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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 13:19

Jean-Paul II avait décidé, en son temps, de tout faire pour remettre sa maison en ordre en Amérique latine. Oubliant les douleurs de son corps meurtri par l'attentat qui l'avait terrassé au début de son pontificat, il fit de longs, épuisants voyages dans tous les pays majoritairement catholiques de la région. En raison de son âge et de sa constitution fragile, son successeur n'a pas pu tenir la distance: un seul voyage, au Brésil, en 2007. Divers impératifs l'ont contraint à accepter une nouvelle épreuve: le vieil homme est arrivé hier 23 mars à Leòn (Etat de Guanjuato, Mexique), et sera reçu à La Havane au début de la semaine prochaine.

Raisons de ce marathon pastoral:

1- Mexique: visite politique par excellence. Il s'agit du pays de langue espagnole le plus peuplé d'Amérique latine et le premier à avoir vu triompher une grande révolution, laquelle a établi, depuis 1917, la laïcité comme principe absolu. La pratique religieuse relève de la vie privée de chacun. Pas de messes solemnelles dans les fêtes officielles. Pas d'enseignement du cathéchisme, ni de signes religieux dans les écoles. Or depuis l'élection du président Fox (juillet 2000), la droite est au pouvoir. L'actuel Chef de l'Etat, Felipe Calderon, n'aurait pas été insensible à un changement constitutionnel favorable aux catholiques. Le Vatican veut encourager cette possibilité d'ouverture(1).

Mais il y aussi, comme partout aux Amériques latines, la progression des églises évangélistes. De l'aéroport de Leòn jusqu'au centre ville, le Pape a pu voir les énormes affiches apposées par la secte La Luz del Mundo affirmant: "nous sommes chrétiens, mais pas catholiques romains". Une manifestation jugée particulièrement désagréable par le souverain pontife.

Du Mexique ravagé par les guerres de gangs de trafiquants de drogues (50000 victimes depuis 2006), il a pu prononcer une condamnation solemnelle, sans appel, du crime organisé. Enfin, on espère que le Saint-Siège se décidera à répondre aux demandes désespérées, des victimes et de leurs familles, du prêtre mexicain Marcial Maciel, chef-fondateur de la plus grande organisation pédophile ayant jamais existé, connue sous le nom de Légionnaires du Christ. Jusqu'à sa mort en 2008 ce grand criminel aura été protégé par Rome. Sans doute beaucoup de vilains secrets à préserver.

Cuba: sans doute le pays où la diplomatie vaticane est le plus opérationnelle. "Aujourd'hui, il est évident que l'idéologie marxiste, dans sa forme originelle, ne répond plus aux réalités du monde moderne...De nouveaux modèles doivent être recherchés, avec patience et dans un esprit constructif", a confié Benoît XVI aux journalistes qui l'accompagnaient dans l'avion. Et il a offert l'aide de l'Eglise dans un esprit de dialogue, afin d'éviter  les traumatismes...En réalité Cuba a été historiquement le pays "latino" le moins catholique. La pratique dominante y est la santeria, en tout cas parmi la population d'origine africaine. Après sa victoire du 1er janvier 1959, Fidel renvoya 300 prêtres espagnols dans leur pays d'origine. Les prêtres cubains sont très rares. Mais Fidel fut aussi un brillant élève des Jésuites qui le protégèrent après sa condamnation(2), obtenant même qu'il soit grâcié et élargi. Depuis, l'ancien chef des guérilleros barbudos a toujours gardé le contact avec les disciples d'Ignacio de Loyola.

Antoine Blanca

1--Le Pape arrive au Mexique alors que le 1er avril s'ouvre la campagne électorale (présidentielle et, en partie, législative). Le nouveau Chef de l'Etat (tout puissant constitutionnellement), sera élu le 1er juillet. Le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a toutes les chances de retrouver le pouvoir qu'il a exercé pendant 71 ans sans interruption.

