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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 19:42

On connaît plutôt mal l'action, pourtant souvent admirable, de l'organisation des Nations Unies pour les réfugiés. Elle a toujours beaucoup à faire, doit résoudre dans l'extrême urgence mille problèmes simultanément. Aux frontières de la Syrie la situation est particulièrement difficile. Mais en Jordanie, elle est angoissante. Il s'agit d'un petit pays, dépourvu de richesses naturelles, vivant de l'agriculture, du tourisme et de l'aide internationale. Celle des pays pétroliers du golfe arabique et celle des Etats-Unis. Ces derniers se concentrant surtout sur l'armement de la fameuse Légion arabe, considérée comme indispensable à la préservation d'une paix fragile au Moyen Orient. Mais depuis que la guerre en Syrie a évolué en catastrophe régionale, ce pays doit faire face à un afflux de réfugiés équivalent, ou peu sans faut, à sa population. Tout manque: vivres, abris, services médicaux, sanitaires...Et déjà le manque d'eau se fait sentir. Et à l'approche de l'été le drama va s'amplifier. C'était déjà un problème angoissant  recurrent, très sensible à partir du mois de mai (jusqu'en septembre). Les réfugiés vont transformer la pénurie en drame majeur. Aussi est-on surpris de voir le problème de la livraison d'armes s'imposer sur l'urgence humanitaire. L'ONU va se trouver de nouveau bien seule devant une communauté internationale qui, au cours de nombreuses conférences qu'elle célèbre, classe toujours, dans ses ordres du jour, l'humanitaire comme un point subsidiaire.    Antoine Blanca

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 17:15

Sarkozy avait dit (en 2007) à tous ceux qui pouvaient l'entendre: quand je ne serai plus Chef de l'Etat, je pourrais enfin gagner de l'argent. Et c'est ce qu'il fait, en donnant des conférences à 100000 dollars pièce. La dernière, c'était à Londres, dans un salon de l'Hôtel Inter-Continental. Devant 200 privilégiés il a parlé de l'Europe. La grande banque d'affaires américaine Goldman Sachs organisait cette modeste sauterie. Pour économiser un autre voyage, l'ancien maire de Neuilly avait demandé à rencontrer Cameron. En privé. Chose naturelle. Quand on partage les mêmes idéaux...

En marge de la conférence de l'Hotel Ineter-Continental, des oreilles indiscrètes se sont tendues vers l'actuel membre du Conseil Constitutionnel. Toutes ont cru entendre Sarkozy dire, sous une forme ou sous une autre, qu'il reviendrait sur la scène politique, si les circonstances l'exigeaient. Londres est un lieu approprié pour lancer et pour entendre des appels. C'est chose connue...De Gaulle entendait la voix de la France profonde. Sarkozy, celle du CAC 40...

Le problème crucial avec M.Sarkozy, c'est qu'il refuse de choisir. En gros, il ferait bien de la politique sans renoncer pour autant à faire de l'argent. Beaucoup d'argent, entendons nous bien. Car augmenter l'indemnité présidentielle de 131% dès son installation à l'Elysée c'est, diraient ses amis de la City, peanuts. Gagner 30000 euros en un mois ne vaut pas la peine de tant souffrir. Les choses sérieuses commencent à partir du million. Notre ancien président voudrait pouvoir faire les deux: des conférences à 100000 et gouverner la France (et un peu l'Europe). Mais à ce point il est des obstacles institutionnels insurmontables...

Car Sarko souffre d'une double addiction: pour les frissons que procure le pouvoir; et pour ceux que procurent les dollars.

On l'a vu dès son élection en 2007: il avait promis de s'occuper immédiatement des dossiers qui intéressaient les Français...Et s'était aussitôt précipité sur le yatch de Bolloré. En voyage officiel d'Etat au Brésil et au Mexique, il faisait réserver un week-end prolongé près d'Acapulco ou sur une plage près de Rio. Les réunions de travail venaient après. Tel est son protocole particulier.

