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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 17:26

Cristina Fernandez de Kirchner, présidente de l'Argentine, aux prises avec un retour galopant de la crise économique et sociale qu'elle croyait vaincue, a ressorti de l'armoire aux oubliettes les vieilles recettes nationalistes qui ont toujours réussi au péronisme:

-- La revendication de la souveraineté de son pays sur les îles Malouines;

-- la nationalisation des richesses de son sous-sol.

Cela marche toujours avec "les enfants d'Evita", les "muchachos" prompts à s'enflammer comme le public du stade de La Bombonera pour un match des locaux (Boca Juniors) contre l'ennemi River (qui croupit désormais en 2e division). On a ressorti les drapeaux nationaux et fait résonner les grosses caisses (bombos) pour les défilés patriotiques.

On peut être d'accord sur le principe de l'une et l'autre de ces revendications, sauf que leur concrétisation est dificilement réalisable dans un avenir proche. La guerre des Malouines, en 1982, a réglé pour longtemps le premier problème et personne ne souhaite vraiment le déclenchement d'un nouveau conflit armé. Quant à la re-nationalisation d'YPF*, l'ancienne compagnie d'Etat qui fut vendue, pour une part majoritaire, à l'espagnole REPSOL, elle pose de sérieux problèmes liés à la législation internationale et va se heurter, de front, non seulement à l'Etat espagnol, mais à l'Union européenne. Les mesures de rétorsion annoncées par la Commission sont très fortes...

La plupart des pays frères latino-américains sont réservés vis-à-vis de l'initiative argentine. Ils font remarquer que c'est un président péroniste, Carlos Menem, qui avait bradé, en quelques mois, la totalité des biens nationaux (y compris les routes, les chemins de fer, les droits de navigation et de pêche etc...) et que revenir sur de telles décisions s'avère très complexe et, financièrement, très coûteux. Ces mêmes pays frères, à commencer par le grand Brésil, font aussi étalage de leur vif mécontentement face aux projets commerciaux protectionnistes du gouvernement de Cristina Fernàndez qui s'apprête à violer tous les accords conclus dans le cadre du MERCOSUR, lequel avait l'ambition de devenir un "marché commun" de ses Etats membres.

L'impulsion manifestée par la "reina Cristina", va peut-être lui donner un peu d'air politique pendant quelques semaines. Mais les réalités du profond mécontentement social reprendront vite leurs droits. Il faut choisir la voie de la négociation pour rechercher des solutions à plus long terme. C'est ce que proposent les socialistes espagnols, désormais dans l'opposition, mais toujours influents.

Antoine Blanca

* Yacimientos Petroliferos Fiscales (gisements pétrolifères fiscaux)

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 10:51

Je n'avais nullement l'intention d'écrire ce matin sur le thème "guerre et paix", ou de donner une nouvelle illustration au dicton "si tu veux la paix, prépare la guerre". Mais les nouvelles du jour m'ont détourné de mon projet d'article initial. C'est que l'Inde est une énorme puissance et, quand son gouvernement décide de lancer un missile de 50 tonnes (Agni V), capable d'atteindre n'importe quelle cible en Asie (en Chine par exemple), ou dans une partie de notre Europe, nous avons le droit de nous montrer inquiets. Le pays de Gandhi contribue ainsi objectivement à grossir la poudrière mondiale et à fragiliser la paix. La tentative de lancement (finalement avortée en peu de secondes) effectuée par la Corée du Nord avait, elle, causé beaucoup plus d'émoi.

Ainsi, si la guerre froide a pris fin avec la disparition de l'URSS, nous pouvons observer que jamais le danger de guerre(s) nucléaire()s n'a été autant d'actualité. A tout moment l'Inde peut attaquer le Pakistan ou la Chine (ou vice-versa), Israël frapper (préventivement faut-il le dire?) l'Iran (et déclencher ainsi une crise politique, économique et militaire aux effets imprévisibles), la Russie en profiter pour retrouver son rôle de grande puissance militaire atomique...Nous vivons dans un monde fragile,  dangereux, et pas seulement ( comme on préfère le croire) à cause de manifestations ponctuelles des fanatismes en tout genre.

L'ONU et ses agences pourraient avoir un rôle pacificateur important à jouer. Encore faut-il que mandat lui soit donné d'agir. Mandat et, moyens bien entendu. Pour combattre l'absurde. La population nord-coréenne ne survit que grâce à l'aide alimentaire internationale, l'Inde compte près de 40% de miséreux, le manque d'hygiène publique est général, l'accès à l'eau potable est interdit à la majorité de la population...On pourrait détailler pays par pays les contradictions criminelles entre sur-armement et vie quotidienne des peuples.

Le monde vit sur un gigantesque volcan, menacé de mille tsunamis dévastateurs. Mais, en général, nous en parlons peu. Et, encore, du bout des lèvres.

Antoine Blanca

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 12:51

A l'exception de François Hollande et d'Eva Joly, tous les candidats à l'élection présidentielle se sont efforcés de charger les institutions européennes de tous les maux qui frappent les peuples de la région. Sarkozy, pourtant président sortant, donc co-responsable au sommet de la politique de l'Union ces dernières années, s'en est pris avec rudesse à l'un de nos fondements communs, les accords Schengen sur la libre circulation des biens et des personnes (c'est dire la volatilité de ses convictions).

En tant qu'homme de gauche je ne peux que me montrer critique: la Commission nous a fait subir une politique néo-libérale pleine de lourdeur. Insupportable à mes yeux. Mais, que je le veuille ou pas, elle est la  conséquence du vote populaire librement exprimé dans la majorité des Etats membes par les électeurs. En fait, il s'agit de l'une des conséquences de la démocratie: elle a tendance à nous opposer, sans nous fraturer pour autant, en deux camps (au moins). L'un progressiste, l'autre conservateur. Mais les démagogues, d'extrême droite ou d'extrême gauche, ou simplement des nihilistes comme ce pauvre Dupont-Aignan, ont tendance à jeter le bébé avec l'eau du bain. S'ils regardaient de près, et avec un minimum de bonne foi, la réalité, ils se verraient contraints de reconnaître que l'Union nous a apporté, outre une stabilité et une paix que le monde nous envie, une prospérité difficilement contestable, même si nous traversons aujourd'hui ensemble une période plutôt chaotique.

Si j'avais une regret à émettre, ce serait pour déplorer notre faiblesse en matière de politique extérieure et militaire, comme de politique économique et sociale concertées. Quant à la mouvance de gauche, à laquelle j'appartiens, il conviendrait, pour avancer, consolider les liens entre partis socialistes et social-démocrates. Une rencontre organisée par les Fondation Jean Jaurès et Friedrich Ebert, au Cirque d'Hiver à Paris, dans le cadre de la campagne de François Hollande, nous a donné un aperçu de ce que pourrait faire un Parti socialiste européen doté de vraies responsabilités opérationnelles.

De toute manière personne ne saurait remettre en cause les liens que nous avons noués, pas à pas, avec patience, depuis les années 1950. C'est aussi impensable que le serait le démembrement de la France ou le retour à l'indépendance de la Prusse.

Et j'ajouterais volontiers: heureusement!

Antoine Blanca 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 11:05

Le mois d'avril n'est décidément pas propice à la monarchie des Bourbons en Espagne. C'est au lendemain des élections municipales du 14 avril 1931 que le roi Alfonso XIII annonça son abdication devant le raz de marée électoral républicain. Les coalitions socialiste/gauche républicaine l'avaient emporté dans 49 chefs lieu de province sur 50.  L'Espagne se couvrit aussitôt de drapeaux tricolores(rouge, jaune, violet couleur des bannières des communards de Castille). La démocratie et la laïcité s'imposèrent dans une atmosphère quasi-générale d'euphorie.

Hélas, la réaction et le fascisme local préparaient déjà les coups suivants.
Mais c'est là une autre histoire.

Cette fois la chute du monarque n'a pas eu de conséquences aussi dramatiques. Même si l'on peut dire, sur le mode plaisant, qu'elles sont éléphantesques. Juan-Carlos 1er ne s'est abîmé que la hanche et aurait déjà retrouvé partiellement sa mobilité. Contrairement à son grand-père, il n'exerce qu'un pouvoir moral dans un système de monarchie constitutionnelle. Et il n'a pas encouragé une dictature (celle du général Primo de Rivera, dans les années 20), mais exercé son autorité face à une tentative de putsch néo-franquiste le 23 février 1981.

Il demeure que son aventure africaine a beaucoup choqué l'opinion. Autant que les photographies le représentant, en chasseur triomphant, devant la dépouille d'un gigantesque éléphant muni de magnifiques défenses. Certains esprits chagrins ne manquent pas d'ajouter que l'heure n'est pas à des exercices aussi coûteux quand on demande à l'ensemble des espagnols de se mettre au pain sec. Tuer des plantigrades, espèce protégée, cible des braconniers de l'ivoire, n'est, en outre, pas recommandé par les institutions internationales. La sensibilité écologiste s'est sentie blessée. 

Tout cela est très dommageable pour l'image de l'institution. On n'a pas besoin d'ajouter qu'elle a déjà été plus qu'écornée par certains comportements de la famille royale. Dernièrement encore le beau-fils, rejeton milliardaire d'un puissant clan basque, a commencé à répondre de ses crimes supposés devant la justice espagnole.
Bref, nous sommes fondés à penser que le temps du retour au régime républicain est proche. Si Juan-Carlos 1er sera épargné, il n'en sera pas de même pour sa descendance.

Hélas, je suis trop âgé pour espérer pouvoir crier un jour, sur l'avenue de La Castellana: "Viva la Repùblica!", comme le fit mon père le 14 avril 1931.

Antoine Blanca

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 11:12

Notre conviction est claire: la laïcité va finir par tracer son chemin dans les pays où les musulmans sont majoritaires. Voilà un pronostic qui peut surprendre et demande, en tout état de cause, à être précisé. D'autant que les processus électoraux les plus récents ont avantagé les islamistes dits "modérés", au Maroc, en Tunisie, en Egypte, et que les discussions dans les hémicycles portent souvent sur la pertinence de législations fondées, d'une manière ou d'une autre, sur la Charia. Tandis que des groupes agressifs de salafistes font, non  sans succès, parfois, pression sur les nouveaux élus, et tentent d'imposer leur manière d'envisager la société auprès des femmes et de ceux qu'ils qualifient de mécréants. En Turquie, où le kamalisme avait crée, sans ménagement, une société moderne, areligieuse, occidentalisé, les nouveaux maîtres, derrière Teyyip Erdogan, remettent jour après jour ces acquis sociétaux en cause. Ils s'apprêteraient désormais à dépouiller l'Education nationale de ses principes de Laïcité.

Mais à y regarder de plus près, les choses ne sont pas aussi désespérantes qu'il y paraît. D'une part, en raison de l'important mouvement de résistance qui s'organise, partout, contre le dogmatisme religieux et la sottise criminelle qu'il entraîne. A nous, citoyens libres du monde, de faire en sorte que ce progressisme des idées ne se sente pas seul. D'autre part parce que des signes forts nous sont donnés par des partis islamistes eux-mêmes. C'est le cas des Frères Musulmans de Syrie. Ce grand parti sunnite, sans doute potentiellement majoritaire dans le pays, a annoncé solennellement, dans une conférence de presse (célébrée en Turquie), qu'il prenait l'engagement d'accepter l'établissement d'un régime démocratique et civil, assurant l'égalité de tous et de toutes. Le chef de l'Etat pourrait se reconnaître dans la foi religieuse de son choix. Or la Constitution actuelle, celle adoptée par Hafez el Assad (père de Bachar), malgré son laïcisme officiel, exige que le président soit musulman (lui-même était alaouite, communauté que certains intégristes qualifient d'hérétique). 

La prise de position des "Frères" participe d'un effort consistant à convaincre l'opinion "que l'avenir ne se construira pas sur une base confessionnelle, où les sunnites domineraient les alaouites, les musulmans les chrétiens, les Arabes les Kurdes et les Turkmènes etc..." *.

Et il est vrai que l'unité du pays ne saurait dépendre que de la volonté de la population elle-même. L'unité dans le respect de la diversité. Pour prendre la relève d'un régime sécuritaire, repressif et pauvre, en place depuis quarant ans.

Antoine Blanca

* Ciation extraite d'un  article du "Daily Star" de Beyrouth.

La Syrie est un pays complexe du fait de la multiplicité des confessions qui y sont pratiquées, mais aussi riche de vestiges de civilisations qui l'ont marqué tout au long de sa glorieuse histoire.
Les Frères musulmans tentèrent un soulèvement général contre Hafez el Assad en 1982, soulèement armé qui fut réprimé, un mois durant, avec la même brutalité que celle que nous sommes en train de vivre. Mais à l'époque ni l'opinion publique internationale, ni les grands Etats n'y avaient pas prêté véritablement attention. Sans doute y avait-il trop à faire, dans la région et au-delà, avec la guerre Iran-Irak et  l'occupation de l'Afghanistan par l'URSS.

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 10:34

L'avocat et la famille de notre compatriote Florence Cassez poussent de grands cris parce que, dans la perspective de la prochaine réunion du G20, avec la participation, vraisemblable, à ce sommet de François Hollande, une délégation du candidat PS a été envoyée à Mexico. A notre surprise consternée, les parents de la prisonnière et son avocat se sont dit indignés par cette mission qu'ils qualifient, sans preuve, d'électorale. Or ce sont les démarches maladroites, jugées humiliantes par le Président Calderòn, de M.Sarkozy (ce dernier a traité le Mexique en république bananière), qui ont sans aucun doute retardé la libération de la jeune femme détenue depuis six ans et demi.

C'est notre encore-président qui a voulu rentabiliser à son profit cette triste affaire en annonçant, à l'avance, à la veille de sa visite officielle d'Etat dans le pays aztèque, qu'il allait plaider la cause de Florence auprès de son homologue. Et de laisser entendre qu'on ne pourrait rien lui refuser. Or, si le pays qui allait le  recevoir n'est pas toujours exemplaire en matière de justice et de police, il tient beaucoup au respect des  formes constitutionnelles. L'affaire étant entre les mains des hauts magistrats, le pouvoir politique n'était pas fondé à intervenir formellement. En mettant publiquement en cause "certains dirigeants" mexicains, Sarkozy s'est mis à dos tout le monde: gouvernement, opposition, presse et opinion publique. Il s'est comporté comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. On n'a pas entendu alors les cris du défenseur et de la famille de la condamnée.

On ne saurait trop, cependant, recommander la plus extrême prudence à Michel Vauzelle, sur ce thème délicat. De s'en tenir surtout au caractère politique, diplomatique de sa mission. Le G20 aura lieu, les 19 et 20 juin, encore sous la présidence de M.Calderòn: les élections (présidentielle et législatives) auront lieu le 1er juillet et le nouveau gouvernement ne sera installé que le 1er octobre. Tout va être fragile pendant la période de transition. Et Genaro Garcia Luna, le Secrétaire à la Sécurité  (ministre de l'intérieur) sera toujours en place*. Or ce puissant personnage, contestable et contesté, constitue sans doute le principal obstacle réel à la libération de la jeune française.

Antoine Blanca

* Genaro Garcia Luna est en fonctions depuis près de 12 ans (Florence Cassez a été arrêtée sous la présidence de Vicente Fox, prédécesseur de Felipe Calderon; ils sont membres du même parti conservateur). Garcia Luna est connu pour ses mises en scène d'arrestations hollywoodiennes. Les images de l'interpellation de Florence Cassez ont été filmées le lendemain de son arrestation réelle et diffusées à une heure de grande écoute sur la chaîne la plus regardée du pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antoine Blanca

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 10:48

Les medias tentent de maintenir un minimum de suspens. Mais l'affaire de la présidentielle est bel et bien bouclée. Du moins dans son aspect principal: le sortant sera battu, sans doute largement. Donc Hollande s'installera à l'Elysée à la mi-mai.

Dans son agitation incessante, dans laquelle les derniers fans de l'ancien maire de Neuilly veulent voir une grande capacité de travail, Sarkozy et son équipe de campagne de l'UMP auront tout essayé pour discréditer, voire abaisser la personnalité du candidat socialiste: candidat par défaut (occasion aussi de réintroduire dans le débat la figure, désormais sulfureuse, de DSK), homme faible et même "nul", porteur d'un projet à géométrie variable etc...Polémique de qualité médiocre, mais qui restait encore dans les limites d'une certaine conception du combat électoral. Mais aujourd'hui le sortant est descendu encore de plusieurs marches, en appelant les "marchés" et la finance internationale à viser la France, pour la blesser, dès la proclamation de la victoire de la gauche. Tel  est le sens de l'éthique patriotique habitant la Sarkozie. Ou elle, ou le chaos. Sauf qu'elle vient de nous faire vivre cinq années de chaos.

De manière bien inattendue la réponse, à la fois la plus claire et la plus cinglante à ce tir dans le dos de son propre pays, est venue du grand quotidien londonien "Financial Times". Tiré chaque jour à plusieurs millions d'exemplaires, véritable bible quotidienne des places boursières et des milieux patronaux de la planète, le FT a implicitement appelé à voter Hollande. "On ne sortira de la crise qu'avec un retour à la croissance. Le candidat de la gauche française a raison de ne pas s'en tenir aux mesures de rigueur accrue et d'austérité pesante. M. Hollande indique le bon chemin", affirme en substance ce journal qui n'est pas connu pour son progressisme.

Le PS va, une fois n'est pas coutume, enregistrer avec satisfaction cet appui très médité venu d'ailleurs.

Dans un tout autre domaine ce même PS commence à observer avec gourmandise ce qui se prépare à l'UMP, où la défaite du chef va avoir un écho dévastateur. Certes le désastre n'apparaîtra dans toute son amplitude qu'au lendemain des législatives. Mais la guerre s'y prépare déjà. D'autant que le style sarkozien d'exercice multiple, capricieux, du pouvoir, va ouvrir le chemin à nombre d'ambitions incompatibles.

Antoine Blanca

 

Antoine Blanca

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 23:15

Mon souvenir de l'été 1962 en Algérie est très précis et je ressens encore l'angoisse qui marqua ces quelques mois d'incertitude, de morts et d'espoir pour les Algériens, comme pour les Européens contraints par la fatalité, et par l'OAS, à un exil sans retour.

Le pays était sens dessus-dessous. Des willayas de l'ALN se faisaient une guerre sournoise qui allait parfois se transformer en guerre ouverte après la proclamation de l'indépendance. Le GPRA avait vite sombré avec son Président et ses ministres. L'ordre ne pouvait être rétabli, à l'évidence, que par une force disciplinée venue des frontières. On l'appelait willaya VI. Boumediène avait prévu cette situation, lui qui avait créé une véritable  armée moderne capable de tout contrôler. En août elle entra et remit de l'ordre partout. Il lui manquait seulement un "civil" au passé patriotique reconnu, ayant le soutien du monde arabe. Et surtout de Nasser. L'appelé fut Ahmed Ben Bella.

Certes, il n'était pas sur le terrain de l'action le 1er novembre 54, pas plus qu'au Congrès de la Soumam. Mais il avait milité dans l'OS (organisation secrète du PPA), pris part à un hold up révolutionnaire, connu la prison et réussi une évasion légendaire. Quand éclata l'insurrection armée, il se trouvait au Caire et mobilisait des fonds et des armes pour les maquis. En septembre 56 il faisait partie des prisonniers arrêtés par les services français qui avaient détourné un avion dans lequel voyageait l'élite du FLN. Outre Ben Bella, Khider, Boudiaf, Krim Belkacem, Aït Ahmed, Lachraf. De nouveau la prison. Jusqu'à la signature des accords d'Evian. Ce groupe d'élite ne tarda pas à éclater. Boumédiène choisit Ben Bella, ne pouvant accepter un Kabyle comme Aït Ahmed ou Krim (l'un et l'autre trop engagés dans le willayisme), et les autres manquant de prestige auprès des masses.

Boumédiène manipula Ben Bella à sa guise pendant près de trois ans. Trois années de gloire pour un président qui se voyait tantôt en Fidel, tantôt en Haroun al Rachid. Il reçut son dernier mentor, Nasser, pour un séjour interminable. Mais aussi Hassan II. En juin 65 l'ombrageux colonel, tout puissant ministre de la Défense, sortit de son apparente morosité, prit tout le pouvoir. Ben Bella retourna de nouveau en prison, à la fois dorée et secrète, tel un nouveau masque de fer. Même libéré, il n'en est jamais sorti. Quarante sept ans après le monde se souvient qu'il avait officiellement présidé son pays. Sous l'oeil vigilant de l'ANP. Laquelle n'a jamais cessé de régner, elle...

Antoine Blanca

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 12:03

La quasi totalité des musulmans interpellés sous les projecteurs, par des escouades des forces spéciales, ont été libérés dans la discrétion du week-end pascal. Nous sommes fondés à penser qu'il s'était agi d'un simple coup médiatique électoral. Dans le même mouvement quelques imams auront été expulsés du territoire. A y regarder de plus près, il s'agissait de gens sans importance et sans réelle influence auprès des fidèles. Leurs prêches médiocres irritaient plus qu'elles n'excitaient. C'est que chez les musulmans sunnites (95% de ceux qui vivent chez nous), la fonction d'imam n'est pas grande chose. Ce personnage est seulement chargé de conduire la prière collective afin que les mouvements des assistants  restent uniformes. Et éventuellement  de commenter une sourate du Coran. Mais il arrive que l'on fasse appel, pour la grande prière du vendredi, à un lettré plus instruit des textes sacrés. L'Islam sunnite n'a pas de clergé, ce qui le distingue du chiite.

Mais la manipulation vaine et cynique du danger terroriste potentiel ne signifie pas que le danger n'existe pas. Certes, ni l'assassin de Toulouse et de Montauban, ni les insignifiants personnages raflés la semaine dernière, ne faisaient partie d'une cellule terroriste reliée à l'un des groupes qui s'inspirent, de près ou de loin, de la mouvance Al Qaïda. Mais il demeure que ces cellules existent bel et bien, et peuvent être réactivées à tout moment en Europe. Ce qui se passe dans le nord du Mali doit être pris en considération: l'AQMI* touche déjà l'Algérie (dont neuf diplomates viennent d'être enlevés par ce groupe criminel), et ce qui touche l'Algérie ne peut que nous mettre en éveil. De dangereux vétérans djihadistes libyens, égyptiens et tunisiens (par exemple) ont quitté l'Afghanistan et les zones tribales du Pakistan pour retourner dans leur pays d'origine**. Pour la Libye il s'agit du redoutable GICL (groupe islamique combattant libyen) et de son chef Abou Leith al Libi, très proche du successeur de Ben Laden, le docteur  Zawahiri. Abou Leith serait de nouveau chez lui, sous la protection de sa tribu. Ce n'est certainement pas pour reprendre l'élevage familial de chèvres.

Bref, s'il ne faut pas crier inutilement au loup, il ne faut pas moins éviter de prendre cette menace potentielle à la légère. Comme paraissent le faire MM.Sarkozy et Guéant.  

Antoine Blanca

* AQMI, Al Qaïda pour le Maghreb islamique, qui a des campements mobiles au Mali et au Niger; parfois en Mauritanie. Les terroristes font des incursions criminelles en Algérie et dans les autres pays frontaliers.

** Dans ces pays les forces de sécurité sont en cours de reconstitution et les djihadistes qui reviennent profitent du vide actuel en matière de police spéciale.

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 12:21

Tout en courtisant assidûment la clientèle électorale du Front National, le président sortant a entrepris un sérieux travail d'approche du très affaibli François Bayrou. Raffarin et autres anciens centristes de renom se sont mis à l'oeuvre, de moins en moins discrétement. Il y a quelques jours au "grand journal" de Canal+ l'ancien Premier ministre de Chirac s'est fait même très lourd dans ses appels du pied au Béarnais. Que ce dernier appelle à voter Sarkozy au tour décisif serait, selon les stratèges élyséens, la dernière chance de victoire finale.

Leur raisonnement est le suivant: Bayrou, en dépit de ses foucades critiques, est un homme classique de centre-droit. Il a été un ministre de Balladur ce qui fait de lui un ancien compagnon de clan de Sarkozy. Revenir vers ce dernier aurait donc un aspect de retrouvailles. Et après tout c'est un pieux catho à la mode provinciale, assidu, avec sa femme, de la très conservatrice "communauté des Béatitudes". Le candidat sortant est passé maître dans la récupération des centristes: en fait il les a tous piqués après 2007. Il ne se fait aucune illusion sur les hommes de ce (juste) milieu. Rares sont ceux qui résistent à l'attrait d'un portefeuille ministériel. A Bayrou on serait disposé à lui proposer quelque chose de gros, même si Matignon a déjà été suggéré, une fois encore à Borloo...

L'obstacle pourtant est double: le Béarnais perdrait toute l' autonomie politique chèrement gagnée, tout en sachant qu'avec Sarkozy comme patron suprême un ministre, voire un premier ministre, n'est rien. Et puis il y a les électeurs. On ne les manipule pas si facilement que cela. Tout indique d'ailleurs que ceux qui s'apprêtent à voter Bayrou, sont 30 à 40% à se dire prêts à voter Hollande au second tour.

Le génie politicard qui a bien réussi pendant cinq ans à l'ancien maire de Neuilly a donc toutes les chances de faire pschiitt cette fois.

Antoine Blanca

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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