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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 12:21

Un ordinateur peut avoir ses caprices: le mien a avalé ce matin mon article et, au terme de toutes les tentatives possibles pour le récupérer, je me résous à le réecrire, sous le même titre, mais en lui donnant une autre forme. J'espère qu'il aura toutefois gardé tout son intérêt pour le lecteur...

LES FAITS:

Une déclaration du ministre chilien de la Défense, Andrés Allamand, m'interpelle: se disant inquiet face à la montée des conflits sociaux en Bolivie et au Pérou, il appelle au renforcement d'une "force militaire dissuasive" pour prévenir toute action de guerre de ces deux voisins.

CONTEXTE:

Actuellement est examiné devant la Cour internationale de La Haye un important différend maritime, opposant le Pérou au Chili, sur la délimitation des frontières. Un cadre donc diplomatique et juridique qui n'est donc pas de nature à alarmer la communauté internationale. Cela durera encore un certain temps et tout devrait se passer entre gens de bonne compagnie. Le recours à la force n'a été envisagé par personne.

INTERPRETATION

Soumis à une certaine diète budgétaire depuis le retour à la démocratie, les militaires chiliens ont poussé leur ministre à hausser le ton en invoquant une hypothétique menace par les "ennemis héréditaires" péruvien et bolivien. "Renforcement d'une force armée dissuasive", cela veut dire achat de nouveaux équipements et modernisation de ceux existants. Quant à Andrés Allemand, homme politique expérimenté et ambitieux, il fait parler de lui tout en se faisant applaudir par les plus droitiers du cabinet du Président Sebastiàn Piñera.

RAPPEL HISTORIQUE

La guerre du Pacifique, appelée aussi "guerre du salpêtre",cf bas de page, (1879-1884) a laissé des traces notables dans la mémoire historique de Chiliens et de Péruviens. Sans parler des Boliviens qui ont, à la suite de ce conflit, perdu tout accès à la mer. Le Chili, grand vainqueur, gagna une région, celle d'Arica, et ne rendit celle de Tacna qu'au terme d'une longue médiation internationale. La capitale, Lima, avait été occupée par les troupes du Chili et faillit être détruite sans une menace d'intervention armée française.

PRESSE PERUVIENNE

Elle a pris la déclaration d'Allamand très au sérieux, comme le démontre cette déclaration radio-télévisée du nouveau Premier ministre Oscar Valdés: "j'invite les Chiliens à se mêler de leurs propres affaires et les avertis que nous assurerons comme il se doit la défense de notre territoire". Un éditorialiste d'un grand quotidien conclut ainsi son papier: " Cette insolence de Andrés Allamand ne doit pas être prise à la légère. Prenons garde à ce qui peut arriver par le front du sud...".

Voilà qui surprend au moment où tout indique que les Amériques latines et les Caraïbes avancent de concert vers une coopération plus étroite dans tous les domaines. La création, par 33 Etats de la région, du CELAC confirme cette orientation.

Antoine Blanca

NB: le salpêtre était alors très recherché pour la fabrication de la poudre à canon.

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 13:19

J'ai entendu notre Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme  protester contre ce qu'elle a qualifié de passivité de l'ONU devant le drame majeur qui ensanglante la Syrie, jour après jour. Nous sommes nombreux à partager son malaise. Mais que pouvons nous faire pour y rémédier? Si elle agit dans le strict respect de la Charte des Nations Unies, la communauté internationale continuera d'être impuissante en attendant un changement de position du Conseil de Sécurité. Et comme toute intervention unilatérale dans les affaires intérieures d'un Etat souverain est en soi condamnable, nous n'avons pas fini de mettre à l'épreuve notre conscience malmenée.

La Charte autour de laquelle nous avons bâti l'édifice onusien est bien fissuré depuis le premier jour. Notre émotion est particulièrement vive à propos de la Syrie, parce qu'il s'agit d'un pays géographiquement proche, que l'insurrection populaire concerne un pays arabe, dans le contexte d'un vaste mouvement de libération des peuples arabophones qui retient l'intérêt assidu des médias du monde entier. Mais des drames majeurs touchent en ce moment même d'autres régions du monde, avec des conséquences  de même ampleur pour les populations et les biens, sans que cela retienne outre mesure notre attention. Il me faudrait vingt pages pour simplement les évoquer, les uns et les autres.

Alors, cessons de jeter la pierre à la seule ONU. Ses défauts, ses faiblesses sont les nôtres. C'est nous qui l'avons fondée, avons conçu et rédigé la Charte, inventé un Conseil de Sécurité et donné le droit de veto à cinq de ses membres. Réformer la Charte implique qu'il y ait un vaste consensus, presque une unanimité des Etats membres. Procéder dans le cadre de l'Assemblée générale, majorité contre minorité, équivaudrait à se tirer une balle dans le pied. Les Etats sont souverains et sont en droit de se retirer, et même de se dédire. Le Canada a pu ainsi retirer ses billes des accords de Kyoto auxquels il avait souscrit. C'est à la fois lamentable sur le plan moral, et inattaquable sur le plan juridique...

Le meilleur outil du monde ne vaut que par le soin que ses utilisateurs lui prodiguent. Cessons donc de nous en prendre à l'ONU comme s'il s'agissait d'un "machin" (De Gaulle dixit) capricieux, propre à créer plus de problèmes qu'il n'en résout. C'est au contraire un bien collectif. Nous sommes tous responsables de ses disfonctionnements.

Antoine Blanca

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 11:06

L'ancien Président de la Chambre des Représentants, Newt Gingrich, réapparaît dans la vie politique de son pays comme nouveau favori à l'investiture de son parti à l'élection présidentielle de novembre prochain. Ses dernières déclarations à propos du peuple palestinien ont fait scandale: un peuple "inventé", qui n'aurait, selon lui, aucun droit légitime à réclamer son indépendance, un peuple de terroristes...Bref si par malheur un tel personnage venait à occuper la Maison Blanche, il allumerait la mèche qui propagerait le feu dans tout le monde arabe. Et peut-être au-delà.

Bien entendu de tels propos peuvent être considérés comme purement électoralistes. Destinés à lui gagner des voix dans une "primaire" républicaine où il est de bon ton de se situer le plus à droite possible. Mais il n'est pas douteux que le personnage a, en l'occurrence, franchi la ligne rouge. Son porte parole vient de tenter d'atténuer l'effet produit par une telle proclamation (applaudie par les seuls extrémistes israéliens, dont un ministre). Mais le mal est fait. La désignation de Gingrich constituerait, par elle-même, un scandale d'ampleur mondiale.

Gingrich est coutumier du scandale. Souvenons-nous: de janvier 1995 à janvier 1999, "speaker" de la Chambre des représentants, il menait un combat acharné contre le président Clinton impliqué dans ce que l'on appelait "l'affaire Lewinsky". Au nom de la morale chrétienne et des "valeurs familiales". C'est alors que l'on découvrit sa relation adultérienne avec Callista Bisek, une de ses employées au Congrès. A la suite de cette révélation, une avalanche d'anciennes maîtresses se firent connaître. Elles firent assaut de détails entre croustillants et repoussants avec le grand congressiste puritain. Il divorça en même temps qu'il se vit obligé de quitter ses hautes fonctions en 1999. Newt Gingrich en est à son troisième mariage. Il fit par exemple pression pour divorcer de sa première épouse, alors qu'elle était à l'hôpital, opérée d'un cancer. A cette occasion il fit cette élégante déclaration:"elle n'est pas assez jeune, ni assez jolie pour être femme de Président".

Il serait trop long de détailler les autres scandales liés, eux, au financement de ses campagnes par la maison d'édition de Murdoch (Gingrich écrit un livre par an en moyenne) et par des "associations caritatives" bénéficiant de financements publics. Ou à son implication dans un scandale bancaire en relation avec le petit monde parlementaire (22 chèques en bois pour son compte).

Disons simplement que l'on ne s'attendait pas à voir cet individu revenir au premier plan de l'actualité. A fortiori dans le cadre d'une élection présidentielle.

Cet homme est dangereux. Davantage, potentiellement, que Bush Jr. parce que beaucoup plus intelligent (même s'il s'efforce de le dissimuler...).

Antoine Blanca

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 14:22

La 10 décembre est jour de fête pour l'ONU. Tout comme il l'est pour les droits de l'homme. Mais au terme de la conférence de Durban sur la prévention des conséquences des changements climatiques en cours, ni les Etats membres de l'Organisation, ni les défenseurs institutionnels des Droits de l'Homme n'ont de raison de pavoiser. Car si à Kyoto on était parvenus à un compromis acceptable (comme c'est le cas pour tout bon compromis), après la réunion de Durban la communauté internationale a beaucoup de mal à dissimuler un cruel échec. A la mesure des espoirs qu'elle avait placés dans ce nouveau rendez-vous mondial.

Que signifie ce résultat négatif? Essentiellement il est la conséquence du refus des grands pays émergents à considérer le problème majeur posé par la consommation sauvage d'énergie et par une production industrelle anarchique et à progression géométrique. L'argument avancé est toujours le même, qui s'adresse aux puissances industrialisées traditionnelles, bien installées: "vous avez fait n'importe quoi et agi n'importe comment depuis un siècle et demi. Et maintenant que nous avançons, vous prétendez freiner, sans contre-partie, notre élan!" Et d'ajouter:

"Donnez les premiers l'exemple du sacrifice, nous vous rejoindrons quand nous aurons atteint un niveau de développement correspondant à nos intérêts nationaux!" 

Un dialogue de sourds d'autant plus insupportable qu'il s'exprime davantage par des sous-entendus que par des discours assumés.

En attendant la dégradation générale s'accélère.

Il n'y a cependant pas de solution alternative à la poursuite, même chaotique, de ce qui a été entrepris à Kyoto. Un nouveau rendez-vous a déjà été convenu, les agences spécialisées du système onusien vont continuer de travailler (1) et l'humanité d'avancer lentement, mais sûrement. à la recherche de solutions susceptibles d'éviter une accélération des déséquilibres planétaires qui nous menacent.

Tout concourt à renforcer notre conviction: l'ONU, en dépit de tous ses défauts (dont nous sommes collectivement resposables) demeure le fondement indispensable de la construction lente, mais certaine, d'une société plus sereine, d'une humanité meilleure et plus éclairée. Durban aura été une déception. Il y en a eu d'autres dans le passé et il y en aura encore dans l'avenir. Mais la conférence a néanmoins facilité des échanges, encouragé le dialogue, contribué à une réflexion globale. L'outil est fragile. Mais il demeure indispensable à une cohabitation constructive.

Antoine Blanca

1- avec la contribution solide des ONG reconnues par le Conseil économique et social de l'ONU.

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 09:54

Quand on a un ami comme Arnaud Montebourg, on n'a pas besoin d'ennemis. Cet avocat en quête permanente de notoriété paraît capable de tout et de n'importe quoi, pourvu que son nom fasse l'actualité. C'est sans doute le devoir de chacun de ses militants d'informer les responsables de l'organisation à laquelle il appartient, des soupçons, s'ils sont fondés, de corruption dont tel ou tel dirigeant, départemental ou régional, se serait rendu coupable. S'ils sont vérifiés, une telle démarche est saine et démocratique.

A l'affût, en permanence, de toute dérive ou supposée telle, le député de Saône-et-Loire écrit beaucoup à la première secrétaire. Cet avocat a une vocation de procureur. Un chevalier blanc. Mais pour s'assurer sans doute que son courrier ne finira pas aux oubliettes, il envoie simultanément à la presse le courrier en question. Foin de confidentialité de la correspodance. Sa dernière lettre, destinée à couvrir de boue l'une des plus vénérables fédérations de France d'origine ouvrière, celle du Pas-de-Calais, a atteint d'ores et déjà tous ses objectifs. Sans présenter un seul élément de preuve à l'appui de ce qu'il avance, il a jeté en pâture le nom du député maire d'une ville minière afin que la rumeur s'en repaisse. Pour faire bonne mesure, il a aussi mentionné l'ancien maire de Hénin-Beaumont, dont les démêlés avec la justice remontent à 2003 et...plus curieusement, il a ajouté à la liste le nom du célèbre Jack Lang, élu du département, mais complétement étranger aux activités organisationnelles  de la fédération socialiste (je n'ai pourtant jamais été tendre avec cette personnalité, comme mes lecteurs le savent).

Comme tous les corbeaux, monsieur Montebourg peut faire beaucoup de mal. Surtout à ses camarades de parti. D'ailleurs, quand s'en est-il pris, pour la dernière fois, à nos adversaires... Quel est son but? Jouer au M. Propre du PS? Pourquoi alors ne pas utiliser les instances régulières qui veillent à une saine gestion de notre fonctionnement? L'ennui, c'est qu'elles agissent avec discrétion et ne mentionneront pas son nom. En attendant il fait le lit de la droite, et surtout, de l'extrême droite (dans une région convoîté par la Marine), au mépris de toute recherche sérieuse, au mépris de la vérité. Je ne lui serrerai plus jamais la main. Au moins Eric Besson avait adhéré directement à l'UMP lors de son retournement de veste en 2007. Montebourg serait bien avisé de demander sa carte au FN dont il est déjà le serviteur zélé.

Antoine Blanca

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 12:20

Le dilemme est le même partout, quand on décide l'exploitation d'un nouveau site minier, dans un pays en développement:

-- faciliter la mise en valeur économique d'une région, créer des postes de travail et de la richesse induite,

ou (et....),

-- se résigner à porter de graves atteintes à l'environnement, à la faune et à la flore, pourrir la qualité des sols et celle de l'eau, qu'elle soit destinée à la consommation ou à l'irrigation,

C'est le problème, quasi insoluble, auquel est confronté le gouvernement du Président progressiste Ollanta Humala. Renoncer à un projet gigantesque, pour de nobles raisons écologiques, ou y adhérer pour le bien de l'économie péruvienne. L'exploitation de la mine d'or, dont les réserves sont prouvées, supposera un investissement de 4 milliards de dollars et des milliers d'emplois. Situé à 4800 mètres d'altitude, le gisement aurifère de La Conga serait le plus important du continent américain. Le contrat va être signé avec une entreprise du Colorado, Newmont, et son associée péruvienne, Buenaventura. Les dégâts qui seront causés à la terre, aux rivières, à la géographie même (une grande lagune, presque un lac, sera asséchée) seront suffisamment importants pour qu'ils aient provoqué la paralisation de quatre provinces autour de la ville de Cajamarca et la proclamation de l'Etat d'exception.

La mobilisation massive de la police et de l'armée veut témoigner de la volonté du pouvoir de ne pas céder aux protestataires. Même si des négociations ont été ouvertes avec les manifestants et les élus de la région.

Humala estime que le Pérou ne peut laisser passer une telle chance pour son développement. Comme au temps des frères Pizarro, les métaux précieux, leur exploitation et leur commerce sont toujours d'actualité...

Antoine Blanca

  NB: Newmont et Buenaventura sont bien connus au Pérou. Ils exploitent déjà une mine d'or à Yacireta, dans le nord du pays. La mine avait été découverte par une société publique fraançaise, le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et minières) qui détenait 24 % des parts. La bonne relation qu'entretenaient ses associés avec le régime corrompu de M. Fujimori, leur permit de faire main basse, pour une bouchée de pain, sur les parts françaises. Cette agression reçut la bénédicion de la justice fujimoriste. On alla devant la justice internationale. Un compromis permit au BRGM de récupérer 80 millions de dollars supplémentaires.

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:53

Nous avons demandé, article après article, que les effets de la crise économique et sociale, donc politique, qui est en train de secouer notre Europe, fassent l'objet d'un examen commun aux partis de la gauche démocratique du continent. Nous avons rappellé qu'une structure organisatrice, le PSE, existait déjà et qu'il suffisait de lui donner davantage de pouvoir en lui offrant plus de contenu idéologique et une force nouvelle de proposition de changement.

Or ce sont les forces de droite qui ont répondu par un congrès, à Marseille, destiné à célébrer leurs victoires portugaise et espagnole et, surtout, à tenter de faire la courte échelle à un Sarkozy qui, ayant touché le fond, veut rebondir en se donnant des allures de sauveur supra-national.

Ces prétentions de nos adversaires politiques est d'autant plus absurde que le responsable du désastre que nous vivons n'a d'autre visage que celui du libéralisme. Leurs représentants, dans les différentes institutions qui nous mortifient, jouent entre eux, dans une même cour de récréation d'où nous sommes exclus. L'étalage de leurs contradictions ne les empêche pas de tirer, tous, dans la même direction. Ministres, banquiers, agences de notation défendent les mêmes intérêts contre ceux qui portent des idées progressistes. La grande presse est d'ailleurs entrée dans cette danse mortifère. Le discours de Hollande devant le Congrès du SPD a été à peine mentionné, tout comme sa visite à deux usines et à leurs travailleurs. Deux succès passés sous silence.

Le candidat de la gauche ne doit pas subir, sans réagir, ce type d'humiliation. La bataille au printemps 2012 se fera droite contre gauche, projet contre système. Ne nous laissons pas intimider par cette convergence de pressions et de manipulations. La mise en marche de notre projet réformateur ne se fera pas sans rupture.

Antoine Blanca

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 10:36

A l'édition de la mi-journée de Canal+, hier 6 décembre. Ali Badou conduit le bal à la fois souriant et sobre. Nicolas Domenach est le commentateur politique. Les invités spéciaux du jour: deux nouveaux militants du FN. Un homme jeune, diplômé de Sciences Po, très cadre prometteur, une femme entre deux âges, tailleur rigoureux et cheveux grisonnants coupés courts. Tous deux disent avoir quitté le PS pour rejoindre Marine. L'homme est un ancien chevénementiste ("je suis simplement fidèle au message de l'ancien ministre de la Défense, tout comme son ancien directeur de cabinet"); la femme, elle, vit dans le Nord et se dit certaine de son bon choix. L'entretien, forcément limité par le temps, s'oriente vers la question de l'immigration. "Le Danemark interdit désormais l'immigration et s'en porte bien", dit l'ancien de Sciences Po. "C'est l'exemple à suivre". On en reste là.

Que ces petits bourgeois bien mis, très comme il faut, se reconnaissent en Marine Le Pen ne surprend pas. Ils auraient pu choisir l'UMP ou une voie plus centriste. Ils peuvent nourrir des ambitions électorales personnelles et estimer que le FN est le chemin le plus court de leur réussite individuelle...

Mais deux choses sont beaucoup plus inquiétantes:

-- la dimension européenne du renforcement spectaculaire de l'extrême droite;

-- la séduction que cette dernière exerce dans les milieux populaires.

En France il est indéniable que, depuis deux décennies, les électeurs issus du prolétariat ou du lumpen (pour employer un vocabulaire marxiste) se sont en partie réfugiés dans le vote fascisant. Ils n'adhérent pas au "parti", ou pas encore, mais ils votent pour lui à l'abri du secret des urnes. Je connais bien la géographie politique du Nord et du Pas-de-Calais et les résultats des élections ne manquent pas de m'impressionner. Pendant longtemps j'ai cru le phénomène passager. Et je me suis trompé: Roubaix, Tourcoing, l'ancien bassin minier sont devenus des fiefs du lepénisme. Marine s'est installée à Hénin-Beaumont, une commune où, avant la fermeture des charbonnages, socialistes et communistes totalisaient 80% des voix...

Nous avons tardé à prendre conscience de cette réalité. En France nous avons le FN. Mais la Belgique, l'Autriche, le Danemark, l'Italie, les pays scandinaves, les anciennes démocraties populaires sont frappées par les mêmes pustules brunes. 

Le phénomène étant européen, il faut procéder à une analyse commune. Au PSE (1) d'y travailler. Pour le moment ledit phénomène est "seulement" électoral. Quand il aura pris une dimension militante, que les électeurs s'afficheront avec leurs cartes et, peut-être des uniformes, il sera trop tard. Aussi, après analyse, procédons à organiser la riposte des socialistes européens. La météo annonce de violents orages de grêle. N'attendons pas que nos moissons soient détruites.

Antoine Blanca

1-- PSE, Parti socialiste européen (Internationale socialiste)

 

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 10:22

Une gigantesque manifestation de la société civile colombienne est organisée aujourd'hui. Le Président Juan Manuel Santos y participera à Bogotà, la capitale. Les colombiens veulent ainsi exprimer leur désir de paix après 62 ans d'insécurité chronique. Les sceptiques diront que ce n'est pas la première tentative en ce sens. Nous avions cru, par exemple, que l'accord de paix entre Liberaux et Conservateurs [les deux partis traditionnels formèrent un Frente Nacional et s'accordèrent pour gouverner en alternance pendant 16 ans, 2 mandats de 4 ans chacun] qui se livraient une guerre particulièrement meurtrière, allait mettre fin à la violence, au conflit armé. Il n'en fut rien: trop d'intérêts inavouables étaient en jeu, trop de puissances plus au moins occultes prospéraient grâce à l'insécurité. Le Frente Nacional  fut seulement un répit. Si les deux grands partis cessèrent de se combattre par les armes, la violence continua sous d'autres formes: cartels de trafiquants de drogues, milices armées (paramilitares) financées par les propriétaires terriens pour terroriser les journaliers, guérillas formées par ceux qui se sentaient exclus du Frente Nacional (ELN, M19, FARC majoritairement communistes).

Et naturellement la corruption s'épanouissait dans ce monde en ébullition permanente. Elle n'épargna ni le gouvernement, ni les parlementaires. La Colombie est resté longtemps la première  productrice mondiale de cocaïne et détient le record d'enlèvements avec demande de rançon. Tout en restant, historiquement, le pays latino-américain le plus stable sur le plan institutionnel!

Le Président Santos est décidé à passer à la vitesse supérieure dans la recherche d'une paix durable. Déjà malmenés durement sous la présidence de Uribe(dont Santos était le principal ministre), les guérilleros des FARC sont désormais à l'agonie. Ils viennent de se couper de leurs derniers sympathisants civils en exécutant froidement quatre de leurs plus anciens prisonniers (2 militaires et 2 policiers). Ils ne bénéficient d'aucune porte de sortie internationale: une paix durable a été conclue avec le Venezuela de Chàvez (2000 kilomètres de frontière commune et de vieux contentieux historiques). 

L'ELN et le M19 n'existent plus. Le problème des paramilitaires semble en voie de réglement. Les FARC, très affaiblies, peuvent encore faire mal. Il est temps de résoudre ce problème. Comme l'a déclaré à El Pais le Vice-Président Angelino Garzòn, un syndicaliste respecté "...il faut garantir à la population le droit de vivre en paix, dans un certain bien-être. Or toute organisation illégale est une atteinte à ce droit...Nous allons en finir avec les FARC, non seulement en respectant les Droits de l'Homme, mais encore en luttant contre la pauvreté, la misère, le chômage, la coruption et l'impunité..."

Les conditions paraissent aujourd'hui réunies pour que ces objectifs puissent être atteints.

Antoine Blanca

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 10:44

Quand la grande presse et bonne part des hommes politiques parlent, et écrivent, à propos de l'Islam en politique, ils laissent le plus souvent entendre, de manière implicite, que la menace extrêmiste n'est pas loin. La manière utilisée pour communiquer les résultats du vote aux élections législatives égyptiennes (circonscription incluant Le Caire et Alexandrie) est elle-même significative d'une volonté de faire peur. Pourquoi confondre dans un même paquet "Frères musulmans", salafistes (ultra intégristes) et divers groupes religieux, si ce n'est pour envoyer un message alarmiste à l'opinion démocratique mondiale.

Regardons les choses de plus près: l'organisation des Frères musulmans, comporte une branche politique, parti de la liberté et de la justice, qui dirige une "Alliance" plutôt composite (nationalistes arabes, libéraux, centristes de tout poil). L'objectif de ces vieux routiers  de la vie égyptienne (ils ont naguère eu recours à la violence) est de présenter un visage de vertueuse modération. Il y a, dans les listes de "l'Alliance", 8% de chrétiens (coptes) et un même pourcentage de femmes. C'est parler d'une tactique d'ouverture. Nous n'oublierons pas, pour autant, que ce sont les 'frères' qui tirent les ficelles. Mais ce n'est pas une raison pour confondre ces fins stratèges avec les barbus intégristes, les salafistes, qui ont réalisé un score surprenant dans la ville, (autrefois pourtant bien ouverte sur les vents libertaires de la Méditerranée) d'Alexandrie.

Le vice-président des 'frères', Issam Al-Arian (probable futur président de l'Assemblée), vient de déclarer au quotidien de Beyrouth An-Nahar: "nous avons soucrit à l'accord sur le principe d'un Etat civil, moderne et démocratique, c'est à dire un Etat dans lequel le pouvoir est soumis à la volonté populaire, avec une justice indépendante, la séparation des pouvoirs, l'alternance gouvernementale, la liberté, la justice sociale et des responsables qui doivent rendre des comptes". Et d'ajouter (quand on lui fait observer que son mot d'ordre était l'Islam est la solution): "L'Etat religieux n'existe pas en Islam...Le contraire d'un Etat civil n'est pas l'Etat islamique, mais l'Etat militaire".

Le lecteur peut se référer au texte complet de cet important entretien en allant sur le site d'An Nahar. Il sera intéressé par les précisions données par Issam Al-Arian, sur son interprétation de la Charia (un ensemble de valeurs humanistes) et sur la nécessité de favoriser le tourisme...

Nous aurions préféré, pour notre part, que les forces laïques remportent les élections, que M. El Baradéï ait, demain, une chance d'être élu Président. Mais nous ne devons pas, pour autant noircir le tableau comme à plaisir. Le peuple égyptien est sur le point de trancher. Observons les vainqueurs à leurs actes. Et évitons les caricatures fruit de la malveillance ou, le plus souvent, à l'ignorance.

  Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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