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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 10:44

Tout au long de cette interminable campagne présidentielle la politique étrangère a été presque totalement absente du débat. Les sondages, censés prendre régulièrement le pouls de l'opinion, commandent aux états-majors des candidats. Logiquement notre diplomatie et notre "sécurité extérieure" auraient dû rester en alerte permanente depuis le drame sanglant et, économiquement coûteux, de Côte d'Ivoire. Tel n'a pas été le cas: nous avons été piteusement surpris par le grotesque coup d'Etat militaire à Bamako et, davantage encore, par l'offensive éclair des Touareg du MNLA qui leur a permis de proclamer la partition du Mali en instaurant le république AZAWAD. C'est d'autant plus inquiétant, comme on le sait, que c'est précisément dans cette vaste région semi-désertique que Al qaïda au Maghreb islamique(AQMI), a établi des bases à partir desquelles elle commet des enlèvements, rançonne Etats et compagnies minières étrangères, et assure la logistique de groupes armés autonomes qui sévissent toujours, épisodiquement mais de manière sanglante, dans l'Algérie frontalière.

Tout ce monde est sur-armé après avoir fait son marché dans l'arsenal à ciel ouvert de la Libye post-khadafiste où la pagaille est indescriptible.

Une telle situation est intolérable pour notre pays et lourdement inquiétante pour les gouvernements amis de la région: le Niger (où nous avons, outre la communauté de langue, des intérêts stratégiques majeurs), la Mauritanie, le Sénégal et, surtout, l'Algérie qui voudrait bien pouvoir neutraliser définitivement les groupes armés d'AQMI qui menacent gravement sa paix intérieure durement acquise.

De toute manière la communauté internationale (ONU, OUA) ne peut pas tolérer une nouvelle Somalie, c'est à dire la disparition d'un nouvel Etat souverain. Il y aurait risque d'épidémie, de déstabilisation régionale majeure.

En politique étrangère nous devons avoir des priorités absolues. L'Afrique du Nord et l'Afrique sub-saharienne de l'ouest en font partie. Au lieu de servir de supplétifs aux Etats-Unis en Afghanistan et ailleurs, concentrons nous sur nos intérêts nationaux, formons les mentalités de nos diplomates et de nos forces de sécurité à la nouvelle donne politique qui est très éloignée de ce que fut la "françafrique". Fondons notre stratégie sur le dialogue pour la sauvegarde des intérêts mutuels, et sur une conception nouvelle de la solidarité.

Antoine Blanca

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 12:37

C'est à Cartagena de Indias, le port colombien sur la mer Caraïbes que Garcia Màrquez aime tant, que doit se réuinir le VIe sommet des Amériques(14 et 15 avril). Le précédent, à Trinité et Tobago, avait été un échec qu'il avait été difficile de dissimuler. C'est que les pays latinos de la région supportent de plus en plus mal l'arrogance des Etats-Unis à leur égard et le rôle attribué à l'OEA, organisation dont ils contestent de plus en plus la raison d'être et le fonctionnement.

Or, une fois encore, Cuba ne sera pas invitée à participer à la réunion, au mépris d'une motion qui avait été adoptée à Port Spain demandant qu'il soit mis fin, à l'avenir, à une telle exclusion discriminatoire et injustifiable. Furieux, le Président équatorien, Rafael Correa, ne viendra pas et a expliqué son absence dans une lettre musclée adressée à son homologue du pays hôte, J.M. Santos. Désormais, de toute manière, les Chefs d'Etat latinos n'ont besoin de personne pour se retrouver quand ils le décident, confronter leurs points de vue et, éventuellement, convenir de positions et d'actions communes. Ils se connaissent et se reconnaissent entre eux sans témoins venus du Nord ou des Caraïbes anglophones.

Les inconnues et les inquiétudes ne manquront pas pour alimenter à Cartagena les petits conciliabules parallèles, entre amis, à l'abri (espère-t-on sans trop y croire), d'oreilles indiscrètes. Le 1er juillet les Mexicains voteront pour élire un nouveau président. Ce sera sans doute Peña Nieto, le candidat du vieux parti de pouvoir (1929-2000), le PRI, qui se veut héritier de la grande Révolution (1910-1917). Or le Mexique, principale nation de langue espagnole, a toujours pesé de tout son poids dans les relations entre pays frères. Le nouvel élu n'aura, de toute manière, aucun mal à se montrer plus progressiste que le sortant, le très droitier M.Calderon. Autres préoccupations communes, de nature très différentes les unes des autres: l'inquétant état de santé de Hugo Chàvez (on votera aussi au Venezuela en octobre), le ralentissement de la croissance, sensible presque partout (la crise dans les pays industrialisés d'Europe commence à se faire sentir), et les tentations de plus en plus protectionnistes de l'Argentine qui menacent les accords conclus à Mercosur.

Seule la présidente brésilienne sera en droit d'afficher son plus beau sourire: sa popularité est au zénith, portée par la réussite de ses programmes sociaux, sa fermeté dans la lutte contre la corruption et le laisser-aller (en 18 mois de présidence elle s'est séparée d'une dizaine de ministres), et son indépendance affichée (sans manquer à la loyauté amicale) vis-à-vis de son mentor Lula. En dépit d'un fléchissement sensible (là aussi) de la croissance, Dilma Rousseff jouit de la confiance de 77% des Brésiliens. Du jamais vu.

Antoine Blanca

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 17:59

Le 11 mars 2004 un horrible attentat (200 morts, 1400 blessés) changea la donne des législatives qui avaient lieu trois jours plus tard en Espagne. L'événement se produisit à l'arrivée de trains de banlieue (cercanias) bondés de travailleurs et employés, à la gare d'Atocha au coeur de Madrid. Aussitôt le pouvoir, alors aux mais d'Aznar (droite dure), mais qui craignait un résultat électoral difficile et contestable, vit dans la tragédie une opportunité de faire jouer à fond la peur du retour à la violence exercée par le séparatisme basque. Une hantise en Espagne.

Sans pouvoir s'appuyer sur le moindre indice sérieux, le Président du gouvernement sortant, le ministre de l'intérieur et toutes les personnalités de droite désignèrent ETA comme responsable du massacre. Cela ne leur prit que quelques minutes pour désigner les "coupables". Ils espéraient ainsi provoquer un vaste mouvement d'indignation populaire qui aurait logiquement, par réflexe d'auto-défense, entraîné le resserrement des rangs autour du pouvoir en place.

Le pouvoir, donc la droite, mentaient et savaient qu'ils mentaient. Ils avaient déjà des éléments solides pour établir que cette action criminelle d'envergure était le fait d'islamistes de nationalité marocaine. Apprenant la nature du stratagème, le peuple espagnol se retourna en qelques heures contre les manipulateurs. Des policiers anti-terroristes dirent la vérité et des manifestations anti-gouvernementales éclatèrent spontanément.

Le dimanche suivant les socialistes gagnaient les élections qu'on avait voulu détourner. Zapatero s'installait à La Moncloa et allait gouverner pendant 8 ans.

Naturellement ce n'est pas ce dénouement qui inspire Sarkozy: c'est la manipulation autour de l'attentat. Les événements de Toulouse et de Montauban méritent, s'est-on dit à l'Elysée, d'être exploités jusqu'au 22 avril. Expulsons et arrêtons, à grand fracas, sous les feux des caméras mobilisées, les islamistes qualifiés de radicaux. Le président sortant dirige en personne les opérations. En dépit des explications, visiblement très embarrassées, du procureur de Paris, des dénonciations vigoureuses des syndicats de magistrats, et des ricanements des journalistes indépendants. On s'abaisse à cela. Que voulez-vous, c'est Sarkozy. Et les autres, ce ne sont, après tout, que des Arabes.

Antoine Blanca

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 10:22

Frédéric Mitterrand, le neveu de l'autre et présentement encore Ministre de la Culture, a quitté le nid douillet discret dans lequel il s'était mis à l'abri pendant la campagne, pour annoncer l'Apocalyse si Hollande, l'homme au couteau entre les dents, venait à être élu par le peuple citoyen. Du coup, une certaine presse prétend "qu'il était très proche de son oncle" et que sa nomination au gouvernement "avait été considérée comme une ouverture à gauche..."Aberration, s'il en est: l'ancien Président et le neveu entretenaient des relations purement familiales et plutôt lointaines, et chacun savait, dans les milieux bien informés, que Frédéric ne cachait pas des opinions marquées à droite. Mais là n'est pas la question: l'important c'est que, les uns après les autres, tous ceux que Sarkozy a obligés (largesse monstrueuse aux frais du budget de l'Etat pour Tapie), ou récompensés à des titres divers, se voient fermement conviés à prendre publiquement, sans ambigüité, position en faveur du "Capo". On a mentionné Tapie, on a vu aussi Depardieu s'exhiber à Villepinte pour lui apporter son appui (forcément massif), le publicitaire Seguéla ne perd depuis quelque temps aucune occasion (il est invité partout où il n'a rien d'important à dire) pour exprimer tout le bien qu'il pense du candidat sortant (un homme tendre, timide, affectueux avec sa petite famille, cultivé...sa brosse à reluire étant très productive). Sarkozy n'a jamais aidé quelqu'un sans arrière-pensée. En l'occurrence, cette dernière est aujourd'hui électorale.

Il me fait penser à cette scène du film "le Parrain", quand Brando rend un service à un entrepreneur sicilien de pompes funèbres: "vous ne me devez rien aujourd'hui, mais un jour j'aurais peut-être besoin de vous". Le cas se présenta, effectivement, plus tard. Quand on lui demanda de rendre présentable le cadavre du fils aîné assassiné. Il fallait atténuer le choc que ressentirait la mère en le voyant...
Sarkozy a une mentalité et une pratique de "parrain". Aujourd'hui, aux abois, il racle tous les vieux tiroirs et exhume tous les carnets usés où sont notés les noms de ses débiteurs. Pour les rappeler à l'ordre.

Mais Frédéric M. sait pertinemment que, de toute manière, son heure est passée. Il se consolera en pensant qu'il pourra bientôt, tout à loisir, retourner en vacances en Thaïlande où il ne manquera jamais d'amis complaisants.

Antoine Blanca

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 10:47

Il y a 22 ans, en mai 1990, je me trouvais à Bagdad où la grande cité khalifale se préparait à recevoir tous les Chefs d'Etat des pays arabes. On accrochait aux lampadaires de la grande avenue centrale les drapeaux des nations soeurs, les fonctionnaires et les employés du Palais républicain s'affairaient, les polices étaient sur le qui-vive.

Avec ma petite équipe de collaborateurs, nous nous apprêtions à repartir pour New-York, la réunion de la Commission économique de l'ONU pour l'Asie de l'Ouest s'étant achevée. A cette époque, en effet, le siège régional  de l'organisation mondiale pour les pays arabes était en Irak. Et j'avais mis à profit ma visite pour rencontrer des diplomates et des journalistes: tous ne parlaient que du prochain sommet et de la possibilité d'un éclat entre Saddam, le laïc baassiste, et les monarchies du Golfe que les Irakiens accusaient de ne pas avoir manifesté de vraie solidarité envers un pays arabe en guerre contre les Perses...Les diplomates français de Bagdad étaient, de loin , les mieux informés: les services de l'Ambassade s'étaient procuré le procès verbal de la dernière réunion du Bureau politique du Baas. "L'Irak va confirmer avec violence ses vieilles revendications territoriales sur le Koweit. La guerre de sept ans contre Téhéran a coûté très cher, et Saddam veut les revenus du pétrole koweiti". Les Irakiens, me dirent mes collègues, croient avoir compris que la diplomatie américaine se contenterait de faire les gros yeux si leur armée passait des menaces aux actes.

Nous savons ce qu'il advint. Pendant le sommet l'incident entre Saddam et le Koweit fut violent. Le Cheikh quitta Bagdad, furieux et inquiet. Puis ce fut l'invasion et le pillage du petit, mais richissime pays. Et Washington, appuyé par ses alliés et béni par l'ONU (un Etat membre avait été occupé militairement par un autre), ne se contenta évidemment pas de "faire les gros yeux"...

Au sommet qui s'achève aujourd'hui, de nouveau à Bagdad, le Koweit était représenté par son souverain qui avait été accueilli par un chef de gouvernement chiite. Embrassades et tapis rouge, même Palais républicain, même fébrilité sécuritaire: le sommet va parler de la Syrie, de la Turquie, désormais omniprésente dans la région, d'aide (en pétrodollars) charitable aux pays musulmans les plus pauvres...Mais aucune vraie décision ne sera arrêtée concernant Damas et, surtout, aucun débat de fond n'aura lieu sur ce qu'on a appelé en occident "printemps arabes", sur les aspirations démocratiques des masses, sur la place de la  religion et de la femme dans la société. Sous les démonstrations cinématographiques d'affection fraternelle, il y aura eu beaucoup de silences et de non-dits. Toujours aussi  chargés d'onctueuse hypocrisie.  

Antoine Blanca, ancien Ambassadeur de France et ancien n°2 du Secrétariat Général de l'ONU

NB: Le sommet ne réglera pas non plus le différend, toujours bien réel, entre l'Irak et le Koweit. Différend sur le tracé de la frontière, différend sur les indemnités de guerre à la suite du pillage en règle du pays occupé par les troupes irakiennes.

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 16:44

Le maquillage d'un échec patent paraît avoir été réussi: une majorité de nos compatriotes estiment que le président sortant a bien géré la crise ouverte par les crimes abominables commis par Mohamed Merah. M. Sarkozy et son équipe ne seraient pas loin de laisser entendre que le laxisme démontré par le pouvoir en matière de prévention serait imputable à la gauche: elle n'a pas, en effet, voté au Parlement tout le catalogue de lois sécuritaires de circonstance, présentées par le gouvernement!

Sur ce chapitre il serait juste de rappeler deux choses:

1- la plupart des dites lois, adoptées par la majorité, demeurent inapplicables... faute de décrets d'application! C'est assez dire à quel point ceux qui nous gouvernent sont eux-mêmes  persuadés de la pertinence de leurs textes.

2- les seules lois en vigueur ayant permis la localisation et la neutralisation du tueur avaient été votées à l'intitiative du Premier ministre Lionel Jospin en 2001. Le député Sarkozy avait alors voté contre.

Si prévenir vaut mieux que guérir, les événements de Montauban et de Toulouse, l'incapacité démontrée à capturer en vie le tueur en série, en dépit des énormes moyens déployés, n'est pas à mettre au crédit d'un Chef de l'Etat qui a proclamé, à tous les vents, qu'il dirigeait personnellement les opérations.

Une nouvelle entreprise de maquillage se déroule sous nos yeux, à la demande directe de l'Elysée. Agissant, comme toujours, sous la pression de l'actualité médiatique, un "grand coup de filet" dans les milieux islamistes radicaux a été lancé par les polices. Tous les interpellés étaient depuis longtemps connus de nos services. Des "barbus"plus bavards que terroristes. 19 interpellations dit-on. Quelques armes de poing et, s'enthousiasme M. Sarkozy, une Kalachnikov saisies.

Ce qui importe c'est que le candidat sortant puisse revêtir à nouveau ses habits présidentiels pour commenter cette intervention. Et on peut craindre que ces commentaires d'auto-satisfaction ne soient pas décomptés du temps de parole du candidat de l'UMP.

Antoine Blanca

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 10:31

Les plus anciens d'entre nous s'en souviennent: les réunions des représentants des "pays non alignés" étaient suivies de près, avec toujours un vif intérêt (et souvent, une pointe d'inquiétude) par les grandes puissances, de Washington à Moscou, en passant par Paris et Londres. Quand les leaders de ce qu'on appelait alors le Tiers-Monde célébraient un sommet, dans l'île croate de Brioni, à New-Delhi ou à Jakarta, les déclarations des uns et des autres étaient examinées à la loupe. Nehru, Tito, Soekarno étaient alors de grandes vedettes de la scène mondiale, des acteurs vigilants dans les processus de décolonisation alors en cours en Afrique, des protagonistes importants à l'Assemblée Générale de l'ONU.

Le groupe formé par le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, communément appelé BRICS, par commodité, a une tout autre origine, et pourrait être tenté de se chercher une nouvelle ambition. Représentant 40% de la population de la planète, les gouvernements de ces cinq pays ont simplement décidé, il y a peu de temps, de se consulter régulièrement et, dans toute la mesure du possible, de coordonner leur action dans les domaines économique et financier.

A partir d'aujourd'hui ils tiennent conclave à New Delhi. Leur ordre du jour est déjà fixé et les experts économiques des Cinq ont produit et remis  les documents qui serviront de base aux discussions des illustres participants à ce sommet. Mais le centre principal d'intérêt doit être cherché dans les "questions diverses" du plan de travail. Au moment où les experts doivent laisser la place aux homme d'Etat. Le BRICS, groupe de consultation et, éventuellement, de pression, va-t-il se transformer, sous une forme ou une autre, en une instance permanente, sinon structurée, susceptible d'intervenir de tout son poids dans les domaines politique et diplomatique?

A mes yeux, une telle décision pourrait confirmer les nouveaux équilibres qui se sont déjà manifestés dans la communauté des nations.

Antoine Blanca 

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 09:33

La visite que vient d'effectuer le Pape au Mexique et à Cuba n'a pas bénéficié d'une grande couverture de la presse. Sans doute à l'image de notre opinion publique qui s'intéresse peu et mal aux Amériques latines, et dont l'attention est, en outre, actuellement retenue par des événements de caractère national. Essayons de remplir un peu ce vide informatif.

1-Les deux pays sont les héritiers d'une révolution. Dans l'un et l'autre, la séparation des églises et de l'Etat est l'objet d'articles clés de la Constitution.

2-Pays vaste et peuplé, frontalier sur 4000 kilomètres des Etats-Unis, le Mexique a été objet, depuis la proclamation de son indépendance de l'Espagne, d'une préoccupation permanente de la part de Rome. Benito Juàrez, héros national (vainqueur de Maximilien et de l'empire européen que Napoléon III ambitionnait d'imposer dans le pays aztèque), avait déjà fait prévaloir un Etat laïc, considéré avec raison comme anti-clérical par le Vatican. Mais ce sont les textes constitutionnels issus de la grande Révolution (1910-1917), celle dans laquelle s'illustrèrent Pancho Villa et Emiliano Zapata*, qui dressèrent une véritable barrière excluant le clergé de toute participation à la vie civile et civique. De 1926 à 1929, une véritable guerre civile opposa gouvernements révolutionnaires et Cristeros. Ces armées de Chouans, paysans métis à sombrero qui combattaient au nom du Cristo Rey et de la Vierge de Guadalupe**. La laïcité finit par s'imposer. En 1934 seuls 334 prêtres servaient l'Eglise, quand ils étaient 4500 avant la rébellion (17 Etats sur 38 n'avaient plus un seul prêtre). 5% de la population s'installa aux Etats-Unis. En Californie, par exemple, la communauté catholique prit de l'ampleur. La guerre avait fait 90000 morts.

3- Benoît XVI a concentré son voyage "pastoral" sur l'Etat de Guanajuato, qui fut un fief des Cristeros et où ces derniers remportèrent une victoire historique. Aujourd'hui c'est un bastion de la droite mexicaine, incarnée par le PAN, parti du président encore en fonctions, Felipe Calderòn. Ce choix géographique n'est pas le fait du hasard. Bien que les relations entre Mexico et le Vatican se soient normalisées et celles avec l'Eglise catholique se soient apaisées depuis 1940 (présidence d'Avila Camacho, révolutionnaire modéré et catholique pratiquant), la Constitution n'a pas changé d'un iota. Le Saint-Siège souhaite toujours obtenir des modifications, prudemment soutenu par les archvêchés locaux.

4-A Cuba les catholiques n'ont jamais eu qu'une influence très relative. Ils ont longtemps été tenus pour de nostalgiques du temps de la colonie espagnole. La totalité des combattants de l'indépendance étaient anti-cléricaux. Aussi la Révolution des barbudos ne s'attaqua à l'Eglise que quand ses représentants étaient des prêtres espagnols propagandistes du régime de Franco. Fidel Castro veilla même à préserver une bonne relation avec Rome, au début avec l'aide de ses anciens maîtres jésuites. Aujourd'hui on peut dire que la diplomatie du Saint-Siège joue un rôle positif face aux puissances qui veulent promouvoir l'isolement de la Grande Ile. Le Pape est bien placé pour savoir que l'embargo imposé par les Etats-Unis est le principal responsable des difficultés que connaît Cuba sur le plan économique et politique. Il n'y a pas à La Havane de prisonnier politique***, contrairement à ce que dit la majorité de la presse. En revanche des Cubains sont détenus aux Etats-Unis dans des conditions inadmissibles, traités comme s'ils avaient préparé un attentat contre les institutions de Washington. Le Pape aura pu constater aussi que Cuba donne la priorité des priorités à l'éducation, à la santé, à la recherche scientifique. Un pays exemplaire dans sa quête incessante de la Paix et du Développement. Des évidences qu'une propagande massive s'efforce, avec trop de succès, de masquer.

Antoine Blanca

* Villa et Zapata sont les deux personnages de la période révolutionnaire les plus connus dans le monde. Mais ceux qui souhaitent s'intéresser davantage à la construction politique et institutionnelle du Mexique moderne découvriront qu'il en est d'autres, pas toujours aussi pittoresques, mais qui ont permis au grand pays de préserver son indépendance, de créer les conditions de la stabilité d'un Etat fédéral et de jouer un rôle actif dans la vie internationale.

** C'est dans ce contexte historique que se situe la fiction de Graham Green: la puissance et la gloire.

*** les derniers "dissidents" (comme les appelle la presse) purent voyager en Espagne, avec leurs bagages et les membres de leur très proche famille qui souhaitèrent les accompagner. Pas beaucoup de monde au demeurant. Nombre d'entre ces exilés partagent aujourd'hui le sort des Espagnols en temps de crise.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 14:09

Les électeurs commencent à se ressaisir: en Sarre (Allemagne), comme en Andalousie et aux Asturies (Espagne) les socialistes du SPD et du PSOE ont marqué des points, dimanche dernier. Un signe fort pour tous ceux qui voyaient déjà un avenir européen marqué durablement à droite. Regardons les faits de plus près:

Dans le riche, industriel land de Sarre, les libéraux, alliés indispensables de la Chancellerie à Berlin, se sont vus littéralement rayés de la carte politique. Ils avaient réuni 9% des voix il y a 4 ans. Le 25 mars ils sont descendus aux enfers d'où on ne revient pas: 1,5%. Au contraire le SPD est passé, dans la même période, de 24,5 à 31%. La CDU de Mme Merkel est restée stable (34%), mais ne dispose plus de majorité pour gouverner à Sarrebrück. Peut-elle continuer à diriger la République fédérale alliée à un parti devenu fantomatique? (la grande surprise est venue d'ailleurs: les pirates, sorte de nébuleuse troublante, ayant confirmé leur surprenante  percée réalisée aux élections berlinoises...). 

En Espagne, après la lourde défaite de la gauche aux élections du 20 novembre dernier (nationales et partiellement régionales), il paraissait d'avance entendu que la messe était dite en Andalousie et aux Asturies où l'on votait dimanche dernier. Il n'en est pas allé ainsi. A Séville, le socialiste Griñan a toutes les cartes en main pour négocier avec IU (Izquierda Unida, gauche unie) la mise en place d'un gouvernement de coalition pour la vaste région autonome (47 PSOE, 12 IU face à 50 du parti de Rajoy, le PP). Aux Asturies la droite avait gagné en novembre 2011, mettant un terme à 30 ans de pouvoir socialiste. Mais les deux forces de droite ne s'étant pas mises d'accord pour gouverner et il a fallu retourner aux urnes. Et cette fois les conservateurs divisés en deux camps, n'ont plus de majorité. La gauche peut donc, en principe, retrouver ce bastion historique.

On est fondé à espérer que la saignée a pris fin pour les progressistes en Europe. Mais cela ne signifie pas le retour à la confiance. Dimanche la droite n'a pas gagné. Mais la gauche ne s'est pas clairement imposée pour autant. Un long chemin reste donc à parcourir, beaucoup de travail à accomplir pour vaincre les scepticismes fondés sur la capacité de la démocratie socialiste à vaincre la crise et à coordonner ses programmes. On aperçoit simplement, au loin, la première lueur de l'espoir retrouvé. 

Antoine Blanca

 

 

 

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 10:01

Tout dérange dans les images qui nous sont présentées du tueur d'enfants, d'un prof et de soldats désarmés. On y voit un jeune beur (un peu voyou) souriant, à la démarche souple, cherchant l'amicale complicité de ceux qui le filmaient avec un portable. Il jouait bien au foot et, qui sait, s'il avait été pris en main par un club, il aurait pu se faire une place dans ce sport. Visiblement il était aussi tenté par le métier des armes, mais la Légion ne pouvait accepter sa candidature: il avait un casier judiciaire. A-t-il postulé avant ou après être allé au Pakistan? Comment s'y est-il rendu, d'ailleurs? Rien de plus aisé: des centaines de nos compatriotes font le voyage. Nul besoin d'appartenir à un réseau. Il suffit de l'agence de tourisme du coin de la rue.

En tout cas il aura, hélas, bien tiré profit de son entraînement. Il a donné la preuve tragique de sa "compétence"comme s'il avait assassiné de sang-froid sa courte vie durant. Un jeu vidéo violent. Une séquence extrême de télé-réalité. J'ai l'intime conviction que c'était un loup solitaire. Il se procurait de l'argent par des moyens inavouables, savait où acheter armes et munitions. Et excellait à les utiliser.

Esprit fragile et désoeuvré, à la recherche d'une raison de vivre et de mourir, il a été sensible à son environnement. L'influence d'Abdelkader d'abord, le frère salafiste, presque caricatural par ses vêtements et son rigorisme religieux. Mohamed n'avait pourtant pas adopté ce mode de vie monacal: il faisait la fête avec les copains, allait en boîte et buvait de la bière à l'occasion. Mais il y avait d'autres idées en circulation parmi tous les jeunes musulmans: la haine d'Israël, la sympathie spontanée pour les "frères" moudjahiddine du Moyen Orient ou d'Afghanistan. Dans la quasi-totalité des cas, cela ne dépasse pas le stade verbal. Mohamed Merbah, lui, a dérapé au-delà de toute limite.

Beaucoup de commentateurs disent: ces événements, en plein campagne électorale, ne peuvent que profiter au président-candidat. Nous verrons. Mais ce qui est sûr, c'est que cette façon de voir les choses échappe à toute logique. Le pouvoir, en l'occurrence, ne nous a protégés de rien. Il a échoué en matière de prévention de manière pitoyable. Et il a raté tous ses objectifs quand il s'est agi de procéder à l'arrestation de l'assassin. Tout seul dans sa salle de bains misérable. Face à des dizaines de policiers d'élite cagoulés. Il les a obligés à le cribler de balles.

On voudrait à présent prolonger l'affaire au maximum à la recherche d'un très improbable réseau d'Al Qaïda. Tout cela pour servir la candidature du candidat Sarkozy. Et masquer son échec cuisant en matière de sécurité publique.

Antoine Blanca

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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