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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 16:08

Il est naturel que, quand la gauche tient le gouvernail, les travailleurs, aujourd'hui trop souvent menacés dans leurs vies quotidiennes et familiales, soient durement exigeants à l'égard de ses représentants. Quitte le plus souvent à se montrer injustement agressifs. Nous avons vu ainsi le métalllo CFDT Edouard Martin, exténué par une veille interminable en défense de l'emploi , mais aussi d'une industrie et d'une région, donner libre cours à son émotion. On peut comprendre sa réaction. Mais, je le répète, les termes  insultants qu'il a employés, ne se justifiaient pas. Encore moins ceux utilisés par des hommes politiques de gauche comme de droite agissant, eux, par simple calcul de bas étage.

Nous avons toutes les raisons du monde d'estimer que nos ministres, et d'abord le premier d'entre eux, livrent un combat tenace, intelligent, responsable. Ils déterminent leur action en fonction d'une situation d'ensemble et non le front collé au pare-brise d'une entreprise. La crise touche toute notre industrie et presque toute l'industrie européenne. Et, naturellement, va au-delà d'un site particulier, aussi emblématique soit-il devenu.

Ainsi M. Mittal est-il impliqué lourdement dans notre pays, nous le savons. Et le pouvoir doit éviter d'accentuer les polémiques inutiles qui amusent tant une partie de la presse. Ce n'est pas pour autant que nous avons de l'estime pour ce chevalier de grande industrie indien qui ne respecte ni la parole donnée, ni l'honneur. Mais il est puissant, dans un environnement européen et mondial qui lui est largement favorable. Il n'est qu'à lire la presse de son pays d'origine, tout comme celle de Francfort, de Londres ou de New-York.

Hollande le sait mais sa fonction l'oblige à une réserve particulière. Il l'a encore dit hier, avec solemnité : conscient des difficultés, des enjeux, il continuera le combat avec toute la pugnacité requise. Et il tiendra tous ses engagements. On verra bien qui aura le dernier mot.

Il doit attendre, en retour, la manifestation claire de la solidarité de ses camarades. Les dires et médires de certains qui se prétendent plus à gauche que les autres sont, à notre sens, méprisables.


Mais la traduction la plus claire de l'embarras du monde du travail est, sans aucun doute, la stupéfiante discrétion des confédérations syndicales. Au point qu'elles ne sont plus mentionnés qu'au travers de leurs représentants d'entreprise*. Ainsi une partie de l'opinion pense-t-elle que le leader de la CFDT est celui d'Arcelor-Mittal Florange.  Comme elle a longtemps cru que celui de la CGT était celui d'Aulnay.

 

Antoine Blanca

 

* Nous n'oublions pas qu'il y aura, avant la fin de l'année, changement de garde au sommet tant à la CGT qu'à la CFDT.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 11:02

Je ne suis pas de ceux qui font des procès au journalisme d'investigation, fut-ce dans ses formes les plus radicales. La ligne rouge à ne jamais franchir: la diffamation pure et simple. Edwy Plenel, ancien journaliste du Monde, devenu même quelque temps son Directeur, est l'un des fondateurs du journal en ligne Mediapart qui, après s'être lancé dans une impitoyable dénonciation du système Sarkozy, vient de décider, pour faire sans doute bonne mesure, de s'attaquer au gouvernement de gauche en s'en prenant à l'une de ses personnalités les plus compétentes et rigoureuses, Jérôme Cahuzac. Sans apporter de preuve convaincante à l'appui de ce que son rédacteur avance. Franchissant ainsi la ligne rouge mentionnée plus haut.

 

Mediapart affirme que le ministre du Budget a possédé un compte en Suisse jusqu'à sa nomination, par la majorité de droite, Président de la commission de l'Economie et des Finances de l'Assemblée Nationale (2010). Il l'aurait alors clôturé. Le journal ne fournit aucune preuve de ce qu'il avance si ce n'est, dans un deuxième temps, un enregistrement de 4 minutes au cours duquel une voix, présentée comme celle du ministre, mais que personne n'a pu reconnaître parce que presque inaudible, mentionne l'existence du fameux compte. Ce n'est pas la première fois que la diffamation est utilisée contre Cahuzac : on avait déjà émis des doutes sur le financement de son appartement parisien. L'intéressé vient d'apporter les preuves de la totale transparence de la dite opération. En revanche il ne pourra, c'est évident, apporter la preuve qu'il n'a jamais possédé* un compte dans le pays voisin. Au calomniateur de présenter les siennes.

 

Ce qui me trouble c'est le passé d'Edwy Plenel comme journaliste d'investigation. Quand il travaillait pour Le Monde, l'actuel directeur de Mediapart affirma que Manuel Noriega (alors colonel de la Garde Nationale de Panama), avait financé le PS de Mitterrand. Noriega étant un personnage sulfureux, passé maître dans tous les trafics, avant de devenir Général et dictateur**, le coup bas était évident. Or Plenel fut obligé de reconnaître que les documents sur lesquels s'appuyait son accusation étaient des faux. Le Monde mit son collaborateur à pied pendant 6 mois.Ce n'est pas un titre de gloire.

 

Curieusement ses confrères ne rappellent jamais cet épisode qui jette un doute sérieux sur le souci d'objectivité du patron de Mediapart. Excellent à l'oral (radios, télés), talentueux à l'écrit (sa plume est belle et efficace), Plenel a l'obsession du scoop. Au point d'oublier, parfois, de vérifier ses sources. D'ailleurs, cette fois, il a évité de s'impliquer personnellement.

 

Antoine Blanca

* Comment prouver que l'on n'a pas fait une telle démarche ?

** Après avoir passé 18 ans derrière les barreaux à Miami (pour trafic de stupéfiants et blanchiment), Noriega vient d'être emprisonné en France.


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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 10:34

Jacques Delors, invité du 'Grand Journal' de Canal+, interrogé en fin d'émission par Denizot sur ce qu'il ferait (la nouvelle venait de 'tomber') si d'aventure, lui  aussi, était l'heureux gagnant de 250 millions d'euros au Loto, n'hésita pas à répondre: "j'acherais le LOSC* dont je suis le fidèle supporteur depuis la fin de la guerre;  on me dit qu'on cherche un repreneur". Certes notre vigoureux nonagénaire ne  faisait qu'entrer dans le jeu d'un rêve. La grande figure de la construction européenne ne rentrera jamais, lui, dans le monde des affaires. Mais, sans se le proposer, il mettait, par sa réponse aussi surprenante que sincère, le doigt sur la contradiction entre adhésion affective à une équipe, et les moyens qui sont nécessaires à son admission dans 'la cour des grands' du continent.

 

Le professionnalisme a gagné le football dès les années 1920. Un mélange de riches fidèles d'une équipe, souvent des industriels et de gros commerçants, et de tiffosis** sortis par milliers des cités ouvrières. Encourager vigoureusement leur équipe au sein d'associations, parfois un peu trop agressives, constituait la base de leur vie sociale. L'appui de ces associations était souvent fort recherché par le monde politique. En Espagne, le Real est le club du pouvoir centraliste. Le Barça, celui du catalanisme et l'Athletic de Bilbao est représentatif du nationalisme basque, limite xénophobe***. Les masses péronistes, dans la ceinture ouvrière de Buenos-Aires, s'identifient souvent aux barras bravas**** de Boca Juniors... 

 

Mais désormais un super-milliardaire (oligarque russe, prince des sables pétroliers, maître de multi-nationale...) peut 'acheter' un grand club de renommée mondiale et agir à sa guise avec joueurs, entraîneurs et cadres. Personne (ou presque), ne s'offusque en lisant dans la presse que tel coach s'est vu donner les moyens nécessaires à 'l'achat' de joueurs de renom pendant le mercato d'hiver. Les dates de ces foires aux gladiateurs du ballon rond, étant réglementées par la FIFA. Paris, était sans doute la dernière capitale de prestige à manquer de moyens. Après des années glorieuses, le PSG végétait. C'est alors que les princes Qataris sont arrivés, ont fait l'emplette du grand club, désigné tout le staff d'encadrement et ouvert des carnets de chèques débordant de pétro-dollars.

 

Les Parisiens touchaient enfin du doigt la réalité du capitalisme en matière de foot. Quand nous savons le montant des achats individuels, nous, suporteurs du PSG, pouvons revendiquer le droit à nous montrer exigeants sur la productivité individuelle et collective de l'équipe!

 

Ce qui nous rassure, c'est la persistance d'un football de haut niveau touchant des équipes dont le budget est dix fois inférieur à celui du PSG. Au Finistère, Brest et Lorient, en Haute-Normandie, Quevilly (3e division), En avant Guingamp dans les Côtes d'Armor, Lens emblème du pays minier...La liste est encore longue. Depuis que Delanoë est maire de Paris, le budget de la capitale ne participe qu'à hauteur de 2% à celui du PSG. Et sa contribution est essentiellement destinée à la formation de jeunes. Les centres de formation sont souvent l'honneur de notre foot, puisque la majorité des enfants et des adolescents qui y ont accès viennent de milieux populaires, des départements d'Outre-Mer et de nos anciennes colonies d'Afrique. Voilà qui est de nature à atténuer notre mauvaise conscience de fans, complices de fait, que nous sommes, de l'aggravation de la maladie capitaliste qui frappe le sport de haut niveau. De fait c'est devenu une maladie incurable.

 

Antoine Blanca

 

* LOSC: Lille Olympique Sporting Club, un des clubs les plus anciens et plus titré de France. Ses fans vinnent de toute la région Nord-Pas de Calais, mais il y a des fidèles du LOSC dans toute la France.

** Tiffosi, terme italien pour nommer les supporteurs inconditionnels d'une équipe.

*** L'Athletic de Bilbao n'admet dans ses équipes, que des joueurs d'origine basque. Les exceptions sont rares.

****Barra brava, de l'espagnol d'argentine sont les clubs de supporteurs les plus fanatiques, donc les plus bruyants avec le rythme de leurs grosse caisses ou "bombos".


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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 18:32

La question peut désormais être légitimement posée. Tout paraît en effet indiquer que l'on est en train de préparer l'opinion internationale à l'annonce de la chute de Bachar el Assad. François Hollande, la France par sa voix, encouragent à reconnaître la représentativité du Conseil national syrien. Un diplomate sera d'ailleurs bientôt reçu à Paris en cette capacité.

On comprend le souci de notre diplomatie de donner du poids aux syriens susceptibles d'agir, en ces temps de brouillard et de sang, avec un vrai sens de la responsabilité et de la mesure. Encore une fois, la France est à la tête de ce mouvement. Elle veut faire partager sa préoccupation par le plus grand nombre possible de pays. Pourquoi cette hâte? La raison, si elle n'est pas exprimée, est parfaitement évidente : l'Elysée, le Quai d'Orsay savent bien qu'aujourd'hui, sous la qualification générale de 'rebelles', se dissimulent des groupes extrémistes bien préparés à la pratique du terrorisme. On l'a vu encore à la fin de la semaine dernière: des quartiers essentiellement peuplés par des chrétiens, des druzes et des alaouïtes, ont été la cible d'attentats particulièrement cruels. Ils portent la marque d'Al Qaïda. Ils viennent de récidiver hier. Il y aura au moins 200 morts, tous civils, et un nombre incalculable de blessés.

La conception de ces extrémistes sunnites, formés dans la spiritualité totalitaire wahabbite*, est de liquider ou de terroriser ceux qui ne partagent pas leur conception, bien curieuse, de l'Islam. Par exemple les partisans d'un Islam de méditation et de culture comme les membres de la confrérie soufie. A Damas, précisément, en 1860, le soufi connu en France comme Emir Abdelkader, protégea la population chrétienne, avec quelques centaines de ses cavaliers, d'une foule qui voulait les lyncher**. Notre pays, qu'il avait combattu pendant 17 ans dans son Algérie en voie de colonisation, l'honora avec les plus hautes distinctions.

Malheureusement la majorité des personnalités qui se préparent à prendre la tête d'une nation ravagée, ne sont pas adeptes de la même philosophie initiatique que celle de l'Emir.

La chute éventuelle de Bachar ne garantira pas, hélas, que la pratique du régime qui se mettrait en place serait conforme à nos sentiments démocratiques. 

 

Antoine Blanca

* le wahabbisme est pratique officielle au royaume d'Arabie saoudite. Un rigorsme basé sur la loi de la Charia.

** On pense qu'il y eut des centaines de chrétiens tués et au moins un temple brûlé avant que l'Emir Abdelkader put intervenir avec succès..

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 10:21

Le gouvernement Ayrault se bat, avec toutes ses armes, pour sauver des sites industriels et ceux qui les font vivre. Oui, je sais, cette opinion est contestée. Peut-être même est-elle contestable. Mais en tout état de cause la démarche de la gauche de gouvernement tranche avec la passivité complice de son prédécesseur. Est-ce suffisant pour faire taire nos scrupules à traiter avec un chevalier d'industrie qui n'a jamais hésité à utiliser le mensonge comme première arme de négociation?

C'est tout le débat qui agite la famille socialiste.


Mais avant de donner libre cours à nos doutes et à nos indignations, il convient d'analyser toutes les données du problème. M. Mittal nous aura beaucoup appris. Par exemple:

1- que par ces temps de bouleversements de toute nature, un nouveau grand du capitalisme international, peut davantage qu'un Etat de la dimension du nôtre. Nous sommes loin de 1981.

2- que les condamnations verbales ("M. Mittal, vous êtes désormais tricard en France!", Montebourg, dixit) doivent être contenues, quand on sait que le site de Florange n'est pas la seule propriété industrielle dans notre pays du fameux indien... Et même qu'il 'pèse' 20000' emplois supplémentaires dans le Nord et en Picardie. Les salariés de ces sites retiennent leur souffle...

3- que l'impétueux Mélenchon se trompe (ou prétend 'nous' tromper, ce qui est plus vraisemblable) quand il accuse Jean-Marc Ayrault de négocier à la place des syndicats.  Il est patent, en effet, que partout en France, ce sont les syndicats qui demandent aux pouvoirs publics d'intervenir avec tous leurs moyens de persuasion. Les travailleurs de Florange se battent bien seuls, les différentes confédérations leur apportant un appui purement 'moral'. C'est le cas aussi de tous les sites où nos capacités de production sont menacées avec leurs salariés et leurs familles.

4- Que pour en savoir davantage sur l'accord conclu entre le chef du gouvernement et l'homme d'affaires indien il nous faudra attendre quelques jours. Il est légitime de penser qu'en déclarant qu'il n'y aurait pas de plan social à Florange, que le site serait préservé moyennant des aménagements et des financements nouveaux, le Premier ministre a de solides cartes en main. Evitons les procès d'intention blessants.

 

Je ne veux même pas imaginer la possibilité d'un chèque en blanc de l'Etat à Arcelor-Mittal. Le seul  a priori sera celui de la défiance absolue. D'ailleurs, en Lorraine comme ailleurs,, le combat va continuer. Malheureusement, face aux grandes puissances de l'argent, ce sera, pour quelque temps encore, un combat défensif.

 

Antoine Blanca

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 19:05

Mohamed Morsi, président péniblement élu au 2e tour, membre de la Confrérie des Frères musulmans, dont il n'est d'ailleurs pas le leader, s'est attribué, en quelques jours, et sans que les démocraties occidentales fassent les gros yeux, des pouvoirs totalitaires. 

Seul point positif, à plus long terme en tout cas pour l'Egypte: gauche et laïcs, qui avaient affronté les processus électoraux dans la plus affligeante des divisions, se sont retrouvés enfin, au coude à coude, massivement, sur les places et dans  les rues. Beaucoup de jeunes, beaucoup de femmes. Pour rappeler aux partis religieux que, dans les faits, l'actuelle opposition "libérale", au meilleur sens du terme, avait obtenu près de 70% des voix lors des premières élections libres. La  dispersion des listes, le manque d'expérience, avaient toutefois permis aux 'frères', bien structurés, eux, de s'emparer du pouvoir. Et, aujourd'hui, de TOUS les pouvoirs. Personne n'imaginait pourtant  que, une fois proclamé élu, Morsi défierait l'opinion internationale, l'appareil judiciaire au plus haut niveau, et les forces armées de son pays. Désormais il concentre autour de la présidence plus de force autoritaire que le dictateur déchu Hosni Moubarak.

Comment a-t-il osé franchir de tels pas? Parce que les Etats-Unis, Israêl, les pays arabes dirigés par les sunnites et...même le Hamas par tactique à court terme, ont décidé de tout mettre en oeuvre pour isoler l'Iran devenu, aux yeux de Washington et de Tel Aviv, l'ennemi numéro un. A neutraliser absolument.

La démocratie, la traduction libertaire du mouvement du printemps arabe, ne comptent pas au regard de la stratégie politique et militaire.

C'est en tout cas l'analyse que font la plupart des observateurs indépendants, ainsi qu'une bonne partie de la presse israélienne.

Les faits paraissent corroborer ce qui, à mes yeux, est une aberration. Et peut-être une faute.

 

Antoine Blanca

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 11:24

Le seul véritable drame auquel les héritiers présomptifs de l'UMP doivent faire face est essentiellement financier. Le trésorier a d'ores et déjà démissionné. Il aurait eu à gérer une dette équivalente à une année budgétaire, et les conséquences de la formation de groupes parlementaires dissidents au Sénat comme à l'Assemblée. Cela peut représenter jusqu'à 4 millions de recettes par an perdues pour le parti de la rue de Vaugirard.

Mais, encore une fois, le drame, sur le long terme, ne sera pas politique. Avec un, deux ou trois partis la droite continuera d'exister et trouvera les moyens de l'union aux moments décisifs. La haine n'était pas moins forte entre Giscard et Chirac, entre ce dernier et Balladur, qu'elle ne l'est entre Copé et Fillon.

A mon sens, ce que la crise actuelle a mis en évidence, c'est la fragilité des structures d'un parti unique rassemblant droite et centre-droit. Ces ambitieuses expériences ne se consolident qu'autour d'une personnalité bien établie au pouvoir ou ayant de bonnes chances de le conquérir.

Depuis la Libération la droite a compté des dizaines de formations. Sans véritable conséquences électorales d'ensemble. Ces divisions ne concernaient pas le rassemblement au moment opportun. Généralement pour remporter la victoire. Il y a sans doute des 'encartés UMP' aujourd'hui attristés par les malheurs de leur formation. Mais bientôt cela ne relevera que de l'anecdote.

Ce n'est pas le cas au PS. Ce parti a été fondé il y a 107 ans, en 1905, par l'unification de plusieurs groupes se réclamant de la gauche ouvrière. C'était alors le PS (Section française de l'Internationale ouvrière). En 1969 cette dernière précision, qui se voulait internationaliste, disparut du paysage. Ce fut la seule modification passée, d'ailleurs, politiquement inaperçue.

Dans la culture partisane socialiste la personnalité passe toujours après le choix d'orientation politique. Avant la 2e guerre mondiale, le parti était statutairement divisé en tendances organisées. Elles avaient leur autonomie, leur propre vie. Mais cela consolida la culture du débat, finalement tranché par le vote, souvent précédé d'un compromis. Ce dernier, dans les congrès, se concrétisait à la réunion dite 'des résolutions'. C'est pourquoi la seule grande scission qu'ait connu le socialisme français aboutit en décembre 1920 à la création du PCF.*

La tradition fait que la fidélité à la "carte du Parti"est émotionnellement très forte.

A l'UMP on prend ou on abandonne (voire on déchire) sa carte avec des états d'âme bien passagers. Parce qu'elle a été acquise comme on achète un ticket de métro. Et qu'on la déchire comme on le fait d'un ticket de PMU. D'ailleurs dimanche dernier les membre de l'UMP ont voté 'en masse', ce qui ne représentait que 55% des adhérents inscrits. Et un très grand nombre d'entre eux avaient donné procuration. Une procédure douteuse, ouvrant la porte à toutes les manipulations. Au PS les procurations sont bannies.
Et les commentateurs ont rarement souligné le fait que, contrairement à ce qui s'était passé chez les socialistes, il ne s'agissait pas de 'primaires ouvertes'. Au PS il y avait eu 3 millions de votants, chacun d'eux s'étant physiquement rendu dans son bureau de vote. A l'UMP ils étaient 160000, dont 40000 procurations**. Ce qui a été qualifié de 'vote massif'.

Sans commentaire.

 

Antoine Blanca

* En 1959 une dizaine de milliers de militants, souvent de grande qualité morale et intellectuelle, fondèrent le PSA, parti socialiste autonome. Ce dernier constitua l'un des éléments fondateurs du PSU, aujourdd'hui disparu.

** Comme il y avait eu 2 tours de scrutin, les électeurs ont été deux fois 3 millions. En outre le financement du vote était assuré

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 10:53

Personne, à droite, n'avait envisagé de problème de  relève à la tête de l'UMP  avant l'échéance de 2017. La grande presse, les commentateurs qui sont censés faire l'opinion, une partie de la gauche aussi, plus ou moins consciemment, avaient intériorisé ce qu'on tenait simplement comme du réalisme. "Il fallait regarder la vérité en face, ne pas prendre ses désirs pour réalité". Bref, en 2007, Sarko, en avait pris pour dix ans (et nous avec).

Le Président organisait ou désorganisait les choses et les hommes avec cette idée en tête: il disposait de temps suffisant pour se préparer un avenir personnel 'd'après l'Elysée'. L''intérêt général ne comptant pas aux yeux du Chef de l'Etat, il suffisait de colmater une brèche ici, de déplacer MAM de l'intérieur à la défense ou au Quai d'Orsay...La belle affaire, puisque la plupart des 'excellences' n'étaient là que pour la bonne forme... Aussi, quand l'alerte a sonné, fin 2011, il était trop tard pour réfléchir à une solution alternative immédiate : tout le monde était dans l'urgence, le nez dans le guidon.

Pour faire fonctionner le nouveau grand parti d'opposition, on verrait plus tard.

 

La grande pagaille à laquelle on assiste à l'UMP est le résultat logique de cette impréparation. Une impréparation entretenue par Sarkozy qui ne s'est jamais vraiment imaginé de successeur. De successeur digne de la haute opinion qu'il avait de lui-même. Un copain personnel type Hortefeux ? Il avait la lucidité suffisante pour ne pas évoquer une telle hypothèse, même dans ses pires cauchemars. A lire le Canard enchaîné d'hier mercredi 28, il n'a pas résisté non plus au plaisir, chez lui naturel, de jouer les uns contre les autres, Copé contre Fillon, puis ce dernier contre le Secrétaire général du parti. On ne se refait pas. L'ancien maître de l'Elysée avait laissé un parti à son image: pagailleux à souhait.

 

Il était curieux, quand on savait de telles manipulations, de voir certaines personnalités de renom de la politique et de la presse, parler du petit grand homme comme d'une sorte de sauveur suprême. Sarkozy est capable de pratiquer des tactiques successives. C'est un homme de combines, pas de stratégie. Cela suffit à le rendre redoutable. Pour ma part je le trouve aujourd'hui pathétique, mais encore capable de mauvais coups. En particulier il porte une bonne part de responsabilité dans le désastre actuel.

 

Mais attention : désastre n'est pas naufrage. Le navire 'droite', cela finit toujours par se réparer. En un ou plusieurs morceaux. Il reprend la mer, fût-ce avec retard et n'accoste pas toujours au port qu'on avait prévu. Mais il se trouve à l'arrivée.

 

Antoine Blanca

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 10:42

La trêve n'aura duré que quelques heures à l'UMP. Elle était destinée, dans un camp comme dans l'autre, à paraître faire preuve de bonne volonté. Vis-à-vis de Sarkozy, comme des adhérents du principal parti de la droite. Quand j'ai vu J.F. Copé tenir des propos conciliants devant la presse, je n'ai pas été trompé. L'énormité de la proposition, 'acceptée par tous', d'un référendum pour savoir si l'on voulait procéder à un nouveau vote relevait de la farce. Et ne manquera pas de réjouir 'les Guignols de l'Info'. L'UMP, fauchée, aurait ainsi trouvé le temps et les moyens de deux nouvelles consultations. Avec les deux premiers mois de 2013 gelés par le débat interne!? Si un doute infime pouvait subsister sur la bonne volonté des deux protagonistes, il a été vite effacé par le 'fillonisme'. Oui au référendum, bien entendu, mais à nos conditions. Nouveaux procédés électoraux, noveaux scrutateurs, nouvelle commission de surveillance... Et, dans le même temps on officialisait la création d'un groupe parlementaire à l'Assemblée. Le Rassemblement/UMP. "Le RUMP" a dit Jean-François, insinuant que ce sigle sonnait comme "rupture"...


Copé n'a jamais envisagé de rentrer dans un nouveau jeu électoral. Installé en maître dans le siège de la rue Vaugirard, il n'en sortira que par la force contraignante d'un arrêt de justice. Ou acculé par des problèmes de trésorerie. Déjà aigus, ils vont s'aggraver avec l'apparition des deux groupes du RUMP qui ne manqueront pas de revendiquer leur part de la dotation que l'Etat réservait initialement à l'important groupe UMP. 


Les scicionnistes auront immédiatement besoin d'une trésorerie bien fournie, tant le nouveau parti conservateur (dont la naissance s'imposera dans la foulée) ne vivront pas de l'air du temps, en squattant des bureaux au Palais Bourbon. Dans un divorce, la séparation de corps implique que l'un des conjoints quitte le domicile conjugal et s'installe ailleurs: le 'fillonisme' doit être déjà à la recherche de locaux et de meubles. Et d'un bon DRH...


Pardon de ramener des questions de dimension planétaire, à des considérations aussi triviales. Mais la création de petites et de moyennes entreprises a ses exigences matérielles.

 

Antoine Blanca

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 16:39

La Catalogne espagnole au bord de  la sécession a notoirement moins intéressé la presse et l'opinion, en France, que les péripéties de la  guéguerre Copé-Fillon. Pourtant les Français avions nombre de raisons de nous inquiéter :

- cette riche partie de la péninsule ibérique nous est d'autant plus proche que nous avons, aussi, notre Catalogne que des indépendantistes de Barcelone revendiquent comme leur...

- que ce serait une dangereuse première au sein de l'Union européenne. En outre si la revendication séparatiste est vieille de plusieurs siècles, elle se fonde, cette fois-ci, sur d'étranges raisons : le président de la communauté autonome, Artur Mas, ayant constaté que son budget ne pouvait être bouclé sans faire appel à l'Etat central, donc à l'Europe, a décidé de régler le problème en quittant la maison commune. Son argumentation est similaire à celle de feu la Ligue du Nord italienne. 'Nous payons trop d'impôts pour entretenir ces fainéants du sud (Andalous pour l'une, Napolitains, Calabrais et Siciliens pour l'autre). Partons et nous serons riches! '. Raisonnement   d'autant plus absurde que c'est l'émigration de l'intérieur, surtout méridionale, qui a fait la richesse de l'industrie lombarde et turinoise, comme de la catalane'

- que de tels déchirements sont contagieux, et peuvent être facteurs de destabilisation pour certains de pays voisins.

Heureusement les électeurs catalans, appelés aux urnes par Artur Mas, patron de la Generalitat, ont rejeté ses prétentions présidentielles (l'intéressé se voyait déjà Chef d'Etat). Il avait dissous l'assemblée autonome afin d'obtenir, pour son parti de centre-droit 'Convergencia i Uniò', la majorité absolue. Il aurait ensuite appelé à reférendum pour l'indépendance. Pari perdu : il avait 62 députés sortants, il n'en a plus que 50 ! Il lui en fallait 70 pour exaucer ses voeux. Vainqueurs exigeants : les membres de la gauche républicaine souverainiste (Esquerra republicana, ERC). PS et droite espagnoliste conservent le même nombre de représentants.

Je pense que, pour la France comme pour l'Europe, la déconfiture de M. Mas est un motif de satisfaction. Il a été bien prétentieux en défiant son propre électorat, largement composé de moyens et petits entrepreneurs et de commerçants plus ou moins aisés. Ce monde là ne veut pas d'aventure, surtout en période de crise grave. Une large autonomie suffit à leur bonheur.

 

Antoine Blanca

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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