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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 19:24
Tous les Libertadores étaient Francs maçons.

Bien entendu ce n’était pas une coïncidence si du Mexique, tout là-haut dans le nord du continent (sans oublier que, quand fut lancé le grito de Dolores qui donna le signal de l’insurrection, le territoire mexicain ne se limitait pas à celui que nous connaissons aujourd’hui, puisqu’il incluait une grande partie de l’ouest des Etats-Unis, dont le Texas et la Californie), jusqu’à son extrémité sud, les premiers combattants de l’indépendance avaient été initiés dans une obédience maçonnique : c’est que dans leur esprit, qu’ils fussent prêtres, officiers de l’armée espagnole ou intellectuels, l’esprit des encyclopédistes --  qui avait soufflé sur la France avant d’éclairer l’Europe et d’inspirer l’ Amérique du nord  avec Franklin, Lafayette et Jefferson -- cet esprit était porté, avant tout, par la Franc-maçonnerie universelle.

                                                        *

Miguel Hidalgo, père de l’indépendance mexicaine, était prêtre et Maçon. Il était le curé de la paroisse d’un village, Dolores. C’était un créole, né dans une rancheria à côté de Pénjamo. C’était un lecteur vorace des encyclopédistes et un admirateur de la Révolution française. Pour rendre le Mexique indépendant il ne fit pas dans la dentelle : ses troupes, composées majoritairement de peones misérables et illettrés commirent des excès qui choquèrent Hidalgo et lui aliénèrent la bourgeoisie et les propriétaires terriens qui finirent par s’éloigner du mouvement indépendantiste. L’Eglise excommunia le révolutionnaire et le fit fusiller quand les troupes espagnoles le lui livrèrent. Son corps fut ensuite décapité.

L’indépendance, proclamée en février 1821, ne fut pas celle que voulaient les Maçons, Hidalgo (mort en 1811) et Morelos (fusillé en 1815). Née d’un compromis avec un général espagnol ultra/catholique, qui avait changé de camp, la religion apostolique et romaine fut déclarée religion d’Etat.

La présence maçonnique est sensible dans le Mexique moderne. Le plus illustre des frères mexicains est sans aucun doute Benito Juarez, le vainqueur de « l’empereur Maximilien » à Querétaro où le prince autrichien préféré de Napoléon III fut fusillé en 1867.

                                                        *

Francisco Miranda est à mes yeux le précurseur et l’idéologue du mouvement d’indépendance en Amérique du Sud. Illustre Franc Maçon, cet officier espagnol combattit pour l’indépendance des Etats-Unis et, sous les ordres de Dumouriez, avec nos armées républicaines. Il obtint ses étoiles de général français avant de se consacrer entièrement à la libération de son pays, le Venezuela. Son plus illustre frère d’armes fut Simon Bolivar, qui servit sous ses ordres. L’un et l’autre étaient natifs de Caracas. L’un et l’autre étaient des maçons convaincus. On pourrait écrire de livres contradictoires sur les raisons de leur rupture et sur les circonstances dans lesquelles Miranda fut livré aux Espagnols qui le laissèrent mourir dans une misérable prison de Cadix.

José de San Martin -- lui aussi officier espagnol, libérateur de l’Argentine, du Chili, avec le concours décisif (bataille de Chacabuco)  de Bernardo O’Higgins (lui aussi illustre Franc Maçon)  et du Pérou, en partage avec Bolivar et Antonio José Sucre (Franc Maçon assumé) – était à ce point fils des Lumières qu’il entreprit le passage de la Cordillère, pour gagner le Chili et le Pérou, avec plusieurs mules chargées des œuvres des encyclopédistes. A l’étape, il les lisait à la lumière des chandelles. 

S’étant trouvé nez à nez, au Pérou, avec Bolivar et ses troupes, il préféra renoncer pour éviter un conflit entre Libertadores. Il s’exila en France où il mourut en 1848, à Boulogne-sur-Mer, où sa dernière maison est devenue musée.

                                                        *

Les conflits entre frères maçons ne manquèrent pas. Entre Miranda et Bolivar, on l’a vu, entre ce dernier et San Martin, bien qu’il restât secret, sous la Loi du silence, et surtout, avec l’échec de la Grande Colombie, voulue par Bolivar (une même nation composée de ce que sont aujourd’hui le Venezuela, la Colombie et l’Equateur, lesquelles arborent toujours les mêmes couleurs, dites bolivariennes), le drame qui éclata avec le maçon Santander. Simon Bolivar mourut à Santa Marta, plein d’amertume et parlant de trahison.

Il demeure que l’œuvre inspirée par l’Esprit des Lumières aux Amériques a été essentielle dans la naissance des Amériques indépendantes.


                                               Antoine Blanca

 

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 23:25
Il semble que l'Internationale socialiste se trouve en cessation d'activité?
Il y a toujours un siège, à Londres; un Secrétaire général, permanent de l'organisation. Mais on n'entend pas parler de son principal dirigeant politique, le Président. Pas plus que de ses prises de position sur des thèmes aussi importants que l'Irak, l'Afghanistan, le Soudan, les guerres africaines en RDC...pour ne pas mentionner ce qui s'est passé à Gaza et le comportement de Tsahal avec, à sa tête, un ministre de la Défense qui est aussi le Président du parti travailliste, membre de l'IS...
Au cours du dernier quart du siècle précédent, on entendit beaucoup parler de ses présidents successifs, Willy Brandt et Pierre Mauroy. Auparavant l'IS avait été très présente contre la dictature de Pinochet, après avoir envoyé à Santiago une mission de haut niveau de septembre 1973, laquelle ne se contenta pas de témoigner. L'IS se manifesta aussi en Argentine, au Brésil, en Uruguay, au Salvador, au Guatemala (dans ce dernier pays Hector Oqueli, collaborateur salvadorien de l'organisation fut assassiné, avec une autre camarade), au Nicaragua et pendant la guerre que les contras et la CIA livrèrent aux sandinistes à partir du territoire hondurien. Pendant la période mentionnée l'IS doubla le nombre des partis membres.
Aujourd'hui il semble qu'il n'y ait plus de pilote dans l'avion. Dans l'indifférence générale. La dernière fois que j'ai entendu d'un président de l'IS, il s'agissait d'un ancien Premier ministre portugais qui avait pour caractéristique d'être le seul socialiste au monde membre avoué de l'Opus Dei. Qui lui a succédé?
Les Européens donnent à penser que seule importe l'existence d'un PS européen.
Or c'est nier la valeur du reste de la planète.
En un mot: ce n'est pas une attitude socialiste.
Antoine Blanca
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 10:45
C'est aujourd'hui qu'ont lieu les obsèques solemnels de Raùl Ricardo Alfonsin, Président de la restauration démocratique (1983-1989). Le peuple argentin lui rend hommage après l'avoir longtemps boudé. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé devant son cercueil exposé  dans le grand salon du Congreso et toute la presse est unanime pour rappeler qu'il a été un exemple de courage et d'intégrité.
Il y a dix jours à peine il appelait de son lit d'hôpital ("pour des raisons évidentes personne ne peut douter que cet appel est désintéressé") tous les partis, tous les hommes politiques et les syndicalistes à prendre conscience de la gravité de la situation et à converser pour rechercher des solutions à la crise profonde qui secoue son pays.
Président de l'Union civique radicale, l'UCR, il lui sera resté fidèle depuis son adhésion, il y a 64 ans, au mouvement de la Jeunesse radicale,  jusqu'à sa mort dans la nuit du 31 mars.
Fondée en 1891 par Leandro Alem, l'UCR est la plus ancienne formation politique du pays. Son combat fondateur, l'obtention du vote libre et secret, fut mené par tous les moyens, y compris par les armes. Alem et ses compagnons connurent la répression et la prison. Alem devait se suicider, mais d'autres continuèrent la lutte derrière son neveu, Hipolito Yrigoyen, qui devint en 1916 le premier président élu au suffrage universel, direct et secret. L'UCR avait d'abord imposé au Président mal élu Saénz Peña, le vote d'une loi de réforme de la loi électorale (1912).
Les radicaux Yrigoyen et Alvear, qui se succédèrent à la téte de l'Etat pendant douze ans ( Hipolito fut réelu en 1928, mais sera renversé par un coup militaie trois ans plus tard), instaurèrent l'école laïque et obligatoire, luttèrent contre le latifundisme et démocratisèrent, profondément, une société semi-féodale dans l'agriculture et l'élevage, et sous contrôle britannique dans l'économie. Les riches propriétaires terriens exposaient leur immense richesse sans retenue et avaient un sens très limité de leur appartenance à la Nation.
Il est incontestable que Raùl Alfonsin aura été, avec Hipolito Yrigoyen, le président le plus fidèle aux principes fondateurs du radicalisme argentin.
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 11:36
Présent aux côtés de Pierre Mauroy, Premier ministre, aux cérémonies organisées à l'occasion de l'investiture de Raùl Alfonsin à la Présidence de la République argentine, le 10 décembre 1983 (journée internationale des Droits de l'Homme), j'ai été nommé, presque immédiatement, Ambassadeur à Buenos Aires où je devais rester presque cinq ans.

Ce qui devait impressionner le plus la Communauté internationale, ce fut la décision du nouveau Chef d'Etat de traduire en justice les auteurs du Coup d'Etat du 24 mars 1976, que chacun savait impliqués dans une terrible répression illégale qui se traduisit par la disparition de 15 à 30000 persones. Ce régime de facto, communément connu comme "El proceso", utilisait la torture comme méthode ordinaire d'interrogatoire, pratiquait l'enlèvement d'enfants arrachés à leur mère qu'on allait faire "disparaître", fit régner la terreur dans les salles de rédaction et dans les universités. Avec le Ministre civil Martinez de Hoz, le gouvernement du Proceso ravagea l'économie du pays, détruisit la valeur de sa monnaie et laissa s'accumuler une dette extérieure colossale. Le pays ne s'est toujours pas rétabli malgré la richesse de son sol et de son sous-sol, de ses terres et de ses mers.
Le tribunal spécial (les militaires refusèrent de juger leurs pairs), composé de magistrats civils, travailla sur les documents qu'accumula une commission indépendante que présida l'écrivain Ernesto Sàbato. On peut retrouver ses conclusions dans l'ouvrage publié par la Commission, la CONADEP, intitulé "Nunca màs", plus jamais ça. Pendant de longs mois les témoins, des survivants ou des amis des disparus, vinrent témoigner à la barre. On identifia un peu moins de 10000 disparus. Mais chacun s'accorde, et l'avenir l'a confirmé, que les victimes étaient beaucoup plus nombreuses. Le procureur, Julio Strassera, fut implacable. Aucun de ses arguments ne put être valablement contesté. La plupart des officiers généraux furent condamnés à la peine maximale.
Mais les ennemis de la démocratie ne tardèrent pas à se reprendre.
Des militaires multiplièrent les coups de force, les péronistes, avec les syndicats qu'ils contrôlaient (la totalité, en fait), ne cessèrent de manifester et d'appeler à la grève, l'Eglise catholique du pays, très réactionnaire, se spécialisa dans les coups bas avec les encouragements de mon collègue le Nonce apostolique. Il est vrai que la hiérarchie et la majorité des prêtres avaient soutenu, sans retenue, le "Proceso". Discrets au début du mandat d'Alfonsin, les privilégiés de la finance et de la terre (Sociedad rural), les "gens bien" du Jockey club, se mirent aussi de la partie en vue d'affaiblir le gouvernement. Les "Mères de la Place de mai" ne firent pas dans la nuance, soutenues à l'étranger par de nombreuses associations qui exigeaient que l'épuration fut complète.
Alfonsin jugeait qu'il n'avait pas les moyens d'une politique de liquidation complète des Forces armées, il se battit contre les putschistes avec énergie, soutenu par les masses populaires. Mais sans doute fit-il un compromis de trop avec un groupe d'officiers supérieurs barricadés dans une école militaire. Après les fêtes de Pâques de 1987 la population et la jeunesse qui descendaient dans la rue pour les soutenir, commenèrent à bouder.
Il n'eut pas de véritable successeur: Menem était un pitre et un voleur de grand chemin, De la Rùa, un mou sans envergure et les péronistes de clans opposés qui gouvernèrent par la suite n'ont participé à la solution d'aucun des problèmes fondamentaux qui se posent à leur pays.
Alfonsin ne manquait ni de grandeur, ni de générosité. Il releva tous les défis sans pouvoir remporter de victoire concluante. Ni avec l'instauration d'une nouvelle monnaie, l'Austral, succès passager, ni dans ses négociations avec le FMI, sur la dette (on lui laissa espérer un compromis avant de se dédire), ni avec la recherche d'une politique plus amicale avec les Etats-Unis (Reagan, qui avait fait les yeux doux aux militaires, n'appuya jamais le gouvernement démocratique). Seuls François Mitterrand, Felipe Gonzalez et Bettino Craxi militèrent en sa faveur. Mais sans avoir les moyens de l'aider à résoudre le problème de la dette extérieure.
Je garderai toujours à l'esprit le panache avec lequel, après une messe célébrée par l'aumônier général de l'Armée de terre et le sermon fascisant que se permit ce dernier baroudeur d'opérette, Alfonsin monta en chaire, sous les regards stupéfaits de l'assistance, pour répondre à ce qu'il considérait un défi lancé à la démocratie.
La majorité de la presse le critiqua, comme si la parole dans les églises devait être réservée aux seuls prêtres.
Pour ma part je jubilais. Je le félicitais de tout coeur et lui donnais un long et chaleureux abrazo.

Antoine Blanca
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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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