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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:11

Pendant toute la durée du mandat de Sarkozy son parti, l'UMP, a perdu toutes les élections. Les marges de ces défaites successives ont été  souvent impressionnantes. Les élus du parti au pouvoir ont ainsi dû abandonner la quasi totalité des régions et la gauche contrôle aujourd'hui la plupart des grandes villes et des départements. Là où la droite a pu résister, c'est quand la personnalité du sortant jouissait d'un prestige personnel particulier. Ces solides implantations sont encore plus explicables dans les districts électoraux dont la sociologie avantage, par sa nature même, les conservateurs. Neuilly-sur-Seine, Saint Germain-en-Laye ou Fontainebleau ne passeront jamais à gauche, même s'il peut y avoir des changements de clan(non de politique)! La prise de contrôle du Sénat par la gauche est venue endeuiller la fin du mandat présidentiel. Belle cerise sur le gâteau pour l'opposition.

Il semble que, tant il était habité de certitudes d'invincibilité, le candidat sortant n'ait pas vu venir le côté quasi inévitable de sa défaite à venir. Ayant déjà perdu sur tous les terrains et en toutes circonstances, il était pourtant clair qu'une majorité de Français le rejeteraient. Aveuglé par son sentiment de supériorité, il continue sans doute de penser que les électeurs sont des ingrats.

Celui qui a le mieux résumé cette réalité, est une forte personnalité gaulliste, ancien président du Conseil Constitutionnel, Pierre Mazeaud (cité par Le Canard):

Je n'ai aucune confiance en ce type [Sarkozy] parce qu'il n'a pas le sens de l'Etat...Quand on est un bon président, on ne perd pas toutes les élections depuis le début de son mandat: les régionales, les municipales, les cantonales, les européennes et les sénatoriales. Il a même perdu Neuilly et les Hauts de Seine [pour son clan personnel au sein de la droite]. Donc il est normal qu'il perde la sienne.

Pour M. Mazeaud, par conséquent, la défaite du 6 mai sera donc NORMALE.

Antoine Blanca

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 13:17

J'avais du mal à croire mes oreilles en entendant, à la Grande Edition de Canal+, le consultant "finances" de la chaîne, M.Fottorino, chanter, avec une sorte de délectation, les louanges de l'austérité la plus extrême. Le prétexte à son impitoyable analyse? L'horrible proposition impositive de François Hollande concernant les très hauts revenus. Soit 0,001% des foyers fiscaux. Je passe sur la description dantesque qu'il fit sur la fuite patriotique de capitaux vers les paradis fiscaux, la fermeture de sites industriels, le chômage accru...Le coeur de son argumentation n'était pas là: il encensait l'Irlande(1) qui, à l'en croire, est en train d'engranger les bénéfices d'un plan d'austérité particulièrement rigoureux; l'Italie, dont il fallait suivre l'exemple; le gouvernement espagnol qui s'était "enfin" décidé à mettre sérieusement le pays au pain sec; son frère portugais qui prenait, à petits pas forcés, le même chemin...Il ajoutait avec des accents de grand inquisiteur: en France il n'y a pas eu de plan d'austérité véritable; on s'est contenté de mesurettes, alors qu'il faudra bien supprimer massivement des postes de fonctionnaires, réduire sans pitié tous les budgets sociaux, économiser à marches forcées. Les Français vivent trop heureux: l'heure de la vraie souffrance doit venir. Il faut satisfaire "les marchés".

M.Fottorino et ses semblables sont bourrés de certitudes et de bonne conscience. Toucher à leurs privilèges est un crime et une menace pour la stabilité universelle en général et européenne en particulier. Ce sont les hommes et les femmes qui ont encore la chance de travailler, la malchance d'être au chômage ou qui bénéficient d'une retraite durement gagnée qui doivent souffrir pour expier les conséquences de leur bien-être supposé dans un récent passé. A la diète rigoureuse, ce peuple de cigales!

Les Fottorino me sidèrent. Eux-mêmes et leurs maîtres sont les premiers responsables des difficultés dans lesquelles nous sommes. Ils n'en ont cure. S'indigner ne sert à rien si l'action ne suit pas. Les jeunes de la Puerta del Sol sont encore plus nombreux qu'hier au chômage, leur peuple a envoyé aux Cortés (Parlement) une majorité de droite dure et agessive, servile vis-à-vis des riches. La réponse populaire doit être unitaire et constructive. Il faut toucher le capitalisme dans son anonymat, au coeur de sa malfaisance, c'est à dire la grande finance. Il faut impulser des politiques orientées vers la croissance.

Les Fottorino doivent apprendre que le temps de l'impunité est fini. Le changement doit se faire par la voie de la réflexion et des urnes, de la créativité et du renouvellement des idées. Que les Fottorino prennent garde: que l'on désespère les peuples et le "ça ira!" sera de nouveau chanté et les aristocrates de la finance seront envoyés à la lanterne.

Ce n'est pas notre voeu, mais nous pourrions être dépassés comme le furent les philosophes des Lumières.

Antoine Blanca

1-- Les jeunes Irlandais qui le peuvent ont entrepris une nouvelle migration vers l'Amérique du Nord, principalement l'ouest canadien. Les Espagnols réapprennent la route vers les pays frères du Sud, Pérou, Argentine. Les Portugais les plus entreprenants vont chercher une nouvelle vie au prometteur Brésil. Ce n'est pas la fuite des capitaux, mais celle des cervaux et des compétences.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 10:37

Le candidat sortant connaît son monde. Il a neutralisé sans trop de mal le drôle de "radical" Borloo, ne va pas tarder à remettre la main sur l'autre brebis égarée, Rama Yade (toujours en recherche d'emploi stable), remis sur la bonne voie la rebelle beur du 7e arrondissement, recatéchisé la Boutin, recentré Morin, chassé CPNT des forêts et des étangs seigneuriaux: même si le tout ne représente pas des masses électorales, cela dégage le terrain sur les marges. Comme Galouzeau de Villepin est à la ramasse, la droite et le centre-droit sont bel et bien alignés derrière Sarkozy. Faute de qualités morales majeures, Sarkozy sait du moins manoeuvrer le petit personnel; caressant l'un, appâtant électoralement l'autre. Il sait le prix de la conscience de chacun et en joue sans retenue.

Au centre de nulle part, reste l'inévitable, l'imprévisible Bayrou (avec un électorat indéchiffrable) et Dupont-Aignan, le fou de la République, bien peu de chose, mais pouvant être pittoresque. Somme toute le président sortant a acheté tout ce qui était à vendre dans sa "commune". Un peu au-dessus du prix estimé par les experts. Mais compte tenu des enjeux, cela demeure très abordable.

Le problème qu'il aura à tenter de résoudre le moment venu est qu'il n'a aucune réserve de voix pour le deuxième tour. D'où son agitation mal contrôlée pour faire le plein au premier. Et, à ce point, c'est très loin d'être gagné. La somme de tous ces ralliements contraints ne suffit pas à combler un déficit considérable. Dû surtout au rejet profond dont il est personnnellement l'objet. Trop de citoyens ne supportent pas de, simplement, le voir. Il pense encore que, plus il se montrera dans les villes et les campagnes, les étranges lucarnes et les parcs d'exposition, plus il regagnera des voix. Or cela entretient, au contraire, le rejet dont il est l'objet.

Mais, bon sang, que ces sept semaines de campagne avant le premier tour vont nous sembler longues. Surtout avec l'escalade, de la part du candidat sortant, d'insultes déshonorantes pour le seul insulteur. 

Antoine Blanca

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 10:41

Besancenot était l'invité de Canal+ cette dernière fin de semaine. Quelle est, au-delà de la sympathie naturelle qui émane de sa personne, l'explication de la persistance médiatique du type de message politique dont il est l'un des porte-parole. Arlette, Olivier étant au-dessus du lot, indépassables dans ce microcosme de la révolte permanente, bien entendu. Pour ma part je suis convaincu qu'ils alimentent la nostalgie qui habite chacun des vieux militants qui ont, sans vrai regret, choisi le réalisme électoral pour avancer. Mais qui, dans leur jeunesse militante ont vécu, entre frissons et délice, le rêve révolutionnaire. Avec ses chants, ses figures héroïques, ses bannières et ses slogans.

Je surprendrai certains en écrivant que, pour ma part, j'ai vécu tout cela au sein des Jeunesses socialistes de la SFIO et des JS du PSOE alors en exil. Dans toutes les réunions nous chantions en choeur la Jeune Garde, le Drapeau Rouge, les Soldats du 17e, les Canuts et, plus solemellement, l'incomparable Internationale...On y croyait furieusement, sans croire pour autant à l'imminence de l'explosion révolutionnaire, au Grand Soir. Délicieuse contradiction dans laquelle nous nous complaisions comme on se complait dans l'évocation d'une amour d'adolescence. C'était beau et c'était impossible. Une adhésion au plus attachant des symbolismes.

Un peu de tout cela on le retrouve dans le discours des différentes chapelles trotskystes. Ils nous irritent et nous font sourire débordants de nostalgie. Mais seuls Besancenot et Arlette ont réussi à devenir des vedettes grâce à la télévision. Le premier, par exemple, aurait pu être un remarquable porte-parole de la gauche réformiste, la seule qui, historiquement ait fait avancer les choses dans le sens du progrès économique et social. Le discours d'Olivier Besancenot est souvent pédagogique, clair et juste. Il n'est donc pas perdu. Grâce à la télé. On se  dit: il a raison...Avant d'aller voter PS ou PC. Hélas notre postier préféré se perd vite dans l'imprécation sectaire, comme si rien n'avait changé dans le monde depuis la Commune de Paris.

On le remercie tout de même, à la lumière d'une lampe de mineur de charbon...

Antoine Blanca

 

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 15:46

Rappels utiles:

1 -- L'élection présidentielle (au suffrage universel direct) aura lieu le 7  octobre.

2 -- Le président sortant Hugo Chàvez est généralement donné vainqueur. Entre 53 et 50% des voix selon les analystes  indépendants.

3 -- Pour la première fois cependant l'opposition présentera un candidat unique. Le gouverneur du riche Etat de Miranda, Henrique Capriles, a été désigné par une large majorité des 3 millions de participants à la "primaire". Le pluralisme démocratique fonctionne, même si les déclarations tonitruantes du "Comandante" peuvent nous déconcerter, voire inquiéter certains.

4 -- Dans le panorama politique actuel, le régime dit de "socialisme bolivarien" est davantage menacé par la maladie de Chàvez que par l'opposition, dont les cadres sont l'émanation des classes les plus aisées.

Une partie de l'année 2011 a été dominé par l'incertitude créée par l'absence, inexpliquée pendant plusieurs semaines, du Chef de l'Etat, avec le flot de rumeurs que cela a forcément entraîné. Avant que l'on apprenne que Chàvez était opéré à La Havane d'une tumeur maligne. En fait, même si les autorités n'ont jamais donné cette précision, il s'agissait d'un cancer du colon. De retour assez rapidement, après l'intervention, à Caracas, Hugo Chàvez donnait des précisions sur son mal, annonçait qu'il allait se soumettre à un traitement lourd de chimiothérapie et se montrait le crâne entièrement rasé, puis les traits anormalement glonflés par la cortisone. Il s'affirmait combatif et optimiste sans pour autant exclure explicitement l'éventualité d'une rechute. Il suggéra aussi que les Etats-Unis pouvaient lui avoir fait transmettre "le virus du cancer"...

Et voici "el Comandante" de nouveau entre les mains expertes des chirurgiens cubains chargés de lui extirper un deuxième cancer du colon.

Les incertitudes qui pèsent sur l'avenir du régime "socialiste bolivarien" prennent une nouvelle intensité. A notre connaissance aucun possible successeur n'a la carrure, le charisme de Chàvez. Constitutionnellement le vice-président est en tête dans l'ordre de succession, suivi du président du Parlement Diosdado Cabello, fidèle entre les fidèles, très influent dans l'armée. En tout état de cause la campagne électorale s'annonce longue, impitoyable et rendue plus complexe par l'absence du pays, pendant au moins un mois, du  Chef charismatique.

Antoine Blanca

NB: le Venezuela a une Constitution fédérale où les électeurs élisent un gouverneur et un parlement autonome.

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 17:21

"Je suis un homme de parole", a dit textuellement M.Sarkozy dans un entretien à bâtons rompus avec des journalistes. Il s'agissait de la raffinerie Petroplus qui risque la panne sèche et à laquelle il aurait trouvé, avec Shell, une solution susceptible de la faire tourner pendant six mois. Ce dépannage électoral lui a permis de gonfler un peu le torse. Lui qui snobait depuis le début du quinquennat ce moyen de transport, trouve soudain  au chemin de fer beaucoup de vertus.

Entre autres choses cela lui permet de prolonger un peu plus ses monologues avec une presse, bon public, friande de ses sorties. Quelques perles: "Hollande est un rigolo"; "les socialistes voulaient DSK, ils ont eu Hollande!"; "comparez mon meeting de Lille avec celui de Hollande au Mans...! "Le livre de Hollande: on n'a pas idée de juger ses autres concurrents!" L'expert multiplie les  saillies. Elles le rassurent. Le plus souvent, cette thérapie, il la pratiquait devant le petit monde de ses collaborateurs. Un public silencieux ou admiratif. Ou les deux. Sarkozy ne prend jamais le risque d'être contredit. Un matamore de salon.

L'homme de parole qu'il prétend être n'a pas tenu un seul de ses engagements importants de 2007. Aucun en tout cas de ceux qui avaient constitué le socle de sa campagne. Il a été un mauvais président dans tous les domaines: l'économie, le social, l'éducation...Mais il essaie de se convaincre qu'il a tout lieu d'être content de lui. En politique étrangère, il ne planifie pas une action de longue haleine. Quelle suite, par exemple, a été donnée à la grandiose conférence "de la Méditerranée", célébrée à grands frais au Grand Palais avec une gratin extraordinaire de personnalités de premier plan? Rien n'a suivi, ni ne peut suivre après les mauvaises manières en cascade faites gracieusement à la Turquie. Ce devait être pourtant la clé de voûte de son règne!

Tout le reste n'a été que conjoncturel. Son agitation fébrile dans les G20 et les sommets européens, quand il lui revenait de jouer les premiers rôles, l'ont autant exténué lui-même qu'ils ont fatigué ses partenaires. Pour un résultat sans rapport avec l'effort du grimpeur de cols varois.

Faute de parler de son bilan, ce qui serait son devoir de sortant, il continue, jour après jour, à imaginer des "coups". Le plus grandiose devait consister à faire étalage de l'appui, un peu contraint, que lui apporte Angela Menkell. "Elle sera à ses côtés dans un ou plusieurs grands meetings", disait son entourage. Mais dix jours plus tard, cela ne fait plus partie de l'actualité. "Dans les circonstances présentes cela ferait mauvais genre", aurait-il dit...Comment imaginer que l'on puisse confier les clés de la maison France à ce grand agité, pendant cinq ans de plus?

Antoine Blanca

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 12:26

Le regime qui confisque le pouvoir en Syrie depuis 1969 (établi cette année-là par le père, Hafez el Assad, de l'actuel Président) est sans doute le plus complexe du Moyen Orient. Il résulte d'un système à la fois subtil et brutal d'alliances inter-religieuses, tribales, ethniques et politiques que seul le Chef suprême est susceptible de fédérer. Un écheveau d'intérêts, parfois contradictoires, que longtemps personne ne s'est hasardé à démêler: bousculer le système c'était courir un risque mortel. Police secrète (moukhabarate), police en uniforme, différents corps d'armée, cadres et militants du parti officiel, dignitaires de toutes les religions cohabitant difficilement dans le pays: tout le monde se tient par la barbichette et Bachar el Assad est chargé de donner une manière de cohésion, de garantir la survie à ses complices, d'imposer une forme de sinistre harmonie à cet univers cruel et composite. Par l'appât du pouvoir et des avantages inavouables qui l'accompagnent, par la terreur la plus abominable quand le Président le juge nécessaire. En Syrie, depuis des décennies, la peur s'insinue par tous les pores de l'individu, du citoyen ordinaire au Chef suprême lui-même. L'Omerta est partout la règle.

C'est cette atmosphère difficilement respirable que décrit la Libanaise Dominique Eddé dans son roman Kamal Jann, héros pathétique dans un monde dominé par le secret, les suicides douteux, l'assassinat programmé ou improvisé avec délice. Empoisonné lentement, par sa femme avec la complicité subie de sa propre fille, un grand chef des services secrets agonise. Dans son délire, il voit défiler sa vie d'ordonnateur du crime d'Etat. Autour de lui, à Damas, mais aussi au Liban et à Paris, ses proches, ses commanditaires, ses complices et ses amis d'hier. Eux aussi se penchent sur leur passé. Tout le monde sait que cette mort a été voulue au sommet. Et tout le monde se tait. Diplomates étrangers, agents secrets, généraux et bourreaux professionnels...

Kamal Jann est le neveu du grand gestapiste qui l'a élevé après avoir fait assassiner son père et sa mère. Pendant des années, il a aussi abusé de l'enfant, son pupille, du moins jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de l'adolescence. Le premier tortionnaire du pays était ainsi un pédéraste en famille.

Le lecteur se voit contraint de vivre comme un acte de justice ce meurtre silencieux du puissant déchu. On comprend un peu mieux, en refermant le livre, les événements dans ce pays où beaucoup paraissent être désormais décidés à mourir en martyr. Pour retrouver un peu de la dignité perdue.

Antoine Blanca

NB: Dominique Eddé écrit dans une langue à la fois pure et enlevée. Les dialogues sont géniaux (éditéé par Albin Michel, Paris 2012).

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 10:39

Nous disons "sarkozysme", mais c'est le pluriel qu'il serait plus approprié d'utiliser, tant il a été sujet à des mutations au gré des humeurs de son protagoniste. Ce dernier incarne une droite bien singulière: certains ont pu croire qu'il cherchait, un moment, à créér un nouvel équilibre avec l'apport d'individualités de gauche. Eric Besson, passait ainsi carrément du Secrétariat national du PS à la direction de campagne du Sarkozy 2007. Si son cas est resté unique dans sa plénitude, les incitations à un flirt plus ou moins poussé se sont multipliées au cours des trois premières années du quinquennat: y ont plus ou moins succombé Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Attali et quelques autres moins voyants.

Le cas Allègre est à part. D'abord parce que le personnage est "un cas" à lui tout seul. Ensuite parce que son appartenance à l'idéologie socialiste se limitait à sa relation d'amitié avec Lionel Jospin. Son action ministérielle a consisté à démolir les relations historiques du PS avec le monde de l'enseignement. Son offre de services à Sarkozy remonte à cinq ans. Ils viennent seulement d'être formellement acceptés. De quel poids pésera-t-il auprès de son nouveau maître? Encombrant plus qu'utile.

Par la suite les mutations du sarkozysme se sont multipliées au gré des événements, des calculs tactiques instantanés, des intuitions du leader. La fin du quinquennat aura été dominée par la tentation d'extrême droite...Désormais il a sombré dans la frénésie.

Mais la qualification du"sarkozysme" est impossible à établir. Davantage qu'une démarche politique il s'agit d'une humeur. Comme telle naturellement changeante. Le plus remarquable dans cette affaire est la capacité d'adaptation du personnel de la droite classique. Même si, affirme-t-on, elle n'a pas vraiment aimé son chef, elle s'est toujours pliée à ses caprices. Le signe d'une grande souplesse d'échine corporative.

Cette autopsie, un peu précipitée, concerne une manière très singulière de vivre le conservatisme politique. Jamais ce dernier n'avait été à ce point mutant. Il demeure que sur l'essentiel le sarkozysme a ses constantes: libéralisme économique et financier, pro-américanisme primaire, aversion mal contrôlée vis-à-vis de tout ce qui est musulman (cela inclut la Turquie), admiration sans mesure de l'Etat d'Israël. Ce qui ne fait pas, reconnaissons-le, une politique étrangère cohérente.

Nous en avons pleine conscience: on ne peut pratiquer d'autopsie que sur un cadavre. C'est donc celle du sarkozysme, dans ses métamorphoses successives, que nous avons tenté de pratiquer. Le "fondateur" lui-même est toujours bien vivant. Et n'a pas fini de nous le rappeler.

Antoine Blanca

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 11:56

Hier dimanche, 600000 Espagnols ont défilé dans 57 villes, dont Madrid, Barcelone, Valence et Séville. C'est le chiffre sur lequel les observateurs indépendants se sont accordés (par exemple les confédérations évaluaient le chiffre de manifestants à un demi-million à Madrid, et la police, à 50000...). Les dirigeants syndicaux n'espéraient pas de telles affluences. Même si le mécontentement est palpable face à la dureté anti-sociale des mesures adoptées par le nouveau pouvoir conservateur, le sentiment d'impuissance domine et favorise la démobilisation. Le monde du travail ne croit pas envisageable un recul du gouvernement nouvellement installé, décidé qu'il est à appliquer une politique conforme au souhait de ses responsables, et aux voeux de ses partenaires européens, du FMI et de la Banque mondiale, des principales agences de notation (qui viennent pourtant encore de dégrader la note de l'Espagne...).

Un ami syndicaliste, au téléphone, après avoir défilé à Alicante:

"Nous regardons avec angoisse ce qui se passe en Grèce. Notre situation n'est pas aussi dramatique que la leur, mais le sentiment que nous avons de ne pas avoir prise sur notre destinée est identique. Les grandes manifs à Athènes n'ont abouti à aucun résultat concret. La presse ne parle et ne montre que les destructions, la violence. Heureusement les services d'ordre de l'UGT et des Commissions Ouvrières tiennent, chez nous, la rue bien en main. Mais nous nous sentons intimement incapables de changer le cours des événements. Le pouvoir mondial de la finance est en train de nous anesthésier. Regardez en France: vous avez réussi six grandes manifestations nationales contre le nouveau régime des retraites. Pour quel résultat? Néant. Les Français avez cependant un avantage considérable sur nous: ici la gauche vient de perdre les élections; vous, vous avez toutes les chances de les gagner". Le responsable de la Confédération socialiste (UGT), me tape (téléphoniquement) sur l'épaule avec un pauvre sourire (imaginé), avant d'ajouter: "le 6 mai, ne nous oubliez pas!"

Pas moi, en tout cas...Et surtout ne renonçons pas à l'espoir. La France, l'Europe, les organisations syndicales ont déjà connu des situations de blocage. Nous les avons toujours surmontées, à un moment ou à un autre de notre histoire récente. Quant à la société ultra-libérale, dont les représentants continuent de prospérer outrageusement, elle devrait réviser sa politique de constante provocation: l'exaspération née de l'injustice institutionnalisée peut conduire à des formes de luttes spontanées pouvant avoir des conséquences imprévisibles.

Antoine Blanca

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 17:33

Dans le discours d'un candidat à la Présidence de la République, il y a forcément, des variations de langage, des tonalités plus ou moins accentuées au fil des jours, sous la contrainte de tel ou tel événement. Des ajustements et des éclaircissements viennent à s'imposer. L'électeur est l'interlocuteur unique, et il doit recevoir l'information la plus complète, la plus honnête. François Hollande le sait, et il a déjà procédé à ces exercices qui, parfois, nous troublent. Il en a été ainsi pour les atténuations apportées (interview accordé au Guardian) au discours du Bourget, sur le monde de la finance, ciblé comme adversaire principal du futur Président. A la lecture du texte londonien on pouvait même croire que les 110 propositions de François Mitterrand en 1981 y étaient implicitement condamnées, au bénéfice de la libéralisation postérieure à laquelle ont procédé nos gouvernements, singulièrement ceux de Fabius et de Rocard. 

Or nous continuons de vouloir croire qu'il ne s'agissait-là que de  reculs stratégiques dans un monde hostile, non d'une nouvelle orientation politique. Nous sommes-nous trompés? Le projet adopté par le PS nous avait pourtant confortés dans notre certitude d'appartenir à un parti fondamentalement hostile à l'hyper-libéralisme économique. Pour continuer d'avancer, pour prendre en compte les réalités européennes et mondiales, nous acceptions certes des compromis, des concessions. Mais nous demeurions, sur le fond, fidèles à notre Déclaration de Principes.

Le discours du Bourget, accueilli avec enthousiasme par militants et sympathisants allait dans le bon sens. Si des précisions devaient forcément être apportées, des craintes infondées, dissipées, il ne s'agissait pas de changer la base du discours. J'ai entendu Najat Belkacem, proche collaboratrice du  candidat, présenter le PS (devenu soudain "social-démocrate", ce qui est une aberration lingüistique), comme champion des dénationalisations, de la libéralisation de l'économie. Comme si nous avions à donner des gages aux gnomes de la City de Londres, de Wall Street et aux spéculateurs du CAC 40. Je ne doute pas que les circonstances nous obligeront à composer avec ces intérêts là, mais nous n'avons pas, à ce stade de notre candidature, à leur donner des gages de bonne conduite.

Ne jamais oublier que notre richesse réside dans l'aspiration à une union de la gauche offensive et désireuse de transformer le monde. Ne commençons pas par nous excuser d'être ce que nous sommes.

Antoine Blanca

 

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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