Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 10:18

En avril 2009 la gauche salvadorienne avait, pour la première fois de son histoire, fêté une grande victoire par la voie des urnes. Le candidat soutenu par le FMLN (Farabundo Marti de libération nationale), Mauricio Funés, était devenu Président. Son mandat n'expire d'ailleurs qu'en 2014. En revanche il a perdu dimanche la majorité relative dont il disposait à l'Assemblée législative (31 députés au lieu de 35). Il continuera de diriger le pouvoir exécutif (la Constitution est inspirée de celle qui prévaut à Washington), mais devra désormais négocier pied à pied avec le parlement  le texte de toute nouvelle loi.

Ce dernier compte 84 membres. La force dominante redevient ARENA (1), le parti de droite présidé par Alfredo Cristiani (34 députés sur 84). ARENA a gardé la main, hier dimanche, sur la principale mairie du pays, celle de la capitale San Salvador, 2 millions d'habitants (262 conseils municipaux ont été aussi renouvelés). Tout ce processus s'est déroulé dans un calme absolu. L'ancien pays de la barbarie militaire et policière, des commandos de la mort de la droite extrême, des guérilléros guévaristes, a voté dans une ambiance presque helvétique.

Alors, me direz-vous, pourquoi donner une telle visibilité à une consultation ordinaire, dans un petit pays volcanique d'Amérique centrale (21000 Km2 en superficie, mais très densement peuplé), marginal en politique internationale? C'est que son histoire a beaucoup compté dans la dernière partie du XXe siècle. Le monde entier avait, par exemple, frémi lors de massacres de journaliers, de l'assassinat de trois prêtres  jésuites (12 mars 1977), et de celui de l'Archevêque de la capitale, Mgr. Oscar Romero (24 mars 1980), pendant qu'il disait la messe dans la chapelle d'un hôpital (2). Assassinat commis, comme pour les jésuites, par un "escadron de la mort" agissant sous les ordres du major d'Aubuisson, l'un des fondateurs, précisément, du parti ARENA... lequel parti a, depuis vingt ans, choisi la lutte électorale.

Aussi la tenue démocratique d'un scrutin au Salvador, n'a-t-elle pas la même signification que celles dans d'autres parties du monde. Il fallut l'intervention de l'ONU et l'implication personnelle de son Secrétaire Général d'alors, Pérez de Cuéllar, pour que fut signé un accord de paix entre le FMLN et le Président Cristiani, à minuit pile le 31 décembre 1992. La droite allait remporter à trois reprises les élections qui suivirent, sans provoquer de soubresaut armé. La guerre civile avait pourtant duré plus de 10 ans et fait 100000 victimes (1981-1992).

Aucun soubresaut non plus après le triomphe du candidat du FMLN il y a trois ans. Le Président Funés vient de perdre une bataille électorale, victime de la montée de la nouvelle violence et de la misère qu'elle entraîne pour les petites gens. Mais il ne s'agit plus de guerre civile politique et sociale, mais de la guerre des gangs du trafic de drogues qui empoisonne toute la région, de Panama jusqu'au Rio Grande (frontière américano-mexicaine). Et, cette fois, la diplomatie ne réglera pas le problème...

Antoine Blanca

1--ARENA, Alliance républicaine nationale, parti de droite venant de l'extrême droite. Fondé et financé par les gros propriétaires terriens et les industriels, ce parti était le commanditaire des "escadrons de la mort" chargés de terroriser les petits paysans et de liquider physiquement les militants de gauche. Cette dernière s'unifia en un front armé, le FMLN.

2--Dans le prochain article, à l'occasion de l'anniversaire de l'assassinat de Mgr. Romero, nous traiterons de la disparition de la "théologie de libération", qui avait joué un rôle si important aux Amériques latines dans les années 60,70 et au début de celles de 80, et du notable affaiblissement de l'Eglise catholique romaine dans cette partie du monde.

