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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 13:19

La campagne contre le Président, son équipe et le PS atteint aujourd'hui des sommets. Idéologiquement elle se base sur une argumentation ultra-libérale. Celle-là même qui a conduit les pays occidentaux, Union européenne et Etats-Unis en-tête, à la crise que nous connaissons. A croire les donneurs de leçons de la presse économique et politique, c'est le rôle de l'Etat, jugé disproportionné, qui est la cause de tous nos maux. "Privatisons tout, disent en substance ces bons apôtres, et nous retrouverons dynamisme, croissance et prospérité". Au prix de quelques broutilles, faut-il le dire: la disparition de notre système de santé publique, éducation à la carte en fonction des moyens des ménages...Mêmes principes appliqués à la distribution de l'énergie, de l'eau courante, du téléphone...Aux transports aussi. La France serait un pays de fonctionnaires (sous-entendu, de paresseux improductifs). D'aucuns vont jusqu'à nous comparer à la Corée du Nord!


La réalité objective est tout autre. Nous traversons une période difficile, mais dans de bien meilleures conditions sociales que tous les autres pays de l'Union, Allemagne comprise. Ce dernier pays ne réalisant une meilleure performance qu'en matière de production industrielle. Mais son avenir n'est pas brillant: nos travailleurs ont un taux de production horaire supérieur au leur et, surtout, leur croissance démographique est négative quand la nôtre est exubérante.

Portant sur cinq ans (dont quatre restent encore à courir), le programme de réformes de François Hollande devrait porter de bons fruits dans un avenir relativement proche. Encore faut-il qu'on mette fin à l'entreprise de sabotage en cours.

Demandons à ces messieurs et dames de la droite, elle-même en pleine bouillasse, qu'ils nous donnent un seul pays industrialisé en exemple. Et je demande la même chose à Mélenchon: quel est son modèle? S'il avait soudain une crise de sincérité, il avouerait qu'il n'en a pas. Et se verrait aussi contraint de reconnaître qu'il n'existe pas de politique alternative d'ensemble à celle proposée par l'actuel gouvernement dirigé par ses anciens camarades. D'autres ont joué avant lui à la politique du pire. Et ont couru à la catastrophe...Entraînant parfois la gauche constructive avec eux.


Certes nous devons procéder à des aménagements du système. Mais d'une manière générale notre équilibre public/privé est correct*. Et, dans l'ensemble, notre fonction publique est compétente et honnête.

Alors cessons de baisser la tête sous les coups, et relevons le défi avec la certitude que nous sommes sur le bon chemin.

 

Antoine Blanca

 

* Il n'est que de voir nos succès en aéronautique, en construction navale, en production d'énergie, en transports ferroviaires. Entreprise partiellement publique, Renault est la seule, dans le secteur de l'automobile, à pouvoir présenter un plan crédible d'avenir, tout en préservant l'emploi en France. Nous pourrions multiplier les exemples...

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 13:01

C'est toujours présomptueux de donner un avis qui n'a pas été sollicité. Mon amitié, ma solidarité vis-à-vis de Hollande et de Ayrault me poussent pourtant à pousser un cri d'alarme: pas d'armes supplémentaires en Syrie!

Je comprends l'irritation que l'on peut éprouver devant la passivité, depuis deux ans (nous venons d'entamer la deuxième année de révolution) de la communauté internationale en général et des occidentaux en particulier. Mais nous devons regarder la réalité bien en face pour conclure qu'aujourd'hui tout a changé. Il ne s'agit plus d'un mouvement populaire de libération face à un régime policier tyrannique. C'est désormais une guerre multiforme, de quartier à quartier dans les villes, de village à village dans la campagne. Il y a des centaines de lignes de front. Ce sont ces check points qui décident ou pas de la liberté de circulation en fonction d'un regard, d'un accent, d'une amulette...

La célèbre revue The New Yorker publie un long article de Rania Abouzeid intitulé: "C'est comment la guerre?". Court extrait: ...c'est un nombre considérable de personnes qui, par conviction idéologique, par clientélisme ou par crainte, estiment que le régime d'Assad est la meilleure option. C'est un nombre croissant de gens, y compris dans les rangs  des rebelles, qui voient le pouvoir grandissant des djihadistes et autres islamistes [Al Qaïda et Front al Nosra] et qui ont peur de ce qu'ils pourraient faire de la Syrie."

 

Visiblement, François Hollande, dans une très probable association avec un David Cameron à la recherche d'une bonne cause, veut faire passer notre aide en armement par le Conseil national syrien (CNS). Soit: ce Conseil est reconnu par une partie de la communauté internationale. Mais a-t-il jamais contrôlé quelque chose? En tout cas le pays croule déjà sous les armes et, dans la mesure où l'on ne connaît véritablement ni l'identité, ni les intentions, ni les tactiques d'une partie des forces rebelles*, il est impossible de savoir exactement contre qui se retourneront ces nouvelles armes.

 

Tout était différent au Mali. Le principe de l'opération militaire avait été décidée de longue date, et tout s'était précipité quand les terroristes foncèrent vers le sud, vers Bamako. La France est intervenue à la demande des Maliens, des Africains. L'ennemi était clairement identifié et c'étaient nos soldats qui disposaient (et utilisaient) des armes.

 

En conclusion, comme l'écrit The Guardian de Londres,"mieux vaut favoriser une transition politique avec l'accord de la Russie qu'armer des rebelles noyautés par Al Qaïda et  autres djihadistes".

 

Antoine Blanca


* citation très partielle d'une article de Douglas Alexander

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 11:32

En France aucune confédération syndicale n'est  représentative de l'ensemble des salariés du public et du privé. La Charte d'Amiens date de 1908, qui séparait strictement syndicalisme et parti se réclamant de la classe ouvrière. On tourna alors le dos à la quasi totalité des pays industrialisés d'Europe. Aujourd'hui, en Allemagne, au Royaume-Unii, dans les pays scandinaves, en Autriche ou aux Pays-Bas, gouvernement et patronat négocient des accords, globaux ou partiels, avec la grande Confédération syndicale unique (ou peu s'en faut). Ces accords portent sur la flexibilité ou l'encadrement des salaires, les avantages sociaux ou la préservation de la stabilité du travail...Dans notre pays, parvenir à ce type de contrat, susceptible de limiter les sacrifices au bénéfice du plein emploi, relève du casse-tête. C'est pour quoi on a fini par légiférer de manière à ce que la signature de trois centrales syndicales, suffise à officialiser un accord. Ce qui vient d'être le cas à l'Hôtel Matignon et qui vise à garantir l'emploi.

Dans ce contexte, toutefois, l'absence de la CGT est regrettable. Même très affaiblie, cette confédération demeure emblématique pour le monde du travail. La grande centrale ouvrière, totalement contrôlée par le PC de 1945 à 1990, est un peu en recherche de paternité. Ce n'est pas, disons-le tout net, le successeur de Bernard Thibault qui jouera le rôle du Père. Son premier discours public, devant le Congrès qui venait de l'élire, a été peu apprécié. M. Lepaon ne va pas tirer le cégétisme vers le haut. Comme on ne dispose pas d'éléments suffisants pour juger la nouvelle patronne de la CFDT, les principaux partenaires du syndicalisme français sont dans le doute (d'autant plus que le MEDEF va aussi renouveler ses instances en renvoyant Mme Parisot à ses études).

Souhaitons donc bon courage au Premier ministre et, surtout, à son collègue du Travail, Michel Sapin, qui vont avoir à traiter avec une mosaïque de syndicats et avec de nouveaux venus dans la classe (CGT, CFDT, MEDEF...) dans une conjoncture économique et sociale particulièrement délicate. Ce qui peut amener certains à succomber à la facilité de la démagogie.

 

Antoine Blanca

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 11:54

En France, il est de bon ton de vouer l'action de François Hollande aux gémonies. C'est naturel pour les hommes politiques et la presse de droite. Cela devient, hélas, habituel pour une certaine gauche, supposée être l'alliée du PS. Dans tous les cas, quoi que dise et fasse le Président et son gouvernement, on trouvera toujours des raisons à des critiques malveillantes. Personne n'a été surpris, par exemple, de voir M.Aphatie, de Canal+ et de RTL, tenter de discréditer la compagnie indonésienne qui vient de signer un contrat gigantesque avec EADS pour plusieurs centaines de gros porteurs. Et je ne vois pas de journaliste français rappeler que le patron de Mediapart, Edwy Plenel, avait utilisé un faux grossier pour dénoncer, dans Le Monde, un prétendu financement de la campagne de Mitterrand, en 1988, par le  dictateur panaméen Noriega. Or, le voilà aujourd'hui qui se fie à un document sonore, pour briser la carrière de Jérôme Cahuzac. Sans se préoccuper de la personne qui lui a remis l'enregistrement incriminant il y a 10 ans: le sortant UMP que le socialiste avait battu. Laissons la justice aller à son terme...


En revanche, c'est un tout autre air que chante la grande presse des pays occidentaux. En particulier pour se féliciter de l'opération décisive réussie contre les terroristes islamistes dans le nord du Mali. Sans laquelle ces bandits de grand désert seraient entrés à Bamako et exerceraient un contrôle criminel sur un immense territoire. Les Français ont fait, comme disent les Américains, le job, et sont sur le point de le terminer. On loue notre capacité à agir vite et bien, à mobiliser des alliés dans la région, chaque jour plus efficaces d'ailleurs. Sans donner, pour autant, de raison à suspicion de néo-colonialisme. "Malgré les apparences, écrit l'éditorialiste de Il Foglio de Rome, il s'agit d'une décision qui ne s'inscrit pas dans la traditionnelle politique africaine de la Ve République, quand les réseaux Foccart faisaient la pluie et le beau temps en fonction des intérêtes pétrolifères d'ELF...Il reste que la France est entrée seule en guerre au nom de l'Europe dont les pays ne semblaient pas se préoccuper davantage de voir émerger une enclave fondamentaliste au fond du jardin..."

Pour sa part, l'hebdo new-yorkais Newsweek éditorialise "...une chose est sûre, la France s'est montrée prête à agir quand ses pairs, eux, y rechignaient. Ses avions, ses hélicoptères et ses parachutistes sont aujourd'hui le fer de lance dans la bataille qui se dessine pour la démocratie et la stabilité en Afrique". Ou encore, le New York Times:"...la France a conservé la capacité à envoyer rapidement des troupes et des équipements dans une grande partie du monde...[les Français] éprouvent une certaine fierté à jouer un grand rôle pour une cause morale...et poussent leurs alliés à intervenir à leurs côtés..."

Les Américains ne sont pas les seuls à saluer cette  avancée sur l'échiquier international: Paris redevient la capitale méditerranéenne (la presse espagnole qui voit en la France LA puissance politique européenne). Et Courrier international souligne par ailleurs que "la cote française est telle que New Delhi songe à se détourner de Londres pour se rapprocher du 'pôle indépendant' qu'est cette France sûre d'elle-même"...

Et le président de International Institute for Strategic Studies d'écrire à propos du président Hollande:" Voilà un homme qui n'a jamais pris une décision exécutive de sa vie et qui vient d'en prendre une considérable...Cela change non seulement l'idée que l'on se fait de lui, mais aussi la perception qu'il a de lui-même et de ce qu'il peut faire. C'est une métamorphose politique".

Seule la presse russe évite de participer à ce concert de louanges.

 

Antoine Blanca

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 18:09

Il est encore des hommes politiques, ou de simples citoyens, pour s'ébaudir de la décision de la France, sous Chirac, de refuser de participer en 2002 à la guerre de destruction massive de l'Irak voulue par Bush et Blair (son compère au sourire figé). C'est, bien au contraire, la participation de certains Etats à ce massacre de grande envergure qui devrait poser question. Une guerre déclarée en violation de la loi internationale, et entreprise sur la base d'un mensonge fabriqué de manière établie et reconnue.

Or cette guerre continue sous d'autres formes. Le terrorisme frappe quotidiennement, essentiellement la population de confession chiite, pourtant largement majoritaire dans le pays. Une sorte de guerre permanente, préventive, destructrice de l'unité du pays. Heureusement pour l'exploitation de l'or noir, désormais aux mains des grandes compagnies traditionnelles, les zones concernées sont hyper-protégées par les forces d'occupation et le gouvernement local, surveillé de près...

En tout cas le pays, et une partie de la région, sont plus que jamais à feu et à sang. L'invasion, et la destruuction partielle de Bagdad (et de nombre de villes et de villages irakiens), ont accentué le déséquilibre du Moyen-Orient. J'ai regardé hier soir, sur ARTE, un document extraordinaire de Jean-Pierre Krief (Tonnerre roulant sur Bagdad) qui m'a fait revivre visuellement les épisodes dantesques symbolisés par l'année 2003, où l'on voit défiler les personnages les plus cyniques des mondes arabe et américain. Tous côtoient les hommes de main de Bush, conservateurs froids, fanatiques et méprisants. Tel Paul Bremer, chef suprême; ou encore les spécialistes en torture de l'armée US qui détaillent leurs méthodes particulières dans les interrogatoires ('moi, monsieur, j'ai conduit 2703 interrogatoires et 1902 ont donné des résultats positifs').

Et puis on nous a rappelé le rôle de premier plan joué par le chef chiite, entre dandy et Al Capone, Ahmed Chalabi, trafiquant de haut vol, poursuivi par la justice de plusieurs pays, à commencer par celle des Etats-Unis...

En fin de comptes, les seuls à avoir tiré profit des énormes moyens militaires déployés par les Etats-Unis sont les fabriquants et les marchands d'armes, les grandes compagnies pétrolières (sauf Total) et les filous cravatés ou enturbannés. Le petit peuple n'a gagné, lui, que mort et misère.

 

Antoine Blanca

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 11:02

On comprend mal les raisons pour lesquelles on a toujours présenté, dans le monde occidental, le président iranien,  Mahmoud Ahmadinejad, comme le dictateur suprême qui tient le pays, et son régime, entre ses mains à la fois sournoises et vigoureuses. C'est une contre-vérité. Diplomates, journalistes et officiers de renseignement le savent parfaitement. Le grand méchant n'est plus qu'un lame duck, un canard boîteux!


En juin le président sortant ne pourra pas se représenter, en accord avec la Constitution des mollahs. Le terme effectif de ce second mandat est inexorable: le mois d'août. Le choeur de ses ennemis de l'intérieur pourront alors chanter: "Mahmoud, c'est fini". Et cela sera d'autant plus vrai que le 'Conseil des Gardiens de la Constitution' ne validera pas la candidature de celui qu'Ahmadinejad voyait comme son succasseur, Esfandir Rahim Mashaie. Son confident, celui qui lui aurait cédé la place en 2017. Poutine et Medvedev ont fait, semble-t-il, des émules à Téhéran.

 

Cette fois c'est au sein du régime que la bagarre a lieu. Loin des manifestations de masse d'une puissante opposition démocratique qui l'avaient secoué il y a quatre ans. Les accusations volent bas entre partisans et ennemis d'Ahmadinejad. Les thèmes principaux: corruption, népotisme, méthodes mafieuses. Début février, à l'occasion d'une session extraordinaire du parlement, le Chef de l'Etat a répondu à la destitution de son ministre de l'intérieur par la diffusion d'une cassette mettant en cause l'intégrité et la respectabilité du président du parlement, potentiel candidat à sa succession, Ali Larjani. Quelques jours plus tard, au cours d'un déplacement de ce dernier dans la ville sainte de Qoms, les sbires d'Ahmadinejad bombardèrent Larjani de chaussures et de noms d'oiseau...On s'aime, chez les culs bénis de l'Islam chiite...

On paraît ainsi vouloir ignorer l'appel impérieux du Guide Suprême de la Révolution, Khamenéi, exigeant une trêve pré-électorale. Il souhaitait présenter un front uni au moment où il espère négocier avec les grandes puissances sur la question du programme nucléaire iranien. Visiblement ses injonctions sont restées lettre morte. Gravissime, quand on sait que la stabilité de cette théocratie singulière repose sur la suprématie de la parole du Guide.

 

Pire, on dit sur les parvis des mosquées, le vendredi, à l'heure de la grande prière, qu'Ahmadinejad détient des dossiers compromettants sur le maître absolu formel du pays, ses conseillers et sa famille. Il le tiendrait donc par la barbichette ou par les pans de son burnous noir..."Ahmadinejad sait où sont tous les cadavres dans le placard...Cela fait de lui l'homme le plus dangereux du pays", spécule une spécialiste de l'Université de Brookings. Mes amis iraniens pensent, au contraire, que le président sortant a jeté tout son venin lors de la session parlementaire de février, que l'heure de sa sortie a sonné, de manière inévitable. Il lui reste à négocier la protection de ses proches, presque tous suspects, eux aussi, de corruption.

Bref, le régime des mollahs est vermoulu de l'intérieur. Ahmadinejad ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Et les occidentaux disposent de toutes les bonnes cartes pour une négociation discrète mais fructueuse.

 

Antoine Blanca

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 10:51

N'achetant que très épisodiquement Marianne, j'ai reçu comme un coup de poing au visage un panneau publicitaire, reproduisant la couverture de l'hebdo fondé par Jean-François Kahn. "Hollande a-t-il déjà échoué?" Titre destiné évidemment à choquer pour vendre. Je devrais donc, me disent mes amis, me résigner à cette pratique COM aux motivations essentiellement financières. "La guerre du chiffre est impitoyable, en matière de diffusion, donc de contrats-PUB", me disent des amis connaissant le milieu...


Il y a deux ou trois ans j'avais déjà dû renoncer à renouveler mon fidèle abonnement à l'OBS, devenu une grosse entreprise commerciale trahissant ses pères fondateurs. En revanche, pour Marianne, que je ne situais pas à gauche, mon appréciation relevait du domaine de l'éthique. Ce que je lisais me semblait presque toujours honnête dans le fond comme dans la forme. Avec le titre de couverture que je viens de mentionner, je viens de perdre mes dernières illusions sur ce genre de presse. L'objectivité commande, en effet, de tenir compte de la dimension du défi que l'actuel gouvernement doit relever, des pas qui ont déjà été accomplis dans la bonne direction. Et, surtout de l'impérieuse nécessité de situer son action dans la durée. Hollande n'a jamais courbé le dos, ni baissé la tête devant l'immensité de la tâche. Et devant sa solitude en Europe. En fait il est le seul à se battre contre la fatalité qu'on prétend lui imposer. Il est sur le point d'arrêter l'hémorragie des chiffres. J'ai lu les articles dans les pages intérieures censés justifier l'interrogation méchante de la couverture. Il n'en est rien. Leur contenu est, au contraire, équilibré. Le titre est donc un mensonge parce qu'il n'a d'autre objet que d'attirer l'attention des passants.


Les hypocrites qui valsent autour de la vérité ne sont pas seulement dans la presse. Hier dimanche Mélenchon était sur la 'CINQ' dans l'émission politique dominicale. La journaliste, blonde et narquoise, lui demande avec à propos: "Et vous, qu'auriez vous fait pour imposer une politique de croissance en Europe?" Là, le camarade interpellé a eu du mal à masquer ses incertitudes. Sa réponse fut, plus ou moins: "J'aurais pris Mme Merkel entre quatre'z'yeux pour lui dire: attention, vous parlez à la deuxieème puissance d'Europe, et je sais tous les pays du sud derrière moi. Il faut changer de politique pour aller vers la croissance". Or c'est exactement ce qu'a dit, et fait, François Hollande. Et sa détermination a sans doute pesé davantage que les indignations médiatiques du leader furibard du Front de Gauche. Il était Secrétaire d'Etat dans le gouvernement Jospin. Il avait la carte du PS. Il pratiquait alors, comme ses collègues, une politique réformiste. Celle qu'il qualifie aujourd'hui avec mépris de 'social-démocrate'. La seule possible en Europe pour avancer, avec les indispensables compromis qui l'accompagnent. Quand il feint de découvrir aujourd'hui ce type de démarche, il manque totalement de sincérité.

 

Je vois, pour rester sur le thème du mensonge et de l'hypocrisie médiatique, à propos des commémorations de la première année de l'affaire Mérah: 'ce n'est pas avec des grandes messes commémoratives que l'on combat le terrorisme' (Gattegno, Le Point). Rendre hommage aux victimes n'est pas excluant d'actions concrètes. Gattegno est mal venu de dénoncer l'immobilisme au moment où des milliers d'hommes de notre armée, au prix parfois de leur vie, font la guerre aux derniers bataillons djihaddistes du Mali. Aucun pays occidental n'a fait autant pour éradiquer les extrémistes armés d'une région particulièrement sensible pour l'Europe. Dans le nord du Sahel, dans les accrochages quotidiens qui ont lieu dans les massifs sahariens qui forment frontière avec le sud algérien, on ne défile pas au son des fanfares, il n'y a pas de sonnerie aux morts...Et la victoire se dessine.

Un peu de pudeur, donc, Hervé Gattegno...

 

Ces gens qui mentent, sans avoir l'excuse de l'ignorance, m'exaspèrent. Et cela me fait du bien de partager ma juste colère avec mes lecteurs...

 

Antoine Blanca

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 11:28

Le Pape François veut une église catholique proche des pauvres. On nous dit qu'à Buenos-Aires, il ne vivait pas au palais épiscopal, mais dans un petit appartement, qu'il se déplaçait volontiers en autobus (et en Argentine on a du mérite à le faire), et visitait régulièrement les paroisses les plus déshéritées de l'immense métropole. Un disciple de ce qu'aurait été, dans des temps bien lointains, François d'Assise. Tout cela est très respectable et s'inscrit dans un retour aux sources originelles du christianisme.

On est loin, toutefois, du changement radical qui avait agité le monde chrétien dans les années 70, et dans la première moitié des années 80, A l'occasion du premier voyage de Jean-Paul II à Mexico, celui-ci apporta son soutien à l'affirmation de la conférence de Medellin du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) qui évoquait 'l'option préférentielle pour les pauvres', à condition qu'elle ne soit exclusive d'aucune classe sociale. S'il se manifesta en faveur d'une répartition plus équitable des ressources, tant au niveau national qu'international, il souligna aussi avec force la nécessité de la propriété privée comme dimension sociale. Il dit au clergé: "Vous êtes des guides spirituels, pas des dirigeants sociaux ni des cadres politiques ou des fonctionnaires d'un ordre séculier". Le pape polonais sifflait non seulement la fin de la récréation, mais encore prononçait la liquidation de la  doctrine de la 'théologie  de la Libération'. En 1984 la 'Congrégation pour la doctrine de la foi', autrefois Sainte Inquisition, en prononça l'éloge funèbre sous la plume de son chef, le cardinal Ratzinger. Ce dernier avertissait les chrétiens d'un risque inhérent à une acceptation sans criitique du marxisme comme principe dominant de l'esprit théologique."Certains sont tentés, devant l'urgence du partage du pain, de mettre entre parenthèse l'évangélisation: d'abord le pain, la parole plus tard".

Lancée par un ouvrage d'un prêtre dominicain péruvien (1971), Gustavo Gutierrez, la théologie de la libération fut soutenue par des évêques comme Dom Helder Camara et Paulo Arns* (Brésil), Oscar Romero** (Le Salvador) et le théologien Leonardo Boff. Des éminents presbytériens se joignirent au mouvement. Les débats de la CELAM dans sa réunion de Medellin (Colombie), s'organisèrent alors autour de cette doctrine rebelle, et inspirèrent fortement le texte final adopté. Dès lors le rouge était mis à la Curie romaine, l'alerte était donnée. La chasse aux sorcières s'organisa. Aujourd'hui 'la Théologie' ne trouve plus de place au sein de l'Eglise catholique.

Comme ambassadeur de France à Lima, j'assistais à l'enterrement en vie du père Gutierrez, le premier à avoir théorisé la Théologie de libération dans un livre qui se répandit très vite, non seulement aux Amériques, mais encore dans tout le Tiers-Monde. La hiérarchie péruvienne l'avait relégué à une petite paroisse d'une banlieue pauvre de Lima. Je lui offris le repas d'adieu à la Résidence: il partait pour Lyon où une fin de vie monacale lui avait été prescrite. Humble et obéissant, Gustavo Gutierrez ne commenta pas les raisons de cette affectation. N'ayant pas d'autre moyen d'existence, il savait que dans le couvent lyonnais il aurait au moins, en dehors de la prière, le lit et le couvert assurés. Je ne l'ai jamais revu.

 

Antoine Blanca

* il est significatif que l'actuel cardinal-archevêque de São Paulo est un ultra-conservateur d'origine autrichienne.

** Mgr. Romero fut assassiné pendant sa messe, au moment de l'Elévation, par un tueur aux ordres de l'extrême droite (parti ARENA).

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 18:00

Hier, les 44 co-accusés qui comparaissaient devant un tribunal argentin pour crimes contre l'humanité, avaient tous mis, à leur boutonnière, un ruban jaune et blanc aux couleurs du Vatican. Leur but est limpide: impliquer le premier Pape argentin dans leur procès. Ils savent, bien entendu, qu'en affichant ainsi leurs couleurs, il ne simplifient pas la mission pastorale de l'ancien évêque de Buenos-Aires, et ancien provincial des Jésuites.

La photo que publie le quotidien Pàgina 12 illustre bien le cynisme des personnages. Eux qui protestaient contre le rituel de la photo à l'ouverture de chaque séance, paraissaient, cette fois, ravis de l'aubaine. Parfois avec une béatitude infantile, tous souriaient aux anges. Peut-être pensaient-ils, en matière d'ange, aux jeunes femmes enceintes de cinq mois qu'ils avaient torturées et violées dans le camp de concentration de La Perla, à partir de septembre 1976. Une survivante (on les compte sur les doigts d'une seule main), a apporté un témoignage détaillé sur les méthodes de ces 'brillants' officiers et sous-officiers tortionnaires et massacreurs.

Le reportage m'a bouleversé. Non qu'il apportât des éléments nouveaux à ce que, tout au long des années, j'avais appris sur cette entreprise 'd'éradication du communisme', mais parce que bien de souvenirs, sur d'autres témoignages recueillis, sont remontés douloureusement à mon esprit.

En tout cas, personne ne s'attendait à ce que l'élection d'un nouveau Souverain Pontife ravive tant de plaies ouvertes.

Les voies du seigneur sont, vraiment, impénétrables...

 

Antoine Blanca

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 12:00

Ayant servi pendant près de cinq ans comme Ambassadeur de France à Buenos-Aires, des amis m'ont appelé dès l'annonce de l'élection d'un pape argentin. Ils n'étaient pas loin de me féliciter, comme si nous avions des liens de parenté ou étions allés à l'école ensemble...Auprès de tous mes interlocuteurs je partageais courtoisement leur réaction euphorique (un latino-américain au Vatican, c'était un bon point pour les électeurs du Sacré Collège). M'étant fait confirmer qu'il s'agissait bien d'un Jésuite (une autre grande 'première' de l'Histoire), je pensais que cela constituait un échec pour le puissant et réactionnaire Opus Dei.

Mais en cette fin de soirée du mercredi 13 mars, l'ordinateur de mon cerveau était aussi entré en activité. Voyons, me disais-je, Jorge Mario Bergoglio, n'était-il pas le prélat qui avait lourdement polémiqué avec la Présidente de son pays, à cause de l'adoption de la loi sur le mariage pour tous. Celui qui avait proclamé la guerre sainte contre la nouvelle législation et appelé les fidèles à le rejoindre dans la bataille. La Chef de l'Etat, Cristina Fernàndez, l'avait alors traité de prêtre de l'Inquisition, de curé 'moyenâgeux'.

A l'image de la grande majorité de l'église argentine, il avait gardé un silence respectueux pendant les années noires de la répression qui fit 30000 disparus, introduisit la torture à l'échelle industrielle. Parmi les victimes, deux de ses 'frères' jésuites à jamais disparus et que les 'Grand-mères de la Place de mai' affirment qu'ils ont été livrés à leurs bourraux par le nouveau pontife. Les mêmes grand-mères et plusieurs juges l'ont aussi accusé davoir été actif dans le trafic de bébés nés pendant la captivité de leur maman. Les bébés étaient placés dans de bonnes familles, et on faisait disparaître la jeune femme de sa prison secrète*. Cela s'est effectivement passé à grande échelle. Un film, 'L'histoire officielle', avec Héctor Alterio, illustre ce sinistre épisode. Bergogliio s'est défendu avec indignation de ces accusations et n'a jamais été condamné.

Il semble avéré que le nouveau pontife était un homme de charité, considérait le mythique François d'Assise comme son modèle, fréquentait les 'villas miseria' des faubourgs de sa capitale et menait une vie privée faite de simplicité et de dscrétion.

Il reste que l'église catholique romaine argentine est l'une des plus conservatrices du monde. Comme dans le pays il n'y a pas de loi de séparation, le Président de la Nation se doit d'assister à une grande messe à chaque célébration de fête officielle**. Un trône lui est réservé au centre de la cathédrale. Et l'officiant, du moins du temps où j'étais ambassadeur, invitait encore à prier 'pour la Mère-Patrie, l'Espagne'.

Alors? Un latino-américain au Vatican? Voire. A l'image de la hiérarchie de son pays, Bergoglio est davantage un descendant de Piémontais et un visiteur et conférencier régulier en Espagne où il a fait de longs séjours.

Retenons donc l'a priori de prêtre proche des humbles et des déshérités. Une vocation sociale.

Et, à titre personnel, cette élection m'a donné un coup de jeune. François 1er est né la même année que moi, en 36. Et s'il se sent la force, à 76 ans, d'entreprendre une nouvelle vie faite d'obligations, de voyages et de labeur, cela signifie que, moi aussi, j'ai de belles années devant moi. Amen.

 

 

Antoine Blanca

 

*   Le plus grand centre de torture et de détention de la dictature était dirigé par la Marine nationale à son Ecole de Mécanique (ESMA), en bord de fleuve et à portée de voix du grand stade où l'Argentine de Maradona remporta la Coupe du monde de foot en 1978. Bergoglio, soit dit en passant, aime le foot aux côtés du club de  San Lorenzo de Almagro.

** Le 25 mai et le 16 juillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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