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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 11:22

Le Président Hugo Chàvez est serein: sa popularité ne faiblit pas, l'opposition est moins unie qu'elle ne le prétend (un candidat présidentiel unique sera désigné par une "primaire" le 12 février), le cancer qui l'a un moment affaibli paraît désormais contrôlé, les prix internationaux du pétrole demeurent élevés et, même s'il éprouve des difficultés à sa faire admettre à MERCOSUR, ses relations avec ses voisins se sont améliorées, notamment avec la Colombie. Sa réélection est l'hypothèse la plus vraisemblable le 7 octobre 2012 si sa rémission durable se confirme comme nous sommes en droit de l'espérer.

Sa politique volontariste en faveur de l'intégration des pays de la région est claire (son rôle prépondérant dans la création du CELAC par 33 pays latinos et caraïbéens en est la preuve). En revanche sa stratégie politique et économique globale l'est moins. Ainsi, si chacun comprend le besoin, pour la puissance pétrolière qu'il dirige, d'entretenir des relations économiques étroites avec le Chine et la Russie, nous avons de la peine à suivre Chàvez dans le jusqu'auboutisme(hier) de son soutien à Kadhafi, et à expliquer son enthousiasme (toujours actuel) pour Ahmadinedjad et la théocratie que ce personnage contribue à imposer à son peuple. La générosité avec les nations centro-américaines et caraïbéennes honore le riche Venezuela. Les excès d'action et de langage dans d'autres régions du monde que la sienne, en revanche, surprennent négativement quand ils favorisent des régimes sans fondement démocratique.

Mais le point faible principal du socialisme "bolivarien" doit être cherché dans la personnalité de Chàvez lui-même. Il a toujours beaucoup de partisans, essentiellement dans les couches populaires auxquelles il est resté fidèle depuis son accession au pouvoir, mais il n'est jamais parvenu à faire vivre un vrai parti politique susceptible d'assurer la continuité de l'oeuvre entreprise, en cas de disparition du père-fondateur. La République bolivarienne c'est avant tout Chàvez, son art oratoire, son inépuisable créativité, sa relation personnelle avec les masses. Mais personne, à Caracas, n'est en mesure de prononcer le nom d'un éventuel successeur au "comandante". Personne même n'ose l'interroger à ce sujet. Et comme tout dépend de son état de santé, on est en droit de lui demander quelle est la nature, le degré de nocivité du cancer qu'il est en train de soigner.

Président légitimé par le suffrage universel il est important pour les Amériques qu'il abandonne la pratique de l'improvisation permanente, qu'il prépare son héritage politique et social, qu'il s'entoure d'hommes et de femmes de qualité. Qu'il se sépare aussi des flagorneurs cupides et de ses copains d'école ou de village. Bref, qu'il se montre à la hauteur d'une ambition qui ne peut se réaliser dans la solitude.

Antoine Blanca

NB: le CELAC est né à Caracas (Conseil Economique latino-américain et caraïbéen), 33 pays le composent; ceux appartenant à l'OEA, plus Cuba, moins les Etats-Unis et le Canada.

 

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 12:06

L'affaire du PSG a fini de me convaincre de la dimension monstrueuse du choc que les amateurs de football de haute compétition sommes condamnés à subir. Mais nous savons aussi, hélas, que les changements qui sont cause de notre désarroi ne sont que la découverte, tardive, d'un phénomène qui affecte douloureusement l'ensemble de l'univers sportif. Les Qataris, par exemple, se sont rendus maîtres absolus d'autres grands  clubs en Europe et en Amérique latine. La métamorphose de Manchester City, ne s'expliquerait que par l'énorme mise de fonds arrivée du Golfe arabique. Les très riches (en Russie on les appelle oligarques) ne se contentent plus de posséder des yatchs et des palais, des poules de luxe et des îles privées. Ils s'offrent depuis quelque temps déjà des clubs de foot. Paris avait eu dans le passé d'autres actionnaires majoritaires. Mais c'étaient des parisiens passionnés, aimant le sport et le PSG, qui s'efforçaient de ne pas perdre trop d'argent dans l'affaire. D'autres sponsors leur disputaient le titre de meilleur ami du club. L'aventure demeeurait collective.
Aujourd'hui l'affaire est différente. Une principauté pétrolière a mis la main à la poche en espérant tirer un profit maximum de son investissement, tout en imposant ses vues sur le recrutement de joueurs et entraîneurs. Nous, supporters, aurions voulu que Antoine Kambouaré fut traité autrement que comme un domestique congédié à la sauvette, que le beau Beckam aille jouir ailleurs de sa retraite dorée, et qu'un prince des sables pétrolifères ne se mêle pas des questions sportives pour lesquelles sa compétence est plus que discutable.

Demain, si nous ne réagissons pas, le cosmopolitisme propre au capitalisme sauvage, aura pourri tous nos clubs pros, commencera à gangréner aussi le rugby et gagnera le basket et le hand. Pour le PSG l'acteur Lorànt Deutsch a lancé le premier cri de révolte. Acteur talentueux, footballeur passionné, il est bien placé pour donner le signal. Soyons nombreux à le suivre. J'appelle le Maire de Paris à s'exprimer pour sa part. Et demain les supporters à faire la grève des tribunes.

Antoine Blanca

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 10:53

Tout le monde est désormais d'accord; la proposition de loi (d'origine parlementaire mais exigée par le Chef de l'Etat, Aznavour et Carla) pénalisant toute remise en cause du "génocide arménien", et tous les autres (du moins ceux qui ont été reconnus), est exclusivement inspirée par des motifs électoraux. Les grandes causes méritent une toute autre considération. Mais cette démarche est typiquement sarkozyenne: elle était destinée à faire partie de sa petite panoplie de joueur de "bons coups", à embarrasser l'opposition, à faire un clin d'oeil complice à son collègue arménien qui venait de le recevoir en grande pompe. Au bout de la course, son espièglerie va pénaliser la France et son rayonnement diplomatique, notre commerce extérieur (déjà très mal en point) et, au bout du compte, les travailleurs français (des milliers d'entreprises françaises travaillent avec la Turquie).

On peut penser ce que l'on veut de M. Erdogan et de son gouvernement (ce blog lui a consacré récemment un article), mais il représente légitimement un grand pays avec lequel on a veillé à maintenir de bonnes relations. Et, surtout, il est appelé à jouer un rôle de premier plan dans les tentatives internationales de recherche de solutions aux drames qui agitent le Moyen Orient, spécialement la Syrie. Erdogan est un partenaire majeur de notre politique européenne.

M.Sarkozy ne cesse, pour se rassurer sans doute, de brocarder Hollande à propos de son inexpérience supposée en matière internationale. A l'abri, bien entendu, de son mini-cercle d'adorateurs élyséens. Or l'affaire de l'étrange loi mémorielle, démontre l'incapacité de notre président à s'éléver au niveau des intérêts supérieurs de la France.

Mais je ne peux dissimuler aussi mon mécontentement vis-à-vis de mes camarades socialistes. Ils sont tous d'accord avec ce que je viens de souligner, mais les députés présents en séance ont voté le texte et Jean-Marc Ayrault l'a justifié comme entrant dans notre conception éthique de l'Histoire. On peut partager le principe de son analyse. Mais manifester néanmoins notre désaccord avec la démarche et sa médiocre motivation. Les événements auxquels il est fait référence sont vieux de presque un siècle. Au lieu de fuir le problème parlementaire, comme on l'a fait, j'aurais préféré écrire une lettre à nos compatriotes d'origine arménienne. Etablissant notre position de socialistes et d'humanistes, rappelant nos prises de position antérieures. Mais disant aussi que nous nous apprêtons à gagner les élections et que nous souhaitons, après la victoire, engager des relations confiantes tant avec le peuple turc qu'avec son gouvernement, comme nous le ferons aussi avec le République d'Arménie.

Antoine Blanca

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 10:10

Pétillon a l'art de dire l'essentiel dans une seule caricature, d'écrire tout un éditorial en quelques coups de plume. Dans le dernier "Canard" l'un de ses dessins représente des soldats américains harnachés pour le départ; un groupe d'Irakiens les observent et l'un d'eux les interpelle: "Eh! N'oubliez pas d'emporter les armes de destruction massive!" Il est vrai que c'était là le prétexte officiel, grossièrement mensonger, de l'intervention. Les voilà partis via le Koweit où un contingent restera en alerte permanente. Prêt à revenir en cas d'urgence. Hypothèse peu vraisemblable: on retourne rarement sur les lieux du désastre dont on est responsable.

Désastre? Pas pour tout le monde, bien entendu. Dans ce genre de situation il y a toujours de vrais gagnants: aux Etats-Unis, l'industrie et les industriels de l'armement, les compagnies pétrolières et gazières, les banquiers et les trafiquants en tout genre. En Irak, les nouveaux riches, les profiteurs professionnels, les opportunistes les plus cyniques. On aurait aimé pouvoir dire que la démocratie est aussi sortie gagnante. Une tyrannie a été abattue, mais par la puissance des armes d'une puissance étrangère. Le terrorisme s'est installé dans toute son horreur; un pays, ses habitants, ses maisons, ses infrastructures, a été défiguré et, surtout, la guerre de religions, entre musulmans sunnites et chiites a déjà fait couler beaucoup de sang, tandis que les derniers chrétiens d'orient se voient contraints de prendre le chemin de l'exil éternel.

Malheureusement nous ne saurions dire que l'indépendance retrouvée va avoir, un jour, des conséquences positives pour l'Irak et les Irakiens. C'est une nation condamnée à l'instabilité que laissent les Légions en partance. Condamnée sans doute pour des décennies. Depuis sa gigantesque ambassade, une véritable ville américaine au coeur du pays qu'ils avaient envahi par la seule force brutale, les Etats-Unis vont veiller à la préservation, voire à l'épanouissement des intérêts qu'ils se sont créés.  

Antoine Blanca

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 10:50

C'était sur ARTE hier soir, mercredi 21 décembre. Un reportage professionnel, dépassionné, de la chaîne franco-allemande, la seule dont la qualité n'est limitée que par la modestie de son budget. En matière d'information elle est unique. Elle peut braver impunément la petite bande de l'Elysée parce que son audience est très minoritaire, que Berlin est un partenaire sourcilleux en matière de liberté d'expression et que ses fidèles "clients" sont des hommes et des femmes à l'esprit éclairé, inquiets de tout ce qui fait l'actualité ou peut menacer l'avenir de la planète et de l'humanité. Cette minorité là n'est pas électoralement ciblée, parce que numériquement négligeable aux yeux des conseillers du Château...

Le documentaire sur la personnalité de Sarkozy était alimenté par des séquences évenementielles et, surtout, par les commentaires des correspondants en France de la grande presse étrangère. Dix huit vétérans, souvent en poste depuis plus d'une décennie, connaisseurs éclairés de notre pays. Anglo-Saxons, Slaves, Latins, Orientaux, ils jetaient un regard clinique sur le personnage qui nous gouverne, pour un diagnostic scientifique qui s'est révélé mortel.

Témoignant de manière cloisonnée, leur sentence a été pourtant identique: Sarkozy a trompé et s'est trompé de bout en bout. Il connaît sans doute bien Neuilly, un certain Paris, mais pas la France. Il n'a cessé d'improviser sa politique en fonction des circonstances et de ce qu'il estimait être ses intérêts électoraux. Il n'est apprécié par aucun de ses partenaires, à commencer par Angela Menkel et par Barack Obama. Ses contacts avec les Français sont formatés par ses comunicants, Les journalistes nationaux se montrent le plus souvent obséquieux, toujours précautionneux, estimant que part de leur avenir dépend de ses bonnes ou mauvaises humeurs. Quant à la presse étrangère, Sarkozy préfère l'ignorer. Par crainte de leur indépendance? Sans doute. Mais aussi parce qu'elle ne compte qu'à la marge dans ses calculs électoraux...

C'est pourtant dans le domaine de la politique étrangère que les intervenants de l'émission lui reconnaissent des succès: lorsqu'il a exercé la présidence de l'Union et celle du G20. Son  esprit de décision dans la crise  libyenne aurait aussi tranché avec la frilosité de ses partenaires (il voulait faire oublier ses erreurs en Tunisie et en Egypte, expliquent-ils).

Au bout du compte, un véritable assassinat médiatique auquel seuls 5% des télespectateurs auront eu le privilège d'assister. "Il a vu son accession à la présidence comme un formidable cadeau d'anniversaire et s'est mis, dès le premier soir, à jouer avec. Avec les mois et les années, le regard des Français a été de moins en moins complaisant. Aujourd'hui nous voyons mal comment il pourrait refaire surface", a été la conclusion de ces experts.

Antoine Blanca

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 10:24

Personne ne pourra dire que le Président Moncef Marzouki souffre d'un préjugé anti-français. Il a trop longtemps vécu parmi nous, fréquenté nos universités et nos bibliothèques, nos restos et nos cafés pour que le moindre doute subsiste quant à sa profonde francophilie. Aussi quand, juste après avoir assumé ses hautes fonctions, il regrette les erreurs commises par notre pays dans sa conception et sa pratique de sa politique arabe, il parle en ami autant qu'en expert.

Notre maladresse est particulièrement sensible dans nos relations avec les Etats dont le territoire a été, autrefois, colonisé (Algérie), protégé (protectorat au Maroc et en Tunisie), ou encore placé sous mandat (Syrie, Liban). Le malentendu (avec des conséquences souvent tragiques) entre les peuples auxquels nous avons imposé notre loi, et la France et les Français ne s'est pas dissipé depuis la libération des premiers. Certes nous avons des érudits de la langue arabe et des civilisations arabo-islamiques. Mais, d'une manière générale, si nous avons, avec plus ou moins de succès, tenté de transmettre aux populations contrôlées notre savoir gallo-romain, aucun effort véritable n'a été fait pour que  nos compatriotes vivant dans les pays colonisés, protégés ou sous mandat apprennent l'Arabe, l'histoire et la culture des peuples arabophones et berbérophones et les rudiments de la religion pratiquée par l'immense majorité d'entre eux.

On aurait pu jeter un pont entre nos deux mondes, fonder notre relation sur la connaissance et le respect mutuel. Cela n'a pas été le cas et le même état d'esprit négatif a prévalu après l'émancipation, la renaissance ou la naissance des nations hier soumises. Ce qui conduit aujourd'hui, par exemple, la presse occidentale à mettre souvent dans le même panier, en Tunisis, le parti gouvernemental Enahdha et les salafistes (1). Alors qu'un gouffre infranchissable les sépare.

Le mépris né de l'islamophobie, de l'arabophobie, ne sera surmonté que si nous abordons avec humilité le chemin de la découverte de la culture héritée par ceux qui partagent notre vie et, parfois, notre univers.

Antoine Blanca

1-- Rappelons que ces extrémistes, qui prétendent que les textes dits sacrés soient appliqués à la lettre, sont financés par les maîtres wahabbites de l'Arabie saoudite, les grands amis officiels des Occidentaux. Les blagues circulent à leur sujet sur le Net:"Un salafiste prend un taxi dans une rue du Caire et demande au chauffeur d'éteindre la radio et la musique (ces appareils n'existaient pas au temps du Prophète, dit le client). Le chauffeur s'exécute mais fait descendre son passager. Qui s'étonne. "Attends le passage d'une chamelle!", réplique le taxiste.

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 12:11

Depuis le premier jour de son quinquennat Nicolas Sarkozy a profité du contrôle personnel, qu'il était en mesure d'exercer sur la politique du pays, pour improviser son action gouvernementale. En fonction de ce qu'il estimait être ses intérêts électoraux. A l'approche de l'échéance suprême, angoissé par la perspective d'un échec, il a encore accéléré le processus. Et il fait feu dans toutes les directions. Implants mammaires qui se révèlent cancérigènes, service minimum dans les aéroports, dépeuplement médical dans les campagnes, condamnation du massacre des Arméniens dans l'empire ottoman au lendemain de la première guerre mondiale...Tout cela, et beaucoup d'autres sujets sont traités dans l'urgence, pêle-mêle, tous azimuts, par un Président acculé dans ses derniers retranchements. Au centre du pouvoir depuis bientôt dix ans, Chef de l'Etat depuis 2007, il agit comme s'il allait de découverte en découverte, de révélation en révélation. Il ne cesse de courir après l'événement. Piètre gouvernance, pitoyable prestation.

Dans quatre mois les électeurs devront sanctionner cette précipitation, cette absence de véritable dessein. Si l'on analyse, point par point, son bilan, en nous basant sur les annonces de son programme présenté en 2006, force est de constater qu'il a globalement échoué. Même si nous avions le coeur à la bienveillance (reconnaissons que tel n'est pas notre cas), nous ne constaterions aucun élément positif dans son bilan. Une seule constante pourtant: il a toujours favorisé les ultra-favorisés: ils sont les seuls à sortir encore plus riches, beaucoup plus riches de l'épreuve sarkozienne. Notre président encore en fonctions a sa conception bien particulière, très personnelle (ou personnalisée...), de la fidélité.

Méfiance pourtant: les coups bas vont continuer de frapper sans mesure. L'honnêteté républicaine ne figure pas dans l'évangile selon Nicolas. Ses hommes de main et ses plumes mercenaires sont déjà en activité. Les mines anti-personnel sont enterrées un peu partout. Il sera difficile de toutes les détecter. Le grand juge sera, en fin de comptes, l'électorat. Espérons qu'il saura faire la part de l'accusation insignifiante, et celle de la proposition d'un autre avenir. Celle de la gauche démocratique.

Antoine Blanca

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 10:36

Dans les milieux qui sympathisent avec la gauche le sentiment de frustration est perceptible. D'autant  que l'opération "primaires citoyennes" avait mobilisé au-delà de toutes les espérances. Ce qui était la campagne de tous les dangers (les candidats pouvant être tentés de s'affaiblir mutuellement en oubliant la nature de l'objectif final) avait été au contraire une démonstration de dialogue ouvert, courtois sans pour autant céder à la  mièvrerie. Et puis, la fête télévisuelle finie, tout le monde avait dû descendre de son nuage. Il fallait passer aux négociations de terrain avec des alliés difficiles et ambitieux. Aller au charbon, c'est aussi ne pas craindre de se noircir un peu les mains et les habits.

Et surtout, il fallait que le vainqueur de la primaire, trouve sa juste place dans le combat que le candidat sortant avait déjà, pour sa part, engagé, en déroulant, sans pudeur ni mesure, tous les privilèges de sa fonction. Quel rôle pour le Parti, les élus à tous les niveaux, l'équipe de campagne? Même sur le plan matériel les réalités ont été dures à affronter. A commencer par la recherche de locaux dans un quartier de luxe, aisément accessibles à tous les acteurs et activistes, proches des assemblées parlementaires et de la rue Solférino, à la fois spacieux et à loyer convenable, libres dans l'immédiat, mais libérables, sans pénalités excessives, six mois plus tard.

Le candidat, lui, devait respecter une double fidélité: aux décisions des instances partisanes et aux accords conclus avec des tiers; et à des électeurs beaucoup plus indépendants qui ne cessent de demander mezza voce que François Hollande ne soit pas prisonnier d'une rigidité imposée. Son équipe de campagne, forcément trop large parce que susceptible de  représenter toutes les sensiblités et les compétences, devait apprendre à travailler de concert. Or l'opinion, à en croire les commentateurs, voulait, de manière contradictoire, et que le candidat manifeste un vigoureux leadership, et qu'il se montre consensuel.

Guidé par son tempérament et par l'exemple mitterrandien, François le Second a donné du temps au temps. Des semaines de réflexion, d'observation, d'évaluation. Il se sent maintenant disposé à entrer dans le vif du sujet. Après les rois, la campagne va vraiment commencer.

Antoine Blanca

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 09:37

Tout le monde doit être en mesure de pouvoir exposer ses vues à nos concitoyens. C'est démocratique, c'est un exercice de libre expression appréciable, légitime.

Mais n'y a-t-il pas d'autre moyen de s'y livrer qu'en se présentant à l'élection présidentielle? On peut écrire des livres, des articles dans la presse, parler sur les ondes, créer des associations...En revanche, occuper pendant quelques semaines micros et caméras ne serait, à mon sens, justifié que si cela contribue à enrichir le débat politique avec des idées nouvelles, des propositions constructives susceptibles de nous faire avancer dans la recherche de solutions à la crise profonde et multiforme que nous vivons en Europe. Or, quand on observe les multiples candidats considérés comme "petits", on constate deux choses: 1 - même quand il y a changement d'interprète, les thèmes de la chanson sont toujours identiques à ceux d'il y a cinq ans.      2 -  leur but avoué ne consiste pas à débattre, mais à marquer un territoire, aussi réduit fut-il (mon chien Médor est plus ambitieux).

Ils encombrent le paysage mais n'apportent, politiquement ou intellectuellement, rien de rien.

La gauche issue du marxisme, voire du marxisme-léninisme, a renoncé à dessiner les contours d'une société différente. Elle s'indigne, elle constate, elle dénonce avec une véhémence appuyée. Mais personne ne dit quelles conclusions ont été tirées de l'échec monstrueux du socialisme étatique, de la bureaucratie sclérosée et répressive qu'elle a engendrée. Partout les idéaux révolutionnaires ont été passés à la trappe. Le conservantisme du langage est pitoyable, désespérant, alors même que la crise actuelle du capitalisme de désindustrialisation, de recherche du profit pour le seul profit, de déshumanisation sociale, devrait permettre l'ouverture de nouvelles pistes à la construction d'un monde meilleur. Là où l'on attendait de l'exaltation, on n'y trouve qu'amertume et soldats sans armes.

Les acteurs de cette autre gauche peuvent être parfois (Mélenchon), des pourfendeurs talentueux. Mais au bout du compte ils sont tous consternants.

A quoi bon rappeler l'indigence des candidats de droite, des souverainistes aux centristes: leurs contributions ne sont pas dignes des enjeux actuels. Même Bayrou, l'éternel ressucité, survivant de l'inutile, vient de sombrer dans le grotesque en avançant, au pas d'un cheval, sur le chemin étroit du retour sur les frontières hexagonales.

On se dit finalement: il est heureux que des limites aient été fixées par la loi au dépôt de candidatures. Seuls socialistes et conservateurs resteront en place au milieu du printemps prochain. Ce n'est pas de la discrimination: c'est la sélection naturelle. A  gauche, les primaires citoyennes auraient pu d'ailleurs permettre à tous de s'exprimer et de se compter. Chacun a préféré rester dans son coin à se raconter la même vieille histoire de fées et de sorcières. A droite...ce n'est pas notre affaire aujourd'hui. La voilà sur le point de déclencher les hostilités contre...le Royaume Uni et son gouvernement conservateur. Peut-être que la dernière trouvaille sarkozyenne consiste-t-elle à un retour à la guerre de Cent Ans?...

Antoine Blanca

Le PS a déjà beaucoup travaillé ses dossiers. Mais le candidat retenu a la possibilité, le devoir même, de nous proposer de nouveaux horizons. Ils seront forcément européens et internationalistes. Ils ne devront pas craindre les ruptures. La discrétion actuelle de François Hollande signifie, je l'espère, que de nouveaux horizons vont nous être proposés, pas seulement de nouveaux sacrifices.

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:10

Hier, suite à la condamnation de Jacques Chirac, François Hollande a réagi avec mesure, voire avec une compassionnelle indulgence. Proximité corrézienne sans doute, humanisme propre à un socialiste jauressien aussi...Cela honore le candidat socialiste. Mais ne doit pas nous faire oublier pour autant les procès auxquels l'ancien maire de la capitale a échappé (souvenons-nous des "frais de bouche", par exemple). Et surtout la férocité de l'homme politique qui ciblait la gauche. Car si nous étions nombreux à nous être réjouis de sa contribution malicieuse à la marginalisation de Giscard, nous ne devons pas moins garder à l'esprit son attitude durant la première cohabitation (86/88): un vrai "tueur" qui avait établi un cordon sanitaire autour de l'Elysée, cordon que ni les ministres, ni les hauts fonctionnaires n'étaient autorisés à franchir. Chose plus aisée pour les premiers que pour les seconds: ambassadeur en Argentine, ayant  demandé audience au Président dès juin 86, je m'entendis dire par Matignon qu'une visite à Mitterrand équivaudrait à un casus belli avec Chirac. Et que j'en souffrirai les conséquences...Je n'échappais à la vindicte du Premier ministre que parce que mon intervention à Buenos Aires, en faveur d'un énorme contrat de la compagnie pétrolière argentine (YPF) avec Total, avait été jugée indispensable par le PDG François-Xavier Ortoli.

Pendant les premiers mois de la cohabitation, le palais de l'Elysée était une sorte de désert. On traversait cours et couloirs sans rencontrer âme qui vive. Même les fameux huissiers en prenaient à leur aise. François Mitterrand surmonta cette épreuve avec succès grâce à ses capacités exceptionnelles d'homme de caractère. Et surtout d'homme d'Etat. En 1988, c'est Jacques Chirac qui termina en miettes après avoir prononcé toutes les mauvaises phrases (les odeurs dans les HLM à émigrés...) et tenté tous les mauvais coups au-dessous de la ceinture.

Il est naturel de laisser le passé de côté pour se concentrer sur les échéances et les adversaires les plus immédiats. Mais laisser de côté ne doit pas signifier oublier.

Antoine Blanca

NB: Le Maire Chirac dépensait en 2 semaines en "frais de bouche", ce que le Maire Delanoê dépense en un an.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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