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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 10:42

Cela fait du bien, par les temps qui courent, de quitter un moment la pesante atmosphère de la vie politique française, pour aller respirer celle de la campagne électorale, post-Chàvez, au Venezuela. Elle est embuée de vapeurs d'encens et d'évocations mystiques du grand disparu...Singulière dévotion!


                                           **************

 

...Une atmosphère de résurrection du 'Grand Disparu' a été voulue par le candidat chaviste ('socialisme bolivarien'). Hugo Chàvez, après maintes opérations et chimios subies à La Havane, était revenu à Caracas, suffisamment en forme pour rassembler ses électeurs de tout le pays. Il était allé de ville en ville et avait usé de sa gouaille légendaire, colorée, imagée, celle qui fait rire ou pleurer, avec les mots du petit peuple. Réélu, ayant désigné sans ambigüité un vice-président avec droit de succession, il n'avait pas eu la force de lui passer le flambeau dans le respect de la Constitution. Aucune intervention, aucun traitement lourd n'avaient pu vaincre le mal...Le dauphin, Nicolàs Maduro, est donc en campagne. C'est la deuxième en quelques mois. Le chavisme continuera, en tout état de cause, de disposer d'une confortable majorité parlementaire et, dans cette fédération d'Etats à l'américaine, du soutien de 21 gouverneurs sur 24.

Mais le régime étant présidentiel, le palais de Miraflores* demeure au centre de la vie poliitique. Nicolàs Maduro affronte le même candidat unique de l'opposition (coalition de 17 partis, allant de l'extrême droite à l'extrême gauche), le gouverneur de l'Etat de Miraflores Henrique Capriles. Le nouveau leader chaviste a choisi de mettre ses pas, au sens propre du terme, dans ceux de son illustre prédécesseur. Dans cette campagne éclair (10 jours), il a décidé de prendre le départ de la ville natale du grand frère (parti rejoindre Jésus), et de reproduire, point par point, le parcours électoral emprunté il y a peu par le leader défunt..

Défunt? Pas du tout aux yeux de son successeur présomptif et des millions de pieux fidèles du Comandante. A chaque occasion, Maduro se dit habité par l'esprit (saint?) de Hugo Chàvez,  allant jusqu'à évoquer un petit oiseau qu'il vient de voir passer et qui lui a transmis un message céleste. Un silence empreint de mysticisme s'installe alors dans la foule. Il y a des larmes, quelques évanouissements féminins. On évoque le Très Haut. Soudain Chàvez n'est plus mort. Il revit, sa pensée habite le coeur de Maduro, son enveloppe terrestre. Des prières sont murmurées. Emotion palpable. Nous voilà  plongés dans le marxisme de bénitier...

On n'avait pas vu pareille divinisation depuis la mort d'Evita Peròn il  y a 60 ans.


Sur un plan plus terre à terre, le contrôle du scrutin sera assuré par une commission indépendante. Laquelle a appelé en renfort des personnallités venues de démocraties hispanophones ou lusophones. Il y aura aussi des congressistes de Washington. Cela n'a pas empêché l'oppositon de réclamer le concours de l'armée pour garantir l'impartialité des observateurs. C'est le seul élément nouveau de ce processus électoral au-dessus duquel vole un ange pour les uns, un diable pour d'autres.

Nous saurons lundi matin le nom de celui qui aura été béni. Ou maudit. Par l'Eternel ou par le Malin.

Dieu reconnaîtra-t-il les siens?

 

Antoine Blanca

 

* Palais de Miraflores, siège de la Présidence à Caracas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 10:40

Jamais comme aujourd'hui la presse ne s'est sentie aussi libre. Dans les limites de la loi qui protège de la diffamation, on peut tout dire, tout écrire. Les journalistes le savent: aucune pression, directe ou indirecte ne s'exerce et ne s'exercera pas sur eux. Il n'existe plus de cabinet ou de listes noirs. La quasi totalité des publications, quotidiennes ou hebdomadaires sont plutôt, ou franchement, de droite. Celles qui ne le sont pas, Marianne, l'Obs, Libé, pour ne pas parler de mon journal satirique préféré, font tous les efforts possibles et imaginables pour ne pas être soupçonnées de favoritisme vis-à-vis de la majorité actuelle. Je dois dire qu'ils y réussissent très bien...

Mais aujourd'hui, alors que les difficultés du moment demanderaient un certain sens des responsabilités collectives, la presse française, dans sa quasi-totalité, ne cherche plus à informer mais à destabiliser. C'est la recherche du scoop, fut-il infondé ou même foireux, qui domine.

Un quotidien réputé sérieux est tombé dans cette lamentable facilité. A tout hasard, dans le but de faire mal, de fragiliser et, éventuellement de participer à je ne sais quelle curée. Le trésorier de campagne de François Hollande est ainsi mis en cause par Le Monde: il apparaît comme actionnaire, à travers un holding international, de sociétés installées aux Iles Caïman, paradis fiscal bien connu. Chacun peut vérifier qu'il n'a commis aucune faute d'évasion fiscale en confiant certains de ses intérêts de libraire international, ayant l'ambition d'installer un réseau de librairies modernes en Chine, à un holding. Lequel place son argent où il l'entend. Il n'y a, en l'occurrence, pas de compte illégal à l'étranger destiné à frauder le fisc. Le scoop est donc infondé. Nauséabond pour tout dire. Mais le désir de nuire, lui, est clair.

Il était logique, dans le système qui régit l'univers, Chine comprise, de confier la trésorerie de campagne à un homme familier du monde des affaires et suffisamment riche pour ne succomber à aucune mauvaise tentation. Un ami de la promotion Voltaire de l'ENA, de surcroît. Plutôt qu'à un agrégé de Philo spécialiste de Freud ou de Kant...De toute manière il serait difficile de faire une enquête sur la transparence intime de chaque membre d'une équipe de combat électoral.

Ces attaques qui veulent blesser, cette course à l'échalote du scoop, peuvent affaiblir la République elle-même. Chacun devrait en être conscient.

 

Antoine Blanca

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 12:06

Hier après-midi, mardi 2 avril, il y avait réception 'de printemps', à la Fondation Jean Jaurès. Son président, Pierre Mauroy recevait. Hôte d'honneur: le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. On venait d'apprendre la nouvelle de la confession de Jérôme Cahuzac. La consternation se lisait sur tous les visages. Un ministre avait manqué à sa parole, avait réitéré son mensonge devant la représentation populaire. Et jusqu'à l'ouverture d'une information judiciaire, qui d'ailleurs ne le mettait pas nommément en cause, tout les socialistes l'avaient cru. Ou avaient voulu le croire. C'était évidemment mon cas. J'accepte d'être accusé de candeur. J'ai toujours eu la faiblesse de croire en la parole de mes amis.

En l'occurrence Cahuzac n'en faisait pas partie. Mais c'était un camarade. Et, tout au long de ma vie, tant personnelle que militante, j'ai toujours voulu croire en la sincérité de mes camarades. Et j'ai eu raison de le faire. Dans la plupart de cas. C'est la première fois que je me sens trahi, que j'assiste, presque en direct, à la déchéance de celui que, par solidarité spontanée, j'ai défendu dans trois de mes articles. D'autant que j'ai toujours douté des méthodes journalistiques de M.Plenel. Et, dans l'affaire qui nous concerne aujourd'hui, de la bonne foi de sa source, son opposant politique local. Personne ne s'occupe, par exemple, de la légalité de l'obtention d'une conversation téléphonique privée...Aux Etats-Unis ce fait eût suffi à invalider toute procédure judiciaire.

Mais le principal est ailleurs. L'immense majorité du peuple de gauche vit dans un monde différent de celui dans lequel évoluait l'ancien Ministre du Budget. Le sien, je viens, moi, de l'apprendre, se situe dans une autre planète. Je le voyais simplement en professionnel compétent dans son domaine. La précédente majorité le pensait aussi qui l'avait porté, innovation républicaine, à la présidence de la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale. Apparemment sans enquête préalable sur son patrimoine et sur ses comptes bancaires...Naïveté de sa part?

Le nouveau pouvoir installé en mai 2012 avait innové en exigeant de tous les ministres une déclaration approfoncie portant sur leur patrimoine. Chacune d'elles aurait été vérifiée. Cela n'a pas suffi toutefois à démasquer un coupable éventuel de blanchiment de fraude fiscale. Hollande vient de proposer un renforcement des dispositifs destinés à prémunir la République, et ses citoyens, contre tout dévoiement. Même si aucune mesure, aussi dure soit-elle, ne donnera d'assurance absolue, ce sera un nouveau pas dans la bonne direction.

J'ai la conviction, pour conclure, que ceux qui nous gouvernent, au sommet de l'Etat, sont des hommes et des femmes de probité. Et ceux qui tentent de provoquer, surtout au milieu d'une situation sociale et économique délicate, une crise de régime, n'aident pas la convivialité démocratique fondée sur la confiance.

 

Antoine Blanca

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 18:03

Si, comme on peut raisonnablement le prévoir, Michelle Bachelet est réelue, en novembre prochain, à la présidence du Chili, la démocratie sociale qu'elle incarne trouvera enfin le second souffle, devenu vital après quatre années de gouvernement conservateur*. Sebastian Piñera était parvenu à ramener la droite au pouvoir. Moins du fait de ses vertus propres que de la lassitude des électeurs  vis-à-vis de la 'Concertation'. Celle-ci avait gagné toutes les élections de l'après pinochétisme, installant au Palais de La Moneda, siège de la présidence, des démocrates-chrétiens ou des socialistes réformateurs.

C'était regardé, au début des années 90, comme la voie de la raison. L'idée avait prévalu que bien de malheurs auraient été évités au pays si le centre, essentiellement la D.C. et la gauche, ne s'étaient pas combattus sans pitié. Dix sept ans de dictature militaire féroce avaient profondément traumatisé le pays. L'idée de la 'Concertation' s'était imposée. Vingt-quatre ans de stabilité démocratique avaient cependant fini par user jusqu'à la corde une alliance fragile, quelque peu artificielle. En 2009 une partie de la gauche avait refusé de voter de nouveau pour un démocrate chrétien, en l'occurrence Eduardo Frei jr., dont le père, et lui-même, avaient déjà été présidents.

La droite avait mis à profit ce début de divorce. Michelle Bachelet avait quitté le pouvoir sous les acclamations des citoyens: elle bénéficiait d'une popularité record. Un sacré bout de bonne femme qui avait su allier fermeté sur les principes et sourire attentif du médecin pour son patient. Bien que fidèle à ses convictions, elle apparaissait comme représentant une gauche différente, renvoyait une image moins conforme à l'idée que se faisaient les Chiliens de la politique traditionnelle.

Le 30 juin, elle affrontera trois autres pré-candidats de gauche dans une primaire qui ne devrait pas nous réserver de surprise. L'élection elle-même aura lieu en novembre et l'élu(e) prendra officiellement ses fonctions en mars 2014. Michelle Bachelet présidente devra s'attaquer à la survivance du régime de Pinochet en matière économique et sociale. Car la dictature n'avait pas seulement liquidé les libertés démocratiques. Adepte de l'hyper libéralisme à la Thatcher et à la Reagan, elle avait détruit tout le système de protection et de promotion sociale. Non seulement celui hérité de l'Unité populaire, mais encore celui organisé par les majorités précédentes. La loi de l'argent prévalait, seule, dans l'enseignement comme dans l'économie. Personne n'avait osé s'attaquer à cette réalité de profonde injustice. Lycéens et étudiants, soutenus par leurs familles, s'étaient, eux, chargés par de manifestations imposantes, longuement étalées dans le temps, de rappeler à tout le monde que l'heure du changement était arrivée. Michelle Bachelet a bien compris ce puissant message. Une certaine forme de peur diffuse ne retiendra plus le bras de la démocratie triomphante.

 

Antoine Blanca

 

* La Constitution chilienne interdit la réélection immédiate. Elle impose à un ancienChef de l'Etat de laisser passer un mandat avant d'être autorisé à se représenter.


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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 11:18

Dans des circonstances normales (et c'est le  cas de la France, n'en déplaise à certains), le respect de la Constitutiion prévaut sur tout le reste. Le Conseil constitutionnel, en dépit de ses inévitables défauts, est le garant de ce respect et de la stabilité institutionnelle qui en découle. Le Président de la République, élu de tous les citoyens, se doit de faire preuve de hauteur de vue et, dans la mesure du possible, d'impartialité.

Mais c'est là que la réalité se heurte à la Loi. Les institutions ont été voulues par De Gaulle à sa mesure, c'est à dire à celle du gaullisme. Et quel que soit le bon vouloir des Chefs de l'Etat qui lui ont succédé, chacun d'eux a été considéré, par le peuple de France, comme le vrai leader du camp qui l'avait porté au pouvoir. Certes, on a pu noter des comportements qui dépassaient des limites. La caricature a été incarnée par celui de Sarkozy, quand il a usé, jusqu'à la corde, de manoeuvres destinées à lui permettre d'être à la fois candidat et Président. Pendant des mois il a utilisé avec, une impudence rare, tous les rouages de la machine de l'Etat, faisant des Préfets et sous-Préfets des chefs locaux de sa pré-campagne. Mais sans atteindre de telles dérives, avec plus de précautions, Mitterrand avait tenté d'imposer ses vues au Congrès PS de Rennes, et favorisé en sous-main une liste Tapie aux européennes pour handicaper Rocard, officiellement désigné par les instances régulières du parti. Il n'avait jamais été aussi mal inspiré, d'ailleurs...

Tout cela pour rappeler à François Hollande qu'aux yeux des Français il restera par dessus tout le leader du courant qui l'a fait roi. Et ce courant était bien représenté au grand meeting du Bourget, qui acclama ses proclamations contre la finance internationale, annonça la taxe de 75% sur la tranche supérieure à 1M d'euros de revenu annuel et son aveu, venu du fond du coeur: "Je n'aime pas les riches". Notre président de la France est aujourd'hui à nos yeux, en premier lieu, un président de gauche. Et il ne glanera pas une seule voix chez l'adversaire en affirmant, de manière répétitive, son oecuménisme citoyen. Chacun le comprend quand il agit comme chef des Armées. Mais beaucoup moins dans son action politique quotidienne.

En 2002 Jospin s'était fait, et nous avait fait d'ailleurs, beaucoup de mal en affirmant cette évidence qui n'avait pas à être proclamée: "mon programme n'est pas socialiste". A droite, il n'avait rassuré, encore moins séduit, personne. A gauche, il avait embarrassé beaucoup de monde.

Sachons tirer les erreurs des désastres du passé...

 

Antoine Blanca

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 15:47

Les commentaires sur la prestation de François Hollande ( France2, hier jeudi) auraient pu être écrits à l'avance. A droite on s'essaie, sans succès, à l'ironie. Le FN tente de mordre, sans crocs et sans conviction. Même Mélenchon n'est pas parvenu à trouver la bonne petite phrase assassine. Quant aux éditorialistes et autres commentateurs, ils ont fait, comme on dit, le métier: ils sont là pour juger, pas pour prendre des responsabilités ou pour aider à la recherche de solutions.

Les plus imaginatifs d'entre eux, après avoir un peu disserté sur la notion de 'boîte à outils' (illustration utilisée par l'intervenant), que l'on peut sans peine associer à celle de 'bricolage', se sont souvent lamentés "du manque d'audace" de la parole présidentielle. En vérité, comment peuvent-ils penser qu'il y a place, dans la conjoncture présente, à la  manifestation d'une forme quelconque d'audace? Nous ne sommes pas dans le domaine de la télé-réalité, et Hollande ne se propose pas de prendre Fort Boyard d'assaut. On se trouve, au mieux, dans une phase de patiente réparation. Afin de préparer, peut-on espèrer, celle de la construction. La première n'a rien d'exaltant. La seconde devrait procurer quelque bonheur.

Et il n'y aura pas, dans les mois qui viennent, de résultat positif spectaculaire.

Bien que politiquement engagé moi-même, je m'efforce toujours de rester objectif. Voire parfois critique avec les miens. Je crois mieux aider, ce faisant, mes amis à réussir l'entreprise commune.


Regardons un peu autour de nous, en Europe. Quand on ne recule pas (c'est, hélas, la majorité des cas), on stagne. Même en Allemagne dont il est de bon ton de chanter les louanges. Pujadas a tenté de citer la Suède comme modèle de réussite social-démocrate. Sauf que les socialistes n'y sont plus au pouvoir. Depuis d'ailleurs de nombreuses années. Et que la situation économique n'y est, dans l'ensemble, pas meilleure que la nôtre.


Ce qui est vrai, en revanche, c'est que dans les pays du nord et du centre de notre continent il existe, depuis fort longtemps, une tradition de dialogue entre une force syndicale puissante, un patronat organisé et l'Etat. Hollande a remporté sur ce point un premier succès. Sans la signature de la CGT. Ce qui est regrettable, mais n'arrêtera pas lla machine à négocier. Mais il n'est pas dit, d'ailleurs, que cette grande confédération ne soit pas amenée à réfléchir à l'origine de ses difficultés actuelles. Les élections professionnelles viennent de sonner, pour elle, un signal d'alarme, avec le succès des syndicats dits 'réformistes'.


François Hollande accomplissait hier une tâche ingrate. Et il s'en est bien acquitté. L'audace, on la laissera à des Beppo Grillo et à des Frigide Barjot.

 

Antoine Blanca

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 17:42

En France, et dans les pays francophones, la lecture du quotidien du soir fondé par Beuve-Méry constitue une sorte d'addiction dans une certaine intelligentsia plutôt de gauche. C'était le cas dans notre famille où mon père, qui avait dirigé un quotidien de province pandant la guerre civile espagnole, attendait l'arrivée de l'autocar de Blida, pour être le premier à pouvoir feuilleter, en professionnel, le journal que les Parisiens avaient pu lire l'avant veille dans l'après-midi. Souvent, après dîner, d'autres réfugiés politiques vivant encore dans ce bourg du sud algérois*, se réunissaient à la maison et commentaient à voix haute tel ou tel 'papier'. En particulier l'éditorial.

C'est avec un tel souvenir que j'ai longtemps été un fidèle lecteur de ce journal dont on louait, dans ma famille, la compétence de ses collaborateurs et l'impartialité éclairée des commentaires. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Sa bonne réputation avait déjà  été mise à mal quand il publia, sans autre vérification, un article d'Edwy Plenel qui prétendait donner un scoop fondé sur un faux grossier*. La direction finit par présenter, de mauvaise grâce, ses regrets. Mais cela ne l'empêcha pas de nommer le coupable à sa tête quelques années plus tard. Un journaliste peu scrupuleux sur l'origine de ses sources, dans le fauteuil de Jacques Fauvet? De quoi ébranler bien de certitudes...

Aujourd'hui 'Le Monde' a adopté une ligne outrageusement anti-Hollande. L'éditorial d'aujourd'hui a de quoi pousser au suicide bien de citoyens. Non seulement il démolit, point par point, l'action entreprise par le pouvoir  socialiste, mais encore ferme-t-il toute porte à l'espoir. Je crois que la France et les Français ne méritent pas ce degré de désespérance. 'Le Figaro', au moins, laisse entendre qu'avec une victoire de la droite, les choses  s'arrangeront.

Il est vrai que, depuis sa première parution, il y a 55 ans, 'Le Monde' ne se caractérise pas par son optimisme. 'C'est la nature des protestants dont Beuve-Méry fait partie', disait déjà mon père. Aujourd'hui, il n'y a plus de parpaillot à sa tête. Mais le pessimisme continue de prévaloir. La hauteur de vue et l'indépendance en moins.

 

Antoine Blanca

 

* à Boghari(Ksar el Boukhari) et à Boghar, à 160 km au sud d'Alger, des camps de concentration avaient 'accueilli', d'avril 39 à janvier 43 quelque 4000 réfugiés de la guerre civile espagnole Camp Morand et Camp Suzzoni..

** Plenel, se basant sur un faux grossier, prétendait que la campagne de 88 de François Mitterrand avait été en partie financée par le dictateur panaméen Noriega.

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 15:22

Aujourd'hui, mercredi 27 mars: début d'après-midi ordinaire d'un retraité attentif à l'actualité. 'Nouvelle Edition' de Canal+. Ali Baddou aux commandes. On nous sert d'abord une longue séquence roman/photo sur l'attendrissante Carla, tellement éprise de son mari, comme toujours serein et confiant. Etalage de photos de Paris-Match. Le temps de verser une seconde larme et voilà un moment d'humour de Sarkozy, à Bruxelles, remettant les insignes de la Légion d'honneur à un fidèle. "Je pars ce soir. Je ne reste pas en Belgique". Rires de bon aloi. Depardieu passe, déguisé en ange.

Vient le commentaire politique de Nicolas Domenach, officiellement le plus à gauche de la petite bande. Aussitôt il étrille longuement Hollande, s'attarde sur la déclaration d'un obscur député socialiste traitant le Président de 'Conseiller général' (insulte?), il montre la couverture de l'Express (photo du Chef de l'Etat, gros titre 'la débâcle'). Il met l'accent sur les inquiétudes d'un parlementaire PS qui ne veut pas qu'on touche au budget Défense.... Et Domenach de conclure, fort de toute sa préscience: "demain jeudi Hollande, fort  de son talent oratoire, arrivera à convaincre...pour quelques jours..."(sur France 2 avec Pujadas).

Je veux bien croire que les élus et les militants se fassent prendre à partie sur les marchés dominicaux. Que la partielle dans l'Oise soit un signal d'alarme (le PS n'y avait aucune chance et le seul vrai vainqueur a été l'abstention record). Mais permettez à l'homme d'expérience de rappeler que les socialistes ont toujours gouverné dans la tempête. Même quand on faisait passer, comme en 36 et 81, les mesures les plus révolutionnaires.

La large victoire de François Mitterrand pour son second mandat (en 1988), a été presque aussitôt assombrie par une démolissante bataille interne lors du Congès PS de Rennes. Et ensuite par la confirmation de l'horrible maladie qui rongeait, inéluctablement, jour après jour, le locataire de l'Elysée. Au même moment, des livres et des articles sortaient, opportunément, dénonçant certaines amitiés anciennes du Chef de l'Etat, tentant de salir le passé, pourtant incontestable, du grand résistant Morand-Mitterrand. Les vautours et les hyènes guettent toujours l'agonie du vieux lion.

En 1993, lourde défaite du PS lors des législatives...

Finalement le seul gouvernement de gauche à être allé, pendant ses quatre premières années, de succès en succès, aura été celui (en période de cohabitation), de Lionel Jospin. On se souvient, il est vrai, surtout de sa fin renversante.

Quand le PS gouverne, c'est toujours en affrontant de forts vents contraires. La presse est notoirement, ou malicieusement, de droite. Et le peuple, malgré lui, considère que cette dernière doit être aux commandes. Que cela lui revient. Naturellement. Alors, celui qui tient le gouvernail face aux éléments déchaînés, devrait pouvoir compter sur l'appui raisonné ou enthousiaste des siens. Et finalement de la gauche entière. Car en France, de nos jours, il n'y a aucun espace pour une autre option.

Mais s'il y a des militants qui sont faits d'acier trempé, il en est  d'autres en mauvais carton-pâte, tels ces personnages représentant des acteurs que l'on voit à l'entrée des salles de cinéma. Il faut pourtant continuer d'avancer tout en sachant que le carton-pâte est un matériau hybride qui résiste mal à une pluie soutenue.

 

Antoine Blanca

 

* Au soir de chaque victoire électorale des miens, je me suis dit: "Voilà, les emm... vont commencer". Et j'ai pensé à ceux qui s'exclamaient, au début de la III e  République: "que la République était belle sous l'Empire !"

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:13

L'histoire du Venezuela moderne n'a pas été un long fleuve tranquille. Les personnages extraordinaires ne manquent pas, qu'ils soient entrés dans la légende américaine comme Miranda et Bolivar, ou  dans le livre noir des tyrannies, comme le général Gòmez. C'est à la fin du 'règne' de ce dernier* que commença à être massivement exploité le pétrole. Le devenir du pays se mit à dépendre de l'utilisation de la manne pétrolière: à qui allait-elle profiter? Aux grandes compagnies texanes, à une nouvelle oligarchie nationale ou à la République et à ses enfants?

En 1958 on fut en droit de croire au miracle démocratique: après une nouvelle dictature** vint le temps d'élections libres et transparentes, et à une longue alternance entre la social-démocratie (Action démocratique) et la démocratie chrétienne (COPEI). La rupture, qui allait finalement conduire à l'avènement du 'chavisme', se produisit en 1989 quand un président, élu sur un programme de réformes sociales sur fond de crise pétrolière, préféra, une fois son élection proclamée, se précipiter à Davos et se soumettre aux diktats de la finance internationale. Hugo Chàvez ne tarda pas alors à entrer en scène. D'abord comme putschiste raté, puis comme homme politique se situant dans la tradition des militaires progressistes latino-américains. Sauf que le jeune commandant avait un programme à la fois clair et simple: donner la priorité aux petites gens, aux grandes majorités citoyennes. Aux oubliés de la croissance. Et, incontestablement, ce peuple des 'ranchitos', Chàvez l'aimait. Et il sut communiquer, tous les dimanches, son affection et son désir de bien faire***.


Pour la première fois depuis le retour de la démocratie un président élu meurt en fonction. La campagne électorale qui vient de s'ouvrir va opposer le dauphin désigné du Comandante, le vice-président Nicolàs Maduro, au candidat unique de l'opposition, le gouverneur Henrique Capriles, de l'Etat de Miranda. La victoire du premier ne semble pas faire de doute. Mais succéder à une personnalité aussi charismatique que Chàvez ne sera pas chose simple.

Alors, on notera avec intérêt l'introduction en grand format, par le favori, du thème le plus négligé par Chàvez: la sécurité. En 2012 encore le nombre d'homocides a augmenté de 14% par rapport à l'année précédente. Pour atteindre le chiffre de 16000. Or ce sont les quartiers populaires qui sont les plus exposés à la délinquance. C'est donc cette fois la gauche qui va porter la question devant les électeurs. Et le débat s'annonce passionnant. Tout comme celui intéressant le logement, domaine dans lequel les résultats des gouvernements Chàvez ont été mitigés.

 

L'opinion internationale va découvrir la personnalité de Maduro. Un homme venu des milieux de la gauche syndicaliste. Et, comme le Comandnate lui-même, un fervent catholique.

 

Antoine Blanca

 

* Juan Vicente Gòmez (1908-1935)

** Marcos Jimenez (1947-1958)

*** Chaque dimanche matin Hugo Chàvez se mettait à la disposition des auditeurs de la Radio Nationale dans une émission questions (courtes)/réponses (interminables). Cette émission "Allo, señor Presidente" a fait beaucoup pour la popularité du Comandante. Le petit peuple se sentait entendu.

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 11:35

Récemment encore les emportements verbaux dont Jean-Luc Mélenchon est coutumier me faisaient sourire. Avec un brin de nostagie: ils me renvoyaient à mon adolescence, quand je tentais de faire sortir de ses gonds mon socialiste de père. En vain d'ailleurs. Papa préférait argumenter et expliquer.

Mais il y a belle lurette que le citoyen Mélenchon ne m'amuse plus. S'il ne risque pas d'imposer ses points de vue extravagants par la voie des urnes, il est, en revanche, en capacité d'abîmer l'unité de la gauche qui, depuis 1972, a tenu le coup, bon an, mal an. Le co-président du Parti de Gauche, n'est plus un ado en besoin de crises d'exaltation récurrentes. C'est un grand garçon qui aura 62 ans cette année, un personnage public. En tant que tel il a le devoir de contrôler son verbe. Il a sa petite maison dans le grand foyer familial de la gauche. A l'intérieur il peut parfois casser un jouet ou même une assiette. Mais il ne peut pas passer le plus clair de son temps à insulter ses parents, proches ou éloignés, à tous les coins de rue.

Il pense avoir du charisme parce qu'il attribue des noms d'oiseau à ceux qu'il côtoyait, hier encore, fraternellement dans les couloirs de la rue Solférino, voire dans les allées du pouvoir quand il fut un sage Secrétaire d'Etat du gouvernement Jospin. Alors qu'en vérité il fait son mauvais spectacle de chansonnier au talent discutable.

En réalité il joue les utilités pour une droite en mal d'idées. Il a encore beaucoup amusé NKM et Copé qui ont eu beau jeu de découvrir de l'antis-sémitisme dans l'expression du député européen contre Moscovici. Je ne pense pas, pour ma part, que Mélenchon mérite cette qualification. Il est simplement dans sa logique de suivre son inspiration. Et il est devenu une source d'inspiration d'une UMP en panne d'idées et de slogans.

Qu'il prenne garde toutefois: l'alternative au pouvoir démocrate socialiste n'est pas la  révolution prolétarienne. Mais peut-être une version actualisée des Croix de Feu alliés aux Enfants de Marie qui viennent encore de défiler avec enfants et bébés, dans les meilleurs artères de Paris.

 

Antoine Blanca

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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