Mais attention, a prévenu le chefaillon Copé: si M.Sarkozy veut être candidat en 2017, il devra affronter les primaires. Comme les copains! Un impertinent, ce maire de Meaux musicien de jazz. En tout état de cause c'est le seul point sur lequel il est d'accord avec Fillon.
Ouf! C'est dèjà ça...

 

Antoine Blanca

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 10:55

Marine Le Pen lance un défi précis: mettre ses listes en tête aux élections européennes de l'an prochain. Cela ne manque pas de logique: il s'agit du mode de scrutin  le plus favorable aux extrêmes. Olivier et Arlette avaient connu des moments de gloire dans ce contexte. Et obtenu leurs premiers sièges parlementaires. L'abstention étant massive, elle favorise les forces hétéroclites du mécontentement tous azimuts. Les électeurs envoient ainsi, croient-ils naïvement, un avertissement sans trop de  frais aux partis de gouvernement. Le Parlement de Straasbourg peine toujours, paraît-il, à convaincre de son utilité.

Mais, en la circonstance, le défi de la Marine vise essentiellement l'UMP. La campagne de 2012 de Sarkozy avait consisté avant tout à piquer des voix au FN. Si l'ancien maire de Neuilly n'avait pas gagné, il avait du moins limité les dégâts. Evité l'humiliation d'une défaite  cuisante.

La vehémente leader d'exrême droite règle ses comptes. Espère en 2014 pouvoir inverser la tendance. Les 'européennes' seront, croit-elle, la meilleure occasion de mobiliser à son profit une partie appréciable de l'électorat UMP. L'abstention amplifiera l'apparence de ce succès que les lepénistes ne manqueraient pas de présenter comme un triomphe.

Rassurez-vous: je ne suis pas de ceux qui voient se profiler des dangers majeurs. Type Allemagne 1933. Les Français ne sont pas disposés à se prêter à des jeux aussi mortels. Ils laissent cela à la Télé-réalité. Le problème se situe essentiellement au sein de l'UMP. On y assiste à un drôle de psychodrame entre clans. Ils se nomment 'droite décomplexée', 'parti de la France forte', ou on invoque encore le retour aux 'valeurs traditionnelles'. Tous condamnent, par exemple, "l'assistanat", sans autre précision. De quoi s'agit-il? De la Sécu? De la gratuité de l'enseignement? De la prime de rentrée scolaire? La participation peu convaincante de l'UMP aux récentes manifestations anti-mariage gay, et le flirt poussé, dans la rue, avec un extrêmisme officiellement condamné en d'autres lieux ont fini par déconcerter nombre de ses sympathisants, Sans lui en rapporter de nouveaux. 

Imitant le Sarko-candidat, Copé pensait pourtant pouvoir confisquer une bonne part de l'électorat de la Marine. Mais à ce jeu son parti risque d'être le perdant. Malgré les efforts déployés pour dissimuler la vérité, il y a d'ores et déjà deux discours opposés à l'UMP. L'un demeure l'expression d'une force conservatrice parlementaire respectable. L'autre puise son inspiration dans la doctrine exprimée par Patrick Buisson, le conseiller préféré de l'ancien président. L'implosion sera sans doute finalement évitée. Mais pas une affaiblissante saignée électorale au profit du FN.

Illustration de l'arroseur arrosé. Mais nous risquons tous d'être un peu mouillés au passage.

 

Antoine Blanca

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 17:59

La récente déclassiification de documents secrets datant du début de la 2e guerre mondiale attestent, avec noms des bénéficiaires, dates et sommes perçues par généraux et ministres, que le gouvernement britannique acheta, en monnaie sonnante et trébuchante, leur intervention en faveur de la neutralité de la dictature dans la conflagration mondiale.
Tous les télégrammes diplomatiques chiffrés 'secret-défense' envoyés à l'époque ( à partir du 4 juin 40), par l'ambassadeur du Royaume Uni à Madrid vont dans le même sens: il était d'une importance vitale pour la suite de la guerre de faire en sorte que le régime de Franco demeure neutre. Suivait la liste de ceux qui étaient disposés à peser en ce sens, pour peu qu'ils soient  encouragés par des versements adéquats de livres sterling ou(et) de dollars.