Repost 0
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 10:53

Le drôle de "congrès" radical qui s'est tenu hier samedi a été une confirmation de la nature morbide de l'engagement politique de deux personnalités: Jean-Louis Borloo et Rama Yade. Le premier aurait pu être l'homme de la résurrection d'un certain centre républicain; il lui suffisait de s'engager, c'est à dire de prendre le risque de perdre un peu dans l'immédiat, pour gagner peut-être beaucoup dans l'avenir. Voilà qu'hier il a pleinement dévoilé sa pusillanimité, son absence de caractère. Il s'est aligné sur le sarkozysme au moment même où ce courant de droite à géométrie variable lui ouvrait toutes les possibilités de prendre ses distances. Le discours officiel n'est-il pas devenu une sorte de pamphlet xénophobe, socialement ringard, internationalement aligné sur le plus englué des conservatismes. Le sursaut républicain était à la portée de l'ancien maire de Valenciennes. Il lui a préféré la négociation honteuse de circonscriptions pour ses alliés, et de contributions provenant de la volumineuse cassette UMP.

Borloo s'est couché. Mais, attention: pas tout-à-fait. Il se réseve le droit de pouvoir se relever un peu sur son coude gauche pour miieux observer ce qui se passe dans l'arrière cuisine...

C'est confirmé: le seul héritier du radicalisme bâtisseur de la République, est bel et bien le MRG de Baylet, fidèle à un passé qui fut l'honneur de la gauche, lié à la fondation de l'école publique, laïque et obligatoire, à la séparation des églises et de l'Etat, à la défense du capitaine Dreyfus. Borloo, lui, a abandonné le centre à Bayrou, fidèle à ses chevaux, à son tracteur, et à la communauté, très vaticane, des Béatitudes, son refuge "spirituel"...

Quant à Rama Yade, que la presse ne cesse de présenter comme la "personnalité préférée des Français", et qui est en réalité un vrai condensé de l'ambition primitive sur pattes, elle a eu cette phrase extraordinaire hier:"Je  n'irai pas au meeting de Villepinte. Quant à Sarkozy, je me prononcerai à son sujet...dans quelques semaines. Il me faut encore y réfléchir". Tout le monde l'a compris: le temps de négocier un siège.

Une grande dame, assurément.

Antoine Blanca

Repost 0
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 14:14

Des amis me disent: tu as des réflexes de diplomate. Ils ont raison. J'ai vu pendant trois semaines la presse internationale dénoncer les manipulations, avérées ou supposées, de Vladimir Poutine, la télé montrer des images de manifestants moscovites en colère, diffuser des interventions de contestataires parfois talentueux...Mais, comme tous les autres observateurs, je n'ai jamais vu quelqu'un nous proposer une solution alternative, crédible au pouvoir concerté du duo Medvedev/Poutine...Ou vice-versa!

Autrement dit, le choix de l'élection présidentielle russe était entre l'équipe sortante et le néant. Or le monde civilisé ne peut pas s'offrir le luxe de parier sur l'inconnu. L'opposition ne signifie rien, en tout cas rien de bon, si elle ne propose ni équipe nouvelle, ni politique.

Même très affaiblie depuis la disparition de l'URSS, la Russie demeure une puissance politique, économique et militaire colossale, donc redoutable. Les dirigeants occidentaux ne se sont pas trompés en félicitant rapidement le Premier ministre candidat pour sa victoire. La stabilité mondiale ne peut pas être l'otage de la presse sensationnaliste. Manipulations, autoritarisme avéré, tsarisme républicain? Tout cela est part de la vérité de la récente consultation populaire. Mais tous les spécialistes coïncident: la majorité du peuple russe a choisi le confort raisonnable de la certitude. 51% ou 63%, le chiffre est anecdotique.

Il nous reste à demeurer attentifs à la revendication d'une minorité éclairée qui exige avec raison davantage de transparence, moins de corruption, plus de participation citoyenne, une liberté d'expression garantie. Demandons à cette minorité de s'organiser et de proposer. Protester ne suffit pas. Le monde, qui vit au milieu de tant d'incertitudes, de périls, n'a pas les moyens de voir le vide s'installer au Kremlin.

