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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 12:44

La communauté internationale, mal préparée aux événements qui bouleversent les pays méditerranéens, est à la recherche d'un modèle de démarche politique qui serait un début de solution à la crise morale et institutionnelle qui secoue ces derniers. Beaucoup d'Arabes et d'Européens se sont mis à regarder avec espoir du côté d'Ankara et de son premier ministre. Il semblerait que pour la Maison Blanche et le Département d'Etat, la religion (si l'on ose dire), soit  d'ores et déjà faite. Recep Tayyip Erdogan serait l'homme qui ouvre et éclaire le bon chemin.

A un lecteur du grand quotidien d'Istambul, Hürriyet, qui écrivait sur son site: La Grèce a aujourd'hui besoin de la fermeté d'un Erdogan, un éditorialiste(1) du journal lui a répondu: "Inutile de dire qu'un dirigeant de la trempe d'Erdogan vous épargnera le désagrément de vous mettre en grève [le droit de la faire est strictement limité en Turquie, et il est illégal dans la fonction publique]"et de rappeler que tout manifestant, au pays de la Sublime Porte, peut être considéré comme dissident, jeté en prison et attendre deux ans pour pouvoir s'expliquer devant un juge..."Un Erdogan ne serait pas une excellente nouvelle pour nos confrères journalistes, précise l'éditorialiste, à supposer qu'ils n'aient pas envie de se faire arrêter pour des livres qui n'ont pas encore paru ou pour avoir rencontré une personne figurant sur la liste noire du gouvernement..." J'ai en effet vérifié que 70 personnes sont actuellement emprisonnées, sans jugement, accusées de délits de presse. Dans la Turquie d'Erdogan, je le rappelle par ailleurs, les femmes sont encouragées à rester au foyer, à procréer généreusement (trois enfants par épouse sont souhaités). L'adultère, lui, est passible de peines d'emprisonnement.

Je suis le premier à comprendre que, au milieu des incertitudes actuelles dans les pays majoritairement musulmans, un islamiste costumé, cravaté, propre sur lui comme Erdogan, fasse de l'effet. J'ai cru devoir faire part, à mes lecteurs, de mon sentiment globalement positif le concernant. Les Turcs ne sont généralement pas bien accueillis dans les pays arabes: or le premier ministre de l'ancien pays impérial ottoman venait d'être reçu triomphalement au Caire par la population. Je persiste à penser qu'il peut jouer un rôle nouveau d'intermédiaire au Moyen Orient.

Mais soyons clairs: nous avons là un homme politique conservateur, autoritaire rêvant sans doute de totalitarisme, convaincu de la nécessité de priver de sa substance les principes de laïcité musclée qui étaient l'un des héritages les plus précieux de la révolution de Mustapha Kemal, Atatürk. Les Européens ne devons pratiquer ni le rejet, ni céder à un enthousiasme irraisonné.

Antoine Blanca

1-Burak Bekdil, directeur de la rédaction de Hürriyet

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 10:29

Je n'ai pas apprécié la nouvelle: les cendres de Marcel Bigeard, général, gloire des parachutistes, militaire le plus décoré de France, mort à Toul, sa ville de naissance, en juin 2010, vont être transférées en l'Hôtel des Invalides. Pour reposer aux côtés des grandes gloires de l'Armée française. Sarkozy profitera sans doute de ce faste funèbre pour prononcer un discours martial. Et le ministre Longuet aura fait son devoir d'élu de Lorraine: Bigeard a été aussi sous-ministre et, pendant dix ans, député de  Meurthe-et-Moselle. Un collègue, un "pays", un ami politique...

