Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 09:23
La persistance du vaste mouvement anti-mollah qui secoue le régime iranien, la spontanéité avec laquelle la jeunesse a organisé une véritable toile d'araignée de résistance, la capacité démontrée par les manifestants à utiliser à leur profit le moindre espace de liberté offert par le Constitution de la République islamiste, attestent de la profondeur de la contestation.
Il y a trente ans le processus qui allait déboucher sur le départ du Chah avait aussi commencé dans la rue, et les premières victimes de la répression avaient été des étudiants et des intellectuels. Toute comparaison a les limites que lui imposent l'histoire et la société. Le système politique dans lequel se meut Ahmadinejad ne ressemble pas à celui du Roi des rois et le recours à une autorité supérieure, celle du "Guide suprême", peut retarder certaines échéances. Mais la pratique de la répression brutale, la pratique de méthodes criminelles de basse police ont ramené le pays trente ans en arrière. L'Ayatollah Khomeini vivait alors en France, à Neauphle-le-Château, entouré de ses partisans, religieux par conviction ou par tactique. Tous voulaient  abattre le régime de Téhéran et son monarque mégalomane qui ne pouvait plus compter que sur son abominable gestapo, la Savak, et sur les quatre mille  soldats d'élite de la "Garde impériale".
Le PS, avec Lionel Jospin aux commandes du Secrétariat aux relations internationales, avait établi un bon contact avec certains éléments de la cour de l'ayatollah. C'étaient des jeunes hommes de gauche, voire des révolutionnaires qui avaient la naïveté de croire qu'ils pourraient utiliser, au profit de leurs idées, le vénérable vieillard confit en religion et égrenant son chapelet entre deux enregistrements de prêches incendiaires appelant la rue au renversement du régime.
Ces jeunes, avec lesquels le PS était en relation, ne firent pas très long feu. Qu'ils fussent "moudjahiddine du peuple" ou non, ils se virent emportés par la vague religieuse du clergé chiite. La gauche laïque n'avait pas sa place dans un régime atypique prétendant incarner le gouvernement de la Charia, la loi coranique revue et corrigée par les mollahs.
Mais ceux et celles qui restèrent au pays se mirent à espèrer que des changements démocratiques significatifs pourraient intervenir en utilisant la voie légale. Moussavi étant, et de loin, "moins mal" qu'Ahmadinejad, on fit bloc derrière lui. Il ne fait aucun doute qu'ils avaient raison puisque "le religieux modéré" a gagné dans les urnes. Ce qui est tout à fait nouveau c'est que la République islamique, qui pourtant avait tout verrouillé, violerait sa propre loi.  Il paraissait entendu que, si chaque candidature était étroitement contrôlée, le vote, ensuite, était libre.
La fraude massive a fait savoir aux Iraniens et au reste du monde que la moindre évolution, même dans le strict cadre légal, demeurait inconcevable.
On parle de foules rassemblées par les partisans des deux principaux candidats. Mais de toute évidence elles sont très différentes dans leur composition. La jeunesse, la spontanéité militante, la générosité et le don de soi d'un côté, les régiments de femmes voilées de noir et de fonctionnaires des mosquées de l'autre.
Les démocraties européennes doivent choisir le camp des premiers et le faire savoir. Le PS doit aussi faire entendre haut et fort sa voix. Ce qui est en train de se passer signifie que le monde obscur incarné par Ahmadinejad va mourir. C'est inéluctable à plus ou moins long terme car les racines de la protestation sont trop profondes.

Antoine Blanca

NB:Nous comprenons la prudence manifestée par Obama. Le pire service que le Président des Etats-Unis pourrait rendre à l'opposition iranienne serait de l'assurer de son appui. Son pays incarne à ce point le mal absolu dans le coeur du peuple que la discrétion s'impose. 
Repost 0
15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 17:23
Si à la sortie du Conseil National de mardi 9 juin la plupart des responsables du PS étaient parvenus à éviter les déclarations fracassantes individuelles, après qu'ils aient longuement applaudi Martine Aubry et ses propositions de travail pour les mois à venir, cet effort de discrétion et de modestie n'aura pas duré plus d'une semaine. Cette nouvelle crise de verborragie est inacceptable.
Nous avons devant nous très peu de temps:
-- pour proposer un programme cohérent en vue des élections régionales dans lesquelles nous nous trouvons dans la position de sortants,
-- pour mettre en place un fonctionnement dynamique de nos exécutifs national et départementaux,
... sans préjudice de l'ouverture de discussions avec nos alliés naturels, dont font partie les différentes composantes d'Europe écologie ( tout en notant les déclarations équivoques, inquiétantes, de Cohn-Bendit à ce sujet, qui paraissent sous-entendre qu'il se situe désormais au-dessus du clivage gauche-droite).
L'attitude logique serait de serrer les rangs autour de la Première secrétaire. Nous sommes en effet, dès à présent, doublement en campagne: à l'extérieur pour les régionales, en interne pour redonner au PS ses vraies couleurs.
Proposer des modifications aussi nouvelles et drastiques que "des primaires ouvertes", ou encore, excusez-moi du peu, un changement de sigle pour sacrifier à la mode (au fait, quelle mode?) relève au mieux du rêve, au pire de la tactique de communication destinée à faire parler de sa petite personne.
Des primaires ouvertes sont d'ores et déjà irréalisables pour les régionales. Pour 2012, on pourra éventuellement travailler sur le projet au printemps prochain. Et je serais, pour ma part, intéressé de savoir, pratiquement, de quelle manière on compte procéder. Le Parti démocrate l'a fait en Italie. On a donc une référence. Mais à mes yeux il s'agit là d'un contre-exemple. Les Italiens ont liquidé, par suicide collectif, la totalité des partis de gauche; et ils ont dans le même mouvement installé Berlusconi pour longtemps au pouvoir. On n'imite pas les Américains du jour au lendemain, et on ne trucide pas les forces de gauche sans conséqences négatives durables.
Quant à supprimer les références à "parti" et à "socialisme", je voudrais rappeler qu'aucun parti européen, membre de l'IS (à l'exception du piteux exemple transalpin) n'a changé de nom. En revanche les Espagnols, pourtant très portés depuis Felipe Gonzalez sur le réformisme le plus souple, s'intitulent toujours "socialistes ouvriers", sans que cela choque ses électeurs (38% tout de même aux européennes).
Les propositions-choc doivent être accompagnées du mode d'emploi. Et ne pas être présentées à contre-temps.
Repost 0
13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 15:13
Avant même l'annonce des  premiers sondages à la sortie des urnes, tout était prêt dans les comités de rédaction: le 7 juin Sarkozy avait triomphé, le PS était en déroute; certains n'hésitant pas à utiliser le terme de débâcle. Bien entendu le succès d'Europe Ecologie allait être d'autant moins dissimulé qu'il se faisait  au détriment des socialistes et accentuait le mauvais résultat de Bayrou.
A 20 heures pétantes tout le monde entonnait le même refrain et l'hebdomadaire "le Point" préparait sa millième photo de Sarkozy en couverture, avec le titre "enfin seul!" Presque gaullien...
En revanche, il faudra chercher dans la presse étrangère (et dans "le Canard enchaîné"), des commentaires sur le fiasco diplomatique de notre président, dans  sa pathologique énième tentative de se montrer en partenaire privilégié de la vedette incontestée de la politique mondiale, Barack Obama. Lequel l'a rebroué avec distinction et souplesse de basketteur.
Cela est dur pour un inconditionnel du grand frère américain. Sarkozy a tout fait, pourtant, pour s'attirer les bonnes grâces de "l'oncle Sam". Envoi de renforts en Afghanistan, courbettes pour réintégrer, sur un misérable strapontin il est vrai, le Commandement intégré de l'OTAN, multiplication des gestes serviles sur tous les continents...Une vieille complainte andalouse me vient aux lèvres quand je pense à ces choses là : "Ana Maria la laide, qui avait beau s'habiller de soie, n'était aimée de personne..."
En fait, l'attitude du Président des Etats-Unis ne relève nullement de la réaction épidermique. Pour lui, Sarkozy reste l'homme qui  se voulait  le meilleur ami de Bush Jr., c'est le Président qui était allé passer ses premières vacances suivant son élection dans un coin perdu d'Amérique, dans le seul but  de se faire inviter à un barbecue familial par "doubleiou" et son papa; l'un des rares Français aussi à avoir manifesté ses sympathies pour ses rivaux républicains. Sarkozy-Ministre aurait souhaité que la France intervienne dans la dernière guerre d'Irak. C'est tellement connu que M.Obama a, depuis qu'il est élu, multiplié les gestes de sympathie  à Chirac, par courrier ou en lui rendant visite. Ce n'était pas sans signification puisque l'ancien Président avait refusé d'envoyer des troupes dans un conflit que l'ONU tenait pour injustifié.
Et puis, contrairement à la presse française, l'hôte de la Maison Blanche sait que l'agitation sarkozyenne, pendant son exercice de la présidence de l'Union, s'est traduite, sur tous les terrains, par des fiascos mal camouflés.
Alors quand il a compris que l'invitation à visiter les sites du débarquement en Normandie, dissimulait un exercice de communication élyséenne, qu'on prétendait le manipuler, il a  pratiqué l'art de l'esquive. Avec beaucoup d'élégance. La Reine d'Angleterre ne sera pas de la partie ? Oh! Shoking! Et on a fait connaître sa désapprobation. On voulait transformer un court séjour familial privé à Paris en show télévisé Obama-Sarkozy? Que nenni: on dînera entre nous chez Mac Donald, et madame fera des courses avec les enfants, après une grimpette à Tour Eiffel ... Paris is so beautiful, indeed.
Mais auparavant on avait montré beaucoup de considération à Mme Merkel à Berlin, et manifesté l'intensité de l'intérêt des Etats-Unis pour la question du Moyen Orient.
Au cimetière américain des plages normandes, le protocole US avait placé le Prince Charles à droite de Obama, le Premier canadien à sa gauche, et Sarkozy quelques places plus loin.  Il en était tellement abasourdi qu'il en oublia les paroles de la Marseillaise.
Heureusement la presse française était là, pour prendre le bon angle dans les prises de vue du cimetière (une bonne diagonale et on voyait  les deux têtes qu'il convenait de voir), mettre en relief l'importance supposée des très rares entretiens privés et envoyer les bonnes images en les accompagnant des commentaires adéquats pour les télespectateurs d'un dimanche d'élections.
Cette accumulation de rebuffades, exercées avec le souci de soignert la nuance et la forme, n'ont pas échappé à la presse anglo-saxonne. Et même internationale.
Laquelle apprécie  que désormais l'élégance doit être cherchée de l'autre côté de l'Atlantique, alors qu'en Europe nous devons nous contenter des numéros de bazar que nous offrent Sarkozy et Berlusconi.
Pauvre France! Mamma mia!