2--Fidel et son Mouvement (devenu M26) entrèrent dans l'Histoire avec la tentative de prise de la caserne Moncada, à Santiago de Cuba (2e ville du pays, à l'est de l'île), la nuit du Carnaval, le 26 juillet 1953. Fait prisonnier, Fidel se défendit dans son procès avec son discours connu sous le titre de "la Historia me absolverà". Très influents les Jésuites intervinrent pour obtenir sa grâce et celle de ses co-inculpés, survivants de l'assaut, parmi lesquels son frère Raùl, actuel Chef de l'Etat.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 10:57

Entendu le 18 mars à la Bastille, parmi des sympathisants de partis de gauche: "ce que nous voulons c'est un vrai changement, pas un replâtrage!" Bien noté. Mais impossible d'amener ces citoyens à préciser leur pensée. C'est tout juste s'ils ne me disent pas:"la manière de procéder, c'est votre affaire, à vous les politiques!"Je suis certain que dans les années 1930, des travailleurs auraient été beaucoup plus loquaces. Ils connaissaient très précisément la nature de leurs revendications. Ils auraient parlé congés payés, semaine de 40h,  garanties salariales mensualisées, assurances sur l'apprentissage, sur le droit à la santé...De la même manière qu'au début du XXe siècle on se battait pour les 8 heures et le repos dominical indemnisé. Pour les plus engagés la conquête suprême était, comme disait alors l'article 1er de la Déclaration de principes du Parti socialiste SFIO, la construction de"la société socialiste, collectiviste ou communiste". Aujourd'hui, tout est devenu plus complexe.

Car depuis bien de choses ont changé. Avec leur lot d'expériences, souvent heureuses. En Europe occidentale, par exemple, le réformisme de gauche a transformé la société en profondeur, dans le sens de la justice. Le bolchevisme a, en revanche, partout échoué. Son modèle s'est effondré dans l'absolu. Il survit sous des formes abâtardies en Chine et au Viet-Nam par exemple, avec des doses massives de libéralisme sauvage; et cohabite avec ses milliardaires corrompus. Le prolétariat y est exploité de manière cynique et primaire. La Corée du Nord est une caricature repoussante de société socialiste. Je laisse de côté Cuba, qui lutte avec dignité pour sauvegarder son identité, son indépendance et son droit au progrès et à la culture.

Dans le monde qui est le nôtre la démocratie socialiste constitue l'unique voie vers l'émancipation. Il y a eu des pas en avant, grands ou petits. On est parfois contraint à faire du sur-place. C'est le cas actuellement. La "présidentielle" française a permis à François Hollande, au nom du PS, de présenter un projet. Il s'appuie sur les réalités et pourrait être, dans sa totalité ou en partie, mis en application à partir du mois de mai, en l'améliorant encore en accord avec les autres forces de gauche. Est-ce là le "replâtrage" dont on parlait au début de l'article? Je doute que quiconque puisse sincèrement offrir mieux à nos concitoyens et aux Européens. La question est posée aux désabusés: qu'ils réfléchissent bien avant d'aller voter. Car ce sera Hollande ou Sarkozy. Une forme de progressisme qui nous a déjà tant apporté de bienfaits dans le passé. Ou la droite agitée et grimaçante. Celle que nous subissons depuis cinq ans. Dans sa version aggravée, sans aucun doute.

Antoine Blanca

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:23

Mohamed Merbah était sans doute un cas méritant une particulière attention. Echec scolaire, recalé par notre armée, petite délinquance, découverte et utilisation d'une filière vers la formation djihadiste au Pakistan ou en Afghanistan (en "zonz tribale"la frontière est bien fragile). Le voilà soudain transformé en tueur froid, déterminé, mégalomaniaque au point de prétendre mettre "la République à genoux". Terroriste sans doute isolé mais dévastateur. Un frère salafiste paraît l'avoir initié à sa propre interprétation criminelle de l'Islam. On ne sait pas encore comment il s'est procuré armes et explosifs (ils n'ont jamais été, il est vrai, aussi accessibles que depuis la chute de Kadhafi...).

Ce qui importe c'est de tirer toutes les leçons de ces douloureux épisodes. Les musulmans de France sont inquiets. Et ils ont des raisons de l'être. Déjà visés quotidiennement par les diatribes électoralistes xénophobes de Guéant et de la Le Pen, voilà qu'ils se voient exposés à de nouvelles agressions, au moins verbales, du fait des récents événements. Compatriotes ou résidents dans notre pays, ils devraient pourtant être en droit de se sentir à l'aise dans notre république laïque. D'une cohabitation tranquille, dans une France apaisée, dépend en grande partie que notre société ne fabrique pas d'autres Mohamed Merbah. Des manipulateurs fous, venus du salafisme philo-terroriste, sont sans doute déjà à l'oeuvre pour transformer le jeune toulousain de 23 ans en "martyr de la foi", en "chahid". Il ne faut pas faciliter leurs manoeuvres fanatiques par la pratique de l'invective tous azimuts.

C'est pourtant ce que commence déjà à faire le candidat Sarkozy. Avec des propositions abracadabrantesques du style: "il faut interdire l'endoctrinement en prison comme en milieu ouvert". Comment mettre un tel projet en pratique? Cela n'intéresse pas le sortant. Son unique préoccupation est électorale: siphonner au maximum le potentiel de voix du FN. Quitte à hypothéquer l'avenir de la démocratie française.

Heureusement c'est surtout SON avenir qu'il remet en cause. C'est plus fort que lui: plus il joue à revêtir les habits de la haute fonction qu'il occupe encore, plus il s'embourbe dans sa propre caricature. Et elle est de plus en plus grotesque.

Antoine Blanca

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 14:30

Le terrorisme a été le lot quotidien de ceux et de celles qui vivaient en Algérie dans les années 50 et au début des 60. Bien à l'abri des banquettes du Café de Flore, Simone de Beauvoir pouvait alors disserter à son aise sur la culpabilité ou non d'une jeune algéroise, accusée d'avoir déposée une bombe à la terrasse d'une brasserie proche de l'Université. Et surtout sur les horribles tortures auxquelles fut soumise Djamila Boupacha pour la contraindre à avouer. Un médiocre téléfilm est diffusé ce soir pour illustrer ces tragiques événements. On disait alors, c'est un grand classique:"que voulez-vous, c'est la guerre, une guerre d'indépendance, il y a toujours des victimes innocentes! Notre Résistance agissait de la même manière et pourtant sa légitimité ne pouvait  être contestée..."

A la fin de cette guerre sans nom, des militaires français félons alliés à des fascistes notoires utilisèrent le désespoir de milliers de leurs compatriotes, qu'on appelera bientôt Pieds-Noirs, pour faire exploser des bâtiments publics et tuer tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Des Algériens, des Français "libéraux", des centaines de femmes en haïk blanc, des préparateurs en pharmacie  portant leur fez sur la tête. Que voulez-vous, disait l'OAS, c'est la loi du talion. Les Européens d'Algérie ne veulent pas se résigner à tout perdre sans combattre. Avant de s'embarquer pour une patrie parfois inconnue, ils font le ménage, à leur manière.

Les attentats, de toute manière ce n'est pas de la littérature. Ce sont des morts et beaucoup de sang, bien sûr. Mais ce sont aussi des bras et des jambes  arrachés et les hurlements inhumains des blessés. J'ai personnellement vécu toute cette période de près. Et j'ai même été un gibier chassé par les tueurs de l'OAS.

Dans toutes ces affaires, une organisation guidait la main du terrorisme. Pour se débarrasser du joug colonial dans un cas, pour servir une cause désespérée dans l'autre.

Mais dans ce qui se passe aujourd'hui à Montauban ou à Toulouse, il n'y a apparemment pas de cause à servir, pas d'organisation à laquelle obéir, pas de compagnons d'armes. Quel fil conducteur relie des élèves d'une école israêlite à des paras en uniforme? Le tireur solitaire, imperturbable, froid, déterminé, assoiffé de mort et de sang, serait raciste (origine ethnique des soldats) et anti-sémite. Mais on n'est vraiment sûr de rien. Et cette absence de réponse à notre interrogation est particulièrement insupportable, comme la lecture d'un terrible roman noir encore en quête d'auteur.

Antoine Blanca

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 09:40

Ce qu'il reste d'activistes au PCF, à commencer par les dirigeants, hier encore dubitatifs sur le sujet, n'ont pas à regretter d'avoir confié à Jean-Luc Mélenchon les clés de leur imposante maison vide ou à en location. Le "grand parti des travailleurs" luttant pour sa survie, a fait un bon placement: Jean-Luc Mélenchon est parvenu, à lui tout seul, à redonner du souffle au moribond. C'est que l'ancien sénateur PS a du talent et de l'énergie à revendre. Il peut bien se permettre de donner un peu de son hémoglobine"rouge du sang de l'ouvrier"(1), au vieux parti frère.

C'est la leçon que l'on peut tirer du succès de la "manif-meeting en plein air" qui a réuni hier 18 mars environ 35000 personnes. Parole de vieux connaisseur (ni la police, ni les journalistes n'ont osé donner un chiffre, mais ils me l'ont soufflé à l'oreile, l'une et les autres).

Oui, c'est un exploit personnel du candidat du Front de Gauche. Mais c'est aussi la confirmation de l'expertise que possèdent encore communistes et cégétistes en matière d'organisation de défilés et de manifs. Pour les cadres concernés, il faut simplement que se présente une occasion opportune; et les voilà qui reprennent du service. Pour le reste ils connaissaient par coeur le parcours, le traditionnel Nation-Bastille, les automatismes de mise en place du service d'ordre et du rythme à imprimer au défilé pour le faire durer, l'organisation optimale du point de rassemblement.

Sans Mélenchon le PCF aurait une fois de plus raté piteusement  le rendez-vous de la présidentielle. Mais sans le PCF le candidat n'aurait réussi ni ses meetings ni ses rassemblements. Quelles leçons vont tirer, les uns et les autres, l'élection passée, de cette complémentarité de terrain? L'avenir le dira.

L'alliance Mélenchon/communistes a réussi un bon coup de "com". On nous dit que cela n'a pas été pour déplaire à l'Elysée (2) où l'on sait bien que le danger, pour le sortant, ne vient pas de ce côté-là. Mais les électeurs de gauche, s'ils ont pu se réjouir de voir la place de la Bastille couverte de drapeaux rouges et de romantisme révolutionnaire  (moi j'ai toujours adoré ça), doivent réfléchir à la vraie finalité d'un processus électoral essentiel pour notre avenir. Seule la candidature de François Hollande peut changer le cours des choses. Seul le candidat d'un grand Parti, contrôlant le Sénat, 22 régions en Métropole et dans l'Outre-Mer, 62 départements, en capacité de conquérir la majorité à l'Assemblée, peut assurer une relève ordonnée à gauche.

Tout le reste est pure rhétorique.

Antoine Blanca

1-- Extrait de la chanson "le drapeau rouge": ...osez, osez le défier/notre superbe drapeau rouge/rouge du sang de l'ouvrier (bis)...

2--L'équipe de campagne sarkozienne ne dissimule nullement son désir de voir monter la cote de Mélenchon aux dépens de celle de Hollande. Hier encore, au 20h de la 2, l'inénarrable Tapie avait été invité dans le seul but de dire sa reconnaissance à Sarkozy et son mépris pour Hollande. Tapie va se produire comme acteur sur un scène parisienne (prétexte à une curieuse invitation sur une chaîne publique prouvant que les ordres du pouvoir continuent d'être obéis).

NB: la "grande maison vide ou en location" est le prestigieux, futuriste siège du feu Comité central du PC, place du Colonel Fabien. Il nous rappelle ce que signifie "être et avoir été". Comme le parti n'a plus les moyens de l'entretenir, il est partiellement loué à des entreprises. Précisions que les clés de "la maison" n'ont nullement été remises à Mélenchon. Il s'agit d'une frivolité de l'auteur du papier qui me sera, j'espère, pardonnée comme bien d'autres péchés véniels.

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:02

Ce 50e anniversaire des accords d'Evian (19 mars 62), qui ouvraient au peuple algérien les portes de l'indépendance, est l'occasion pour historiens, cinéastes, journalistes, témoins de l'événement, de l'évoquer, chacun selon sa sensibilité ou son engagement. La campagne électorale n'a pas, chez nous, favorisé la sérénité requise pour l'étude historique: droite et extrême droite, par exemple, se sont lancées dans un pitoyable concours d'arabophobe et d'islamophobe. Soucieuse de ne pas se laisser déborder, sur ce régistre, par Sarkozy, la Le Pen a même laissé planer la menace d'une "dictature minoritaire" musulmane sur la France! Guéant, cette fois, pourra difficilement faire mieux. Les Algériens se sont sentis concernés par ce déferlement de mépris.

Le modeste chroniqueur que je suis aurait beaucoup à écrire sur cette partie d'une histoire commune, l'ayant intensément vécue. Mais aujourd'hui je me limiterai à l'évocation des occasions manquées, celles qui, abordées autrement, auraient pu changer le cours des choses. Car l'Algérie n'était pas une "colonie" comme les autres. Un étranger qui aurait visité Alger, Oran ou Annaba (Bône), par exemple, n'aurait pas fait la différence avec des villes de l'Hexagone. Un regard plus attentif, bien entendu, leur aurait fait découvrir, à la périphérie de ces cités, des quartiers populeux, plus pauvres, voire souvent misérables. Mais la population "européenne" représentait tout de même entre 30 et 50% de l'habitat urbain, avec ses riches et ses prolétaires, ses Mairies, ses églises et ses  synagogues. On vivait sa vie, comme dans une petite France. On votait pour la droite ou pour la gauche. Ignorant la majorité arabo-berbère qui peuplait le reste de l'immense pays occupé.

Comment a-t-on pu imaginer en haut lieu, à Paris ou au GG à Alger(1), qu'un tel asservissement pouvait être pérennisé? Les alertes n'avaient pourtant pas manqué, de la guerre de résistance à l'invasion (18 ans), conduite par l'émir Abdelkader, aux révoltes berbères de Mokrani, en 1870, sans oublier les insurrections recurrentes de 1890 à 1924. La IIIe République accentua encore la politique de colonisation des villes et des sols, et même de départementalisation du territoire. Mais surtout on manqua totalement le coche à la fin de la guerre mondiale. Le jour même où la Métropole fêtait la Libération, notre armée et des milices improvisées de colons massacraient à Sétif, Guelma, Kérétra, entre 25 et 40000  Algériens. Le 8 mai 45 marque le vrai commencement de la fin de la présence française en Algérie. Le soulèvement de la Toussaint 54 n'était que le prolongement des événements du Constantinois, neuf ans plus tôt.

L'Etat français ne cessa d'être manipulé par une poignée de Pieds-Noirs puissants (Borgeaud, Blachette, Faure...) qui contrôlaient la terre, la presse, la production céréalière, vinicole et alfatière, le commerce, l'industrie. Et surtout la politique. Toutes les réformes furent détournées ou travesties: les lois Blum-Violette du Front populaire, la création d'une Assemblée algérienne (consultative), l'adoption pour les Algériens d'origine d'une nationalité au rabais (Français-Musulmans, ce qui, dans une République laïque, est tout de même paradoxal). L'école ne devint jamais accessible à tous (2).

Le Algériens qui avaient tant donné à la France Libre, se virent fermer toutes les portes quand ils revinrent au pays. Il est symptomatique que, sur les neuf chefs historiques du FLN, cinq avaient été sous-officiers dans nos armées...Ils avaient contribué à libérer la France, ils décidèrent de libérer leur peuple.

Depuis l'indépendance la France et l'Algérie jouent à "je t'aime, moi non plus". Au lieu de se rapprocher, on s'éloigne. Et la question de nos relations politiques, culturelles, économiques, énergétiques, commerciales et, pourquoi pas, touristiques, ne figure au programme d'aucun candidat à la Présidence ou aux législatives du 10 mai sur l'autre rive de la Méditerranée.

Antoine Blanca

1- Gouvernement général de l'Algérie.

2- Les premières élections pour élire les délégués à l'Assemblée algérienne eurent lieu en 1948. Deux collèges séparés: le premier, réservé aux Européens et aux "naturalisés". Le deuxième pour les Français-Musulmans où les femmes n'avaient pas le droit de vote. Chaque collège élisait un nombre égal de délégués. La fraude, organisée par l'Administration française, fut massive dans le 2e collège.

 

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 15:36

La réunion organisée aujourd'hui à Paris, au Cirque d'Hiver, par la Fondation Jean Jaurès et d'autres soeurs européennes, pourrait avoir marqué le début de quelque chose d'important pour la gauche. La veille, dans une salle de l'Assemblée Nationale, 150 experts de haut niveau avaient travaillé à la définition des moyens que l'Union et la Commission devraient se donner pour sortir de l'impasse dans laquelle la majorité de droite nous a enfermés: l'austérité, toute l'austérité, rien que l'austérité. Porte fermée au nez de la majorité des Etats membres et, surtout, naturellement, de leurs peuples. Ajoutons leur coupable asservissement vis-à-vis de la Finance, celle qui ne connaît ni patries, ni frontières.

Les partis progressistes disposent des moyens de renverser ce cours misérable des choses. Ils ont donc le devoir d'y parvenir. L'élection de François Hollande, en obligeant à reviser un traité injuste, parce qu'étouffant par avance l'impérieuse nécessité de reprise, marquerait le point de départ du changement. Des victoires de la Démocratie socialiste dans d'autres pays, à commencer par l'Allemagne, devraient alors renforcer la cohérence et garantir la durée de la nouvelle politique économique et sociale. Celle qui secouerait une opinion européenne majoritairement sceptique vis à vis de nos institutions communes.

Nous avons touché le fond. La gauche européenne, bien entendu, qui vient de perdre coup sur coup les trois gouvernements qu'elle dirigeait en Europe du sud. Mais aussi l'Union elle-même qui s'enferme, chaque jour davantage, dans ses certitudes conservatrices. Les premières responsables de l'échec actuel.

Ceux qui avons eu la chance de participer à la réunion d'aujourd'hui à Paris ont senti passer un vent nouveau. Il existe une nouvelle volonté de réussir et il y a les hommes qui peuvent mener à bien cette entreprise. Une sorte d'appel à la renaissance de l'idéal de nos pères fondateurs. Le Président (SPD) du Parlement européen, en particulier, m'a beaucoup impressionné par sa claivoyance enthousiaste, sa détermination, sa volonté unitaire et, pourquoi ne pas le dire, par son sens de l'humour qui peut être une arme de destruction massive contre nos adversaires.

Antoine Blanca

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 17:03

Hier 15 mars les Parisiens avaient été invités à venir, sur le parvis de l'Hôtel de Ville, manifester leur solidarité avec le peuple syrien. L'appel s'est soldé par un échec. Certes les personnalités, à commencer par le Maire de Paris, Bertrand Delanoê, étaient là. Une tribune avait été dressée, la façade du prestigieux édifice avait été décorée de bannières évocatrices de la répression, des documentaires émouvants furent projetés sur un écran géant, de même que des photographies exceptionnelles produites par "reporters sans frontières", une grande chanteuse interpréta une douloureuse mélopée dans le plus bel arabe, comme une plainte jaillissant des profondeurs de son âme. Le Maire fit un discours plein d'émotion et débordant de solidarité avec ceux qui continuaient le combat sous les obus et la mitraille. Le Ministre des Affaires étrangères, fit lire un message par le porte-parole du Quai d'Orsay, un message qui ne laissait aucune place à l'ambigüité diplomatique. Le Président d'un Conseil national syrien prit enfin la parole, suscitant des réactions mitigées de la part de la maigre assistance (3 ou 400 personnes)...Mais le peuple de Paris n'était pas là.

Et les Arabes de Paris, à l'exception de petits groupes d'intellectuels et de militants arborant le drapeau de leur pays, avaient aussi massivement, si l'on peut dire, manqué le rendez-vous.

On peut invoquer nombre de circonstances atténuantes, pour expliquer cette désaffection, en cette période de campagne électorale. Aucune n'est vraiment convaincante. Sauf à voir dans cet échec la confirmation du désintérêt de nos compatriotes, à de rares exceptions près, pour tout ce qui relève de la politique internationale. Globalement elle leur est étrangère. Pourtant, depuis des semaines, des mois même, toutes les chaînes de télé assurent un service sérieux d'information, journalistes et reporters font leur travail au péril de leur vie. Mais tout cela n'a pas suffi, semble-t-il, à faire passer un véritable courant émotionnel... Et nous pouvons craindre que, sur le terrain, le régime des Assad fasse prévaloir, dans le court terme,  la force impitoyable qu'il a déployée.

Antoine Blanca

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 09:55

Le 19 mars 1962 furent signés les accords d'Evian entre Français et Algériens du GPRA. Un environnement tragique: le maire socialiste de la grande ville d'eau est assassiné par l'OAS, laquelle continue ses massacres et ses destructions à Alger et dans les grandes villes. Majoritairement les Pieds-Noirs, par conviction ou  désespoir, appuient l'organisation terroriste. "On abandonnera un pays en ruines", disent leurs chefs.

Mais rien ne va arrêter la marche vers l'indépendance (5 juillet 62), ni la détermination de De Gaulle de tourner la page. Il préparait déjà sa tournée triomphale en Amérique latine et en Asie. L'Algérie était un boulet dont il fallait se libérer. Il savait son temps compté. Pour triompher dans le Tiers-Monde, il lui fallait se présenter en grand décolonisateur.

Les mois qui devaient précéder et suivre les accords du 19 mars  allaient être chaotiques à l'extrême. Rien ne se passa selon les plans établis. Sur le terrain militaire, alors que les soldats français pliaient progressivement bagages, et que l'OAS lançait ses derniers feux meurtriers, les willayas (régions militaires de l'ALN), très affaiblies sur le terrain, recrutaient à tour de bras des résistants de la dernière heure. Malicieux, les Algériens les surnommaient "marsiens"(par allusion au mois de la signature des accords). Un bras de fer se dessinait qui pouvait déboucher sur la guerre civile. Si le président Youssef Ben Khedda, du GPRA, put faire symboliquement son entrée triomphale dans la capitale, lui et ses ministres disparurent vite dans l'anonymat. L'Algérie n'était pas gouvernée. Partout c'était l'épreuve de force entre régions militaires, l'improvisation, un début d'anarchie.

Un des chefs historiques, Ahmed Ben Bella, décida de remplir le vide qui s'était installé. Mais il lui fallait un bras armé. Tranquillement Boumédiène arriva. Comme Zorro. Un "Zorro"taiseux et taciturne, vierge de toute querelle politique, mais chef d'une véritable armée moderne, celle qu'il avait discrétement formée et équipée aux deux frontières (Tunisie, Maroc). Au début on l'appela Willaya VI. Militaires disciplinés, entraînés, avec leurs casques rutilants, leurs rangers bien cirés, leurs blindés légers, leurs jeeps, leurs camions et leurs talkies-walkies. A la fin du mois d'août 62, Boumédienne, sans dire un mot, avait mis tout le monde au pas.

Quand on regarde le chemin parcouru, depuis son adolescence, par ce fils de paysan pauvre de petite Kabylie, sa volonté d'étudier (en langue arabe) et de se former militairement, son habileté à faire valoir ses compétences et celle à transformer en une véritable armée classique ce qui ne devait être qu'une force supplétive, basée à l'étranger, destinée à ravitailler les maquis, on comprend ce que fut, depuis 1959, sa stratégie en vue de la prise totale du pouvoir. Sans le vouloir, les Français aidèrent ses desseins avec leur barrage électrifié aux frontières.

Il parvint à ses fins en juin 1965. Auparavant il avait agi dans l'ombre, laissant pendant près de trois ans le Présient Ahmed Ben Bella, hâbleur et pagailleux, épuiser le peuple de discours pompeux et de projets sans lendemain. Pendant plus de 13 ans, jusqu'à sa mort prématurée le 27 décembre 1978, Boumédiène gouverna en maître absolu de l'ANP, du FLN (parti unique), du gouvernement. Il choisit la voie socialiste en économie, nationalisa les hydro-carbures, devint l'un des 2 ou 3 grands leaders des non alignés. Il mourut officiellement à l'âge de 46 ans (mais sa date véritable de naissance oscille entre 1927 et 1932). Finalement il n'aura pas eu de successeur ayant sa dimension nationale et internationale.

Antoine Blanca

NB: l'insurrection commencée le 1er novembre 1954 fut lancée par le neuf membres du CRUA, Comité révolutionnaire d'unité et d'action (Aït Ahmed, Ben Bella, Krim Belkacem; Ben Boulaïd, Ben M'hidi, Rabah Bitat, Boudiaf, Didouche Mourad et Mohamed Khider). Seuls Aït Ahmed et Ben Bella sont en vie. Rabah Bitat, le discret, est mort dans son lit. Ben Boulaïd, Ben M'hidi (le général Aussaresse l'a fait pendre après l'avoir fait torturer), Didouche Mourad sont morts dans la lutte. Boudiaf fut assassiné alors qu'il venait d'assumer la Présidence après 30 ans d'exil. Khider (revolvérisé à Madrid) et Krim Belkacem (étranglé avec sa cravate dans un petit hôtel de Francfort) ont été liquidés par "les services".

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:06

A propos du Salvador, j'évoquais dans mon article d'hier l'assassinat de l'Archevêque Oscar Romero(mars 80) après celui de trois prêtres jésuites (mars 77), dans ce même petit pays. Dans cette tragédie les tueurs s'étaient identifiés eux-mêmes: les "escadrons de la mort" financés par l'extrême droite. Et même par la droite tout court. Ce prélats et ces prêtres martyrs s'étaient finalement reconnus(1) dans "la théologie de la libération", le remarquable courant catholique qui avait été prêché pour la première fois par le Dominicain Gustavo Gutiérrez (au congrès de la CELAM à Medellin, Colombie, en 1968), un péruvien qui voulait que l'Eglise lutte aux côtés des pauvres et des déshérités, des persécutés par les puissants de la terre et de l'argent. Un autre prélat célèbre, Dom Helder Camara, défendait la même thèse sur le terrain dans le Nord-Est brésilien, région potentiellement riche, mais où le désespoir de la misère, l'exploitation la plus primitive, avaient conduit une bonne partie de la population à l'exil intérieur. Les parents du futur Président Luiz Inàcio Lula da Silva, avaient ainsi quitté leur terre natale pour le prospère Etat de Saõ Paulo. Lula entra dans la vie active à l'âge de 11ans, exerçant divers petits boulots (cireur de chaussures par exemple), avant de devenir métallurgiste et leader syndicaliste. Son militantisme fut d'abord chrétien, très marqué par la prédication de la théologie de la libération.

Cette démarche à la fois spirituelle et temporelle a été, depuis, condamnée de facto par le Saint-Siège. Si le procès en vue de la béatification de Mgr Romero suit son cours, Benoît XVI a pris soin de conditionner son aboutissement à l'exclusion de toute référence à l'engagement social du potentiel béatifié. Bref, le théologie de la libération n'est pas en odeur de sainteté. J'étais ambassadeur de France au Pérou quand le Père Gustavo Gutierrez, mon ami, fondateur de la théologie libérationniste, fut définitivement écarté de toute participation à la vie pastorale. On lui intima l'ordre de prendre une retraite méritée cloîtré dans un monastère près de Lyon(2). De fait l'Eglise catholique péruvienne était largement passée sous la coupe de l'Opus Dei, malgré la résistance des Jésuites (l'Oeuvre a même une opulente université à Piura, dans le nord du pays, et l'Archevêque de Lima est un disciple enthousiaste de Escrivà de Balaguer, fondateur de l'Opus).

Bref l'Eglise catholique est retournée à ses origines coloniales espagnoles, dans sa démarche comme dans sa doctrine. Les séminaires sont vides et les évangélistes, financés par leurs frères du Nord, ne cessent d'occuper le terrain abandonné.

Antoine Blanca

1-- Oscar Romero, issu d'une famille modeste (père postier, 7 enfants) fit une carrière ecclésiastiques brillante, pour devenir archevêque de San Salvador le 3 février 1977. Il se rangeait alors dans les rangs conservateurs, proches de l'Opus Dei. Mais l'assassinat par les escadrons de la mort de son ami Rutilio Grande et de deux autres prêtres jésuites le conduira à changer radicalement. Faute d'obtenir l'ouverture d'une véritable enquête sur ces meurtres, il refusera de participer à toute manifestation officielle. Son sort sera scellé quand, face aux incessantes exactions de l'armée il lance dans un sermon dans la Basilique du Sacré Coeur de San Salvador:"un soldat n'est pas obligé d'obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter...Au nom de Dieu, je vous prie, je vous supplie, je vous l'ordonne, au nom de Dieu, arrêtez la répression!". C'était le 23 mars 1980. Le lendemain il était tué d'une balle dans la poitrine et mourait au pied de l'autel d'une chapelle d'hôpital, à la fin d'une homélie.

2--Avant d'être définitivement banni par Rome, Gustavo Gutierrez avait été relégué dans une petite paroisse de la banlieue de Lima.

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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