Les fonds furent versés à l'agence new-yorkaise d'une grande banque helvète, Swiss Bank Geneva.


L'homme d'affaires originaire des Baléares, Juan March, servit d'intermédiaire moyennant commission personnelle appropriée. Le marchand d'armes et banquier baléarien devait d'ailleurs jouer à l'agent double pendant toute la durée de la guerre. Il avait en juillet 36 financé les premières opérations militaires du futur Caudillo à partir des Canaries et du Rif.


Franco s'engageait de son côté à ne pas exiger la dévolution de Gilbraltar aux britanniques tant que le conflit mondial durerait.


Le gouvernement de sa Gracieuse Majesté allait ainsi débourser , en euros constants, 170 millions. Au bénéfice des généraux Varela, Granda, Kinderlan (un authentique faisan précise l'ambassadeur entre parenthèses), Queipo de Llano, Orgaz et Asensio. Parmi les civils ayant reçu également des pots de vin (2 M de $ de 1940 en moyenne chacun): le frère du Généralissime, Nicolas (le dévoyé de la famille longtemps républicain et toujours ivrogne), le Secrétaire général de la Phalange, Gallardo.


Le clan militaire pro-nazi était dirigé par le chef légionnaire Yagüe, et le poliitique par le propre beau-frère de Franco, Ramon Serrano Suñer (alors ministre des Affaires Etrangères). Les fidèles de Hitler et de Mussolini durent se contenter de l'envoi, en 1941 sur le front de l'est d'une division espagnole connue comme 'division Azul', pour le bleu de la chemise d'uniforme des fascistes espagnols.

 

Ces révélations, pourtant très documentées par le Foreign Office, ne paraissent pas avoir beaucoup ému la presse internationale.

 

Antoine Blanca

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 11:18

L'Empire ottoman a laissé son empreinte dans le bassin méditerranéen. De l'Afrique du Nord à l'Egypte, de la Grèce aux pays slaves du sud de l'Europe. Et, naturellement, dans ce qui fut le Moyen-Orient des Califats dont les nouveaux maîtres turcs revendiquaient d'ailleurs l'héritage. Une richesse culturelle et gastronomique est toujours vivace. Survivant à une occupation qui fut mieux vécue dans les pays musulmans que dans les chrétiens des différentes églises orthodoxes.

L'empire et ses soldats n'étaient pas tendres, maniant facilement le gourdin ou, plus souvent, le sabre. Mais il avait aussi souvent recours aux manoeuvres habiles avec des chefs locaux, tissant avec eux des alliances civiles et militaires non contraigantes.

La révolution de Mustapha Kémal triompha dans un monde ottoman en pleine décadence. Il fut à la fois l'homme des Lumières du XVIIIe français et le rénovateur musclé d'une armée en quête d'un nouveau guide. Le kémalisme allait en effet tout changer. Même l'alphabet. L'Arabe fut banni au bénéfice du latin. L'ambitieux projet visait à faire de la vieille Turquie ottomane une nation moderne, occidentale. On abandonna le fez pour le chapeau ou la casquette, le sarouel pour le costume à l'anglaise, la djellaba pour la chemise à col. En somme le kémalisme désislamisa le pays pour transformer l'empire des sultans en république laïque.

Près d'un siècle plus tard, Atatürk demeure statufié dans villes et villages, son portrait en grand format pend sur les murs de tous les bâtiments officiels. Il est vénéré comme le père de la patrie moderne.

Brutalité et pédagogie ont imposé ce visage nouveau à un vieux pays, usé par le despotisme et l'incompétence.

Personne n'ose remettre en doute ces fondements. D'ailleurs c'est l'armée qui veille sur le respect du nouveau Temple. En un temps relativement récent elle n'hésitait pas à intervenir pour rappeler les civils à l'ordre, à sa manière.

Vraiment personne ? Depuis la victoire électorale des islamistes de Recep Tayyip Erdogan (Parti pour le justice et le développement), la religion a fait un retour insidieux mais réel. Premier ministre depuis dix ans, Erdogan impose son point de vue, chaque jour plus autoritaire. Il s'appuie largement sur un monde rural, ses notables locaux ventrus et des religieux ignorants et secrétement revanchards. Certains parlent déjà de dictature. Vont-ils trop vite en besogne? Des faits corroborent pourtant leurs craintes. Par touches successives mais déterminées, le chef islamiste en costume/cravate, très propre sur lui, a changé toute l'administration civile et, il y a trois ans, il a liquidé tout l'Etat- Major militaire, puissance tutélaire du kémalisme.

Mais il semble aujourd'hui que le coup d'arrêt à ce projet réactionnaire va venir de la société civile. A Istamboul les citoyens paraissent avoir remporté ce soir une importante bataille, après deux jours de manifestations de plus en plus imposantes. Le pouvoir a dû se résoudre à retirer des forces de sécurité particulièrement brutales, déployées pour défendre un projet aberrant du point de vue écologique. Et sentant la corruption à plein nez.

Peut-être que la Turquie est à un nouveau tournant de son histoire?

 

Antoine Blanca

 

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 16:55

La bataille fait rage depuis plusieurs mois entre économistes à propos de la finalité, bénéfique ou désastreuse, de l'austérité. Les nouveaux champions de la première hypothèse, ceux qui sont encore à la mode, en l'occurrence deux économistes de Harvard, ont trouvé sur leur chemin un adversaire de taille, le Prix Nobel d'Economie Paul Krugman. Lequel les étrille quotidiennement dans son blog et, la semaine dernière, dans le prestigieux bi-mensuel The New York Review of books. La dernière livraison du Courrier International reprend de larges extraits de son article de fond.

L'hebdo français fait sa couverture sur L'austérité qui tue, titre illustré par l'augmentation de suicides en Grèce (+26,5%), le nombre d'Italiens (9 millions) qui renoncent à se faire soigner pour "des troubles ou maladies de faible ou moyenne gravité", le 1/3 des centres de santé au Portugal qui ont manqué de matériel de base en 2012 et de vaccins. Et le célèbre économiste de se demander si on ne mettait pas la charrue avant les boeufs en promettant aux Espagnols, aux Portugais, aux Grecs, aux Irlandais de les récompenser, s'ils étaient bien sages, en réduisant le coût des emprunts.

Qui peut honnêtement aujourd'hui promettre des avenirs meilleurs en échange de plus de rigueur? L'éditorialiste Eric Chol, du 'Courrier', évoquant la déesse antique du pouvoir et de l'argent, Tina, qui a parcouru l'Europe malade en distribuant des breuvages au goût amer, pratiquant abondamment  saignées et amputations. "Couper un bras, crever un oeil afin que l'autre se porte mieux, relève au mieux de l'absurdité, au pire de la sorcellerie". Comme les médecins de Molière, les docteurs en austérité à tout prix vont finir par tuer les malades. Cette austérité absolue, chère à certains des maîtres de notre Europe, est à l'expérience une arme fatale.

Finalement, au milieu de ce désastre qui touche les citoyens des pays européens que l'on a cités, seuls prospèrent les marchés, des deux côtés de l'Atlantique. Tout comme les bénéfices des grandes entreprises. Finalement les décideurs et les leaders d'opinion paraissent s'être servis de l'analyse économique  comme un poivrot se sert d'un lampadaire: pour s'appuyer, pas pour être éclairé, Paul Krugman dixit...

 

Antoine Blanca

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 17:40

Dans la période qui a précédé l'arbitrage  financier que l'on sait, Tapie aurait rencontré le président Sarkozy à quinze reprises. Peut-être ont-ils parlé foot? Nicolas est un inconditionnel du PSG. Bernard a été président de l'ennemi, l'Olympaique de Marseille. De quoi meubler plusieurs heures de conversation animée. Mais évidemment ce n'est pas au sport que pensaient les journalistes qui ont tenu cette comptabilité: ces mal-pensants établissent une relation entre cette complicité affichée et la décision de Bercy d'avoir recours à un arbitrage aujourd'hui plus contesté que jamais. 403 millions d'argent du contribuable empochés par l'ancien patron d'Adidas. Ce n'est pas rien...
Une chose est certaine: Tapie a un pouvoir de séduction extraordinaire. Qui s'ajoute à un culot monstre d'enfant du peuple.

Sarko l'a trouvé sympathique. Et, en bon expert politique, il a pensé pouvoir utiliser les dons particuliers de l'homme d'affaires au  bénéfice de son parti politique et de sa propre carrière.

On en est au stade des suppositions plutôt bien corroborées par un certain nombre de faits avérés.


Sans qu'aucune combinaison financière puisse entrer dans le débat, François Mitterrand avait lui aussi manifesté de l'intérêt pour le bouillant personnage. Il en avait fait un ministre, avait favorisé sa désignation à la tête d'un radicalisme moribond et, surtout, en avait fait une bombe destinée à détruire politiquement Rocard à qui il vouait une haine tenace. Irraisonnée comme toutes les haines. En fabriquant de toutes pièces une liste Tapie aux européennes, Mitterrand avait acculé le talentueux, mais fragile, Michel, alors chef du PS, au bord du gouffre.

Une chose est certaine: François Hollande, lui, n'ouvrira jamais sa porte au personnage. Dut-il se pendre à sa sonnette des heures et des jours durant.

 

Antoine Blanca

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 10:18

La guerre civile en Syrie et le désastre humanitaire qu'elle entraîne ne seront résolus par aucune conférence internationale. A moins que celle-ci n'aboutisse à donner satisfaction au pouvoir en place tout en garantissant les intérêts stratégiques de la Russie en Méditerranée. Tout le reste est littérature. En attendant le conflit a ouvert toutes les plaies, plus ou moins dissimulées jusqu'ici, dans la région. A présent ça saigne partout.


Au Liban les Sunnites ressucitent leurs milices à Tripoli face au Hezbollah chiite, véritable force militaire, surarmée et très expérimentée. Elle est désormais partie prenante des combats en Syrie, dans une région méditerranéenne que les Russes considèrent comme leur sanctuaire. Les catholiques maronites se contentent d'observer les mouvements. Jusqu'à présent ce sont toujours les sunnites qui ont procédé à des massacres de leurs frères syriens...En Irak la rebellion sunnite contre le gouvernement dirigé par un Chiite, autoritaire et corrompu, se concrétise par des attentats qui font des centaines de victimes chaque semaine. Toutes chiites.


Telle est la dure vérité. Deux ans sont passés depuis que les mouvements libertaires contre le régime policier impitoyable ont pu nous faire croire que la bataille de Damas opposait les gentils démocrates à l'insupportable tyrannie des Assad. Un observateur impartial vous le dira: la seule opposition organisée contre le régime baassiste a été celle des Frères musulmans. Sunnites fanatiques, longtemps militarisés, voulant depuis leur fondation appliquer une sorte de solution finale à la minorité alaouite* (et, en même temps à toutes les minorités). Cette Confrérie est aujourd'hui, dans sa totalité opérationnelle, contrôlée par Al Qaïda. Talibanisée d'une manière certaine.


Quand on parle de franchissement de ligne rouge à propos de l'utilisation d'armes chimiques, on aura du mal à démontrer quel groupe armé est exempt de tels crimes de guerre. Américains et autre Occidentaux ne pouvant intervenir directement, à quelle force pourraient-ils, d'ailleurs, livrer les armes lourdes promises du bout des lèvres? Côté opposition à Assad l'imbroglio est, en effet, total. Un prétendu Conseil National dont les membres ne sont d'accord sur à peu près rien doit être ignoré. Ce qu'a déjà fait la fantomatique Ligue arabe.


Hier, sur la chaîne franco-allemande ARTE, un évêque catholique, parlant français avec un accent germanique discret, plaidait en faveur des insurgés et niait la participation de troupes djihadistes dans le conflit. S'il ne mentait pas (un prélat ne saurait mentir comme chacun le sait), il ne disait pas la vérité. Il  voulait surtout appeler à acheter son livre-témoignage. Un livre de plus. Ce n'est pas en vendant des bouquins ou en se voilant la face, que l'on mettra fin à l'embrasement de la région.


Le spectacle du plus ancien édifice musulman (VIIIe siècle) entièrement détruit sous les bombes m'a bouleversé. Il avait été construit par le 2e Califat, Omeyyade. Un trésor culturel victime de la barbarie de la guerre.

 

Antoine Blanca

NB: après la mort du prophète Mahomet, le Califat, incarné par un descendant du fondateur de l'Islam, devait interpréter le Coran et les 'hadith'(témoignages de compagnons du messager d'Allah). Le premier Califat s'installa à Damas et inaugura la dynastie omeyyade.

 

* les alaouites sont considérés comme proches des chiites; et les événements actuels ont encore rapproché les fidèles des deux cultes. Les Assad sont de confession alaouite et accordent volontiers leur confiance, en priorité, à leurs frères en religion.

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:11

Pendant 20 ans, après le départ de Pinochet pour cause de référendum perdu, la gauche réformiste (PS, PPD, radicaux) avait fait le choix de la prudence: elle avait formé une 'Concertation' avec la traditionnelle Démocratie Chrétienne. Jusqu'à la victoire de la droite à la dernière présidentielle, elle avait fait élire en alternance présidents de gauche et centristes. Consolidation des institutions démocratiques prioritaire. Sans toucher aux fondements économiques et sociaux mis en place par la dictature. La victoire du conservateur Piñera il y aura bientôt quatre ans a changé la donne. Les classes moyennes ont rejoint les travailleurs aux côtés des collégiens, lycéens et étudiants dans la rue. Pendant de longs mois. Tous ont dit leur ras le bol d'un système outrageusement anti-égalitaire. Autrement dit: tous ont perdu la peur. Cette libération est d'autant plus sensible que Washington n'a plus les yeux braqués sur la région. L'heure de vérité sonnera avec les prochains scrutins.

A gauche l'ancienne présidente Michelle Bachelet est favorite. Pour gagner la primaire ouverte du 30 juin. Puis pour emporter la présidentielle. On s'attendait à ce que le PC présente comme toujours son propre candidat. Ce ne sera pas le cas. Après 10 heures de débats passionnés, le Comité Central a décidé de participer à la 'primaire' et d'apporter immédiatement un soutien sans équivoque à Michelle Bachelet. Les communistes se disent certains de la victoire de la socialiste qu'ils appuieront, naturellement, à l'élection présidentielle.

Même si la PC n'est plus ce qu'il a été jusqu'en 73, il contrôle  majoritairement la CUT (Centrale Unitaire des Travailleurs), jouit d'un prestige certain chez lycéens et étudiants, demeure respecté chez les intellectuels de gauche qui n'oublient pas que Pablo Neruda était aussi un leader communiste. C'est aujourd'hui le seul parti communiste bien structuré en Amérique latine en dehors du cubain. Pour décider d'appuyer, dès les primaires, Michelle Bachelet, le PCCh a dû parcourir un long chemin. Son chef, Guillermo Teillier a été obligé de mettre en jeu tout son prestige de chef de guerre de la lutte claandestine. Il dirigeait le Front populaire Manuel Rodriguez qui organisa (et fut sur le point de réussir), l'attentat contre Pinochet.
Aujourd'hui il a convaincu les siens que seule la voie réformiste fera avancer les choses. Michelle Bachelet avait quitté sa fonction (la réélection immédiate est impossible), avec une popularité de 80%. Elle est bien décidée à mener des réformes profondes dans l'éducation, la législation du travail, l'agriculture. Le PC pourrait revenir dans la société démocratique officielle la tête haute. Peut-être même occuper des postes ministériels.
Cela marque la fin de la 'Concertation'. Le candidat démocrate-chrétien à la primaire, Claudio Orrego, en a pris acte avec amertume. Même s'il n'est pas exclu de voir les centristes conclure, pour leur part, un accord de gouvernement avec PS, PPD et Radicaux. Accord qui ne pourrait pas laisser le PC sur le bord du chemin.

L'événement est considérable. Au niveau international il est à craindre qu'il ne faille mettre le PC français dans un musée d'antiquités. Avec le cache-nez rouge de Mélenchon derrière une vitrine.

 

Antoine Blanca

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 09:54

Au temps où j'exerçais mon métier de diplomate à Buenos-Aires, un ami m'avait envoyé une curieuse invitation: "accompagne-moi, demain, chez Maradona. Je te réserve une surprise!" Le héros du foot argentin jouait alors à Naples. On le disait heureux dans la ville du Vésuve, après son mal de vivre à Barcelone: il y avait découvert une ambiance qui lui était familière. Et, hélas, nous le saurons plus tard, une addiction pour la cocaïne...A Buenos-Aires mon ami porteño* me conduisit dans un célèbre bidonville, villa miseria, de la capitale. Après quelques tours et détours dans les ruelles en boue séchée, la maison du dieu vivant du ballon rond trônait. Vaste bâtisse de deux étages, 500 m2 au sol. Un membre du staff dirigeant de Boca Juniors nous y  attendait en compagnie du père et d'un frère de Diego. Ils nous firent visiter le rez-de-chaussée et la terrasse ("on voit le fleuve", dit le papa fièrement). Les Maradona étaient trop intimidés pour s'exprimer autrement que par onomatopées. Aussi, ce fut l'ami qui se sacrifia pour répondre à ma curiosité.

"Diego a beau être devenu très riche, il ne se sent bien qu'entouré des gens du quartier de son enfance, et de sa famille. Aussi a-t-il acheté 2000 m2 dans la villa miseria. Il prévoit aussi d'y faire vivre un jardin et d'installer une piscine. Pendant les vacances, il traîne dans la villa, s'attarde dans la cafétéria misérable où il est sûr de retrouver ses copains d'école. En tongues et en tee-shirt, il fait de longues parties de domino. "Que pourrais-je bien faire dans un quartier chic? On me regarderait comme une bête curieuse et l'on se moquerait, dans mon dos, de mon parler et de mon accent".

Le souvenir de cette visite peu commune est remonté à la surface quand j'ai lu un article du grand hebdo paulista** 'VEJA' sur les enrichis venus des favelas de Rio de Janeiro. Héros du football, dont 3 jeunes retraités (40 ans) de Fluminense, chefs d'entreprise triomphants, grossistes dans le commerce, tous passent leur temps libre dans leur 'belle' maison de la favela où ils sont nés. Le dimanche on fait le barbecue traditionnel avec les copains. Dans la maison il y a de la place pour tout le monde. "Y compris pour la belle-mère", ricane le propriétaire d'une chaîne de salons de coiffure pour dames.

Bien entendu ces hommes fortunés savent se montrer généreux avec les activités du quartier.

Cela leur fait économiser un garage pour leurs voitures. Les voisins de la favela, délinquants compris, veillent sur elles avec une énergie discrète...

 

Antoine Blanca

 

* porteño, habitant de Buenos Aires, la capitale. Allusion à son port sur le Rio de la Plata, dont on ne voit jamais l'autre rive.

 ** paulista, propre à Saõ Paulo. 'VEJA' tire à 1,5 millions d'exemplaires. Tendance 'libérale' au sens économique du terme.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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