Antoine Blanca
Repost 0
11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 10:58
Personne ne l'avait vu arriver avec une telle force sur le devant de la scène politique. On avait, sans doute, le pressentiment que le nouveau leader d'Europe Ecologie allait apporter un plus à des Verts français en mal d'unité et de programme. Mais pas au point de leur assurer une percée de cette dimension.
Même si dans presque tous les pays d'Europe les préoccupations écologiques sont de plus en plus manifestes, c'est en France que leur impact a été le plus important. L'ex-Dany le Rouge est pour beaucoup dans cette avancée. Nous avions assisté, dans un passé récent,  à des phénomènes de mode politico-personnels qui avaient, en leur temps, bouleversé de manière passagère le paysage. Michel Colucci, dit Coluche, en 1981, s'était mis à grimper dans les sondages de popularité au point d'inquiéter les candidats des grands courants politiques. Plus récemment la liste de Bernard Tapie aux européennes avait mis le PS, alors dirigé par Michel Rocard, littéralement au tapis! L'ancien Premier ministre ne s'en est jamais vraiment remis. Cohn-Bendit est, lui aussi, un personnage haut en couleur, jamais pris de court dans un débat, sachant trouver le bon mot qui fait à la fois rire et réfléchir. Un as dans les discussions télévisées parce que, outre ses dons naturels, il ne paraît inhibé par aucune pesanteur partisane. Il a institutionnalisé, parlementarisé, ses tendances anarchistes naturelles. Il n'est plus libertaire que dans l'apparence vestimentaire.
Somme toute il a été la seule grande personnalité à être acteur, directement comme candidat, dans des élections où les grands ténors  des partis étaient absents, par souci d'éviter l'accusation de cumuler les mandats.
Mais ne nous y trompons pas: l'intéressé n'est ni Coluche, ni Tapie. C'est un homme politique expérimenté, fin connaisseur des arcanes de l'Europe et, contrairement à José Bové et à beaucoup de militants Verts, un pro-européen convaincu. Il comprend la nécessité de négocier avec les forces politiques les plus proches de ses idées et, si on lui donne la liberté de le faire, il fera en sorte de négocier. Durement, âprement, mais il cherchera des compromis.
Il connaît les limites et les ambigüités de ses alliés du 7 juin. Au soir de  leur succès d'une ampleur inattendue, il leur a dit en substance: "attention, une opportunité historique est devant nous; saurez-vous la saisir?". Plus que tout autre il sait la fragilité de l'assemblage dont il est devenu la figure la plus visible. A vrai dire, une addition de tempéraments et d'ambitions contradictoires, avec pas mal de caractériels à l'affût. D'où l'importance de l'avertissement qu'il a lancé. Pour les socialistes, il va devenir un interlocuteur difficile, mais incontournable.
Bien entendu, je ne suis pas devenu pour autant un admirateur béat du personnage. Je laisse cela à l'hypocrisie toujours renouvelée de Jack Lang qui, une fois les tendances connues le 7 au soir, a affirmé avoir voté socialiste par discipline, mais que son petit coeur sensible avait battu, sous sa chemise rose, pour son cher Dany (au fait pourquoi ne pas lui refiler l'ancien ministre en gage de bonne volonté et d'ouverture?). Mais pour le PS c'est aussi une chance de pouvoir discuter, au moins au niveau de la construction européenne, avec quelqu'un représentant bien les préoccupations nouvelles que ces élections ont mises à jour. Il faudra bien que tout le monde réalise que, si l'écologie est un chapitre essentiel à l'avenir de l'Homme et de la Terre, d'autres motifs d'inquiétude existent dans des domaines aussi relevants que la recherche de la Paix et de la stabilité, la lutte pour la justice économique et financière, la solidarité avec les nations et les peuples vivant dans la marginalité, le développement de l'enseignement pour tous et la préservation des biens culturels de l'Humanité...
Les socialistes avons beaucoup de questions à poser à nos éventuels nouveaux partenaires. Pour le moment un voile de mystère entoure leurs éventuelles positions.
 

Antoine Blanca
Repost 0
9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 10:52
Qui est Malek Boutih?
En revenant à Paris, après une longue et intéressante vie diplomatique à l'étranger, j'ai entendu ce nom et j'ai enquêté. Avec un a priori de profonde sympathie. Un gars d'origine maghrébine en situation de responsabilité au PS, ne pouvait qu'intéresser un militant venu du bled comme moi.
On me dit qu'il avait présidé une association, "SOS racisme", que la gauche ne pouvait que soutenir activement. Un bon point donc. Puis il s'était vu offrir une place intéressante dans la direction du Parti et, au moment des législatives, une circonscription que l'on estimait  gagnable. Las, les militants locaux n'apprécient que rarement les parachutages parisiens. Certains respectèrent la discipline, d'autres pas. Ces derniers l'emportèrent et Malek du retourner bredouille à Paris. Depuis mai 2007 il se morfond autour du siège de la rue Solférino et des alentours ou se trouvent les locaux de "désirs d'avenir". Morose, amer, vindicatif.
Et il dit en substance à "France Inter" (fin mars) : "Regardez Obama, il est président des Etats-Unis alors qu'il est noir!" Eux pratiquent la discrimination positive en faveur des minorités!" Sauf que Obama n'a guère bénéficié de ces dispositions. Il s'est imposé dans un grand Etat, dans les primaires démocrates, puis à l'élection elle-même. Il est ainsi devenu l'un des deux Sénateurs du Michigan. Et il a gagné plus tard, en utilisant les mêmes armes, la place qu'il occupe actuellement. Pour être élu, il faut battre la campagne, longuement, parfois des années durant.
Dans la même interview à France Inter il faisait aussi l'éloge de Sarkozy qui, lui, avait donné des postes de choix à Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara. Alors que le PS ne l'installait même pas dans un fauteuil de parlementaire. L'appel à Sarko était  déjà clair.
Aujourd'hui, profitant de l'émotion de la défaite, le camarade en question demande, avec une évidente volonté de faire mal, la démission de Martine. Et la presse de rappeler que Malek est Secrétaire national et membre du Bureau du PS. Comme si on pouvait oublier les titres d'une personnalité aussi imposante! Son appel devrait donc être pris au sérieux.
Tel n'est pas le cas. Au Parti, on peut interroger les vivants, on peut invoquer les morts, personne ne connaît Boutih.
Donc son appel agressif s'adresse, en fait, à Sarkozy. Il lui dit: "Je suis disponible. Sifflez moi et j'arrive! Ne pensez-vous pas que la nomination d'un petit maghrébin ferait très "ouverture"?

Alors, ne l'oubliez pas: donnez lui un job. Cela lui fera tellement du bien. Et à nous, socialistes, aussi.

Antoine Blanca
Repost 0
8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 10:27
1 --  Constat

Le PS a perdu cette bataille et cela va être d'autant plus ressenti que les socialistes avions eu la mauvaise idée de gagner largement il y a cinq ans (28,5%) et que les listes Europe écologie font presque jeu égal avec nous, nationalement, et nous dépassent dans deux régions, dont l'Ile-de-France. C'est douloureux, surtout quand la totalité de la presse entonne l'hymne à la joie en l'honneur de la droite et de son chef. En oubliant, dans son enthousiasme servile, que plus de 70% des votants se sont déclarés en faveur des oppositions.

2 -- Rappels

Vincent Peillon a évoqué un nouveau 21 avril 2002. Autrement dit le tsunami qui nous avait emportés avec Lionel Jospin. Cela nous avait assommé d'autant plus que quelques jours plus tôt nous espérions nous diriger vers une victoire tranquille qui aurait couronné les succès d'un gouvernement réussi. Cette fois personne ne nourrissait de semblables espoirs après le triste spectacle que nous avions donné à Reims et l'étalage d'ambitions et de méfiances qui ont continué, par la suite, à brouiller notre image aux yeux des électeurs. Pourtant de vraies divergences idéologiques n'existent pas en notre sein.
Cette défaite et son étendue ne seront pas ignorées. Martine Aubry et les autres dirigeants l'ont dit sans ambigüité. Mais souvenons-nous que la défaite du 21 avril 2002 a été suivie par une série de victoires parfois triomphales: européennes, régionales, départementales et municipales. Nos réserves électorales existent et ne demanderont qu'à se manifester demain si nous faisons les bonnes analyses et prenons les bonnes résolutions. Faut-il remonter plus loin dans l'histoire de la Ve République, rappeler les 5% de Gaston Defferre (associé à Mendés-France), l'humiliation de 1993 ou les 14% de la liste Rocard ( torpillée par celle de Tapie qui bénéficiait d'un puissant appui au PS)?
Les socialistes sont toujours revenus en force, peu de temps après une "noche triste", une triste nuit de proclamation de résultats. Le Socialisme est une substance essentielle à la vie de la Démocratie française.

Revers européen -- L'Europe est de moins en moins reconnue par ses citoyens. Les taux de participation, pays par pays, sont catastrophiques et la France n'est pas la plus mal placée. C'est dire que ce n'est pas seulement chez nous qu'il convient de s'inquiéter. On ne pourra pas s'accomoder longtemps d'un idéal d'unité, de paix et de prospérité qui continuerait d'être perçu comme une lourde machine bureaucratique, grosse consommatrice de budgets et de fonctionnaires pointilleux et lointains. Ce n'est pas juste, c'est de la caricature, mais c'est la réalité d'un sentiment très largement partagé. Avec un Parlement toujours aussi réactionnaire et une Commission dirigée par le lamentable Duraõ Barroso, ce sentiment ne peut que persister.

Que faire? -- La balle est largement dans notre camp. Celui de notre PS comme celui du PSE. Il faut, dans un esprit positif, réunir toutes les forces vives de notre Parti et redonner tout son dynamisme à notre projet de société. Ce serait déjà merveilleux si, de la défaite, sous la contrainte de l'urgence, naissait un exécutif resserré, compact, propre au commandement. N'ayant plus rien à voir avec une armée de généraux mexicains (comparaison contraire à la vérité historique, mais que chacun entendra).
Et faire aussi du PSE une authentique force opérationnelle qui préfigurerait un projet, encore lointain mais nécessaire à plus ou moins long terme, de construction des Etats-Unis d'Europe.

Tirons donc les enseignements de cette défaite sans lamentations inutiles. Tout, ou presque, est entre nos mains. Nous avons des partenaires, mais le principal d'entre eux, Europe Ecologie, est une sorte de mirage qui s'éloignera au fur et à mesure qu'on l'approchera. En revanche il nous appartient de prendre davantage conscience de l'inquiétude monumentale manifestée par l'électorat européen devant la montée des périls qui nous menacent en menaçant la planète Terre. On a longtemps regardé ce chapitre de notre programme avec hauteur et suffisance. Il n'est que temps pour une nouvelle et profonde réflexion sur ce thème regardé par beaucoup comme primordial.

Antoine Blanca
Repost 0
6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:59
Pour tous ceux qui continuent de rêver de l'Europe unie, celle que voulaient bâtir ses pères fondateurs, les élections dont on proclamera les résultats demain, dimanche 7 juin, auront été moins un test qu'une épreuve. A vrai dire, nous frôlons l'état de désarroi. Tout, dans cette région du monde, est incrédulité et désordre, lassitude et faiblesse. Que faire pour motiver les citoyens, pour redonner force et vigueur à l'espoir?
Une réflexion collective est devenue indispensable si l'on veut dépasser ces heures douloureuses de doute et d'abandon. Il faut la conduire indépendemment des institutions siégeant à Bruxelles. Et singulièrement du mauvais compagnon José Manuel Barroso et de ses technocrates néo-reaganiens, disciples de l'horrible Milton Friedman, des boys de sa criminelle"école de Chicago". Barroso, en dépit de l'apparente grisaille qui émane de tout son être, de son inconsistance au sourire figé, est en voie de détruire les services publics, nation après nation, le tissu industriel qui nous est propre. Il ne faut pas lui permettre, à lui et à ses semblables, d'étouffer la flamme chargée d'exaltation romantique qui inspirait, hier encore, les militants qui osaient imaginer les Etats-Unis d'Europe.
A l'échelle du continent, des 27 pays membres de l'Union européenne, nous devons entreprendre l'oeuvre de reconstruction de nos valeurs. Ces valeurs auxquelles la majorité de nos citoyens, particulièrement dans les nouveaux Etats membres, paraissent ne plus croire. Le groupe parlementaire du PSE doit s'atteler immédiatement à cette tâche.

En France, tout a été fait depuis six semaines pour que l'on parle le moins possible de ces élections. Dans notre monde où tout est médiatisé, la presse écrite, parlée et télévisé s'est contentée du service minimum. Et nous sommes généreux, car les bulletins d'information, quand ils parlaient de l'Europe, le faisaient en préférant l'anecdote à l'analyse, la polémique de pacotille au débat de fond. La dernière semaine de campagne a été occupée par l'anniversaire du débarquement et par le tragique accident d'un vol d'Air France. Evénements dont nous mesurons tous l'importance, mais qui n'auraient pas dû totalement éclipser celui du renouvellement complet du Parlement de Strasbourg.
Et quand il y a eu, jeudi 4 juin, comme une sorte d'opération  pathétique de rattrapage, une émission animée par Arlette Chabot supposée faire débattre huit importantes personnalités politiques, cela s'est terminé en pantalonnade, du fait  de l'impéritie de la journaliste et du comportement de Cohn Bendit et de Bayrou, que l'on aurait pu espérer plus expérimentés, sinon plus mesurés.
Pendant toute la durée de la campagne, on n'a pas vu sur les écrans ces flashes publicitaires d'associations civiques para-gouvernementales appelant à la participation massive les électeurs pour le 7 juin. En tout cas l'auteur de ces lignes n'en a vu aucun. Seule France inter, dans les derniers jours, a fait quelques communiqués dans ce sens.
Le Président Sarkozy ne voulait pas, c'est une évidence, donner du relief à la consultation qui aura lieu demain. Comme il contrôle tous les médias, il est donc le premier responsable du triste spectacle que nous avons donné. Ses jongleries hyper-sécuritaires ont fait "flop" et il n'a pas pu utiliser à son avantage la visite de  Barack Obama qui n'est pas homme à tomber dans des pièges aussi visibles.
Sarkozy voulait manoeuvrer avec le passé tragique, conflictuel ou glorieux entre deux grandes nations et deux grands peuples. Le Président américain lui a fait la leçon, avec l'élégance des hommes qui font l'histoire, quand son partenaire imposé jouait, lui, au poker menteur.
Repost 0
4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 11:43
Le 4 juin 1936 Léon Blum devint Président du Conseil. Son gouvernement, en mettant en application le programme du Front populaire, allait transformer la vie des Français. Et singulièrement celle du peuple travailleur. Réformisme ou révolution? En régime démocratique, il s'agit là d'une fausse alternative. Quand on peut obtenir de profonds changements par la voie des urnes, invoquer la révolution en empruntant d'autres chemins est largement factice ou hypocrite. Bien entendu on peut être appuyé, quand on réforme avec conviction pour démocratiser les entreprises (ce n'est qu'un exemple parmi d'autre thèmes), par le mouvement syndical. On peut même être devancé par lui dans l'action, comme ce fut le cas en 36 avec un vaste mouvement ouvrier spontané. Mais la maîtrise de la décision finale reviendra aux représentants de la Nation. Pour les socialistes le réformisme est une évidence. Et il en va  de même, qu'ils le veuillent ou non, pour les communistes. Les uns et les autres n'ont pas attendu de détenir le pouvoir central pour changer la vie des citoyens qui les avaient installés dans les municipalités et les conseils généraux.
Bien entendu nous vivons dans un monde très différent de celui des trente années qui ont suivi la fin de la guerre. Triomphe du capitalisme financier, anomymat et cosmopolitisme du capitalisme industriel, arrivée sur le marché des anciens pays communistes et de leurs requins engraissés par le pillage des biens de leur peuple. La Chine nouvelle et sa puissance idéologiquement indéfinissable.
Eh bien! Justement on ne peut affronter ce monde nouveau que dotés d'un programme continental, celui du Parti socialiste européen, à l'audace réformatrice et au réalisme négocié.
Evitons le romantisme électoral de courte vue, le vote inutile de la désespérance.
Au mieux les écolos et les bayrousiens auront deux ou trois élus. Les autres n'en auront certainement aucun.
Soyons sincères et réalistes.
Votons pour le PSE et pour son programme.

