouvernement que préside toujours José Luis Rodriguez Zapatero, Secrétaire général des Socialistes, en sait quelque chosePratiquement inconnu en dehors des cercles militants castillans, il est rapidement devenu politiquement incontournable, surtout quand il eût conduit les siens à une seconde victoire consécutive aux élections générales. Son attachement à la construction européenne et à l'unité de l'Etat espagnol dans le respect des autonomies régionales (considérables en Catalogne et en Euskadi), ne se sont jamais démenties.

En revanche son aspiration à l'égalité sociale, au droit à l'éducation et à la santé pour tous, à une démocratisation du droit au logement, se sont heurtés de front et à la crise générale, et à des institutions européennes dominées par la droite libérale. Il est vrai que presque partout l'Europe vote à droite marginalisant, chaque jour davantage, les gouvernements socialistes du sud.

Aujourd'hui après la défaite aux dernières élections locales et régionales, le PSOE doit réviser ses analyses et sa stratégie.

En ce qui touche sa personne, Zapatero n'avait pas attendu le récent verdict des urnes pour annoncer son départ du gouvernement et de la Direction du PSOE...après les élections législatives de 2012. Il n'y aura toutefois pas de primaires pour la désignation de son successeur. Elles devaient opposer le vice-président Pérez Rucalba (ministre de l'intérieur), à la Ministre de la Défense, la catalane Carme Chacòn. Car, devant l'étendue du désastre électoral du 22 mai, cette dernière a laissé son concurrent annoncé seul en course.

Rucalba dirigera la prochaine campagne des législatives.

Dès cette semaine il va entrer en campagne en Andalousie, vaste communauté région qui s'apprête à voter à son tour. Ce fief socialiste traditionnel va-t-il tomber à son tour?

En tout état de cause la défaite du 22 mai a produit un effet unificateur dans la gauche et, last but not least, mis sur le devant de la scène un futur leader (il en a l'étoffe), le lendakari socialiste d'Euskadi (1), Patxi Lòpez. Impresssionnant d'autorité.

 

Antoine Blanca

(1) titre en euskera, langue basque, porté par le président du gouvernement autonome.

Repost 0
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 10:09

Quand j'ai appris qu'on allait déterrer le corps du président Salvador Allende afin de déterminer les causes de son décès (assassinat par les militaires factieux ou suicide), j'ai hésité entre stupeur et indignation. Car si nombre de points concernant les événements du 11 septembre 1973 demeurent obscurs et doivent retenir l'attention de chercheurs et d'historiens, le suicide du Président constitutionnel du Chili est un fait documenté par un témoignage incontestable, celui de son médecin et ami le Docteur Giron.

Le 11 septembre était un mardi. Allende subissait la pression de plus en plus forte de la droite chilienne qui tentait d'immobiliser le pays en paralysant les transports (grèves des propriétaires de camions payés par la CIA, interruption des exportations de cuivre, manifestations des dames des beaux quartiers suivies de leur domesticité et armées de casseroles). Le 24 juin il y avait eu répétition générale de coup de force militaire, mouvement rapidement jugulé par le Chef d'Etat major, le général Carlos Prats. Mais ce dernier avait dû démissionner pour être remplacé par Pinochet (1). Le Président avait décidé de surprendre en annonçant un appel à un référendum constitutionnel. Les textes étaient prêts et Don Salvador allait s'adresser au peuple en ce jour qui allait être celui de sa mort.

 

En quittant sa résidence de Tomàs Moro avec son escorte, très tôt ce matin là, le Président savait tout des mouvements suspects dans les casernes. Arrivé à La Moneda, il appela son petit monde dans son bureau, renvoya quelques uns, dont une de ses filles (qui tenta de résister à son ordre), sous différents prétextes, ne gardant auprès de lui que ceux capables de manier une arme à feu. Il demanda aussi aux carabiniers de partir mais fit saisir leurs armes et leurs munitions. Quand les militaires félons attaquèrent le Palais, la riposte fut vigoureuse. Nous avons une photographie montrant "El Chicho"(surnom affectueux que le petit peuple donnait à son président) casqué et armé, avec sa garde rapprochée, observant les dégâts causés par les premiers bombardements aériens. 

Il s'adressa à la Nation par les ondes. Le souvenir de ses allocutions me prend encore aujourd'hui à la gorge.
Quand la fin devint inéluctable une dernière réunion des fidèles se tint dans le bureau présidentiel. Le Chef de l'Etat ordonna à tout le monde de quitter La Moneda. Il sortirait le dernier, assura-t-il. Le Dr. Giron resta avec son confrère et ami. Mais Allende lui dit de partir aussi, qu'il avait quelque chose à faire et qu'il le suivait. Arrivé à la porte, le docteur entendit une rafale de PM. Allende s'était suicidé en plaçant le canon sous la gorge. Sans doute se refusait-il à une reddition à des traîtres, à se livrer à leurs possibles manipulations.