Personne ne niera au légendaire baroudeur ses qualités de combattant, des Forces françaises libres à Dien-Bien-Phu. C'était un guerrier d'exception et il a toujours été persuadé d'avoir bien servi la France. C'est passer par pertes et profits le fait qu'il était devenu à Alger, au milieu des années 50, un chef de groupes tortionnaires pratiquant cet exercice ignoble à grande échelle. Adjoint du général Massu (1), il a fait procéder à des arrestations de masse (tous les hommes de la Casbah ont ainsi été arrêtés, torturés et pour une grande partie d'entre aux, achevés avant de disparaître à jamais). Le principe du programme: "arrêter puis torturer coupables et innocents, il en sortira toujours quelque chose..."

Le cas de Larbi Ben M'hidi est resté célèbre parce que son histoire finale a été rapportée par Bigeard lui-même. L'ancienne rue d'Isly, au coeur d'Alger, porte son nom. Il faisait partie du petit groupe qui décida du lancement de l'insurrection du 1er novembre 1954 (2). Bigeard avait interrogé lui-même son prisonnier pendant 8 jours. Il a parlé d'interrogatoires musclés, mais pas de torture...Au moment de le remettre aux bourreaux, Bigeard prétend qu'il était devenu son "ami", qu'il lui avait dit le comprendre. "Si j'avais été Algérien j'aurais fait comme vous. Mais je suis Français et soldat". Le général Aussaresses, lui, revendique sans réserve son parcours de tortionnaire et d'exécuteur des basses oeuvres. "C'est un con qui a trop tendance à ouvrir sa gueule", a dit de lui Marcel Bigeard.

Que devenaient les corps des milliers de suppliciés? On les faisait disparaître. La dictature argentine n'a fait que nous imiter. Si une partie des disparus d'Alger ont fini par avoir un nom, c'est grâce à un jeune haut fonctionnaire, Paul Teitgen, récemment promu Secrétaire général de la Préfecture d'Alger. Je me devais de rendre hommage à son courage.

Antoine Blanca

1- Massu avoua plus tard regretter d'avoir dirigé au sommet ce type d'opération. Pas Bigeard, qui a affirmé, toutefois, qu'il avait fait présenter les armes à Ben M'hidi qu'on allait conduire à la mort.

2-Larbi Ben M'hidi était l'un des participants du fameux "congrès de la Soummam", dans les montagnes kabyles, qui adopta le programme politique du FLN. Il devait être la Bible de l'Algérie indépendante. Progessiste et laïc, il fut vite oublié...

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 11:12

La carte électorale de l'Espagne après les élections du 20 novembre est une désolation. Du moins à mes yeux. Les listes du PSOE ne l'ont emporté que dans les provinces de Barcelone (Carme Chacòn), et de Séville (Alfonso Guerra). Mais je reçois des messages de toute la péninsule: nous allons retrousser nos manches et préparer les prochaines échéances avec la volonté de les gagner, disent mes amis. Acceptons-en l'augure.

Le Comité fédéral (équivalent du CD du PS) s'est réuni le 26 novembre et a décidé d'un plan de travail pour les mois à venir. Tous les adhérents sont concernés. Analyse approfondie des raisons de la défaite dans un contexte de crise grave. Enregistrement des candidatures au poste de Premier secrétaire et aux autres fonctions exécutives. Les décisions seront prises par un Congrès qui se réunira à Séville du 3 au 5 février 2012. En attendant le parti sera de facto dirigé par le groupe parlementaire du Congrès des députés (110 membres) et par le président de ce dernier, Pérez Rubalcaba qui avait conduit le combat des dernières élections.

José-Luis Rodriguez Zapatero va transmettre incessamment les clés de La Moncloa, siège de la Présidence de gouvernement, à Mariano Rajoy, chef de la droite (Parti populaire). Le PP dirige déjà la quasi totalité des autonomies régionales. Il aura à affronter la crise autrement qu'au travers de ses critiques destructrices. Zapatero lui, va prendre du recul pour une période indéfinie. Il avait annoncé à temps qu'il renonçait à se présenter devant les électeurs pour laisser la place à son ministre de l'intérieur. Mais il sera resté Président jusqu'au bout. Au cours de ses deux gouvernements il se sera attaqué avec courage à nombre de problèmes de société. Mais beaucoup lui reprochent de leur avoir donné priorité sur l'économique et le social, d'avoir épousé sans grande restriction l'idéologie libérale. De ne pas avoir marqué à gauche son territoire.
Le parti de la Gauche unie (IU) a, pour sa part, progressé en pourcentage et en sièges. Mais 11 députés, c'est tout de même bien modeste.

Le Congrès national du PSOE a devant lui un vaste champ de travail. L'Espagne démocratique va avoir besoin d'une force d'opposition à la fois résolue et constructive. M. Rajoy et les siens ne vont pas tarder à étaler leur incroyable incompétence, déjà bien visible dans les régions autonomes et les grandes municipalités qu'ils contrôlent. Mais n'oublions pas que ce sont les Espagnols qui leur ont ouvert librement les portes. Ne leur souhaitons pas de payer leur erreur d'un prix trop élevé.

Antoine Blanca

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 10:29

On dit le plus souvent, non sans raison, que les diatribes proches de la xénophobie du sarkozysme, s'expliquent par des considérations électorales. La France et les Français avant tout, proclame-t-on. Identité nationale avant tout. Les étrangers? Les Européens, d'accord, il le faut bien. Encore que les Roumains...Mais les autres, ceux qui n'ont pas été sanctifiés par la naturalisation. Et si nous y regardions de plus près: quelle est la vérité historique de l'immigration et du rôle économique et social qu'elle a joué dans notre vie commune. Qu'en est-il dans l'actualité?

Commençons par l'histoire récente: les premières grandes vagues de travailleurs étrangers arrivées en France, aux premiers temps de la société industrielle. C'étaient pour l'essentiel des citoyens de l'actuelle Union européenne. Surtout des Italiens et des Polonais. Ils n'étaient pas bien accueillis, surtout par leurs frères travailleurs. Quand bien même les nouveaux arrivants effectuaient les travaux les plus pénibles: verrerie et textile dans la vallée du Rhône et dans l'Isère, mines de fer et de charbon, hauts fourneaux dans l'Est et le Nord. Ces damnés de la terre ont contribué à faire entrer notre cher et vieux pays dans un monde nouveau. Dans la région lyonnaise il y eut des véritables émeutes contre les "macaronis" accusés de casser les salaires et de ne pas soutenir les premières revendications ouvrières. Les Espagnols, eux, étaient d'abord des saisonniers agricoles, vendangeurs pour la plupart, dans le sud-ouest. Ils venaient pour quelques semaines mais, souvent, restaient à demeure, y faisaient souche.

A l'époque personne ne venait d'Afrique du Nord ou sub-saharienne: c'était nous qui allions chez eux. Pour les coloniser. On a pris leurs richesses et leurs guerriers. Les premiers Africains à fouler le sol de l'hexagone l'ont fait en 1914. Beaucoup ont laissé leur vie pour une patrie qui réclamait leur sacrifice sans les accepter comme citoyens.

Alors, que viennent faire les discours présidentiels et gouvernementaux. On peut réglementer sans insulter. Sans insulter aussi l'avenir. Si nous avons l'ambition de vaincre la crise, nous ne le ferons qu'en nous ouvrant à toutes les volontés, à toutes les compétences. Renvoyer dans leur pays, par exemple, celles et ceux qui ont brillamment réussi chez nous un cursus universitaire, relève de l'absurdité criminelle. La plupart des derniers Prix Nobel scientifiques américains sont d'origine étrangère. Mais dans des domaines moins prestigieux, nous aurons besoin de bras. Nous avons des millions de chômeurs, mais aussi 300000 postes demeurent vacants dans de nombreux corps de métiers...

La générosité de la France, quand elle a ouvert ses bras, a toujours été récompensée. Il est vrai que cette générosité n'a le visage ni de Guéant, ni de son maître.

Antoine Blanca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 10:06

Apparemment les observateurs ont du mal à suivre. Depuis vendredi dernier on parlait de nouvelle révolution, d'extension du mouvement protestataire, de violences policières, de manifestants tués, d'appels au départ du Conseil militaire suprême et de son maréchal de chef, de rejet du nouveau Premier ministre, compétent et honnête, disait-on, mais coupable d'avoir déjà exercé les mêmes fonctions sous Moubarak (et d'avoir 78 ans)...Bref, à entendre nombre de commentateurs, le peuple sonnait l'hallali pour détruire les derniers vestiges d'un passé honni. Même les religieux de la respectable et universellement respectée Université El Azar, appelaient, nous disait-on, à soutenir les revendications de la rue.

Et voilà que depuis hier lundi la tendance s'est radicalement inversée. Les électeurs affluent en masse dans les bureaux de vote, se résignent en souriant à de longues attente et, s'ils sont sollicités par micros et caméras, expriment leur espoir de pouvoir contribuer à un changement ordonné. Le Premier ministre s'installe, non sans avoir reçu auparavant la bénédiction du maréchal Tantaoui. Les citoyens, eux, s'apprêtent, non à passer une longue nuit de dépouillement électoral, mais à regarder dans les étranges lucarnes leurs compatriotes aller voter, jour après jour dans d'autres bureaux de vote. Car l'exercice va encore durer, un temps indéterminé. L'année prochaine, in'challah, les Egyptiens éliront enfin leur raïs, leur Président.

Quel miracle s'est-il révélé entre vendredi (quand la presse occidentale s'interrogeait: comment va-t-on pouvoir voter lundi avec cette foule sur la polace Tahrir qui demande le boycott des urnes?

Deux explications:

1- La majorité silencieuse veut le retour au calme. en ville et à la campagne. Elle s'est dit: on nous offre une sortie de crise naturelle et digne, démocratique. Allons aux urnes et retrouvons ensuite notre travail de survie quotidienne. D'ailleurs le vote est obligatoire...

2- Les militaiires et les Frères musulmans, seules forces organisées, ont conclu un pacte de stabilité. On s'aide mutuellement à maintenir le calme et à veiller à la transparence relative du scrutin...Et les militaires garantissent qu'ils ne feront pas obstacle à la participation des "frères" au pouvoir, à leur installation dans les palais gouvernementaux.

Voilà mon interprétation et, merci pour votre attention.

Antoine Blanca

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 10:26

L'élection d'un Président et celle des députés, dans la foulée, devrait donner lieu à un débat clair, honnête, seule méthode susceptible d'éclairer les électeurs. C'est l'engagement qu'a pris François Hollande, et qu'il respectera. Son parti, le PS, a ainsi organisé une primaire citoyenne ouverte, premier pas en avant vers la transparence. Le candidat de la gauche démocratique a ainsi reconnu la nécessité de tenir compte des changements intervenus dans la société et dans l'économie depuis l'adoption du projet PS. Il a précisé aussi que les propositions  en vue d'un contrat de gouvernement seront exposées en temps opportun, après études approfondies par de groupes réunissant toutes les compétences requises à un tel exercice. Aucune dissimulation de son côté.

Sarkozy et la droite qu'il représente ont fait, sans surprise, un tout autre choix, celui de la manipulation et du mensonge. C'est dans ce type de marécage qu'aime à nager un Jean-François Copé. Il avait déjà tenté, en vain, de présenter les primaires citoyennes comme propices à la délation. Le PS, affirmait ce spécialiste, allait pouvoir séparer le bon grain de l'ivraie, identifier les uns pour mieux dénoncer les autres. Echec de la tentative et des tonnes d'affiches dénonciatrices passées à la broyeuse. Aujourd'hui, c'est le texte de l'accord PS/EELV qui est analysé ligne par ligne, pour donner lieu à un exercice d'interprétation essentiellement basé sur la manipulation et le mensonge.

Sur le nucléaire: notre candidat a été dès le dbut limpide . Cette filière, qui représente actuellement près de 80% de notre consommation d'électricité, ne sera pas abandonnée mais adaptée, sécurisée, modernisée. On supprimera progressivement les centrales obsolètes. La production d'énergies renouvelables sera amplifiée. Ce n'est pas le nucléaire qui est abandonné, mais le TOUT nucléaire. Notre dépendance quasi-totale. Sarkozy fait dans la caricature la plus grotesque quand il nous accuse de vouloir retourner au temps des chandelles. Pourquoi pas à celui de la marine à voile? Il ne croit pas, lui-même, à ses mensonges tant leur  grossiereté est évidente.

ONU: si la place de l'Europe Unie au sein du Conseil de Sécurité a été évoquée, il ne sera jamais question d'abandonner la place de la France comme membre fondateur. C'est à dire, avec droit de véto. Réformer l'ONU? Tout le monde ou presque, dans le vaste monde, le souhaite. Le problème est que les propositions des uns, coîncident rarement avec les voeux des autres. Je connais bien l'Organisation pour en avoir été le numéro2. Plusieurs générations seront consommées avant que son mode politique de fonctionnement  (Conseil et Assemblée générale)  ne change. Vous le savez mieux que personne, M.Juppé: économisez donc votre encre et votre salive.

Quant au vote des étrangers aux élections locales, on pourra le considérer comme chose faite si la gauche l'emporte. Mitterrand n'a pu le faire, faute de pouvoir franchir, alors, l'obstacle du Sénat. Nous n'innoverons rien en Europe, d'ailleurs. Je viens ainsi de m'entretenir avec mon ami Eugenio Muñoz, socialiste espagnol et conseiller municipal de Francfort. Voilà longtemps qu'il exerce des fonctions d'élu dans la capitale économique de l'Allemagne aux côtés d'un ami Turc.

Vraiment, messieurs et mesdames de la droite française: avez-vous si peu d'arguments à faire valoir que vous vous condamniez à n'utiliser que la manipulation et le mensonge? Ayez un peu plus de respect pour les électeurs.

Antoine Blanca

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 11:53

En quelques mois tous les gouvernements à direction socialiste d'Europe du sud (mais il n'en reste pas beaucoup ailleurs) ont disparu du paysage. Le Portugal, la Grèce, l'Espagne. Défaite dans les urnes dans la péninsule ibérique. Ecrasement par le système financier à Athènes.

Un reporter interrogeait l'autre jour des manifestants grecs. Une militante le guidait qui énumérait une longue liste de groupes et de groupuscules gauchistes. "Et le PASOK?", demandait le journaliste. Stupéfaite, la jeune manifestante, une universitaire francophone, répondait : "mais le PASOK (parti socialiste majoritaire au Parlement), n'est pas de gauche! Réponse désolante, mais pas surprenante. Cette catégorie de protestataires se complait dans son apparente pureté d'éternel minoritaire, fière de sa perpétuelle impuissance. Au fond, ses membres se sentent bien dans leur impasse sans soleil. Ils crient leur indignation, mais n'ont rien à offrir ou à proposer.

Mais les grandes forces réformatrices, PS à Lisbonne,  PASOK à Athènes et  PSOE à Madrid, sont elles-mêmes complétement désemparées. Au pouvoir elles n'ont pu que s'incliner face à la puissance financière internationale aux visages multiples. Plus leurs ministres programmaient des efforts, plus "le marché" augmentait les taux d'intérêt. Or ceux et celles qui descendent dans la rue pour s'indigner, se refusent à exercer leur droit de vote. Ils ont activement contribué partout à mettre la droite (voire l'extrême droite en Grèce), aux affaires. Pour avoir ainsi une vraie raison de baisser la tête.

Il appartient à la gauche démocratique de faire, pour sa part, son examen de conscience. De tirer les leçons de son échec. En Europe les partis membres de l'Internationale socialiste vivent une situation humiliante. Aucune véritable réflexion collective n'a été engagée pour faire face ensemble, proposer ensemble une riposte contre l'argent-roi. C'est en France et en Allemagne que l'on a le plus réfléchi à une sortie de crise. Mais rien de significatif n'a été entrepris pour mettre en commun le travail réalisé.

"Nous sommes en pleine campagne, ce n'est pas le moment de poser de telles questions", me répond-on rue Solférino. "On" a sans doute raison, même si "on" aurait pu y penser avant. Mais quand la gauche aura gagné en mai 2012, il ne faudra pas rester cantonné dans notre hexagone. Nous devrons prendre les initiatives appropriées, parfois audacieuses, pour l'édification d'un programme démocrate-socialiste européen susceptible de faire renaître l'espoir.

  Antoine Blanca

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 10:41

Je comprends que les aventures pittoresques d'Eva Joly puissent passionner les médias et retenir l'intérêt de la droite, qui y voit matière à exploitation. A la limite je pense que cet aspect de la campagne n'est plus notre affaire, à nous socialistes. Préoccupons nous exclusivement de notre mission collective: si nous parvenons à convaincre nos compatriotes de la pertinence de nos propositions, la victoire est assurée.
Car en dépit de sa prévisible remontée actuelle dans les sondages, il est chaque jour plus évident que les Français ne veulent plus de Sarkozy et de ses semblables. Et ce sentiment va même au-delà de toute raison.

La campagne présidentielle a la longueur d'un marathon et certains, par impatience militante ou par malice hostile, voudraient nous voir courir cette course de fond comme un 400 mètres. Ne tombons pas dans ce travers. Mais surtout ne regardons plus du côté de nos alliés préférés: nos dirigeants ont fait ce qu'ils croyaient devoir faire, en accord avec les orientations décidées par notre dernier congrès. Nous nous sommes montrés ouverts et généreux. C'est fait. Point à la ligne et silence dans les rangs!

Désormais ne nous occupons plus que de notre combat, à nous, contre le sortant. Ce dernier nous fait le coup du "pas encore candidat". Il estime que cette position lui donne un avantage. Sa campagne, pour quelques mois encore, se fait au compte de l'Etat. Ses réunions sont organisées par les Préfets. Ces derniers mobilisent leurs fonctionnaires, les gendarmes et les policiers. Avions, trains spéciaux, hélicoptères, véhicules par centaines. On ratisse les maisons de retraite pour assurer les poignées de main et les applaudissements...

Mais le sortant veut avant tout se rassurer, se convaincre lui-même et convaincre son entourage chaque jour plus fragile. "Nous pouvons encore gagner, vous allez voir, ce que vous allez voir!" Les journalistes qui veulent entrer dans son jeu sont aux anges...Ils sont à l'affût du moindre désaccord dans notre camp, mettent beaucoup d'espoir en Eva Joly, voient en elle la meilleure alliée de la droite. Ont-ils raison ou tort? Ce n'est plus notre problème.

Une seule force compte, celle du PS. Un seul candidat, le nôtre. Le reste n'est qu'un arrière plan dans le paysage enfumé.

Antoine Blanca

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 10:46

Au Chili les événements se succèdent à un rythme saccadé. Sans se  ressembler pour autant. L'attention internationale demeure, à juste titre,  focalisée sur le vaste mouvement de protestation de lycéens et d'étudiants, mouvement qui ne faiblit pas depuis des mois. Il est largement soutenu par les familles. Tous exigent, par la bonne humeur ou la  violence, une profonde révision des lois sur l'éducation. Celles héritées de Pinochet sont toujours en vigueur qui empêchent les jeunes d'origine modeste d'accéder au deuxième cycle du secondaire et, naturellement, à l'Université. D'ailleurs le coût de la scolarité moyenne est tel que les classes plus aisées sont aussi concernées par cette situation insupportable.

Mais hier jeudi, c'est un autre type de manifestation qui a créé un bouleversement significatif dans l'opinion chilienne. La cause en est, à elle seule, motif à scandale; le lieu, lui, est tout à fait inattendu.

La cause: l'hommage appuyé rendu à l'une des principales figures répressives de la dictature, le tortionnaire Miguel Krassnoff Marchenko. Général de l'Armée de l'Air, il a été surtout, pendant les années Pinochet, directeur d'un centre d'interrogatoires poussés auxquels il aimait mettre, en tortionnaire zélé, la "main à la pâte". Sa compétence reconnue lui a valu d'être nommé plus tard patron de la DINA, la Gestapo chilienne du temps du régime militaire.

Le lieu: le quartier des "gens bien", tout à la fois Neuilly et XVIe, quartier nommé Providencia. Il a été visité, pour la première fois depuis sa création, par une foule indignée qui ne pouvait admettre que le club hyper chic du coin (exclusif pour les riches de la capitale), fête un personnage qui cumule 144 années de prison pour crimes contre l'humanité. Il y a eu intervention massive des carabiniers, gaz lacrymogènes, abondant matraquage, manifestants et policiers blessés. Et une vingtaine d'arrestations. "Providencia" se souviendra de l'événement. 

Le Président Piñera s'était aimablement excusé par courrier de ne pas avoir pu assister à la cérémonie...avant de mettre la lettre sur le dos d'une collaboratrice mal avisée. Quant au maire de Providencia, une réactionnaire nommé Cristian Labbé, il a renoncé au dernier moment à sa participation, reculant sans doute devant l'ampleur de la mobilisation.

Antoine Blanca

PS: Miguel Krassnoff est le rejeton d'une famille d'officiers émigrés cosaques (1947), ayant fui la justice soviétique qui les accusait d'avor été les auxiliaires zélés des occuapants allemands. Accusation d'ailleurs fondée selon des sources indépendantes auxquelles j'ai pu avoir accès.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 10:11

Les nouvelles en provenance de l'Afrique du Nord ne sont pas toutes mauvaises. La Tunisie a mis en ordre de marche sa nouvelle assemblée constituante et un accord, entre les trois principales forces en présence, va permettre aux élus de commencer à débattre à partir d'un texte préparé par des experts. Tout se passe pour le mieux. C'est même exemplaire.

Au Maroc, on en saura davantage après les élections de demain, vendredi 25 novembre.
Espérer que le Ministère de l'intérieur reste neutre, serait évidemment se leurrer. Il tentera, en tout cas, de garder la main, qui est bien lourde, dans les campagnes où l'institution royale conserve encore sa part de sacrée. Il est vraisemblable, toutefois, que le vote citadin fera la différence, contrairement à ce qui est advenu en 2007. Le parti Justice et Développement (PJD) remportera alors une majorité relative (80 députés, sans doute) des 400 sièges du Parlement. Ce parti islamiste (modéré, dit-on), a déjà participé au scrutin il y a quatre ans. Son chef, Abdelillah Benkirane, affirme que des manipulations officielles l'avaient alors privé d'une quinzaine de sièges(1).

Le vieux parti de l'indépendance, l'Istiqlal, les socialistes et les ex-communistes seraient aussi en mesure de constituer un groupe suffisamment important pour prétendre à participer à un gouvernement de coalition.

Le Roi déteste le leader du PJD dont la réputation de hâbleur invétéré a débordé les murs du Palais. Mais il ne pourra éviter de faire appel à lui si les résultats lui sont favorables. On dit d'ailleurs que Benkirane a les faveurs de l'Ambassade américaine...(2)

Pour ma part je me fie, pour analyser la situation, à une partie de la presse algérienne, dont la compétence et la liberté de ton sont reconnues.

Antoine Blanca

1-un parti religieux ne participe pas au scrutin: "Justice et spiritualité" est toujours illégal.

2-"Si la démocratie ne se traduit pas en réalité, nous le ferons savoir et nous ne donnerons pas notre aval au scrutin" a menacé Jamãa Mouatassine, porte-parole du PJD.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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