Antoine Blanca
Repost 0
3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 16:39
Samedi dernier. Véritable après-midi d'été. Tentation de se laisser aller à l'engourdissement. Je résiste: la section socialiste du XIe  appelle à une distribution de tracts originale. Des groupes doivent partir de plusieurs coins de l'arrondissement avec des drapeaux frappés du pong et de la rose et des emblèmes bleus et étoilés de l'Europe. Des équipes en profiteront pour distribuer des tracts à des passants supposés ébaudis devant un tel déploiement de bannières et  saisis par les cris de "votez pour l'Europe, c'est important !"
On se trompait: le Parisien n'a plus le coeur à jouer les badauds. C'est à peine si on nous regarde, hésitant le plus souvent entre l'indifférence et l'agacement. De jeunes couples flirtent, de plus établis poussent un landau ou sont encombrés de paquets. On prend, le plus souvent par courtoisie que par vraie curiosité, nos tracts. Rues Faidherbe et Charonne, boulevard Ledru-Rollin, occupation des deux trottoirs du Faubourg Saint-Antoine. Des gens sortent des boutiques à la mode du quartier de la Bastille. On arrose les gens attablés sur les terrasses.
Un monsieur très bien me rend ma littérature. Je crains le pire. Je me trompe. "Je l'ai déjà eu !", dit-il en me montrant un prospectus annonçant les rabais importants proposés par un magasin voisin. J'explique. Il accepte mon petit document et rit de sa méprise. On est sur le point de sympathiser. Une passante me dit: "gardez-le pour quelqu'un d'autre, moi je vote pour vous". J'en pleurerais d'émotion. Un beur d'une trentaine d'années m'interpelle: "il faut voter Dieudonné; les socialistes vous vous trompez, il n'est pas avec Le Pen". Je lui conseille, en arabe parlé, d'aller faire de vilaines choses à sa maman. Il ne le prend pas mal, alors que j'ai peur, un instant, d'être allé trop loin.
Rue de La Roquette, une jeune fille qui sirote un café en compagnie d'un couple plus âgé, me dit que "la politique c'est pourriture et compagnie". Je lui dis que si je partageais son opinion je ne passerais pas ce bel après-midi à militer pour mon Parti. Elle me répond qu'elle ne voulait pas me vexer, mais que des socialistes, Jospin par exemple, étaient corrompus. Comme je lui demande de préciser les crimes de l'ancien Premier ministre, elle bafouille et affirme le confondre avec Balkany.
Vaste rigolade sur la terrasse de la brasserie.
Terminus devant la magnifique statue de Léon Blum. Les autres groupes partis de Ménilmontant nous retrouvent. On bavarde un moment et je reprends à pied le chemin de mon domicile.
En espérant arriver à temps pour la 2e mi-temps du match Stade français/ Perpignan.
Comme il oppose deux équipes françaises, nous avons toutes les chances de l'emporter...

Antoine Blanca
Repost 0
1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 12:19
Je crois pouvoir donner à mon article de ce jour la forme d'un témoignage. Je n'ignore pas que parler d'un petit pays (21000 km2 et 13 M d'habitants) d'Amérique centrale, alors que des événements  majeurs mobilisent notre intérêt en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient, peut prêter à sourire. Mais les plus anciens se souviennent encore du terrible drame qui, tout au long des années 1980, retint l'attention angoissée des peuples de gauche, de l'Eglise catholique, des défenseurs des Droits de l'homme et même de l'ONU dont la médiation fut décisive, et qui concernait El Salvador, ce pays sans importance.
L'installation aujourd'hui, dans le palais présidentiel, d'un Chef d'Etat de gauche âgé de 39 ans, Mauricio Funes ne mériterait pas notre attention si on oubliait un certain nombre de faits qui sont dignes d'être gravés dans le marbre de l'histoire de l'Humanité: la révolte des paysans-serfs indiens, au début des années 30, pour secouer le joug d'une oligarchie raciste et cruelle. Ce fut, pendant trois jours et quatre nuits, une jacquerie faite d'ivresse et de vengeance longtemps retenue au pied  du volcan Izalco. La répression fut terrible. Les yankees du navire de guerre "Rochester", appelés au secours par le tyran du moment, arrivèrent trop tard: Maximiliano Martinez avait déjà massacré 15000 paysans indiens. L'oligarchie et ses soldats-sbires n'avaient pas besoin de renforts venus du nord. Ils nettoyèrent tout seuls les flancs du volcan. Et depuis il n'y a plus d'indiens à El Salvador pour revendiquer une telle identité ethnique.
En 1979, tout commença à l'Université. Insurrection qui se prolongea dans les campagnes et donna naissance à plusieurs mouvements révolutionnaires. Ils finirent par s'unifier en un front commun "Farabundo Marti de Libération nationale", le FMLN, dont l'émanation civile, dialoguante, le Front démocratique révolutionnaire, FDR, adhéra à l'Internationale socialiste. Je les connaissais bien et j'étais l'un des très rares, en Europe, à apprécier la dimension de leur courage, la profondeur de leur engagement. Je ne connais pas de survivant chez les dirigeants du mouvement.
Mais le nouveau Président du pays est, il n'y a pour moi aucun doute, leur descendant spirituel et politique en ligne directe. Quand j'étais l'ambassadeur de Mitterrand chargé de coordonner les efforts du gouvernement de la gauche en Amérique latine, le FDR était l'un de mes interlocuteurs privilégiés. Les commandos de la mort dirigés par le major d'Aubuisson assassinaient des démocrates, dans son pays ou au Guatemala, où les tueurs avaient d'honorables correspondants.
En 1980 ils avaient assassiné, pendant qu'il disait sa messe, l'Archevêque de San Salvador, Oscar Romero, comme ils allaient tuer, neuf ans plus tard, le recteur de l'Université jésuite, Ignacio Ellacuria, autre dénonciateur des crimes de l'oligarchie. En tout 75000 personnes auront été victimes de l'impitoyable répression organisée par les puissants, avec la bénédiction des gouvernement s dee Reagan et de Bush père.
La paix fut négociée par un président venu de la droite extrême, Alfredo Cristiani, et par le FMLN, dans les bureaux du 37e étage de l'ONU que j'occupais comme Directeur général au développement et à la coopération économique internationale. Entre Noël et Nouvel An de 1991. Ils furent complétés et parrafés à la fin de l'hiver 1992 à Mexico.
Depuis le FMLN est devenu un parti politique démocratique, a perdu trois élections et vient de gagner la quatrième.
Mauricio Funes est Chef de l'Etat. Son épouse, colombienne d'origine, est  activiste connue de la Ligue internationale des Droits de l'Homme.
Le Salvador est un pays volcanique, toujours violent, même si cette violence n'a plus de caractère politique. Mais le nouveau président, homme tout à la fois de dialogue et de caractère, peut triompher de tous les obstacles. Les "comandantes" de l'ancienne guérilla sont disposés à l'aider et à le respecter. Mais aussi les 62 chefs d'Etat présents aux cérémonies d'investiture, le Prince des Asturies comme Chavez, le Colombien Alvaro Uribe comme Lula ou le nicaraguayen Daniel Ortega. Hillary Clinton apportait le message d'Obama (un salvadorien sur quatre vit et travaille aux Etats-Unis ). Jamais le petit pays n'a eu autant de chance de se pouvoir faire entendre.
Sarkozy n'a pas jugé l'événement suffisamment médiatique pour mériter l'envoi d'un représentant prestigieux. C'est pourtant à Paris que Mauricio Funes aura fait son dernier séjour en tant que simple citoyen: il était venu dans notre capitale (la semaine dernière) assister au procès de l'assassin de son fils de 27 ans qu'il avait envoyé étudier à Paris.
Pour le mette à l'abri des violences.
Son assassin, qui l'avait frappé à mort devant le musée du Louvre le 2 octobre 2007, a invoqué, pour sa défense, son état d'ébriété. Il a écopé de 16 ans d'emprisonnement.

Antoine Blanca
Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens