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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:28

Il n'y a pas si longtemps les grands prédicateurs de l'économie nous parlaient de miracles. Et, avec une certaine onction, les grands prêtres de la presse, de la politique libérale, de la croissance universelle et de l'émergence de nouvelles grandes puissances nous révélaient, aux Européens ébahis par tant de science, que des pays comme l'Irlande, l'Islande, la Grèce étaient à la veille d'exploser d'une prospérité nouvelle.

Des majorités néo-libérales, fleurant bon le tchatchérisme impitoyable, gouvernaient alors ces républiques.

Le cas de l'Irlande est particulièrement intéressant à observer: les Irlandais, assurés de leur nouvelle richesse, commencèrent à se demander en quoi l'appartenance à l'Union européenne était susceptible de les intéresser. Ils avaient un avenir radieux qui s'ouvrait sur des lendemains qui chantent par-delà les océans. Les prévisionnistes les plus savants l'annonçaient, des chiffres le confirmaient, les banquiers dansaient une folle sarabande.

Las! Economistes savants, journalistes pompeux, politiciens ambitieux, banquiers dépourvus de vision, tous s'étaient trompés.
Désormais, avec la même détermination dont elle avait fait la preuve pour envisager de la quitter sans vergogne, l'Irlande appelle l'Europe au secours. Encore une fois les "O'Attalis" du coin se sont trompés de a à z.

L'exode a commencé: celui des jeunes diplômés et des cerveaux. C'est un nouvel exode vers les Etats-Unis, l' ouest canadien, l'Australie. Bientôt l'Eire aura perdu une bonne partie de ses capacités créatrices.
Naturellement, ce nouvel exode ne présente pas le même dramatisme que celui du milieu du XIXe siècle, quand le milidiou de la pomme de terre, les manoeuvres criminelles des maîtres anglais et la cupidité des landlords décidés à rebâtir de grands domaines, furent la cause d'une famine qui coûta un million de vies et obligea deux autres millions d'Irlandais à partir.

Mais les nouveaux malheurs de cette vaillante nation illustrent bien la volatilité irresponsable des prévisions, à commencer par les mieux claironnées.
Il faut certes les noter, en tenir compte. Mais pas, comme le dit mon curé, les prendre pour paroles d'Evangile.

 

Antoine Blanca


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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 16:00

Si la candidate de Lula et de son parti restent en tête dans les sondages, le résultat final est désormais moins assuré en sa faveur.

Cela révèle que la crainte de Dilma Rousseff était fondée: faute de gagner dès le premier tour, les vieux démons allaient, disait-elle en privé, remonter des souterrains dans lesquels ils se terraient:

-- les égoïsmes traditionnels d'une bourgeoisie qui n'acceptait le pouvoir d'un président venu des profondeurs de la misère que parce qu'ils se sentainet ainsi, tous comptes faits, mieux protégés; et que finalement les plus aisés de la société brésilienne avaient bien participé de  la nouvelle prospérité;

-- la grande presse qui, bien que massivement hostile à l'action du Chef de l'Etat sortant, avait appris à retenir habilement sa plume. Il faut dire que les propriétaires de grands quotidiens et hebdos, eux aussi, s'étaient retrouvés mieux dotés après huit années de "lulisme";

-- l'église catholique et les innombrables et (aujourd'hui) influentes églises évangéliques. Elles sont très actives  dans le pays, notamment parmi les pauvres. Ces évangélistes n'ont aucun lien avec la Fédération des églises protestantes traditionnelles; catholiques (le président sortant se dit pratiquant) et évangélistes avaient obtenu de Lula qu'il renonce à son projet d'autoriser l'IVG et de mieux tolérer l'homosexualité...C'est d'ailleurs  le seul point de convergence entre le Vatican et les chrétiens d'un nouveau type.


Le ballotage, le score, meilleur que celui attendu, du candidat d'opposition José Serra, la révélation, aux yeux de l'opinion internationale, de la popularité de  l'écologiste Marina Silva, formée aux affaires par le gouvernement sortant, ont déclenché un processus de critique violente destiné à miner la candidature de Dilma encore regardée par beaucoup commme dangereuse révolutionnaire. Ses détracteurs ont retrouvé les accents les plus injurieux, propres à la droite populiste (mépris des pauvres qualifiés de parasites parce que 12 millions d'entre eux bénéficient de la bolsa-familia, sorte de revenu minimum de subsistance instauré par le gouverneme Lula). Sur ce type d'aides gouvernementales, sur le droit à l'avortement, sur la politique sociale et sur celle du logement pour les humbles, sur les améliorations apportées aux favelas, on a fait donner internet. Il est vrai que les pauvres n'ont pas d'ordinateurs, eux...

Pour changer la donne en faveur de la droite on compte beaucoup, aussi, sur une partie des 20 millions de voix qui se sont portées sur la candidate Verte. Son parti, hétéroclite à souhait, gangrené par de nombreux aventuriers de la politique, ne s'est pas prononcé à ce jour. Mais sur le terrain les élus Verts, avec l'assentiment du  président de ce micro-parti, sont totalement ambigus et préfèrent le plus souvent nouer des alliances à droite. A condition qu'elles  soient prometteuses pour leur propre avenir.

Il est vrai que Marina Silva, coqueluche d'une certaine gauche moderniste, est une adepte de l'évangélisme dont elle paraît subir l'influence intégriste.

 

Antoine Blanca

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 09:32

J'hésite toujours à opposer "riches et pauvres", un vocabulaire en apparence ringard qui nous ramène au XIXe siècle, à Hugo et à Zola. Et pourtant...

J'ai du mal à croire une lycéenne de 17 ans quand elle utilise un discours de syndicaliste orthodoxe pour dire son inquiétude pour ses vieux jours. D'ailleurs les politiciens et les journalistes de droite font leurs choux gras de ces propos.

Mais la réalité est que ces jeunes ont des inquiétudes moins ciblées: ils savent que, quelle que soit leur réussite scolaire, ils auront du mal à trouver un emploi, que la société dans laquelle ils sont appelés à grandir s'oriente vers la dégradation générale: moins d'enseignants, moins de services de santé, moins d'égalité dans l'Education nationale, moins de services publics, moins de laïcité.

Grâce aux luttes politiques et syndicales leurs parents, grands parents et arrière-grands parents, étaient allés, parfois cahin-caha, vers le "toujours plus." Nous n'ignorons pas aujourd'hui que la tendance chez nous est d'aller vers le toujours moins pour les non privilégiés.

D'où l'urgence qu'il y a à renverser la vapeur et, pour la gauche frannçaise et européenne, de proposer des solutions sociales et économiques justes et équilibrées.

 

Et c'est à ce point que j'aborde la question des riches et des pauvres.

Le 12 octobre dernier je me rendais à l'Ambassade d'Espagne à l'occasion de la fête nationale de ce pays si proche. Avenue George V, au coin des Champs Elysées, une queue impressionnante attendait son tour devant l'entrée de la grande boutique Vuitton. J'imagine que c'était ainsi pendant l'Occupation devant une boucherie-charcuterie un jour de distribution de rationnement. Mais évidemment, chez Vuitton, il ne s'agissait pas de bidoche. Ainsi, ce que j'avais lu dans la presse se vérifiait sous mes yeux: les établissements de luxe rationnaient leurs produits et réduisaient leurs heures d'ouvertures, pour "ne pas manquer pour les fêtes de fin d'année". 

Illustration de notre France d'aujourd'hui: surabondance de luxe, de gaspillage pour une petite minorité de privilégiés, grignotage des acquis pour les grandes majorités. Toujours plus pour les premiers, toujours moins pour les autres.

Un tout récent éditorial du +Monde+ dénonçait une France conservatrice, arc-boutée sur ses "acquis". On mettait ainsi tout le monde à la même enseigne, ceux qui luttent sur le reculoir pour leurs droits, et ceux qui conservent leurs privilèges et même les reforcent tous les jours. Etre acionnaire d'une firme du CAC 40 est plus rentable que d'être dans la production.

La lutte des classes pourrait bien retrouver toutes ses couleurs.

 

Antoine Blanca

 

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:45

Ingrid Betancourt, devenue en France une sorte d'héroïne, publie chez Gallimard le récit de sa longue captivité au coeur de la forêt tropicale colombienne. Cette sortie en librairie bénéficie, depuis plusieurs semaines déjà, d'une couverture médiatique exceptionnelle. C'est que chez nous son drame avait reçu un appui presque unanime du monde politique (de Sarkozy à Delanoë en passant par un Villepin qui se serait bien vu en Tarzan amazonien délivrant Jane). Dans ses terres d'origine, du côté de Bogotà, en revanche, on ne cache pas sa surprise de voir notre pays l'honorer à ce point: là-bas elle a douché à l'eau glacé les mieux disposés à son égard en réclamant à l'Etat colombien des millions de dollars de dommages et intérêts pour ne pas l'avoir faite libérer plus vite. Et de s'interroger sur cet excès de gloire scénarisée.

On comprend alors mieux les raisons qui l'ont conduite à venir s'installer en France. Et en Française. Prétendra-t-elle un jour à un mandat politique sur l'Hexagone après ses désespérants ratages en terre américaine? Car c'est en candidate, "verte", à la Présidence de la Colombie que l'ex-sénatrice, créditée charitablement de 0,5% dans les sondages, était allée se jeter dans la gueule du loup malgré les mises en garde des forces de l'ordre et de tous ceux qui lui voulaient du bien. Dans le but  évident d'attirer  l'attention de ses concitoyens de là-bas sur sa personne. Elle allait, toute seule, discuter avec la guérilla. On allait bien voir!

Elle n'imaginait pas, faut-il le dire, que cela se terminerait par une longue captivité dans de bien pénibles conditions. Libérée, avec d'autres, par l'armée de son pays, au terme d'une opération secrète frisant la perfection, elle est apparue  en bonne forme physique devant les caméras. Nous nous en réjouissons d'autant plus qu'elle a pu très vite venir en France, remercier tous ceux qui auraient bien voulu être ses libérateurs (ils l'ont été d'ailleurs un peu) et, surtout, se rendre à Lourdes couverte de voiles pour rendre grâces à la Vierge et à Bernadette Soubirou. Avant d'aller baise dévôtement l'anneau du Saint Père. On ne lui connaissait pas une telle piété.

Aujourd'hui elle va vendre son livre en attendant que ses compagnons et compagnes de captivité complètent ausssi leurs souvenirs. Ils seront moins glorieux pour l'Ingrid franco-colombienne. Soyons-en certains.


Et les ravisseurs dans tout cela? L'histoire des FARC commence en 1948 avec l'assassinat d'Eliecer Gaitan, héros populaire, idole des sans-droit. C'est alors la déchaînement, une répression sanglante, une guerre civile interminable. Une période que les Colombiens appelèrent "VIOLENCIA". Avec les répercussions de la guerre froide dans le sud du continent américain, les commmunistes s'armèrent de leur côté. Les FARC sont les lointaines héritières, aujourd'hui dévoyées, de leur organisation militaire. Sans objectif politique véritable, les FARC se ravitaillent désormais par le rackett, le commerce d'ôtages et, surtout la protection et la promotion du trafic de stupéfiants. Pourtant, il y a trente ans encore, la conclusion d'une paix avec le pouvoir avait autorisé ces communistes à revenir à la vie civile après avoir déposé les armes. Ils se transformèrent en parti politique nouveau, l'Union Patriotique, décidé à participer électoralement à la vie démocratique du pays.

Cela s'avéra  impossible du fait de la droite et de ses escadrons de la mort. En quatorze mois 800 responsables de l'UP furent assassinés. L'auteur de ces lignes en sait quelque chose: il avait aidé à convaincre un jeune chirurgien et son épouse à reprendre leur place à l'hôpital. Ils furent massacrés presque aussitôt. 

Sans rien vouloir excuser du présent, il convient parfois de regarder vers le passé récent. Pour comprendre.

 

Antoine Blanca

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 23:34

Dans l'impasse où il s'est enfermé, Sarkozy et les siens comptent sur la division et la provocation du camp syndical et démocratique.

Pour le moment la division n'est pas perceptible, même si elle est latente. Que peut penser un salarié gréviste qui donne sa journée, de son camarade qui garde sa paye? Les deux sont pourtant placés à la même enseigne, demeurent peut-être encore amis et solidaires. Mais n'assument pas de la même manière le coût moral et financier de la solidarité. Cela ne peut être qu'un facteur de division.

La provocation, elle, est naturellement dans la tête de tout politicien de droite. Depuis le début. Mais l'appréciation, là aussi, sur la manière et l'opportunité sont facteurs de division. Sarkozy tient difficilement tout à lafois ses nerfs et ses propres troupes exception faite du petit cercle de dévôts. 

Mais la droite entière a dans sa tête ce qui se produisit à la fin de mai 68,  un retournement complet de situation inspiré par celui qui avait déjà pris la place du Général, Georges Pompidou. La gauche mit ensuite 13 ans à s'en remettre.
La situation actuelle n'est pas comparable. Le seul point commun, ce sont les jeunes: en 68, ce sont eux qui, de manière brouillonne, sans véritable proposition globale cohérente, avaient lancé un mouvement spectaculaire dans lequel les travailleurs avaient fini par se faire une place. Les étudiants s'étaient en fin de compte  soudain évaporés, sans presque crier gare. Les salariés avaint engrangé des avantages que l'économie serait bien incapable de leur accorder en 2010.

La gauche politique, elle, avait morflé. En 68, 69 et 73,  trois défaites électorales historiques.

Presque impensable aujourd'hui, si l'unité syndicale et politique continue de prévaloir. Depuis longtemps Sarkozy fait savoir qu'il craint surtout la jeunesse en mouvement. Les responsables des partis et des confédérations ont vu le piège qu'on pourrait leur tendre en les accusant de jeter les enfants dans la rue (remarquez qu'on ne parle pas d'étudiants, mais de collégiens et de lycéens). "Nous ne voulons pas instrumentaliser la jeunesse", ont-ils dit presque en coeur les dirigeants syndicaux et politiques tandis que l'UMP faisait davantage que montrer le bout de son nez un peu tuméfié.

Qu'on laisse donc les responsables continuer à gérer avec détermination et prudence ces événements qui ne doivent pas les déborder, nous déborder.

Que certaines ambitions politiques individuelles, cycliques, ne viennent pas offrir les prétextes à un pouvoir qui n'en a que trop besoin pour jouer la politique du pire. Sachons déjouer les provocations.

 

Antoine Blanca

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 10:34

Et tout d'abord, je tiens à signaler à mes lecteurs la publication d'un livre très documenté, sous forme de roman mais dont la vérité, à mon sens , est enrichie par le rythme de la fiction.

Son auteur, Maurice Lemoine; son éditeur "editions Don Quichotte". Vous devriez trouver ses 1050 pages (que cela ne vous effraye pas, cela se lit avec passion d'un bout à l'autre) dans toutes les bonnes librairies. Autant qu'un roman, il s'agit d'un document inestimable pour ceux et celles qui veulent regarder les Cubains avec les yeux ouverts, ceux qui vivent, travaillent et souffrent dans leur pays, comme ceux qui, pour des raisons economiques, politiques ou d'intérêt, se sont expatriés.

Inestimable pour découvrir l'univers cubain vu du Département d'Etat et des différentes Agences fédérales de Washington: l'univers de ceux qui intimément ou publiquement sont partisans de mettre fin à un embargo commercial qu'il s estiment aujourd'hui injuste et inopérant; de ceux  qui voudraient aller et venir librement du continent à la Grande île caraïbe pour raisons touristiques, culturelles ou parfois familiales; enfin il n'est pas question d'oublier  le cercle riche et influent à Miami et au Congrès d'héritiers de la dictature, celui aussi des maisons des jeux, des bordels de toutes catégorie, à tous prix, l'île de tous les trafics dans un Las Vegas qui aurait échappé à tout contrôle légal national et international.

Tout cela est vu à travers le navrant exemple de la condamnation de cinq citoyens cubains, au terme d'un procès en sorcellerie conclu par une condamnation à des peines interminables d'emprisonnement assorties de privation presque généralisé de droit de visite.

Maurice Lemoine a écrit de nombreux ouvrages et reportages dédiés aux Amériques. C'est son quatrième roman. Chose exceptionnelle, quand on sait la répugnance qu'éprouvent les medias français pour un minimum d'équité dans l'information sur Cuba et sa poiltique, il a été interviewé à une heure de bonne écoute sur une chaîne TV, par un journaliste respecté, dans une émission littéraire.

Que mes amis d'ARTE, par ailleurs ma chaîne préférée mais incapable d'objectivité dès qu'il s'agit de Cuba, s'en fassent aussi écho.

Et que mes camarades socialistes, à la vision unilatérale, volontairement bloquée, fermée à l'analyse et à la réflexion, fassent enfin un petit effort de lecture à ce sujet.

Ou qu'ils me convoquent rue de Soférino.

En fin de comptes je n'ai jamais été que l'ambassadeur de François Mitterrand dans la totalité des pays de la région, avant de représenter la Fance au Pérou et à l'OEA, et d'avoir été pandant quatre ans le bras droit du Secrétaire général de l'ONU. Pas de quoi rendre mes interventions suspectes aux yeux des socialistes.

 

Antoine Blanca, ancien diplomate français

 

 


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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 08:49

Le Général De Gaulle était un catholique pratiquant. Il ne manquait jamais la messe dominicale, autant qu'il le pouvait en famille, dans son village de Colombey-les-deux-Eglises. Il exerçait sa liberté de citoyen de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas le faire. Mais en sa qualité de Chef de l'Etat il ne manifestait jamais, par des signes extérieurs et publics ,ce choix intime.

Il respectait ainsi et la Constitution et la loi républicaine.

Pas le Président Nicolas Sarkozy. En faisant à quatre reprises, ostensiblement, le signe de croix et en récitant à haute voix un vigoureux "notre père", il a fait un pied de nez aux principes de laïcité que ses fonctions obligent non seulement  à défendre, mais à faire respecter.

Par ce geste il faisait aussi acte de soumission spirituelle à un Chef d'Etat, étranger qui règne sans doute spirituellement sur les catholiques du monde, mais préside aussi officiellement territoire dont les frontières sont internationalement reconnues.

Personne ne sait si, comme il veut le laisser entendre, M.Sarkozy adhère à la foi catholique. Ce qui est certain, c'est que ce mult-récidiviste du divorce n'en observe pas certains de ses dix commandements.

Son zèle papiste est donc a priori suspect puisque de circonstance. Ce type de foi épisodique et intéressée s'appelle, dans le Français hérité de Molière, "tartufferie".

Bien entendu ces types de tartuffes politiciens ne sont pas tous catholiques. Les parpaillots anglo-saxons en savent quelque chose. D'autres ont l'art de se rapprocher des synagogues au moment opportun ou de se prosterner ostensiblement en public lors de la grande prière du vendredi. Seul Dieu est grand, bien entendu et pourrait, le moment venu, reconnaître les siens.

Mon père qui était lettré, qualifiait ces gens-là de "pharisiens". sans doute parce qu'il avait beaucoup lu François Mauriac.

Je ne sais pourquoi un souvenir remontant à ma vie dans les Nations Unies bouscule les convenances pour paraître dans ce "papier". Un ancien ami et condisciple algérien, devenu ministre des Relations extérieures de son pays, avait étalé, un vendredi en fin d'après-midi, un petit tapis portable dans l'immense salle des pas perdus jouxtant la salle de l'Assemblée générale; après avoir remis ses chaussures à un collaborateur il s'était rituellement tourné vers la Mecque, s'était prosterné à plusieurs reprises avant de réciter, debout les mains ouvertes les premiers versets de la Fatiha. J'attendis qu'il se fût relevé pour le saluer. Il entoura alors mes épaules, me fit faire quelques pas à ses côtés et, visiblement amusé me dit" vois-tu, tu copmprends pour quoi je mets une cravate à noeud papillon comme certains chirurgiens. C'est parce  que je suis très pieux et veux éviter que ma cravate ne traîne par terre lors de mes prosternations". Clin d'oeil complice.                             

Nous savions tous les deux qu'il préférait le Bourgogne au Bordeaux et même, dans l'intimité complice, le jambon "pata negra" espagnol à celui de Bayonne.

Quel rapport avec la tartufferie sarkozienne? Aucune, puisque la Charte fondamentale algérienne, elle, se dit guidée par la Charia, la "loi islamique". Mon ancien copain, lui, pratiquait donc une tartufferie  empreinte de légitimité institutionnelle! Celle de notre actuel président est donc pkus achevée.

 

Antoine Blanca

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 10:32

La Convention socialiste a sans doute adopté, à une large majorité, le projet de programme pour les relations internationales. Nous sommes nombreux à nous être résignés, par souci d'unité (apparence utile par les temps qio courent), à nous prononcer publiquement dans le même sens.

Mais, au risque de bousculer la logique, je voudrais, le vote passé, vous faire partager quelques unes de mes réflexions critiques:

--l'Internationale socialiste, IIe du nom, est saluée formellement, dans le projet  comme on le fait pour un voisin que l'on croise de temps à autre dans le quartier; on peut le compendre, puisque ce qui était à l'origine d'un immense espoir de fraternité des peuples, n'est plus qu'un club que l'on fréquente rarement pour y prononcer quelques discours convenus; mais on ne sent, dans le document, ni révolte, ni indignation; l'Internationale n'est plus; il n'y a rien à voir...et surtout on ne propose rien pour commencer à y changer les choses;

--l'ONU n'est pas, comme beaucoup l'eussent souhaitée, observée dans toutes ses dimensions; à savoir qu'au-delà de ses institutions politiques (Assemblée générale, Conseil de Sécurité), l'organisation universelle est au coeur d'un système chargé de faire avancer le monde vers plus de justice, de développement, de respect des droits fondamentaux; elle dispose de moyens appréciables, du moins en théorie, pour agir, avec ses grandes agences spécialisées (FAO, OMS, OIT...et ses programmes permanents (PNUD, UNICEF, PAM...) sans parler de ses commissions régionales installées sur chacun des continents; l'ignorance de la direction du PS sur ces sujets est inquiétante;

--l'Afrique sub-saharienne est, presque tout entière à la dérive; quand les pays considérés possèdent des richesses naturelles elles sont pillées par les grandes puissances économiques avec, aujourd'hui, la Chine à leur tête; avec la complicité intéressée des élites politiques locales majoriairement corrompues; quand  ces  pays n'ont pas de telles richesses en abondance, les populations, la terre, les espèces animales menacées, les eaux et les forêts survivent encore grâce aux organismes de l'ONU et aux  grandes ONG;

à cela le PS répond par la vieille chanson de "l'homme africain entré ou non dans l'Histoire"; on attendait de sa part une analyse un peu plus profonde et plus fine! Autre chose que des larmes hypocrites de fin de discours;

-- les Amériques latines sont presque totalement oubliées; les transformations qui les ont toutes marquées, méritaient largement l'attention intéressée de la gauche européenne; cette attention n'est pas perceptible dans le texte PS: par exemple, si l'on met à part le Brésil de Lula, très à la mode dans les salons parisiens, le Chili à la démocratie consolidée, qui au PS se pose de question de fond à propos de la nouvelle donne en Bolivie, au Venezuela, en Equateur, en Amérique centrale (le FMLN au pouvoir par la voie des urnes au Salvador, le nouveau et triste visage du sandinisme au Nicaragua...); les guerres des cartels au Mexique et en Colombie...

Tout se passe comme si, au moment où les Etats-Unis s'intéressent moins au sud de leur continent, les démocrates socialistes adoptaient une même indiférence; comme si la gauche européenne ne regardait les peuples concernés que lorsqu'ils étaient soumis à la dictature et à la répression; ou lorsque de sortes de guerres civiles, inspirées ou non par la CIA, les ensanglantaient.

 

Mais à part ces quelques remarques (j'en garde d'autres en réserve), tout est pour le mieux dans l'univers internationaliste vu par  le PS.

 

Antoine Blanca

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 16:57

Longtemps espéré, le prix Nobel de Littérature n'était plus attendu par les amis de Vargas Llosa. L'écrivain aura appris la nouvelle avec un sentiment de délivrance, un baume appliqué sur une plaie. Une plante vertueuse porte d'ailleurs le nom de "baume du Pérou". Il souffrait surtout du mal d'orgueil dans un silence toute relatif: il n'avait jamais accepté le couronnement, il y a vingt-huit ans, de son ami intime Gabriel Garcia Màrquez. Ex-ami, devrais-je dire. Car quand on parle de Mario il y a de nombreux "ex". La fidélité n'est pas sa qualité majeure. Il a abandonné violemment ses convictions révolutionnaires et les amitiés qui allaient avec, et il a même abandonné son pays, le Pérou, sans état d'âme, au lendemain d'une défaite à l'élection présidentielle. Il n'y est plus revenu, sauf pour se voir remettre un diplôme de Docteur honoris causa par une Université privée (il collectionne ce genre de doctorats tralala).

Sa défaite face à Fujimori, un inconnu d'origine japonaise, un ingénieur agronome parlant un castillan pauvre et hésitant avait été ressenti, à juste titre, comme une humiliation. Il avait fait ses valises et avait gagné l'Europe pour s'y installer définitivement. "Vous ne me méritez pas", avait-il paru dire à ses supporteurs et à ses sponsors de la bonne société liménienne qui ne lui avaient pas ménagé  leur appui moral et financier.

 

Assurément Mario Vargas Llosa est un grand romancier. Créteur de génie, il a abordé tous les genres littéraires, de l'érotisme au roman policier ou fantastique. On ne se lasse pas de  lire ses bouquins, de la première à la dernière ligne. Avec lui, l'intérêt ne faiblit jamais. Ce prix n'est pas volé, même si d'autres écrivains dans le monde hispanique le méritent tout autant que lui. Mais il aurait gagné à rester un homme de lettres. Il a jeté aux orties les idées sociales généreuses qui étaient les siennes, comme il renoncera plus tard à sa nationalité péruvienne pour prendre l'espagnole. Son engagement libéral-thatchérien l'a conduit à écrire des articles inacceptables contre Mitterrand et la gauche française. Quand j'étais Ambassadeur de France au Pérou j'ai eu le plaisir de polémiquer avec lui par voie de presse, car il s'était attaqué aussi à la manière de vivre des Français, aux conquêtes du Front populaires comme à celles de la Libération.

Les deux derniers hispanophones à avoir obtenu le Nobel littéraire étaient l'Espagnol Camilo José Cela (1989) et le Mexicain Octavio Paz (1990).

Mario Vargas les rejoint donc au panthéon universel de la langue de Cervantes. Un Espagnol de plus. Un ancien péruvien.

 

Antoine Blanca

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 16:41

Au siège de l'ONU de Genève les responsables du dossier sur le Kivu, territoire faisant partie de ce qui s'appelle aujourd'hui République démocratique du Congo (RDC), dirigée par la famille Kabila, on ne cache pas son désarroi: depuis des mois medias et gouvernements ont les preuves démontrant que, après les massacres de Tutsis au Rwanda, massacres qualifiés à juste titre de génocide, M. Paul Kagamé, actuel président tutsi de ce pays, dirigea, dans le Kivu voisin, une liquidation totale des réfugiés hutus qui y avaient trouvé un refuge précaire..

Pendant près de deux ans, tantôt allié à Kabila, alors chef rebelle du Zaïre, tantôt en opposition avec ce "néo-lumumbiste" auto-proclamé, Kagamé a fait mourir de un à deux millions (certains, bien documentés, citent des chiffres encore plus élevés) de membres de l'ethnie hutu. 

Or, s'il y a eu crime contre l'Humanité au Rwanda,  en rendre collectivement responsables les ressortissants de toute une ethnie est contraire aux conventions, au Droit international et aux usages en vigueur. Quels qu'ils soient, les crimes doivent être jugés individuellement.

Les opérations génocidaires conduites sous le contrôle des hommes de Kagamé se sont inscrites dans la durée. Elles ont consisté en des massacres généralisés (machetes, armes automatiques). Mais de centaines de milliers de Hutus de tous les sexes, tous les âges ont été aussi affamés systématiquement ou ont succombé à des épidémies. L'accès des zones affectées ont été interdites aux ONG comme aux agences humanitaires du système onusien.

L'ONU dispose de toutes les preuves et elles sont irréfutables.

La communauté internationale apparaît comme soumise face  aux dénégations faussement indignées de Kagamé et de ses acolytes. Les puissances membres de  l'organisation, ses hauts responsables paraissent dire:"de génocides africains, nous en avons notre compte; après le massacre de Tutsis, celui de Hutus. Restons-en là. Et de toute façon à présent tout est rentré dans l'ordre: l'Etat rwandais s'est réorganisé, administre des procès plus ou moins spectaculaires contre les Hutus coupables; Kagamé est  devenu un chef de paix après avoir été un chef de guerre. En RDC, Kabila fils a pris le relais du père décédé et tout le monde veut oublier les événements douloureux de l'ex-Zaïre. Un génocide a chassé l'autre. Préoccupons-nous désormais de la survie des gorilles des collines..."

Tant de haussements d'épaules diplomatiques, militaires et commerciaux ( les astronomiques réserves en pierres précieuses et en minéraux rares dans la région concernée sont connues) devraient provoquer notre colère. Seules sont perceptibles la lâche résignation et la complicité inavouable avec les nouveaux gouvernements.

 

Et un peu partout sur le continent noir, la gigantesque représentation macabre continue. Mais, il est vrai, que valent mille vies africaines par rapport à une simple poignée de diamants?

 

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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