Le témoignage du docteur est irréfutable et aurait dû éviter cette exhumation regrettable à tout point de vue.


Antoine Blanca

(1) Carlos Prats et son épouses furent assassinés à Buenos Aires grâce à la complicité des autorité argentines de cette époque.


(pour en apprendre davantage je vous renvoie à la biographie que j'ai écrite, éditée chez Bruno Leprince "Allende, l'autre 11 septembre"; la première édition, abondamment illustrée, parue en 1975 chez Martinsart est malheureusement épuisée)


Repost 0
28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 11:05

D'aucuns appellent cela vivre avec son temps. Surveiller le tour de taille de tel candidat, délibérer de l'élégance ou, au contraire, du manque de goût vestimentaire de telle autre, en apprendre plus sur la constance ou l'inconstance amoureuse de tous ...Les malheurs new-yorkais de DSK n'ont fait que renforcer cette tendance au voyeurisme politique, au détriment du débat sur les thèmes dont l'illustration conditionnera notre avenir.

Les socialistes m'accuseront d'être bien injuste: le débat en vue de l'élaboration d'un projet, à la fois ambitieux et réaliste, dure depuis des mois et, aujourd'hui samedi 28 mai, une Convention du PS va peut-être ouvrir les discussions sur la fameuse primaire, nous rapprochant de l'étape finale. Mais les instances du Parti proposent tandis que les médias imposent. Et dans la société qui est la nôtre on ne plaisante pas avec la com', avec le "paraître", avec les appréciations sur le style oratoire.

Dans la perspective, toute proche, du combat qui va nous opposer à Nicolas Sarkozy, il faut se préparer  à un long débat projet (socialiste avec les variations apportées par le candidat), contre personnalité d'un adversaire aux visages multiples et à l'agitation infernale. Lui, ne nous pardonnera rien, s'enfoncera avec malignité dans la moindre faille, utilisera tous les coups bas. Face à cet expert en grandes et petites manoeuvres, jamais aussi motivé qu'en campagne électorale, nous devons convaincre des Français et des Françaises déboussolés que le projet présenté répond, avec lucidité et faisabilité, à leurs attentes à court terme et à leur espoir à moyen terme.

Vaincre le scepticisme qui perturbe le coeur de nos compatriotes ne sera pas chose aisée. Mais nous y parviendrons si nous savons, les uns et les autres, nous élever au-dessus des mesquineries de circonstance ou dressées par l'incompatibilité des ambitions, de l'irrationnalité des antipathies, des seigneuries géographiques.

L'enjeu est d'importance: rendre une véritable République sociale aux citoyens français. Gagner est à notre portée dans la mesure où nous ne serons pas nos meilleurs ennemis.

 

Antoine Blanca

Repost 0
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 23:36

Fujimori a battu Mario Vargas Llosa (aujourd'hui Prix Nobel et marquis espagnol) en 1990, par une marge conséquente, et restera Président du Pérou jusqu'en 2000 (son second mandat il l'avait obtenu en réunissant deux fois plus de voix que Pérez de Cuéllar, le Péruvien qui avait été pendant 10 ans Secrétaire général de l'ONU). Alberto Fujimori purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité. Son dossier criminel est suffisamment épais pour lui interdire tout retour à la vie publique.  (1)

Le fujimorisme pourrait pourtant revenir aux affaires, un nouveau chapitre sinistre de l'histoire du Pérou moderne s'ouvrirait alors grâce à l'incompréhensible appui du vote populaire.

En effet sa fille Keiko Sofia est qualifiée pour disputer le deuxième tour, le 5 juin, de la présidentielle. D'abord distancée dans les sondages par Ollanta Humala, son concurrent de gauche (un ancien officier),  elle a, depuis, comblé son retard. Les deux concurrents seraient au coude à coude.

Un retour du président/criminel au pouvoir, par fille interposée (Keiko idolâtre son papa) a donc 50% de chances de devenir réalité.

Outre sa filiation, l'aînée des enfants Fujimori bénéficie d'autres atouts. Et d'abord de l'appui ferme de l'Opus Dei, institution très puissante dans le pays où elle possède, entre autres grandes propriétés, une Université. Le cardinal Juan Luis Cipriani, archevêque de Lima et âme damné de l'Opus, est l'un de ses principaux mentors. Vargas Llosa le décrit ainsi: "il représente à mon avis la frange autoritaire et obscurantiste de l'Eglise, celle de l'Index, de Torquemada, de l'Inquisition et des bûchers élevés pour les hérétiques et les apostats".

La partie la moins scrupuleuse du patronat péruvien apporte sa caution et son argent à la candidature néo-fujimoriste, celle de cette Keiko, qui a été cinq ans députée et titulaire d'un record douteux: celui des absences aux séances (500). Elle préférait parcourir le pays et fortifier ses réseaux politiques et caritatifs en liaison étroite avec l'Opus Dei. Son frère Kenji (31 ans) est en outre le député qui a obtenu le plus de voix aux législatives. Il a été à la fois le "chouchou" de son président de père, et celui du macabre Vladimiro Montesinos (2), l'ancien capitaine qui dirigeait la corruption et les assassinats politiques ou mafieux.

Je crains de m'étendre davantage alors que je dispose de la matière suffisante à la rédation de plusieurs romans noirs.
Aujourd'hui je me limiterai à une mise en garde de l'opinion internationale qui tourne le plus souvent le dos aux problématiques latino-américaines: en cas de victoire d'une Fujimori bis, une certaine forme de stabilité et de transparence économique et politique aura vu le jour au Pérou. Il sera ensuite laborieux de liquider une dictature rampante.

 

Antoine Blanca

(1) Seule une grâce présidentielle pourrait écourter sa peine. En cas de victoire de Keiko certains spéculent, on l'espère à tort, que le Président Alan Garcia pourrait l'accorder en échange de certaines garanties pour ses proches. Il disposera en effet de sept semaines avant de remettre formellement les insignes du pouvoir.

(2) Pendant quelques années la faamille Fujimori était logée à l'abri des fortifications du Centre National d'Intelligence où Montesinos vivait et partageait de facto le pouvoir. Le petit Kenji appelait ce personnage "tonton Vladi".

Repost 0
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 09:14

Je comprends mal que des dirigeants socialistes, interrogés sur la candidature de notre actuelle ministre de l'Economie à la direction générale du FMI, puissent envisager de lui apporter la caution symbolique bienveillante de la gauche. Pour autant que je le sache, en effet, nous n'avons pas été préalablement consultés par le patron de cette dame, Nicolas Sarkozy. De sorte que notre bénédiction est ainsi totalement gratuite, au plein sens du terme.

Alors, pourquoi une telle indulgence? On dira, bien entendu, qu'il s'agit de démontrer notre sens des responsabilités en affichant, en cette circonstance, une volonté d'unité nationale. On ne manquera pas d'ajouter un couplet féministe (enfin une femme à la tête d'une grande institution mondiale), et un autre sur la "compétence reconnue" de la Ministre. Je conteste en bloc ces types de visions.

S'agissant d'une fonction d'une telle dimension le PS ne doit prendre en compte que les orientations politiques de l'intéressée. Or celle-ci s'est comportée, ces quatre dernières années, comme un serviteur zélé, inconditionnel, aveugle, de l'Elysée. Elle s'est soumise à tous ses caprices, y compris en faisant accorder une multimillionnaire indemnisation, par le contribuable, à ce pauvre  M. Tapie.
Alors, s'il vous plaît, laissons pour cette fois l'argument féministe de côté.

Martine Aubry et François Hollande ont aussi tenu à rappeler, chacun de son côté, la compétence et l'expérience internationale de la dame en question. Or, en dehors d'avoir servi l'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire de la République, où la compétence et l'expérience de notre candidate se situent-elles? Réponse: dans le service d'un gigantesque cabinet d'affaires étatsunien. Au point que l'anglais américain est devenu son unique langue de travail. Mme Lagarde est, dans le domaine économique, une ultra libérale, une disciple de Milton Friedmann et de ses Chicago-boys. Une sorte de Claude Guéant économique.

Une telle candidature n'est pas aux couleurs bleu-blanc-rouge. Au contraire. Car sans doute, si d'aventure elle était élue en dépit de l'opposition des pays émergents et des pays en développement, elle s'appliquera à démolir ce que le mandat écourté de DSK a apporté de positif, en favorisant une politique plus équilibrée en matière de développement humain.

Non vigoureux, par conséquent à Mme Lagarde.

 

avec tout ce que ce blog peut peser, je persiste et signe,

Antoine Blanca

Repost 0
25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 10:00

Peu de choses m'indisposent autant que d'entendre, en se reférant aux responsables politiques, des expressions du type "tous pourris" ou, pis encore, "nous voulons qu'ils s'en aillent tous!". C'est pourtant ce qu'ont entendu les télespectateurs de la bouche de certains manifestants de la Puerta del Sol à Madrid.