Antoine Blanca

 

Repost 0
9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 17:15

Après les événements qui ont secoué ses pays frères, l'Algérie va tenter d'apporter une réponse démocratique par la voie des urnes. Le 10 mai les électeurs vont renouveler l'Assemblée Populaire Nationale avec la participation de plusieurs forces politiques, sous le regard attentif de plusieurs ONG internationales et la surveillance d'une commission de contrôle mise en place par le gouvernement (des sous-commissions quadrillent tout le pays, l'un des plus vastes du monde avec ses presque 2,4 millions de Km2). Un pays riche aussi en gaz et en pétrole où l'analphabétisme a pratiquement disparu.

Tout paraît donc parfait. Mais ce sentiment est loin d'être partagé par la majorité des Algériens. Il y cinq ans l'abstention avait concerné 65% des électeurs inscrits et il n'est pas certain que le 10 mai la mobilisation soit plus forte. Cette fois, pourtant, la principale force d'opposition organisée, le parti fondé par Aït Ahmed, dirigeant historique du mouvement d'indépendance, le FFS a décidé, le 2 mars, de présenter des candidats. Le FFS avait boudé les urnes lors du précédent scrutin. D'autre part 3 partis islamistes (Mouvement de la société pour la paix, El Islah et Ennahda) ont formé une alliance de manière à éviter l'éparpillement des voix des religieux modérés. Le premier, le MSP, est déjà bien représenté dans le parlement sortant, et même dans la coalition gouvernementale avec 4 ministres. Malgré cela le scepticisme prévaut. Si le malaise général n'a pas dégénéré en manifestations de rue (il y en a eu il y a un an, mais le pouvoir a rapidement fait des concessions économiques et sociales qui ont ramené le calme), c'est que personne ne voit d'alternative sérieuse au gouvernement du Président Bouteflika que l'on sait pourtant très malade.

L'opinion française a globalement ignoré cette échéance, trop occupée par son propre débat électoral et horrifiée par les événements qui ensanglantent la Syrie. Disons aussi que l'évolution des "printemps arabes" n'encourage pas l'enthousiasme. En Egypte, le maréchal Tantawi s'affirme comme le nouvel arbitre et la laïcité recule; en Tunisie, me dit un ami journaliste, des femmes ont commencé à porter le niqab, les hommes à se laisser pousser la barbe et à s'habiller à l'afghane sous le regard impuissant (comme terrorisé par des poignées de salafistes ignares), du gouvernement dominé par Ennahda(1). La Libye, qui peine à reprendre son souffle, ne retrouve pas ses marques économiques (Kadhafi avait dispersé et camouflé les investissements des revenus pétroliers à un point extrême), on assiste à un retour en force du tribalisme.

On comprend que nos compatriotes puissent être déroutés... 

Antoine Blanca

1- Ennahda (Renaissance), parti islamiste modéré qui a obtenu une majorité relative parlementaire.

Repost 0
8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:28

En Amérique latine, trois pays ont mis, démocratiquement, une femme à la tête de l'Etat: Dilma Rousseff au Brésil, Cristina Fernàndez (veuve du Président Kouchner) en Argentine, et Laura Chinchilla au Costa Rica. La première femme à prendre les rênes du pouvoir dans un pays de la région fut Violeta Chamorro, en 1990, au Nicaragua. Cette région du monde serait donc, en apparence du moins, la plus ouverte au pouvoir suprême exercé par des représentants du sexe que l'on disait faible.

Au cours de son mandat présidentiel au Chili, Michelle Bachelet fit adopter la loi du divorce et approuver l'usage de la "pilule du lendemain" qui a permis de réduire, de manière significative, le nombre de grosseses d'adolescentes. En revanche, elle fut contrainte de remettre à plus tard d'autres projets progressistes visant à améliorer les conditions de vie des femmes. Tout comme Dilma Rousseff dut reculer devant la violente pression conjuguée de l'église catholique et des évangélistes. La loi autorisant l'avortement (que la Présidente considérait comme"une priorité de santé publique") ne put jamais voir le jour (en Amérique latine 4000 femmes meurent chaque années des suites d'avortements illégaux).

Cristina Fernàndez a obtenu la légalisation du mariage homosexuel, mais a échoué dans son projet sur l'avortement. Paradoxal mais réel.

Le chemin est long qui reste à parcourir pour faire avancer les droits des femmes dans cette partie latine du monde. Dans la plupart des pays elles sont fréquemment (et souvent en toute impunité), victimes de violences, conjugales ou non (dans un certain nombre des pays considérés "le crime d'honneur" est encore reconnu par la loi), la traite des blanches reste au Mexique, au Salvador, au Honduras et en République Dominicaine, un commerce fort rentable, et les adolescentes sont un peu partout la cible facile des mâles de la famille. Le Mexique a enregistré en 2009 un total de 1.858 assassinats "machistes".

En somme les femmes, aux Amériques latines, ont de plus en plus de pouvoir politique, mais sont encore dans l'impossibilité d'accéder à une véritable égalité sociale. Paradoxal encore...

Antoine Blanca

Repost 0
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 10:32

En Irlande, et dans toute l'Europe du sud, il n'est question que de plans d'austérité impitoyables, de suppressions massives d'emplois, de fermetures d'usines, d'immeubles délabrés...Tous les Grecs, les Espagnols, les Italiens, les Portugais, sans oublier ces pauvres Irlandais, du moins ceux qui ont un ami, un contact, un parent dans des pays aussi lointains que l'Australie, le Brésil, le Canada, l'Argentine, le Chili et l'Uruguay, ou même l'Angola, partent ou cherchent à partir. Le plus souvent un peu à l'aventure. Ils préfèrent la tenter que d'attendre, sans réagir, l'inéluctable décadence sociale. La plupart possèdent des diplômes universitaires ou des CAP professionnels; presque tous parlent l'anglais en plus de leur langue maternelle. Beaucoup sont des moins de trente ans, mais quadras et quinquas sont presque aussi nombreux.

En Europe, c'est essentiellement l'Allemagne qui accueille Grecs, Espagnols et Portugais. Les pays scandinaves intéressent davantage les candidats à l'émigration originaires de l'Est. Il est significatif que dans les grandes villes allemandes les Instituts Goethe doivent chaque année, depuis six ans, augmenter leur capacité d'accueil de 30% en moyenne. C'est que les nouveaux arrivants, en recherche d'emploi, comprennent vite que la langue du pays est indispensable quand on veut y vivre et y travailler.Shakespeare ne suffit pas...

L'Europe du Sud, après l'Irlande, commence à se vider de sa substance. On n'ouvre aucune perspective en prêchant seulement l'austérité comme le fait la Commission de Bruxelles et comme l'exigent Berlin, le monde de la finance et les politiciens de l'ultra libéralisme. Faute d'ouvrir la voie à la croissance, l'effondrement d'une partie de notre continent est prévisible. Et nous, Français, ne serons pas épargnés si nous ne changeons pas de politique. La droite, presque partout au pouvoir, est responsable de ce début de catastrophe. Et ces majorités hyper-libérales ont été élues librement par les peuples. C'est donc que la gauche européenne porte aussi sa part de responsabilité. Car elle a souvent abandonné ses propres valeurs pour se convertir, avec quelques nuances, à la nouvelle religion néo-libérale.

Alors s'indigner ne suffit pas. Il faut agir par la voie des urnes et par la mobilisation des esprits et des coeurs. Autour d'objectifs politiques et économiques concrets. La manifestation indignée de la Plaza del Sol à Madrid, et les quelques épisodes similaires à New-York ou à Londres ont été sans lendemain faute de boussole. Il ne reste, du mouvement initial, que quelques hippies, hirsutes et barbus vagabondant ici et là.

Nous plaçons quelques espoirs sérieux en la candidature de Hollande. S'il fait bouger les choses en France, les repercussions dans le reste de l'Europe ne se feront pas attendre. Mais il faut travailler vite: nous sommes passés à l'état d'alerte rouge.

Antoine Blanca

NB: En 3 ans 50000 Irlandais ont quitté leur île et on estime que ce chiffre sera doublé een 2012. Le Brésil, en plein boom avec la préparation du Mondial de foot et des Jeux Olympiques, accueille Portugais et Espagnols, lesquels s'intégrent, en général, rapidement. Les Italiens n'ont pas trop de difficulté à retrouver les routes des Amériques où ils ne manquent pas de correspondants...

Repost 0
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 10:31

Selon certains sondages, 65% des Français estiment que le débat électoral en cours ne se situe pas à un niveau satisfaisant. Tous les candidats seraient, à en en croire les commentateurs, responsables à égalité de tant de médiocrité. Je m'insurge contre ce jugement. Les discours respectifs, par exemple, de Hollande et de Sarkozy ne sont pas de qualité comparable. Dès sa première grande intervention publique au Bourget, Hollande a traité des grands problèmes qui préoccupent les Français. Sarkozy s'est ingénié, au contraire, à esquiver les vraies questions, en premier lieu celles concernant directement son bilan sur cinq ans d'exercice quasi-absolu du pouvoir. Et surtout, il n'a cessé d'invectiver son principal concurrent en caricaturant ou en déformant ses propositions et en multipliant les attaques de caractère personnel. Son discours de Bordeaux, en dépit de références répétitives à la République, nous a ramenés aux années 1930, à l'Action Française et aux Camelots du Roi. Là où Hollande tente d'éclairer le chemin pour l'électeur, Sarkozy dresse des obstacles en s'efforçant de l'égarer.

Quand Guéant, Fillon et Sarkozy lui-même en viennent à invectiver tous nos concitoyens musulmans sur le thème du halal (le pieux catholique Fillon ayant même cru bon de s'attaquer aussi aux consommateurs de viande casher), on descend carrément dans le caniveau de la politique. On comprend que les Français manifestent de l'insatisfaction et mettent en  cause la qualité du débat. Mais est-ce trop demander que les responsabilités d'un tel abaissement soient établies?

Sarkozy=Le Pen, certes. Ce sont les seuls méritant d'être montrés du doigt. Mais d'une manière générale les autres concurrents ont su rester dignes, sans manquer pour autant de combativité.

Sauf qu'en cette affaire c'est l'encore Chef de l'Etat qui a manqué au minimum de la réserve requise par la qualité de sa haute fonction. La candidate du Front National défend, elle, avec les moyens qui sont ceux de son idéologie, les positions habituelles d'un parti d'essence xénophobe, qui n'aurait pas renié sans doute, hier, l'antisémitisme et qui se concentre aujourd'hui sur l'islamophobie. Une idéologie de rejet, mais aux adaptations multiples: c'est ainsi qu'on l'entend, avec ahurissement, invoquer les valeurs de la laïcité et même celles de la démocratie. 

Somme toute, la candidate du FN développe un discours attendu. Celui du Président sortant surprend, lui, par l'indigence des idées, le refus d'assumer des responsabilités, la bassesse de certains de ses propos.

Antoine Blanca

NB: il y a quelques semaines je rappelais que, pendant toute mon enfance et mon  adolescence, je n'avais mangé que de la viande halal ou casher. Dans mon village de Boghari (Ksar el Boukhari), le chargé de l'abattoir était le rabbin, M.Atlan. Ni musulmans, ni catholiques n'avaient jamais trouvé à redire à cette situation. La qualité du goût ne dépendait que de la qualité de la pauvre bête abattue. En fait il y a de bonnes chances pour que la majorité des Pieds-Noirs aient été dans mon cas...

Repost 0
5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:19

Le sud du continent américain connaît une période de développement que je qualifierais, osons le mot, de "statistique". Tous les chiffres en effet sont positifs( Banque mondiale, FMI, BID, CEPALC...), les feux clignotants sont tous au vert. Toutes les espérances sont donc permises. L'économie progresse, en moyenne, pour l'ensemble de la sous-région, au rythme de 8% par an, et il ne se passe pas de mois sans que l'on découvre dans le sous-sol, de nouvelles ressources minières (or et argent compris), gazières ou pétrolières. En outre l'instabilité chronique, la violence historique qui affectaient de grands pays comme la Colombie (46 millions d'habitants, 2 façades maritimes), sont en voie de disparition. Les conflits armés potentiels entre voisins sont réglés, les uns après les autres, par la négociation. Plus de bruit de bottes entre Caracas et Bogotà par exemple, tandis que l'éternel différend territorial entre le Chili et le Pérou a été porté devant la Cour internationale de La Haye. Pour ne citer que ces deux exemples significatifs...

Mais ne cédons pas à l'euphorie: encore faut-il que cette prospérité des chiffres officiels, qui réjouit à juste titre les professionnels des secteurs économiques et financiers, corresponde, dans une même proportion, à une marche vers l'éradication de la grand pauvreté, de l'illétrisme, des épidémies et des maladies endémiques. Et là, en dépit d'avancées parfois notables, le temps n'est pas au triomphalisme. Encore faut-il tenir compte des disparités entre pays: si l'Argentine, le Chili et certains grands Etats de la Fédération brésilienne (Rio Grande do Sul, Saõ Paulo, Minas Gerais) se rapprochent de plus en plus des niveaux européens, dans d'autres parties de la sous-région la marginalisation des populations demeure une réalité intolérable.

Partout l'exploitation de nouvelles richesses, en particulier en Amazonie, se heurte à la nécessité de préserver les grands équilibres écologiques (1). Sans compter que l'ouverture de nouvelles routes, jugées indispensables à l'expansion économique, se heurte de front aux intérêts de peuples autochtones dont on avait pu, jusqu'ici, piller impunément les territoires ancestraux. Le Président Evo Morales, pourtant apôtre des droits des peuples indigènes, en sait quelque chose: il a dû ainsi renoncer à un énorme projet routier qui devait assurer l'expansion des relations commerciales entre la Bolivie et le Brésil. Renonciation d'autant plus pénible que ledit projet était entièrement financé par Brasilia.

Il est difficile de conclure sur un sujet aussi vaste et mouvant. Mais nous avons la certitude que l'avenir, peut-être radieux, de cette partie du monde ne sera pas assuré dans un cadre économique sacrifiant à l'ultra libéralisme. Pas plus qu'il ne sera garanti par la persistance des antagonismes entre nations. Le premier point est en voie de correction, de manière encore un peu brouillonne peut-être, par des gouvernements qui refusent d'obtempérer aux diktats des intérêts du nouvel impérialisme financier. Le second, par la création d'institutions régionales permanentes de concertation entre Etats (Amérique du sud, UNASUR, Amériques latines). En Amérique du sud, le dialogue entre gouvernements de toute tendance politique est permanent. C'est la meilleure promesse pour la région hier déchirée. Prémices, je veux le penser, d'une Union latino-américaine puissante.

Antoine Blanca

1- L'Amazonie n'est pas seule en cause. Ainsi l'Argentine prétend-elle financer en partie son développement par la culture extensive du colza qui détruira, à terme, les richissimes plaines de la Pampa humide, hier destinées aux cultures céréalières et à un élevage de qualité exceptionnelle. On sacrifie l'avenir pour le seul bénéfice des organismes de crédit et autres flibustiers internationaux.

Repost 0
3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 12:42

Un seul président de grand club de foot a poussé des cris d'orfraie après l'annonce de Hollande d'un nouveau taux d'imposition pour les très hauts revenus: M.Seydoux, de la prestigieuse équipe de Lille (LOSC). Un seul joueur a parlé à la presse, Jallet, du PSG, d'habitude plus réservé. Des exceptions qui ne doivent pas masquer la réalité: la soixantaine de joueurs de haut niveau gagnant en France plus de 1million d'euros par an de salaire, se sont mis à faire des calculs et à regarder de plus près leur fiche de paye.(noter que le calcul de l'impôt se fait à partir de 1 million, cette dernière somme n'est pas concernée)

Mais M.Seydoux a mis la barre de ses critiques beaucoup plus haut: la proposition du candidat socialiste mettrait, selon lui, en péril l'avenir du football français. Pas moins. Cet homme du Nord galéje. Il quitte l'univers des ch'tis pour celui, moins ensoleillé mais plus fantastique, du grand  Pagnol. Regardons de plus près la réalité: il y a en France environ 1800 joueurs professionnels repartis dans trois divisions. Seuls 3 à 4% d'entre eux seraient concernés par le taux d'imposition annoncé. Mais puisqu'il est question du foot français, ce sont des dizaines de milliers de jeunes, autant d'entraîneurs et de dirigeants, des millions de supporteurs, qui n'ont rien à voir avec le professionnalisme. Comment les ignorer? Le foot, chez nous, ce sont eux, avant tout.

En fait c'est du seul football de niveau européen (Champion League et European League) dont il est question dans l'esprit de M.Seydoux. Personnellement j'ai la faiblesse de penser aussi que, si nous voulons tenir la dragée haute aux grands clubs britanniques, allemands, italiens et espagnols, il nous faut garder nos vedettes nationales et être en mesure d'en recruter à l'étranger. Mais doit-on faire dépendre la politique de justice fiscale en France de nos enthousismes de supporteurs de foot télévisé? En outre, je suis persuadé qu'il est inéluctable à court terme que les politiques fiscales, dans les pays européens concurrents, rejoignent notre manière de voir l'avenir. Peut-on imaginer qu'Espagnols, Italiens, Anglais et Alllemands supportent longtemps de telles disparités dans la justice devant l'impôt. En fait, nous sommes en train de tracer le bon chemin.

Le monde sportif n'est, globalement, pas touché par les projets socialistes. Ni les athlètes, ni les hand-balleurs, ni les basketteurs, ni les boxeurs...ne manifesteront d'inquiétude. Certains joueurs de tennis? Ils sont rares à atteindre les sommets, et tous sont déjà domiciliés en Suisse, comme nombre de nos "patriotes" chanteurs et compositeurs.

La priorité doit aller aux centres de formation, secret de la promotion de nos grands footballeurs. Nantes F.C. a été exemplaire dans ce domaine. La disparition de cette activité dans le chef-lieu de Loire-Atlantique n'a été dramatisé par personne. Là réside pourtant notre avenir. Prenons le F.C.de Barcelone: 75% de ses 80 professionnels (une équipe en 1ère, une en 2e division) ont été formés par le Club catalan. Y compris le prodige argentin, le lutin Messi.

Antoine Blanca

Repost 0
2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 10:29

L'actualité électorale française, la crise européenne, les événements du Moyen Orient ou les menaces guerrières venant d'Iran et d'Israël expliquent(1) l'indifférence affichée par nos compatriotes au sujet des Amériques latines. Quand je traite, dans mes articles, des faits concernant une région qui pourrait nous être culturellement très proche, le nombre des lecteurs de mon blog, baisse. Aujourd'hui, par exemple, j'aurais miieux fait de parler des incidents de Bayonne (quelques slogans, quelques cris, deux oeufs dirigés contre Sarkozy qui visitait la partie commerçante de la vieille ville) que du Guatemala et du génocide dont ont été victimes, durant une interminable guerre inavouée, de 1960 à 1996, les ethnies héritières du monde Maya.

Le plus terrible dictateur de cette sinistre période, le général José Efraìn Rios Montt, âgé aujourd'hui de 85 ans, vient de se voir refuser le bénéfice d'une loi d'amnistie décrétéé en 1986 par un autre général. Si les ONG compétentes et le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU estiment que le nettoyage ethnique a fait, sur la période de 36 ans concernée, plus de 200000 morts parmi les paysans indiens, on a eu beaucoup de mal, en revanche, à déterminer les responsabilités précises des uns et des autres (armée, extrême droite militarisée, milices des gros propriétaires), pour le cas Rios Montt des preuves précises ont pu être réunies et reconnues. Il s'agit de la liquidation de l'ethnie Ixil. 1771 personnes assasinées au cours de 11 massacres (essentiellement des personnes âgées et des enfants, les hommes ayant rejoint le maquis). Tout est bien documenté, y compris les noms des victimes et les lieux des meurtres.

Je n'ai jamais cessé, pour ma part de dénoncer un "nettoyage" que les puissances voulaient ignorer alors que beaucoup de grands pays de la région subissaient des dictatures sanglantes. Que représentaient le Guatemala et le Salvador (où la liquidation des paysans indiens commença dans les années 1930), par rapport au Brésil ou l'Argentine...J'avais été envoyé à Ciudad de Guatemala par le Président François Mitterrand en janvier 1983 (j'était ambassadeur itinérant pour l'Amérique latine) dire à Rios Montt: "nous savons de vos massacres et ne nous tairons pas". Le sinistre général me reçut dans une ambiance kafkaïenne. Essentiellement sa réponse fut simple: "tout ce qui arrive ici est de votre faute, messieurs les européens; c'est vous qui avez commencé, moi je ne fais que tâcher de finir le travail".

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens