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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 16:24

Nous nous sentons impuissants devant tant de menaces pesant sur un continent qui rencontre, en outre, tant de difficultés pour se frayer un chemin vers le développement durable. Un point rapide nous permet de constater:

- que plus de la moitié du Mali est  désormais sous le contrôle d'une branche particulièrement féroce d'Al Qaïda qui a écarté manu militari la population indigène, c'est à dire les Touaregs,

- que le pays le plus peuplé, le Nigéria, première puissance pétrolière de la région, est l'objet d'attaques fréquentes et meurtrières de la part d'une organistion terroriste islamiste visant à imposer son interprétation de la Charia à ses  voisins chrétiens et animistes,

- que la guerre menace de reprendre à la frontière entre le Rwanda et la RDC (République Démocratique du Congo), guerre qui a fait, avant que l'ONU ne parvienne à établir les conditions d'une paix précaire, sans doute entre 2 et 3 millions de victimes, surtout dans le Kivu,

- que la paix entre ses deux Soudan, péniblement conclue elle aussi grâce à l'action onusienne, est menacée sérieusement à court terme,

...sans vouloir jouer les Cassandre, j'estime qu'il serait urgent de programmer une conférence spécifique à l'ONU, avec le double patronnage des Africains eux-mêmes et des membres permanents du Conseil de Sécurité auxquels la RFA et le Brésil pourraient être associés.

Si certains peuvent dire,  non sans cynisme, que l'indifférencce relative de la communauté internationale à l'égard de tous ces drames, actuels ou en gestation, s'explique par l'absence de grands enjeux économiqes, je pourrais leur rétorquer que de tels enjeux existent bel et bien: les richesses minières du Kivu sont gigantesques, au Soudan comme au Nigéria il y a, au-delà des attaches religieuses et des considérations ethniques, des intérêts pétroliers et gaziers importants. Mais il est vrai que la haute finance et les compagnies minières et pétrolières occidentales se débrouillent très bien sans leurs gouvernements. Souvent la guerre et l'anarchie servent leurs intérêts. Et moins ils voient de casques bleus, mieux ils trafiquent à grande échelle.

Antoine Blanca

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 14:58

La grande presse n'a rien vu venir. Ni en Espagne, ni en France. L'accueil colossal et fraternel réservé par le peuple de Madrid aux mineurs des Asturies, venus défendre leur droit à la survie, s'inscrivait pourtant dans la logique de l'histoire du mouvement ouvrier. Ce n'étaient pas seulement 400 gueules noires qui avaient marché depuis le nord du pays, mais une véritable légende. Les luttes de leurs ancêtres directs avait, par exemple, mobilisé la plume du jeune Albert Camus dans son célèbre "'Révolte dans les Asturies'. Cette province, "el Principado"selon la tradition du royaume espagnol (ce qu'on pourrait traduire librement par "Dauphiné"), est chère au coeur de tout un peuple depuis la bataille de  Covadonga, site célèbre aussi pour ses grottes, véritable musée préhistorique naturel. Mais dans les temps modernes les batailles des mineurs des Asturies sont un symbole fort pour tous les travailleurs.

En octobre 1934, trois ans et demi après le renversement de la monarchie et la proclamation de la IIe République, les mineurs s'étaient levés en armes contre le gouvernement ultra conservateur, clérical, de M. Gil Robles. Lequel avait envoyé l'armée mater la révolte dans le sang. Les militaires avaient à leur tête un jeune général, Francisco Franco. Il fit ses premières armes de massacreur sur la métropole, après avoir gagné ses étoiles en tuant les berbères du Rif marocain d'Abd-el-Krim. En dépit d'une résistance héroïque, les gueules noires furent vaincues et la répression s'étendit à toute l'Espagne. Les prisons se remplirent. Plusieurs milliers de combattants s'étaient sacrifiés. Les leaders syndicalistes qui le purent passèrent les Pyrénées. Eclaireurs involontaires des exilés du printemps 1939, celui de la défaite dans la guerre civile. Franco, toujours Franco, encore Franco...

C'est dire que la réaction émotionnelle des madrilènes, avec des drapeaux rouges et républicains, des bannières des autonomies régionales, était prévisible. Elle a répondu à mes espoirs. Mais le gouvernement de droite de M. Rajoy saura-t-il entendre cette puissante clameur. Ou réagira-t-il comme Mme Thatcher  qui ignora la grève de plusieurs mois de cette élite du prolétariat organisé, et ferma, impitoyable, les derniers puits. Plongeant les corons dans le désespoir.

Antoine Blanca

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 17:24

Ces derniers temps on a voté, plutôt librement, dans nombre de pays arabes. On attend les conclusions du scrutin en Libye; on s'inquiète du chaos résultant du bras de fer entre l'armée et les partis en Egypte; on regrette les incertitudes surgies en Tunisie du fait des violences islamistes; et on aurait souhaité plus de transparence dans le processus électoral en Algérie. La démocratie est exigeante: mais cela ne lui donne pas le droit, pour autant, d'être aveugle. Il y a un peu plus d'un an encore la tenue d'élections libres dans trois des pays cités relevait du pur conceptuel. En Algérie aussi l'expression d'un certain pluralisme marque des points et la critique des hommes et du système dominant impressionne dans une presse, tant francophone qu'arabophone, tout à fait percutante en dépit des difficultés matérielles.

L'heure est à la solidarité vigilante. En Tunisie, parlement, gouvernement et présidence disposent désormais d'une pleine légitimité démocratique. A eux de peser lourdement sur les fauteurs de troubles, ces violents qui prétendent au monopole de la parole divine. Personne ne saurait remplacer, dans l'exercice effectif du pouvoir, ceux qui ont été librement  désignés par le suffrage citoyen.

En Egypte les élections n'ont pas réglé le problème du droit à exercer le pouvoir. Les  forces armées se dressent toujours face aux élus du peuple, fussent-ils les 'Frères musulmans'(confrérie dont l'attachement aux valeurs démocratiques reste à démontrer). Nous n'ignorons pas le scepticisme de nombre d'Egyptiens vis-à-vis de ces civils au style et à la pratique bien particuliers.

En Libye, nous devons attendre. Mais c'est déjà beaucoup d'être en droit d'espérer en une véritable transition pacifique.

Soyons persuadés de toute manière que les libertés fondamentales sont en train de s'installer un peu partout dans les esprits comme au travers des urnes. Ce nouveau sentiment ne s'effacera plus. Quand l'ensemble des citoyens sera convaincu, dans le monde arabe, que démocratie peut aller de pair avec paix civile durable, la partie sera définitivement gagnée.

Antoine Blanca

NB: du côté de l'intégrisme musulman, animé et financé, côté sunnite, par des puissants des pays du Golfe, la politique fondée sur la provocation permanente continue de troubler le monde arabo-musulman; en quelque sorte la droite et l'extrême droite occidentales et l'extrêmisme salafiste et wahabbite s'alimentent mutuellement.

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 14:00

Depuis qu'il est entré à l'Elysée François Hollande s'est attaché à respecter les engagements qu'il avait pris devant les électeurs. Point par point. Les observateurs de la presse et d'ailleurs n'en finissent pas d'exprimer leur surprise à chaque occasion. C'est le cas à l'ouverture du dialogue social entre tous les partenaires appelés à travailler ensemble qui s'est ouvert aujourd'hui au Palais d'Iéna, siège du 'Conseil économique et social'. Le quotidien "Le Monde" s'interroge: réussira-t-il son pari? D'autres se demandent si l'exercice tient de la 'com' ou vraiment d'une nouvelle méthode de concertation. Tous feignent d'être surpris par l'événement.

Cela peut nous paraître curieux. Pourtant toutes les actions entreprises par le nouvel exécutif s'inscrivent dans la ligne des engagements de campagne. Il est à craindre qu'une telle fidélité aux annonces programmatiques électorales ne prenne à contre-pied le petit monde du journalisme politique, économique et social. Des plumes qui souhaitent voir confirmer le scepticisme qui leur est naturel et qu'ils assimilent à de l'objectivité. Les plus désarmés par une telle démarche sont les anciens gouvernants. Ils sont touchants à force de nous dire: "vous voyez, les dificultés ne se résolvent pas comme par magie, vous récoltez ce que vous avez semé en jouant les illusionnistes!' On croit rêver. Ils ont légué à leurs successeurs une situation épouvantable, due non seulement à la crise, mais aux incohérences et aux caprices de leur chef suprême. Ils ont reporté les vraies échéances, caché les saletés sous les tapis. Ils ont été très mauvais. Et ils osent se pavaner en jouant les donneurs de leçons...

Je ne pense pas que les cinq années à venir seront une commode promenade de santé. Le Président, le gouvernement, et nous qui les accompagnons allons tous souffrir. Il y a l'application fidèle d'un programme. Mais il y aura aussi les inévitables adaptations aux chiffres et aux événements qui ne sont pas forcément français. Ni même seulement européens. La vie n'est pas une ligne droite. Mais tout le monde devrait faire preuve de l'honnêteté minimale consistant à reconnaître que François Hollande et son Premier ministre confirment, dans leurs actes, une volonté sincère de travailler dans la transparence. Et que nos compatriotes paraissent leur donner, sinon un satisfecit inconditionnel, du moins un a priori favorable.

Antoine Blanca

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 09:28

Dans cette partie du Sahara malien, 'Al Qaïda au Maghreb islamique' (AQMI) s'est installée militairement, a établi la terreur religieuse, mis les Touaregs à genoux. Si Bamako a ainsi perdu plus de la moitié de son territoire, plusieurs de ses voisins sont menacés de destabilisation. A commencer par l'Algérie, la Mauritanie, le Niger (notre principal fournisseur d'uranium), le Burkina...La francophonie d'Afrique est la première visée, la plus exposée aux exactions de ces barbares destructeurs de vies et de monuments historiques classés au patrimoine de l'UNESCO. Ces fanatiques s'arrogent le droit de dire le Droit coranique.

Naturellement tout le monde se  tourne, comme pour la Syrie, vers l'ONU. Une manière bien hypocrite de s'en laver les mains. Celle-ci est bien démunie pour régler de tels cas. Tout naturellement l'organisation se tourne, elle, vers les plus directement impliqués: les Africains et les pays à majorité musulmane. S'ils ne veulent pas de la sanglante nébuleuse d'Al Qaïda, qu'ils s'accordent vite pour donner mandat d'intervenir à l'ONU, avec des hommes, du matériel et des moyens budgétaires. N'oublions pas que des proches de ces fous d'Allah désolent déjà la Corne de l'Afrique et le Nigéria.

Militairement les cibles sont faciles à répérer de Tombouctou à Gao. Le reste, c'est l'immensité désertique. Plus facile à dire qu'à faire, en réalité: les barbus ont déjà pris ce qui reste de la population civile en otage...Au Quai d'Orsay on a raison de se lamenter. L'incendie a été allumé par les imbécilités conjuguées de l'armée malienne (qui avait destabilisé son gouvernement à un moment très critique), d'une organisation indépendantiste touareg, qui avait conclu un marché de dupes avec AQMI, des gouvernants voisins qui adorent jouer avec le feu pour assouvir une vengeance mesquine ou complaire à une ambition médiocre. Et, se demandent nos diplomates, qui aide matériellement ces djihadistes sanguinaires sinon certains milliardaires enturbannés dans les pays du Golfe? Le Qatar, dit-on, ne se contente pas de se payer le PSG...

La France ne peut agir en avant-garde. Mais elle va jouer de ses amitiés dans la région. La prochaine rencontre au sommet Hollande/Bouteflika peut faire avancer beaucoup de choses, et pas seulement dans le domaine bilatéral. Un nouveau progrès vers la normalisation des relations algéro-marocaines serait aussi un très bon signe.

En tout état de cause nous n'avons pas le droit de nous tenir à l'écart de négociations et d'interventions à venir. Que nous le voulions ou pas, nous sommes impliqués dans ces affaires.

Antoine Blanca

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 18:15

On se trompe en qualifiant le général argentin Jorge Videla* de "tyran". Rien de personnel dans son exercice dictatorial du pouvoir: il faisait en vérité partie d'un système de gouvernement militaire voulu par les Etats-Unis, dans un environnement de guerre froide, pour l'ensemble des pays latino-américains**. A Buenos-Aires une junte s'empara du pouvoir en 1976 (jusqu'à la fin de 83), composée des chefs des trois armes. Deux autres généraux devaient d'ailleurs succéder à Videla dans l'exercice de facto de la présidence: Galtieri (qui déclencha une guerre pour récupérer les Iles Malouines), et Bignone (qui se vit contraint à organiser des élections démocratiques). C'était une institution, non un homme seul, qui était en cause dans ce processus criminel.

La même politique avait été conduite au Brésil (64-85), en Uruguay (73-85) et au Chili où Pinochet exerça un pouvoir plus personnalisé. Il est indispensable de rappeler cette caractéristique unique dans l'histoire, hélas riche, du "caudillisme" latino. Aujourd'hui, dans le sud du continent, les uniformes ont été, sans doute définitivement, éloignés des palais présidentiels. Mais il n'y a pas si longtemps ils étaient le coeur de la machine à oppresser les démocrates.

La raison de la dernière condamnation de Videla? Le sort des enfants de militants torturés et assassinés par les sbires du régime militaire. Ces bébés étaient remis gracieusement à des familles d'officiers en quête d'adoption et à d'autres complices du régime. Ils perdaient ainsi leur nom, changeaient d'état civil***. Un remarquable film argentin "Historia oficial" a été réalisé sur ce thème avec Héctor Alterio comme acteur principal. On peut toujours se le procurer...

Mais la véritable condamnation de la dictature des forces armées a été prononcée, à l'issue d'un procès de près d'un an, voulu par le Président Raùl Alfonsin dès le premier jour de son entrée en fonction. L'acte d'accusation se fondait sur le minutieux travail de la Commisssion de la Vérité (présidée par l'écrivain Ernesto Sàbato). Tout y était dit. Tous les hauts responsables furent touchés par les plus lourdes sentences. On a été par la suite bien injustes vis-à-vis du seul président latino-américain qui ait fait preuve d'une telle détermination. Trente ans après, on attend toujours qu'une démarche identique soit conduite au Brésil, en Uruguay et au Chili.

Antoine Blanca

* Le général Videla vient d'être condamné à une peine de 50 ans de prison.

** On parle surtout des pays du "Cône sud" du continent.

*** Souvent la mère prisonnière (officiellement 'disparue') accouchait. On l'assassinait ensuite.

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 12:49

"Algérie libre", c'était le titre de l'organe du PPA* de Messali Hadj dont les exemplaires étaient le plus souvent saisis dès leur publication. Ferhat Abbas, lui, avait "La République algérienne" pour porter la parole de son UDMA**, journal lui aussi soumis à une censure inavouée. A peine sorti de l'adolescence je tentais de m'informer auprès des distributeurs discrets de ces journaux procrits par la machine coloniale. L'absurdité criminelle de la répression contre toute expression publique jugée trop déviante me faisait craindre une explosion dont nous serions tous victimes, tous ceux qui vivions en terre algérienne. Les responsables nationalistes que nous connaissions dans la famille, et qui avaient fini par accepter de débattre en privé, étaient des gens blessés dans leur amour-propre, parfois dans leur dignité. De temps à autre, je les voyais emmenés par deux gendarmes, menottés, exhibés dans les rues du bourg comme des trophées de chasse. Ces responsables locaux, infirmiers, préparateurs en pharmacie, clercs de notaire, commerçants ou petits artisans étaient peu nombreux à afficher leurs convictions. Avant qu'éclate l'insurrection, aucun n'était pilier de mosquée et ils préféraient parler d'Ata Turk que du Muphti de Jérusalem.

L'indépendance ne signifait pas pour ces militants le rejet d'une autre communauté vivant sur leur sol. Plus tard, vingt mois après le 1er novembre 1954, le texte issu du congrès du FLN réuni clandestinement dans la vallée de la Soummam, confirmait cette ligne laïque, ouverte et démocratique.

Cette manière de penser n'a pas survécu à une guerre sans nom de sept ans et demi. Une bonne part des militants dont je parlais plus haut ont été liquidés par ceux qui considéraient les messalistes comme des traîtres. Toute une jeunesse généreuse de sa vie est morte, quant à elle, dans les combats du maquis et les résistants de la première heure, eux non plus, n'étaient pas là, bien souvent, pour participer aux commémorations du 5 juillet 62.

Figure illustre et symbolique du petit monde pied-noir, Albert Camus, l'enfant des faubourgs pauvres d'Alger, était mort deux ans plus tôt. Mouloud Feraoun, l'écrivain kabyle des 'Chemins qui montent', avait été assassiné par l'OAS*** avec cinq de ses collègues inspecteurs des Centres sociaux. L'un et l'autre incarnaient une forme d'espoir en une Algérie nouvelle, pacifiée et tolérante.

Mais on ne vit pas que de souvenirs et de regrets. Une jeunesse puissante, sur l'autre rive de la Méditerranée, persiste à vouloir vivre dans un pays sachant partager équitablement, enfin, ses richesses, son génie créatif et son besoin de joie.
Bonne fête, les Algériens: ne nous perdons jamais de vue.

Antoine Blanca

*Le PPA, Parti du peuple algérien, devint, après sa dissolution en 1946, le MTLD, Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. Son chef charismatique, Messali Hadj, refusa de se joindre à l'insurrection armée. Il fonda alors une organisation concurrente, le MNA, dont le FLN ordonna la liquidation violente totale. Les messalistes étaient très nombreux parmi les Algérien travaillant en France.

**UDMA, Union démocratique du Manifeste algérien, parti nationaliste ouvert à un dialogue auquel la France ne se prêta jamais. Ferhat Abbas, pharmacien à Sétif de son état, devait devenir le premier Président du GPRA quand il rejoignit le FLN à Tunis.

***Exploitant à fond le désarroi de la masse du petit peuple pied-noir, l'OAS contribua à donner aux derniers mois de l'Algérie française un aspect de grande messe sanglante. Sa politique de la terre brûlée, les assassinats en masse de Français libéraux et d'Algériens, fut un facteur déterminant pour empêcher la réalisation des accords signés à Evian le 19 mars 62 entre le GPRA et l'Etat français.

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 11:39

On a beaucoup invoqué la "doctrine de Monroe" à propos de chacune des interventions, militaires ou politiques, des Etats-Unis dans les affaires des républiques indépendantes du reste des Amériques. Elles ont été recurrentes et n'ont jamais vraiment cessé, même si, avec la fin de la guerre froide, elles ont baissé en intensité.

La vérité historique mérite d'être rappelée pour corriger une utilisation, hors contexte, du discours du président James Monroe, devant le Congrès US en 1823, à la fin de son deuxième mandat. Le premier magistrat de la jeune république fédérale n'avait pas alors souhaité définir une stratégie continentale: il situait son intervention comme un rappel des fondements du discours d'adieu de George Washington en 1796. Et s'adressait directement aux Européens et à leurs tentations colonisatrices. Trois points méritent d'être soulignés: 1- le continent américain ne tolérera aucune tentative de retour des puissances d'Europe. 2- toute intervention militaire dans la région serait considérée comme un geste inamical contre les Etats-Unis. 3- Les Etats-Unis s'engageaient en contre-partie à ne jamais intervenir dans les affaires européennes.

On ne commença d'ailleurs à parler de "doctrine de Monroe" qu'en 1852, près de trente ans plus tard...Le Président avait, en vérité, adressé une mise en garde solemnelle:

- à l'empire russe, alors maître de l'Alaska, qui émettait des prétentions territoriales en Californie et une partie de l'Orégon,

- à la Sainte-Alliance qui voulait installer des princes européens dans les anciennes colonies espagnoles qui venaient de proclamer leur indépendance, ou s'apprêtaient à le faire,

- à l'empire britannique, l'ancien colonisateur toujours souverain dans le Canada voisin.

Tout cela nous paraît bien rétro. Mais c'était l'univers dans lequel on vivait en 1823. Plus tard, quand on voulut synthétiser la "doctrine", on trouva la bonne phrase très "com": l'Amérique aux Américains!", sous-entendant "le continent américain aux Etats-Unis!". Oubliant que les Etats-Unis ne constituent que l'un des pays, sans doute le plus puissant, de la région considérée. Mexicains, Colombiens ou Argentins sont tout autant Américains qu'un New-Yorkais...

Le temps passant, la grande puissance devint elle-même un grand empire voulant contrôler de près tout son voisinage au mépris de la volonté populaire, allant jusqu'à imposer, dans ce but, des dictatures barbares. Mais la méfiance de Monroe à l'égard de l'Europe n'était pas vaine: on le vit avec Napoléon III et l'intronisation (qui finit en désastre) d'un empereur européen (Maximilien d'Autriche), au Mexique. Quant à l'engagement à ne pas intervenir en Europe, ce furent les Européens qui le rompirent en deux occasions: en 1917 et en 1942. Et nous n'eûmes pas à le regretter. On peut le rappeler aujourd'hui, anniversaire de l'Indépendance d'une nation amie.

Antoine Blanca

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 17:13

Jean-Marc Ayrault est un homme de fidélité. Fidélité à ses convictions et à la glorification de la valeur du travail. A partir d'un tracé, en l'occurrence le programme présidentiel de François Hollande, il construit la maison avec ses meilleurs compagnons. Méthode et application. Le style flamboyant n'est pas le sien. Il laisse à d'autres les grands effets de manches. Lui veille à ne rien oublier des promesses de ceux, de ce, qu'il représente à la tête du gouvernement de la France. C'est son système, sa philosophie. C'est ainsi qu'il a réussi au-delà de toute espérance comme tout jeune maire de Saint-Herblain, puis de Nantes, comme président de la communauté urbaine du chef-lieu du 44, comme leader du groupe socialiste de l'Assemblée. Il s'est imposé sur la durée quand beaucoup doutaient qu'il pût le faire.

Un bâtisseur.

Humilité n'est pas effacement, proximité n'est pas démagogie. Tous mes Nantais de bonne foi vous le diront: sa capacité d'écoute, de prise en compte des problèmes des autres est tout à la fois intense et discrète. Nous allons maintenant le voir à l'ouvrage à une toute autre échelle. Moi, en tant que citoyen, je lui accorde la confiance et lui confie mes espoirs.

J'ai suivi le débat en direct et entendu des journalistes et des représentants de la droite regretter, pêle-mêle, la longueur de l'exposé, un manque d'éloquence, l'absence (à de rares exceptions près), de propositions nouvelles. Diantre! Il ne s'agissait pas d'un meeting de campagne, et la mise en oeuvre d'un plan de travail ambitieux, devant être exécuté dans des circonstances difficiles, suffit à nos attentes. La nouvelle majorité doit oeuvrer à partir d'un héritage qui n'est riche que de chaos, de mauvaises surprises et de pièges.
Jean-Marc  Ayrault se révélera être l'homme de la situation. Opiniâtre et lucide, il dispose des moyens nécessaires pour travailler sur la durée.

C'est sa manière d'être loquace.

Antoine Blanca

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:12

Hier dimanche les Mexicains ont ramené le PRI* au pouvoir. Ils l'ont fait sans enthousiasme, mais avec lucidité. Le président élu, Enrique Peña Nieto, n'est pas seulement un homme jeune et photogénique, marié à une rayonnante beauté de la TV. Il est avant tout le leader du seul parti vraiment organisé dans le pays tout entier, dont les représentants sont à la tête de la majorité des Etats de la fédération et des municipalités petites et grandes (la capitale est cependant restée fidèle à la gauche), et comptera sur le soutien des deux chambres du Parlement. Peña Nieto a déjà fait ses preuves de gestionnaires comme gouverneur de l'Etat le plus peuplé du pays. C'est aussi un juriste aux compétences reconnues. Son élection ne va pas épouvanter le monde des affaires, au-dedans comme au dehors du pays: il y a belle lurette que le PRI a renoncé à sa vocation originelle révolutionnaire pour se rapprocher d'un certain libéralisme. C'est avant tout une gigantesque machine à contrôler et à encadrer. Les électeurs paraissent avoir choisi la sécurité avec ses inévitables inconnues, contre Andrés-Manuel Lòpez Obrador (AMLO), personnage charismatique venu de la gauche du PRI, qui avait peut-être été vaincu par une manipulation il y a six ans au bénéfice de l'actuel président Felipe Calderon (PAN, droite libérale). Mais depuis il ne parvient plus à convaincre de sa capacité à diriger la Nation.

Il était significatif, en outre, que Vicente Fox, celui qui avait interrompu, en 2000, le règne absolu des priistes depuis 1929, ait lui-même appelé à voter pour le PRI contre la candidate de son propre parti. "Felipe Calderon a été un mauvais président", a-t-il proclamé en substance. Comme beaucoup de ses compatriotes Fox a fait le choix du retour à la stabilité.

Il faut espérer que, comme il l'a souligné dans sa première déclaration dès la proclamation de sa victoire, Peña Nieto tirera toutes les leçon du passé, quand l'hégémonie absolue de son parti se caractérisait par l'opacité de son système de gouvernance, l'autoritarisme de ses élus et la corruption qui l'accompagne et, parfois, la violence de la répression contre les opposants.

Antoine Blanca

* Le Parti Révolutionnaire Institutionnel est une singularité mondiale. On a souvent tenté d'imiter son modèle incarnant un gouvenement autoritaire sans être qualifié de dictatorial. Depuis l'institutionnalisation de la Révolution (1910-1917) en 29 il était une force hégémonique, mais tolérait, voire encourageait un certain pluralisme contrôlé. La presse était raisonnablement libre et savait, s'auto-censurer sans grand traumatisme. La clé du système priiste était le principe absolu de non-réelection du Président  Il n'y a jamais eu le moindre manquement à ce principe. Le président sortant devenait le bouc émissaire de son successeur et camarade de parti. C'était le jeu. Je n'ai jamais su comment le PRI désignait son candidat, donc, jusqu'en 2000, le nouveau Chef de l'Etat.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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