Se libérer de sa colère en la criant peut faire du bien dans un premier temps. Mais il faut par la suite que les "indignés" fassent un peu d'introspection et se demandent s'ils font en sorte de contribuer à la vie, à l'animation de la société dans laquelle ils évoluent. L'Espagne est désormais un pays démocratique, toutes les opinions y ont leur place si on les expose dans le cadre de la loi. Quand ils demandent aux élus locaux, régionaux et nationaux de partir tous (que se vayan todos!, proclamait un porte-parole improvisé) ils oublient deux choses:

1) que les élus, quel que soit leur bord, sont issus du suffrage universel.

2) que les indignés de la Puerta del Sol ne souhaitent pas les remplacer.

On conteste, on ne propose pas, on ne veut surtout pas militer en politique ou en syndicalisme...Soit, mais alors pourquoi ne pas choisir l'action associative qui ouvre mille chemins et des centaines de routes et participe de la vie de la Cité. En démocratie, pour pouvoir exiger, il faut aussi savoir donner.


Le monde associatif espagnol est encore trop étriqué. Trente six ans de dictature féroce, la main-mise sur l'enfance et la jeunesse par religieux et religieuses, n'ont guère facilité son épanouissement. Il n'esiste pas, dans la législation l'équivalent de notre Loi républicaine de 1901: une réussite totale qui a donné à l'action volontaire française une puissance considérable. Depuis un siècle, des dizaines de millions de nos compatriotes, de 7 à 77ans (et plus) ont employé leurs talents au bénéfice de la collectivité.

Bénévolement? Pas seulement. Car la vie associative est aussi créatrice d'emplois. Un million en France. Autant dans la péninsule ibérique dans dix ans si l'on créé des centres de formation adéquats.

J'inviterai donc ceux qui ont choisi de faire du camping sauvage au centre de Madrid, à rendre leur indignation productive en militant. Non en politique (quelle horreur, n'est-ce pas? On peut même se demander pourquoi tant de leurs concitoyens ont risqué leur liberté ou leur vie pour avoir le droit de le faire!), mais en apportant leur libre concours à la construction d'une Espagne encore plus belle.

 

Antoine Blanca

Repost 0
24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 10:21

La gauche en général, et celle des pays en développement en particulier, détestent le Fonds Monétaire International. Et on peut les comprendre. Voir arriver un haut représentant de cette institution washingtonienne est toujours un mauvais signe. Il vient en principe aider à "restructurer" la dette. En réalité il s'agira d'imposer des sacrifices difficilement supportables aux salariés et aux consommateurs,  de supprimer des services publics (dans l'enseignement, la santé, les transports) tout en protégeant les entreprises privées et les plus fortunés au prétexte qu'il faut les empêcher d'aller s'installer ailleurs.(1)

Ambassadeur de France en Argentine durant les cinq ans qui suivirent la fin de la dictature militaire, je dus assister, impuissant, à l'étouffement de la démocratie qui se voyait condamner à payer au prix le plus fort les incongruités économiques et financières de ses sinistres prédécesseurs. Un Directeur général français était chargé de rendre effectives les consignes criminelles du gouvernement Reagan.

C'est dire que c'est en connaisseur que j'appris l'acceptation de cette haute fonction par un socialiste aussi renommé que DSK.

J'ai changé d'avis aujourd'hui. Au cours de ces quatre années qu'il a passées à la tête du Fonds, notre compatriote a travaillé à le réformer en profondeur. Et il a eu la chance de trouver en Obama, représentant le plus important contributeur, un interlocuteur compréhensif, voire même encourageant. Trois pays membres de l'Union européenne (une consternante grande première), se sont vus contraints de faire appel au FMI. Et leur gouvernement a dû se soumettre à une cure d'austérité particulièrement douloureuse. Mais sans l'esprit dans lequel DSK a travaillé à la solution de ces dossiers, la souffrance des peuples concernés se serait transformée en drame majeur. Quand la tempête médiatique et judiciaire qui touche sa vie personnelle sera passée, sans doute que DSK pourra nous donner plus de détails sur les aspects positifs de sa mission à Washington.

 

Antoine Blanca

(1) On a reproché à DSK d'avoir dit, en aparté, que frauder sur l'impôt était un sport national en Grèce. Malheureusement il a dit vrai et cela conserne les plus fortunés. Ainsi les armateurs, tous multi-milliardaires, sont-ils dispensés d'impôt. Et j'ai entendu le président de leur association menacer à la télé: "si on nous impose, nous irons nous installer à Monaco". Or l'activité qu'ils représentent est vitale pour cette vieille nation. Leur patriotisme s'arrête au niveau du portefeuille.

Repost 0
23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 10:45

Pendant les années 30 et 40 on parlait des deux Espagnes. Bien entendu, une telle expression avait toute sa raison d'être pendant les trois ans de guerre civile. Mais en fait une telle partition était perceptible dès 1812 avec les Cortes de Cadix. La bataille, sourde ou déclarée, fit rage, pendant tout le XIXe siècle entre ceux qui se reconnaissaient fils des Lumières et le cléricalisme ultra-conservateur et militariste.

Si tous les Espagnols formaient procession derrière la croix du Christ, une moitié le faisait armée d'une épée, l'autre d'un bâton. On ne chantait pas la même messe.

Au XXe siècle, il y avait toujours deux Espagnes, celle de gauche et celle de droite. Avec la consolidation de la démocratie post-franquiste cette division s'est confirmée: autour des socialistes à gauche, autour du parti de droite dominant (avec ses appelations contrôlées successives), pour les conservateurs et autres héritiers du franquisme.

La gauche vient de perdre dans un grand fracas les élections locales et régionales d'hier( 22 mai). Le Parti populaire, en dépit des scandales majeurs de corruption qui entachent la gestion de leurs champions, triomphe presque partout.

Mais depuis le 15 mai une troisième Espagne est venu compliquer le jeu politique, semant le trouble parmi les observateurs. Des dizaines de milliers de jeunes citadins remplissent les plus grandes places pour clamer leur désarroi. Chômage massif, dévalorisation de leurs diplômes, impossibilité de se loger. Ils sont pacifiques, comme l'est le gouvernement Zapatero. Ce dernier a même dit que, s'il avait eu quinze ans, il camperait aussi Puerta del Sol.

Tout ce monde, au demeurant sympathique, s'indigne contre le gouvernement, les communautés régionales, les maires, les députés et les sénateurs.

Mais, comme tous disent se situer en dehors de l'action politique, ils ne proposent rien pour changer le cours des choses. Ils exercent, en quelque sorte, leur droit à la "pataleta"(trépignement enfantin).

Zapatero, qui n'a plus quinze ans,  a fait tout son possible pour atténuer les effets de la crise qui, en Espagne, sont particulièrement rudes après une croissance rapide pendant au moins trente ans. Le seul changement profond serait la sortie du système de libéralisme économique dominant en Europe. 

Mais personne ne propose une solution aussi radicale, pas même la gauche de la gauche espagnole.

Pas même, surtout, les manifestants de la Puerta del Sol avec leur indignation stérile.

 

Antoine Blanca

Repost 0
22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 10:28

Sarkozy prend ses désirs pour autant de réalités: le drame qui est en train de se dérouler à New-York ne cause pas de tort, ni politique, ni moral, au PS. On assiste, bien au contraire, à un mouvement d'adhésions inhabituel, tant au siège national de la rue de Soférino, que dans les sections locales et les fédérations départementales. Les réunions internes font le plein et les adhérents ont participé en grand nombre au vote sur le projet socialiste.

Bien entendu l'atmosphère des rassemblements est plus grave que joyeuse. Comme tous les Français, les socialistes voudraient enfin connaître la version des faits de Dominique. Il est déjà établi qu'il n'a pas cherché à "fuir précipitamment en abandonnant son portable et quelques affaires" mais, qu'ayant effectivement oublié son téléphone mobile, il a appelé la réception du SOFITEL pour qu'on le lui fasse porter à l'aéroport Kennedy. Ceux qui l'ont vu s'intaller en classe affaires témoignent qu'il paraissait détendu, et regardait une belle hôtesse avec intérêt... Enfin son arrestation n'a pas été, comme on l'a dit, spectaculaire, mais au contraire on ne peut plus discrète: la police de NY a utilisé un subterfuge (des badges du personnel de sécurité de l'aéroport) pour se présenter.

Attendons davantage avant de juger: pendant plusieurs jours les rumeurs les plus contradictoires ont circulé, par exemple, sur l'origine de la femme de chambre,  en fait une peuhle de Guinée-Conakry.

 

On ne s'attristera pas d'apprendre que la bande de l'Elysée a dû, en maugréant, ranger les "exocets" qu'elle s'apprêtait à envoyer en direction de DSK. Pour le moment on ronge son frein et Sarkozy achète de la layette.

Tout en ayant recours à la méthode Coué pour tromper la certitude qu'il porte au fond de son coeur: il n'y aura pas, pour lui, de reconquête.

 

Antoine Blanca


Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens