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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 12:28

L'Espagne est bien mal en point. Les pessimistes peuvent énumérer les maladies qui l'affectent: l'institution monarchique est à l'agonie; le système bancaire ne survit que sur le dos de ses créanciers ruinés; l'unité nationale est menacée de démémbrement par les indépendantismes; l'Europe, sous pression de l'Allemagne impériale, n'est plus la source d'espoir et d'inspiration qu'elle était à l'époque de l'adhésion dans les années 80; les grands partis qui garantissaient l'alternance démocratique ordonnée ont perdu leur âme en même temps que leur crédibilité...

Faut-il que nos voisins les plus proches cèdent au désespoir? Pas s'ils se souviennent de leur histoire. Et en tirent des leçons. C'est ainsi que, dans un passé récent les Espagnols, après avoir perdu toutes leurs colonies d'Amérique entre 1820 et 1824, poursuivirent leur rêve fou de grande puissance jusqu'à la perte, en 1898, de Cuba, de Porto-Rico et des Philippines. Ce n'est qu'alors qu'ils réalisèrent qu'ils étaient nus sur leur péninsule. Et se mirent enfin à regarder à l'intérieur d'eux-mêmes.

Longue et douloureuse introspection. La guerre civile de 36 à 39 ne fut,  en fait, que la révélation sanglante d'une intense guerre que l'Espagne se livrait dans ses entrailles, entre pauvres et puissants, entre une Eglise moyennageuse et le peuple des Lumières qui donna la plus brillante des générations littéraire, musicale et artistique qu'ait conue l'Europe au XXe siècle.

Alors, chers lecteurs, souvenons-nous que, comme on dit communément, l'Espagne en a vu d'autres! Mais il ne faut pas attendre, cette fois, des décennies pour réagir. Savoir aussi mettre en ordre les priorités. Abattre l'institution monarchique, par exemple, ne serait que l'illusion d'une solution, un pansement sur une jambe de bois. Indépendance des régions qui la revendiquent? Une faute vis-à-vis de l'Europe et de la bonne logique: cela ne ferait que compliquer sans rien résoudre. Au fond, une absurdité criminelle.

Ce grand pays européen, cette puissance culturelle trouvera à l'intérieur de son corps et de son âme les voies de la sa libération. Nous, Français, devons être à l'écoute fraternelle de  ce qui se passe au-delà des Pyrénées. C'est en partie, aussi, notre destin qui se joue là.

 

Antoine Blanca

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:03

Il a suffi d'un voyage en Chine du Président de la République pour que les bonnes âmes se déchainent sur le thème: les gros contrats c'est bien, les droits de l'homme c'est mieux! A les entendre il aurait fallu qu'à peine débarqué à Pékin François Hollande se transforme en maître d'école à l'heure de la leçon de morale laïque. Règle en main il aurait fait la leçon à ces mauvais élèves aux yeux bridés sur le tarmac d'arrivée. Terrible Père fouettard pour un milliard et demi de Chinois. Curieusement ce sont souvent les mêmes qui exigent que l'on donne une priorité absolue à l'économie, au rétablissement de l'équilibre de la balance commerciale, de celle des paiements, qui jouent les pères La Vertu en matière de droits humains.. 

Autrement dit, la France devrait choisir le suicide commercial pour rester fidèle à son message. Seul grand pays à faire un tel choix? Celui dont les ailes  de géant l'empêchent de marcher...Quel gouvernement est disposé à se sacrifier de cette manière? Aucun? Alors nous non plus.

Je pense pour ma part qu'il ne faut pas tout mélanger. Il est des sujets qu'il est utile de ne traiter que dans le courant d'une conversation privée. Convaincre plutôt que provoquer, voire humilier. Il est des lieux (l'ONU, l'UNESCO) qui se prêtent mieux au rappel de nos principes. Il faut souligner aussi que la Chine d'aujourd'hui a peu de chose à voir à celle que nous connaissions il y a vingt ans. Le bond en avant a dépassé de plusieurs longueurs celui auquel Mao avait rêvé. Et avec  le développement les idées ont avancé (la pollution et la corruption aussi...). Quand je lis dans Le Courrier International la traduction d'articles de quotidiens et de revues, je mesure la distance parcourue dans le bon sens. La liberté de la presse n'est certes pas celle que nous connaissons dans le monde occidental. Mais le progrès est notable. Il faut être de mauvaise foi pour affirmer croire possible la transformation brutale de la Chine, officiellement toujours communiste, en une sorte de Confédération helvétique.

Alors arrêtons la polémique: la France ne doit se donner aucune limite au développement d'une vaste relation industrielle, commerciale et culturelle avec la plus grande puissance du monde après celle des Etats-Unis. La diplomatie marchera alors du même pas.

 

Antoine Blanca

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 16:35

Les impatiences se font sentir chez les plus proches amis du PS. Parfois même au sein du premier cercle présidentiel. Autour du Chef de l'Etat on calcule, on suppute, on songe presque ouvertement à un changement de gouvernement. Une telle initiative pourrait, un moment, calmer les esprits, améliorer un peu des sondages difficiles à supporter. Il en est pour laisser filtrer des confidences auprès de journalistes influents. Le plus déterminé est Claude Bartolone. Le Président de l'Assemblée n'a pas fini de savourer son élection au perchoir qu'il songe déjà à un  autre palais de la République. A Matignon, précisément. Applaudi debout par tous les députés de droite pour s'être prononcé contre la déclaration du patrimoine des parlementaires, il multiplie depuis lors les clins d'oeil vers le bleu oraison. Qui sait? Sa désignation ne serait-elle pas susceptible de calmer les esprits, de ramener une certaine sérénité. Un répit serait, pensent certains, le bienvenu...

Le Président observe, s'agace, s'irrite parfois. Mais il ne bougera pas d'un pouce dans un proche avenir. Il est certain que son cap est le bon. Et que l'avenir, au moyen terme qu'il s'est donné, lui souriera. Il pense surtout qu'il n'est pas de politique alternative. Ni la droite parlementaire, ni les autres gauches n'ont de projet plus ou moins crédible. Il se retrouve, chaque jour davantage, dans cette jungle européenne qui lui est foncièrement hostile. Elle va le devenir davantage avec la campagne électorale en Allemagne où Madame Merkel a décidé de la jouer 'à droite toute'. François Hollande veut transformer en avantage cet obstacle apparent.

Il est patient et serein. Certain du bien fondé de son affaire. On se dirige bien vers le bon rivage. C'est un peu la certitude qui habitait Christophe Colomb. L'essentiel c'est de tenir bon la barre, de rassurer les équipages et de bien observer le ciel, ses étoiles propices. Et surtout les oiseaux. Il en est, paraît-il, de bonne augure.

 

Antoine Blanca

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 12:35

Le débat, parfois passionné, qui agite la France et les Français, au sujet des libertés verbales coupables, prises par certains à l'endroit des musulmans, est observé avec inquiétude hors de nos frontières. C'est qu'il ne s'agit plus de xénophobie ordinaire, franchouillarde, propos minables de bistro. On parle désormais de prises de position de personnalités considérées comme 'intellectuelles'.

Dans le quotidien algérois El Watan, Maurice Tarik Maschino s'étonne de ce que les extrémistes reconnus comme Renaud Camus , ouvertement antisémite, ou Oriana Fallaci, pour qui "les fils d'Allah se reproduisent comme des rats" ne soient plus considérés comme des exceptions méprisables.  Ils font de nos jours de nombreuses émules, en particulier chez les plumitifs. Il cite ainsi le philosophe auto-proclamé Alain Finkielkraut, vedette télévisuelle qu'on paraît s'arracher sur les plateaux et dans les stations de radio. Il  est pourtant allé jusqu'à se solidariser de la raciste Oriana Fallaci, déjà citée. Pour lui "elle s'efforce de regarder la réalité en face en estimant que les mosquées grouillent jusqu'à la nausée de terroristes ou d'aspirants terroristes". Il s'indigne par ailleurs qu'une équipe de France soit 'black, black, black' et célèbre, dans un journal israélien, les bienfaits de la colonisation française en Afrique...

Maurice Maschino nous invite aussi à prendre connaissance de l'ouvrage que le journaliste Sébastien Fontanelle consacre aux personnalités qui, par leurs déclarations ou leurs pseudo-questions ('l'Islam a-t-il vraiment sa place dans la République?')* encouragent la discrimination. On trouve là Michel Houellebecq ('l'Islam, la religion la plus con'), Michel Onfray, qu'on est surpris de trouver en cette compagnie ('parler d'islamophobie installe celui qui choisit ce terme du côté des religieux intégristes'). Mais encore plus honteusement la Secrétaire de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse, qui dénonce 'ces pseudo-Français' qui ont "trois ou quatre femmes et vingt cinq enfants"; de même que le fondateur de Le Point, Claude Imbert, qui affirme que l'Islam "apporte une certaine débilité qui, en effet, me rend islamophobe". 

On pourrait ici multiplier les sentences et les noms de ceux qui les prononcent. Comme une insulte au pays de Voltaire et de la Révolution de 1789. 

 

Antoine Blanca

 

* Sébastien Fontanelle, "les briseurs de tabous", Ed. La Découverte



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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 17:09

Nous avons tous des amis allemands. La paix des esprits a suivi la paix des armes. Le Traité de Rome signé par Guy Mollet au nom de la France avait commencé à cimenter, en 1957, la grande maison commune européenne. La création de l'OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse) allait permettre la mise en relation amicale et culturelle de centaines de milliers de citoyens des deux côtés du Rhin. On ne compte plus, depuis un demi-siècle, les projets de coopération bi-latéraux menés à terme. 

Or aujourd'hui, quand est mise à l'épreuve, par la crise, la solidité d'une relation, les coups bas pleuvent. Ils proviennent tous de la grande presse allemende concentrée dans sa capitale économique et financière, Francfort. Le discours est, sur le fond, identique, depuis des mois. Tout comme dans les quotidiens, dans les hebdos ou les mensuels d'analyse et de réflexion. Une main inconnue a-t-elle donné le tempo, fourni la partition, les 'éléments de langage' (pour m'exprimer à la mode ministérielle moderne)? Je ne pense pas que cela émane du gouvernement fédéral. Quoi que...Mais des maîtres de ces plumes mercenaires qui sont à la Bourse de Francfort.
Le thème est toujours le même: un peuple indolent, incapable d'initiative, attendant tout de l'Etat providence, une société bloquée. La nôtre.

La dernière livraison de ce type nous vient de la revue grand format DIE ZEIT, Hambourg, hebdo tiré à 500000 exemplaire. Courrier international, qui en publie de longs extraits, nous fait connaître Gero von Randow, auteur d'un  article fleuve sur notre pays et sur nos compatriotes. Puisque Jean-Marc Ayrault est prof d'allemand, je lui en déconseille la lecture. Elle peut conduire au suicide si on est pris au dépourvu...Pourtant ces analyses assassines sont le plus souvent contredites par les statistiques. Notamment sur la productivité horaire, la créativité, la naissance annuelle de près de 100000 micro-industries. Mais cela restera dans nos mémoires: voilà comment les gens de la Haute-Finance germanique jugent la France et les Français. Jérome Cahuzac et DSK sont ainsi présentés, à trois reprises, comme modèles de la dégradation de notre vie politique.

Heureusement l'Allemagne moderne produit beaucoup plus de voitures de luxe que de chars de combat. Et aucun Hitler ne se profile à l'horizon. Car ce dernier ne nous jugeait, finalement, pas autrement que de Gero von Randow de DIE ZEIT...

 

Antoine Blanca

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 10:16

Après la nouvelle manifestation contre la loi ouvrant la voie au mariage de personnes du même sexe (et à l'adoption) donne de nouveaux droits. Et n'en supprime aucun. Cette nouvelle liberté paraît, on le sait, insupportable à une minorité agissante. Hier dimanche ces opposants ont clairement annoncé leur intention profonde: imposer dans la rue ce qui leur a été refusé dans les urnes.

Je mesure le bonheur intense de Frigide Barjot. En ce jour du Seigneur elle rayonnait en fendant la foule, en distribuant bises et saluts de la main. Ou encore juchée sur un camion, comme habitée par une joie divine. La voilà figure de proue d'un mouvement dont elle n'avait pu rêver la dimension, l'intensité. On ne pouvait s'empêcher de penser à la lettre ouverte que lui a envoyée son beau-frère Karl Zéro: toi qui as rêvé d'être une grande star, tu ne te sens plus d'être, sur le tard, auréolée de gloire (interprétation libredu fond de la lettre). L'artiste ratée (même quand elle tenta le porno), privée de cinéma et intermittente de troisième plan à la radio et à la télé dans des émissions humoristiques, elle se trouve enfin enfin sous les feux de la rampe. En haut de l'affiche.

Vedette enfin reconnue. Les députés de droite la respectent par crainte. Les familles bourgeoises et cathos traditionnelles, en ont fait leur guide. On est fondé à croire au miracle...

Elle ne veut pas, bien entendu, que cette félicité s'arrête. C'est presque trop beau pour être vrai. Alors elle promet une suite de manifs. Après celles contre le mariage pour tous, il y aura celles contre la PMA, contre l'euthanasie, contre le droit de vote aux étrangers...Elle s'en pourlèche d'avance les babines. Le spectacle va donc continuer. Il n'y aura pas de relâche...

Si la droite et sa nouvelle cheftaine ne lâcheront pas facilement leur os, il faut tout de même se souvenir qu'en démocratie ce sont  le Président et la représentation populaire qui expriment la légitimité constitutionnelle. Donc la volonté du peuple. Or nous sommes dans la contestation de projets de lois qui ne font que réfléter fidèlement les engagements pris, devant les citoyens de France. Et adoptés par eux par la voie du vote.

Quand les élus UMP se raccrochent aux wagons de la rue, cautionnent de fait une alliance avec la droite extrême, ferment les yeux sur la violence néo-fasciste, nous sommes dans la dissidence institutionnelle.

Face à cela, la gauche devrait se mobiliser, unie, dans la concertation. On ne devrait pas avoir de mal à le faire, surtout quuand le conservatisme a le visage de Frigide Barjot. 

 

Antoine Blanca

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 11:35

Dans les cas d'enlèvements de personnes dans des régions ou des zones à risque, le premier impératif est, pour les responsables politiques, d'agir dans la discrétion. Cette position se heurte à nombre d'obstacles:

la presse: sa vocation est d'informer et de rechercher par tous les moyens les informations que les pouvoirs publics leur refusent.


les familles: elles sont impatientes et ont tendance à estimer que le gouvernement n'en fait pas assez; frustrés ou en colère, il arrive que certains de ses membres rompent la loi de la discrétion; le Quai d'Orsay emploie beaucoup de moyens pour les calmer, notamment en recevant très régulièrement les familles, pour commenter de près la situation et partager avec elles les raisons de certains silences.


la gestion de conflits internes: quelques fois il y a débat agité entres les services français impliqués dans la recherche d'une sortie de crise. DGSE, diplomatie, défense nationale; la coordination s'impose alors que certains hésitent à mettre sur la table commune les informations recueillies auprès de sources qui leur appartiennent.

 

A peine les sept membres de la famille française enlevés au Cameroun, à la frontière avec le Nigéria, rapatriés, les journalistes ont commencé à s'agiter. Sur le thème: puisque on continue à rien nous dire on va, nous, continuer d'enquêter, quitte à mettre en péril des négociations d'avenir.


En vérité, il n'existe pas de formule unique pour négocier la libération de compatriotes enlevés. Tout dépend du pays, de l'organisation avec laquelle on doit traiter, de l'existence ou non d'intermédiaires fiables. On ne négocie pas de la même manière avec des djihadistes nigérians qu'avec, par exemple, de chababs somaliens. Si la France ne ferme la porte à aucune possibilité, on évite d'utiliser la force qui risque de mettre en péril la vie des otages. Cette fois la coopération avec le Nigéria et le Cameroun a été exemplaire et efficace. La DGSE et le renseignement militaire ont réalisé un travail remarquable.

 

A  présent il s'agit de libérer, en sauvegardant leur vie, les otages détenus par les "Al qaïdistes" au nord du Mali. Là-bas, notre armée, souvent aidée par les efficaces militaires tchadiens dans la phase actuelle, a pratiquement décapité, puis liquidé AQMI et son matériel. On évite de chiffrer. Mais plus de sept cent djihadistes auraient été neutralisés et les véhicules qu'ils utilisaient dans la première partie de l'opération gisent calcinés dans le désert. A un cas près, les otages sont en vie. Il faut les libérer sans les sacrifier.

 

Antoine Blanca

 


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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 12:04

70 ans après l'insurrection du ghetto de Varsovie

 

J'ai mon propre vécu de l'insurrection du ghetto de Varsovie. Je vais rapidement le partager  avec vous. Bien entendu ce vécu se situe sur le terrain purement commémoratif, à l'intérieur du Bund socialiste juif qui, à Paris, organisait chaque année une cérémonie pour honorer ses combattants et leur héroïsme chargé de symbolisme et de désespoir. Je ne sais pas s'il existe encore une section française de ce qui fut le Bund.

A vrai dire je savais peu de choses du monde des juifs de l'ancien empire russe et de leur parti ouvrier. Fils de réfugié politique espagnol en Algérie, "mes"juifs appartenaient à un tout autre univers. Ils étaient commerçants ou artisans; l'empire que leurs ancêtres avaient connu était l'Ottoman, non le Russe; et leur langue était l'Arabe, pas le Yiddish. Mon père, très bien informé sur presque tous les sujets, m'avait expliqué l'essentiel sur Askhénazes et Sépharades. Il avait ajouté que dans notre village de Boghari, seuls le rabbin et le notaire, président du Consistoire local, avaient entendu parler des particularités des Juifs d'Europe centrale et orientale. Ils découvraient, en même temps que tout le monde, le génocide et sa dimension historique

.

Présent à Paris en avril 1960 pour participer à une réunion du Comité national des Jeunesses socialistes, je fus à la fois surpris, et honoré, que l'on me confiât la mission de représenter le PS-SFIO à la cérémonie commémorative de l'insurrection du Ghetto. On me donna quelques adresses, et je pus réunir des informations minimales pour me permettre de prendre la parole.


C'étaiit dans un cinéma proche des boulevards et de République. Une cérémonie funèbre, sans éclairage et sans applaudissements. Je me suis rarement senti aussi intimidé, seul à  la tribune d'orateur, devant 300 militants silencieux, aux côtés de deux survivants du ghetto et de membres du Bureau du Bund. C'était alors le 27e anniversaire du soulèvement qui n'avait d'autre but que de mourir les armes à la main plutôt que dans un camp d'extermination. J'avais déjà lu un livre racontant l'insurrection du camp de Treblinka. Trois survivants de cet événement étaient d'ailleurs, aussi, présents dans l'assistance. Ce qui me frappa en outre, dans cette cérémonie funèbre, ce fut son esprit complétement laïc. Personne ne portait de kipa. Aucun rabbin n'appela à la prière. Le Bund n'était pas sioniste à l'origine. Ses membres devaient se diviser par la suite sur le sujet. Aucun représentant de l'Ambassade d'Israël ne prit officiellement la parole, du moins à ma connaissance. Un meeting silencieux n'était pas dans mes habitudes. Les allocutions furent brèves. Certaines furent prononcées en Yiddish. Je fus raccompagné en silence. Une fois sur le boulevard Bonne Nouvelle, j'eus un peu de mal à retourner sur terre. Comme si je revenais d'un monde disparu.

 

Antoine Blanca

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 11:51

Comparer ce qui est comparable? Précepte plein de sagesse au respect duquel je me conforme. En général. Sauf quand les événements me poussent à extrapoler. Un peu. C'est après tout l'un des charmes de la littérature politique. Un blogueur n'est pas un rédacteur d'agence de presse tenu par le compte rendu événementiel, avec son exigeance de précision géographique. Paris, Caracas, ce ne sont pas les mêmes capitales. Droite française, droite vénézuélienne, un océan les sépare. Et pourtant...

A Caracas, le candidat unique anti-chaviste, Henrique Capriles, refuse de reconnaître une défaite plus frustante que prévu, exige un recompte complet des voix, bulletin par bulletin, appelle ses partisans à manifester. Cela réveille aussitôt les groupes fascisants qui s'en prennent à des locaux de sections locales du PSUV, à des maisons de militants chavistes, à des dipensaires tenus par du personnel cubain... Ils saccagent, incendient avec ceux qui se trouvent dedans. Résultat, une dizaine de morts, une centaine de blessés. Capriles se dit aussitôt étranger à ces actions criminelles, assure n'avoir jamais fait appel à la violence. Le nouveau Ku Klux Klan, ce n'est pas lui, l'entrepreneur prospère, fils de famille bien établie au Venezuela comme à Miami et à New-York.

Il a les mains propres. Les bandes de gros bras assassins répondent aux mêmes critères que les paramilitaires colombiens chargés de terroriser les peones trop revendicatifs. Ici il s'agit de métis, cette population indéfinissable qui veut sa petite  part des bienfaits de la manne pétrolière. Hugo Chàvez, sorti de leurs rangs, parlant leur langue, était en train de la leur accorder. C'était leur prophète. Maduro, seulement l'un de ses apôtres, le préféré. Ce n'est pas pareil. Il doit encore mûrir.

 

A Paris, avec le débat, au Parlement et dans la rue, sur le mariage pour tous, c'est une tout autre affaire. Un autre univers. D'autres gens...Enfin, presque. La droite parlementaire qui vocifère s'est accrochée à un étrange wagon. On ne sait qui court derrière l'autre, qui a le plus besoin de l'autre, mais l'alliance entre conservatismes catholique et parlementaire est devenue une réalité. Dans la rue, les mêmes familles qui avaient défilé en bon ordre, enfants inclus, en 84, pour les écoles privées, sont là contre le mariage pour tous. Comme elles l'avaient fait contre le PACS. Ce sont des gens très comme il faut. Pas le genre à briser des vitrines, à brûler des pneus, à casser de l'homo, à saccager des bars du 4e arrondissement. Ce sont d'autres qui le font. Des violents, eux. "Nous, dans notre familles on ne fait pas ça". On croit entendre Capriles. En février 1934 c'était déjà ainsi. La tentative de coup d'Etat, c'étaient les nervis de l'extrême-droite, les Croix de Feu, les fascistes de tout poil. Ils avaient été arrêtés par les Gardes mobiles aux portes du Palais Bourbon. Où les députés de droite communiaient avec eux, cravatés et giletés, craignant d'avoir à salir leurs gants en daim.

 

Il en va ainsi.  A Caracas et à Paris. C'est à la fois profondément différent et terriblement semblable. Enfin, tel et mon avis. Et je le partage en toute impartialité.

 

Antoine Blanca 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 10:48

Les amis de Hollande ne sont pas à la fête. Le peuple de gauche se dit déçu parce que, dans son esprit collectif, la conquête du pouvoir exécutif par les siens a toujours été suivi de changements immédiats et de signes forts de progrès social. L'électorat naturel du PS et de ses associés ne se contente pas de projets à moyen terme, parfois difficiles à expliquer techniquement. Les esprits sont encore marqués par les conquêtes de 36, du programme de la Résistance, de ceux de 56  et de 81.

Cela demandait beaucoup moins d'explications et de schémas au tableau noir que les 'contrats de génération', le recrutement de 60000 membres de professions liées à l'éducation nationale sur cinq ans. Et que dire du combat quotidien pour la croissance en période européenne de décroissance (laquelle atteint d'aileurs l'Allemagne tant encensée), de faire baisser le déficit public, de contenir les dépenses hors enseignement, santé et Défense nationale?

La presse est libre. On s'en réjouit chaque jour. Mais comme elle est presque entièrement contrôlée par des hommes de droite etde, ou par les puissances de l'argent, c'est la gauche et le Président qui font les frais de cette liberté. C'est ainsi que Le Point et L'Express ont rivalisé dans la couverture insultante contre Hollande. Les deux ont gagné, à égalité dans l'ignominie: ils ont même fait mieux que Le Figaro et failli enfoncer Valeurs actuelles.

Du coup, en cette veille de premier anniversaire de la victoire de François Hollande on n'a pas le coeur à rire quand on est de gauche. Bien entendu on devrait se dire que si, par malheur, Sarkozy avait été réélu, on aurait assisté à un tout autre scénario. Les salariés auraient dû, tous sans exception et sans délai, courir aux abris, tant les bombes anti-sociales seraient tombées drues. Et il n'y aurait eu, en Europe, aucun champion pour promouvoir une politique collective de croissance.

Mais on ne fait  pas la politique avec des verbes au conditionnel. Au présent de l'indicatif, on avale les très mauvais sondages comme autant de couleuvres, et on se retrousse les manches pour se projeter dans le futur.

Car les premiers frémissements annonciateurs de bonnes nouvelles arrivent: la production industrielle donne des signes avérés de progression, le besoin urgent de croissance gagne partout du terrain et ceux qui s'y opposent passent pour des ringards. Et puis la production reprend des couleurs aux Etats-Unis. Cela a toujours entraîné le reste du monde.

Ne le voyez-vous pas: le printemps arrive.

 

Antoine Blanca

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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