Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 11:04

François Hollande, à peine désigné, a effectué un voyage rapide en Espagne, et s'est entretenu avec l'encore Président du gouvernement, José-Luis Rodriguez Zapatero. Ce voyage était symbolique à plusieurs titres:

Il illustre la priorité qui sera donné à notre politique européenne;

il souligne notre proximité avec les pays frères en difficulté (ou qui nous auront précédé dans cette malheureuse situation?);

il proclame une double solidarité: avec la gauche, alors que les Espagnols s'apprêtent à voter, le PS a raison d'afficher ses sympathies; il rappelle aussi notre appartenance à ce qui pourrait être la communauté des pays du sud de notre continent.

La Sarkozie avait lancé à grands frais, et à son de trompe, une Union méditerranéenne. Enterrée sans funérailles...Et sans que le PS, apparemment, se soit aperçu de la disparition de ce qui se voulait un grand dessein.

Car l'indigence en matière de politique extérieure confine, chez les socialistes français, à l'aberration.

Pratiquement pas un mot sur ces questions au cours des trois débats entre pré-candidats du premier tour. Une ou deux allusions, comme en passant, au problème palestinien, de la part de Martine au cours du face-à-face ultime. Affligeant pour le Parti qui aspire, à juste titre, à diriger la France.

Il faut le dire une fois encore: à la tête du Secrétariat aux Relations internationales Christophe Cambadélis n'a strictement rien fait. En réalité il était chargé d'un autre type de relations, plus officieuses celles-là, avec Washington FMI, puis, hélas, avec New-York, suite du Sofitel.

La première secrétaire et le candidat doivent désormais rémédier à cette cruelle carence.

Une suggestion: demander à Lionel Jospin de prendre la tête d'une commission de haut niveau chargée de compléter et d'approfondir notre projet "affaires étrangères". En dehors des questions liées à l'Europe et à nos relations avec nos alliés naturels, il est d'autres thèmes prioritaires sur lesquels, en l'état actuel des choses, nous serions obligés de rendre une copie blanche ou d'improviser piteusement des bouts de réponse.

Antoine Blanca

PS: François Hollande a pris aussi une initiative, trop peu relevée, en allant rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961, jour de la ratonnade organisée par le gouvernement français de l'époque contre les travailleurs algériens manifestant en silence et pacifiquement. En Algérie, comme chez nos compatriotes d'origine algérienne, on a apprécié le geste. Il se situe dans la lignée de l'action entreprise à Paris par Bertrand Delanoë en direction de l'Afrique du Nord.

Repost 0
19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 11:10

On se souvient peut-être de mon article sur la drôle de primaire en Argentine. Elle était ouverte à tous les partis, à tous les candidats. Une première dans la vie politique australe. La Présidente Cristina Fernàndez de Kirchner l'avait emporté haut la main. Et le 23 octobre, elle l'emportera aussi, officiellement cette fois. En fin de compte, le péronisme finit presque toujours par gagner, comme s'il s'était incrusté dans les gènes du peuple. La locataire de la Casa Rosada, représente bien, en définitive, ce produit atypique de la politique: mentant avec naturel, arrangeante si nécessaire avec certaines formes de corruption, fervente catholique quand les circonstances l'imposent et combattante des droits de l'homme lorsqu'elle estime que cela peut être électoralement payant,..Cristina a en outre fait en sorte de conserver son fonds de commerce dans le syndicalisme péroniste. Vital pour une prolongation de mandat.

Mais l'événement électoral sera sans doute, dimanche, l'apparition au premier plan du candidat socialiste. Comme en Uruguay, avec Tabaré hier, Mùgica aujourd'hui, Hermes Binner est à la tête d'un large front de gauche démocratique (Frente Amplio Progresista) et les sondages le placent en deuxième position. Petit fils d'émigrants suisses, il a été successivement maire du grand port fluvial de Rosario (fief traditionnel du PS argentin), gouverneur de la riche province de Santa Fé et chef de son parti. Le style de ce médécin austère est à l'opposé de celui qui fait d'habitude la gloire des grands hommes politiques argentins. Il est ennemi de l'éloquence déclamatoire, des grandes phrases faites pour déclencher les acclamations des masses, discret dans sa vie privée comme dans sa vie publique. Et surtout il parle programme, puis programme, et encore programme. Il ne dit de mal de personne, n'élève jamais la voix à l'appui de ses arguments. Un phénomène au pays des grandes gueules.

Mais peut-être qu'une nouvelle force est en train de s'imposer en Argentine, comme c'est déjà le cas depuis longtemps dans le petit Uruguay voisin, de l'autre côté du Rio de la Plata. Où la démocratie socialiste applique depuis une petite décennie sa belle patte de velours aux reflets écarlates.

Antoine Blanca

Repost 0
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 17:41

Quand a-t-on voté librement en Tunisie, avec un large choix d'options? La réponse tient en un mot: jamais. Bien entendu je ne fais pas l'amalgame entre la dictature rapace de Ben Ali, et l'autoritarisme longtemps fondé sur la légitimité historique des pères de l'indépendannce. Mais le pluralisme des partis est une nouveauté pour la totalité de l'électorat.

Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que la principale force soit, à la veille du scrutin du 23 octobre (lequel doit doter le pays d'une assemblée constituante), celle des indécis. Une avalanche de groupes, avec des idéologies plus ou moins affirmées, se disputent l'attention d'électeurs qui, trop souvent, sont hantés par l'angoisse du pain quotidien et se trouvent confondus par tant de diversité soudaine. Pour une majorité relative, le recours sera religieux. 25% peuvent ainsi choisir le parti islamiste le plus populaire, Ennahdha. Un peu comme en Egypte avec les Frères musulmans, il représente, aux yeux des plus démunis, la version basique et compassionnelle du message coranique. Ben Ali avait persécuté les ennahdhistes avec une détermination jamais démentie, en les assimilant, sans preuve, au terrorisme. Ils sont pourtant très éloignés des fanatiques violents salafistes.

Les partis plus conformes à l'esprit d'une république laïque sont encore dispersés et les tentatives pour les fédérer se sont avérées, à ce jour, infructueuses. Il y aussi un nombre inhabituel de candidats indépendants. Les destouriens (1), disciples libres du fondateur de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba, se retouvent désormais aux quatre coins de l'éventail politique. En dépit de son caractère autoritaire, celui que l'on qualifiait de "combattant suprême" avait ouvert son pays sur les Lumières, combattu la religiosité, donné la priorité à l'éducation et à la culture, libéré la femme . Sa grande erreur aura été de se faire proclamer Président à vie, rendant impossible une succession rationnelle et une démocratisation ordonnée.

Soyons tout de même positifs: la Tunisie compte parmi ses enfants de très nombreux cadres de valeur, à l'esprit entreprenant, encore enrichi d'un patriotisme chevillé au corps. Quel que soit le résultat électoral de dimanche, la Démocratie continuera d'aller de l'avant.

Antoine Blanca

1- Le parti de l'indépendance, le Destour, devint le néo-Destour et finalement le PSD ou parti socialiste destourien, très proche des socialistes français. 

Repost 0
17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 10:09

Nous étions alors tout près de la fin de la guerre d'Algérie. On négociait déjà indirectement entre pouvoir français et GPRA. Mais "pendant les travaux le répression continuait". le conflit armé aussi. Dans la région parisienne l'ordre avait été donné aux forces de sécurité de maintenir l'ordre à tout prix. Maurice Papon, Préfet de Police, était chargé de son exécution. Une décision s'avéra fatale. Celle de décréter un couvre-feu, de 20h à 5h du matin pour tous les ressortissants algériens. Outre qu'en principe ces derniers étaient de nationalité française ("il n'y a plus ici qu'une seule catégorie de citoyens" s'était exclamé De Gaulle à Alger en 58), il était difficile de faire la différence entre piétons des différentes origines méditerranéennes. Ce fut ce que l'on appela "la chasse au faciès". Critère laissé entre les mains de la délicatesse des flics de base parisiens. Pour les ouvriers algériens, qui s'entassaient à plusieurs dans des chambres de bonne à Nanterre ou à Bobigny, le temps de l'horreur quotidienne commença. La Fédération de France du FLN n'eut aucune peine à décider cette masse désespérée à se rassembler, en silence, le 17 octobre 1961 en différents points de la capitale. Une manière de reprendre le contrôle sur un peuple déboussolé. 

Mon témoignage est le suivant: j'avais rendez-vous en fin d'après-midi avec un ami proche, au coin du Quai Saint-Michel et de la rue du Petit Pont. En sortant de la station du métro je fus surpris par la foule compacte d'Algériens qui montaient les escaliers. Sur la place j'eus de la peine à avancer vers la Seine, chaque mètre carré étant occupé par des ouvriers silencieux. Visages tendus, graves. Certains portaient des enfants dans les bras. Inexorablement je fus poussé vers le pont. Des gardiens de la paix, pistolet-mitrailleur braqué sur les manifestants, en bloquaient l'accès. Que se passa-t-il alors? Je fus jeté à terre par un mouvement de la foule qui reculait brutalement, j'entendais le bruit des vitres brisées des verrières des terrasses des brasseries alentour. Un vide, devant moi, et des dizaines de corps face contre terre, sur la place en partie dégagée, apparemment inertes. Un officier de police me releva brutalement en me demandant ce que je faisais là. Je bredouillais que je passais. "Foutez le camp, vite!" Je ne me le fis pas dire deux fois et courus vers mon lieu de rendez-vous. Toute la nuit on entendit les sirènes des voitures de la PP. Des groupes d'Algériens désemparés, parcoururent quelques heures encore les rues du quartier latin à la recherche d'une sortie pour rejoindre leur banlieue.

Le lendemain je commençais à prendre connaissance, par bribes, des conséquences de la sanglante répression. La Seine charriait encore des dizaines de corps. Peu de mois plus tard, le 6 février 62, la police de Papon frappait encore au métro Charonne. Cette fois les morts étaient de jeunes manifestants communistes.

Antoine Blanca

Repost 0
16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 10:50

Elections primaires citoyennes? Un exercice aussi nouveau dans le paysage démocratique français ne pouvait se dérouler sans révéler certains inconvénients. On peut dire que, à la surprise quasi générale, le premier tour s'est tenu d'une manière proche de la perfection. Malgré l'incident DSK, qui a conduit à l'élimination du favori anticipé des sondages, en dépit de l'étalement de la campagne sur dix semaines et de la diversité des candidats en présence, le succès a été au rendez-vous. Que ce soit en termes de participation, de transparence du scrutin ou de bonne qualité des débats. Un exploit si l'on prend en compte les risques pris par un PS travaillant en territoire inconnu. Beaucoup d'entre nous, vieux routiers du militantisme, ne pouvions imaginer une organisation aussi rigoureuse, alliée à tant de spontanéité et de fraîcheur. Les socialistes ont vaincu leur goût naturel pour l'improvisation.

Les candidats en présence étaient, en outre, bien représentatifs de la diversité des courants existant dans la gauche démocratique. Chacun a exprimé sa pensée avec clarté, tout en faisant preuve de l'indispensable retenue. Les excès du Congrès de Reims avaient, je le crois, servi de leçon.

Mais comment imaginer qu'au tour décisif, quand les deux derniers concurrents se faisaient face, sur les "étranges lucarnes" ou sur les tréteaux de meetings, les traits ne soient pas accentués pour marquer les différences. C'était respecter simplement le jeu de l'exercice imposé. Et, comme toujours dans la gauche démocratique, il devait y avoir une aile gauche et une aile droite. Même si un tel manichéisme peut paraître artificiel.

Les bonnes âmes, plus ou moins sincères, qui ont affiché leur crainte de voir telle ou telle insinuation, ou suggestion, comme susceptible de faciliter l'argumentation future de l'adversaire unique, le président sortant, sont dans l'erreur. Le PS et ses alliés naturels ne peuvent que se rassembler très vite, dès demain lundi, en oubliant les petites phrases d'hier. Le temps qui reste est encore bien long, sept mois, avant la véritable élection. Et le combat commun cimentera, jour après jour,  la force d'une gauche qui ne peut que triompher.

Antoine Blanca

Repost 0
15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 09:55

Ce qui est en train de se passer, depuis des mois, au Chili, tout comme les manifestations massives d'étudiants à  Londres, est significatif d'une expression nouvelle, jeune, de l'aspiration à l'égalité des droits dans un pays démocratique. Le pluralisme politique, des parlements librement élus, ne suffisent pas à traduire en réalité le mot "démocratie". Celle-ci doit être aussi économique, sociale et culturelle. C'est ce que crie la jeunesse au pied des Andes, comme au bord dela Tamise.

Que s'est-il passé au Chili? La fin du pouvoir militaire et oligarchique incarné par le général Pinochet, a été l'aboutissement d'une négociation indirecte, à travers un referendum perdu par la dictature et d'un rejet international de plus en plus affirmé. Mais les occupants ont quitté la maison commune en y laissant une bonne partie de leurs affaires. A commencer par "leur" Constitution, toujours en vigueur. Elle est une entrave quotidienne au libre exercice des droits de la personne, ampute le suffrage universel d'une partie de sa signification et fait obstacle à la construction de la nouvelle société, basée sur l'égalité des chances, que réclame une génération débarrassée de la peur dans laquelle ont vécu leurs aînés. Pendant 17 interminables années. Bien de plaies ouvertes doivent encore être cicatrisées.

Au Royaume Uni, bien entendu, le récent passé n'a heureusement pas été vécu de la même manière. Pourtant, le conservantisme offensif qui est aux commandes depuis le début du règne de Margaret Thatcher( la parenthèse Blair s'étant, au fond, située dans la continuité), a profondément déséquilibré la société du pays. Aujourd'hui le gouvernement dirigé par Mr.Cameron croit pouvoir se permettre d'attribuer à la nécessité de combattre la crise économique et financière, l'aggravation des inégalités. Notamment en matière d'accès à l'université, lequel exige le paiement minimum de 9000 livres (11700 euros) par an en droits. Un Premier ministre qui clame ainsi, sans pudeur ni retenue, son appartenance à l'aristocratie et refuse, du fond de son coeur, que le manant puisse prétendre au savoir.

A Santiago comme à Londres c'est, ne craignons pas d'être taxés de "rétros" en le disant, une nouvelle lutte de classes qui commence. Et il suffit dde regarder du côté des protestataires de Wall Street, pour comprendre qu'elle est en train de gagner en profondeur.

Antoine Blanca

Repost 0
14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 12:30

Jusqu'au vote d'une loi spécifique en mars 1988 (elle sera complétée deux fois, en 90 et en 95), les partis qui participent au libre exercice de la démocratie ne pouvaient compter, pour faire connaître leurs idées aux Français, que sur les contributions volontaires de leurs adhérents. C'était évidemment théorique, une sorte de fiction. Surtout à partir de 1965 quand le Président fut élu au suffrage universel avec tout le pouvoir que lui donnaient les institutions de la Ve République. De scrutin en scrutin les campagnes électorales se firent de plus en plus à l'américaine, exigeant des budgets toujours plus impressionnants. La vérité nous oblige à dire qu'aucune force politique ne pouvait participer à de si coûteuses batailles avec sa seule trésorerie. Jusqu'en 1988 la Justice préféra, parfois, fermer les yeux sur certaines pratiques utilisées pour rechercher des fonds. Avec les nouvelles lois de financement de la vie politique, de telles pratiques, déjà illégales, devinrent aussi injustifiables que scandaleuses.

On ne s'attardera pas aujourd'hui sur les dérapages incontrôlés supposés, impliquant exclusivement les financements du RPR et les campagnes présidentielles de MM. Chirac et Balladur. J'abandonne le terrain à la presse indépendante, plus compétente. Et, naturellement, à notre appareil judiciaire... Mais dans la plupart des démocraties plus récentes, dans les pays émergents ou en développement, rien ne vient réglementer le fonctionnement de la vie publique. La loi de la jungle s'impose avec des aberrations qui sont autant d'offenses à la liberté d'expression. Un exemple est d'actualité: celui du Guatemala.

L'actuel modèle démocratique y est vieux de 26 ans. Préférable aux systèmes autoritaires, souvent criminels, toujours militaires ou para-militaires qui sévissaient auparavant, ce modèle n'en est pas moins inacceptable. Car les présidents successifs élus au suffrage universel "libre et contrôlé" ont, tous, été dépendants des grandes fortunes privées (et de leurs entreprises) qui avaient financé leur campagne. Et au Guatemala, petite république d'Amérique centrale, cette campagne revient deux fois plus cher que celles du Mexique, six fois celle du Venezuela et 32 fois celle du Brésil ! Le groupe qui finance la campagne du vainqueur devient de facto la première force du pays pendant la durée du mandat de l'élu. Rien ne se construit ou ne se fait sans son accord. L'action du Président est hypothéqué dè son entrée en fonction.

Le premier tour de la présidentielle a placé, le 11 septembre dernier, le général (du cadre de réserve) Otto Pérez Molina en tête. Encore un militaire, même en démocratie. Il aura, le 6 novembre, pour le deuxième tour, à affronter un richissime avocat, Manuel Baldizon. L'un et l'autre conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires. Dans un pays où 80% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon les statistiques de l'ONU, avec un revenu de 1,5 euro par jour.

Le prochain gouvernement, quel qu'en soit son chef, entreprendra-t-il les réformes structurelles, notamment impositives(1), que réclament les secteurs les plus éclairés du pays? Il y a, à cela, la même urgence que celle qui le conduira à affronter la violence extrême des trafiquants de drogue.

Antoine Blanca

1- Même si l'exemple guatémaltèque n'est pas exemplaire, ce sont néanmoins tous les pays de la région Amérique latine/Caraïbes qui devraient se doter d'un véritable système efficace destiné à alimenter les caisses de l'Etat. Or, le plus souvent, même dans les Etats les plus modernes, seules les taxes sont effectivement perçues, alors que l'impôt sur le revenu, l'impôt direct, est quasi-inexistant.

Repost 0
13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 09:57

L'Algérie ne se fait plus entendre. Il s'en est pourtant passé des choses dans son propre univers, à ses frontières mêmes. Mais sa voix reste inaudible. Le pouvoir laisse filtrer quelques nouvelles exprimant, par exemple, son embarras officiel d'avoir dû accueillir des proches du "Guide" libyen (sa fille Aïcha a même accouché dans un hôpital de l'extrême sud-est du pays, à Djanet), sa vive inquiétude concernant la destination des armes lourdes de guerre livrées au pillage dans telle ou telle ville "libérée" (les terroristes d'AQMI y font leur dangereux marché), le malaise ressenti en voyant débaptiser, à Tripoli, la "Place de la Révolution algérienne" pour la renommer "Place Abou Dhabi"...Un affront jugé intolérable par l'opinion.

La presse écrite, qui ne met pas sa plume dans sa poche, a remplacé le pouvoir comme porte-parole du pays et, surtout, des interrogations et des  inquiétudes de son peuple. Car l'exécutif s'est enfermé dans un mutisme gêné qui témoigne de son incapacité à décider. L'Algérie, depuis son indépendance, s'était dotée d'un corps diplomatique de qualité que toutes les Chancelleries traitaient avec respect. Il en allait de même à l'ONU. Il faut désormais en parler au passé.

Les Algériens n'ont jamais porté Kadhafi dans leur coeur. On aimait à le brocarder dans les rues ou en sirotant un thé à la menthe au café maure du coin. Les gavroches de Bab el Oued  en faisaient des gorges chaudes. L'insurrection a été généralement applaudie dans les premières semaines suivant son déclenchement. Jusqu'à l'intervention militaire de l'OTAN. Depuis on ironise ouvertement sur ces "étranges révolutionnaires"qui font appel aux anciennes puissances coloniales et aux ennemis de la Palestine pour se libérer. En fait de libérateurs, disent les gens, ils ne pensent qu'aux barils du pétrole arabe.

Hier très populaire, la chaîne qatari El Jazira est largement boycottée pour son appui supposé à l'intervention militaire étrangère. Certains choisissent aujourd'hui notre chaîne française internationale, France 24 (qui n'est pas captée dans l'hexagone). Elle est plus complète et plus objective, me dit un Algérois très friand, comme beaucoup de ses compatriotes, d'informations venues d'ailleurs, via les paraboles ou internet.

Mais la parole de la République algérienne est, elle, absente de la scène politique mondiale. Cet immense pays (2.380.000 Km2) ne devrait pourtant pas rester indifférent face aux événements qui sont en train de secouer son environnement immédiat. Un tel vide est cruellement  ressenti.

Antoine Blanca

Repost 0
12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 11:47

Je ne crains pas de dérapage de comportement ou de langage entre Martine et François, au cours de ces derniers jours de campagne. Qu'ils écoutent leurs propres sentiments, et qu'ils filtrent au maximum les conseils de leur entourage. Les militants et sympathisants de gauche qui viendront voter le 16 octobre ont un seul objectif: contribuer par leur vote à la victoire de 2012, renvoyer Sarkozy et ses impatiences dans les souterrains de l'histoire, rendre possible une reconstruction de notre cher et vieux pays. Que ce soit Martine, que ce soit François, nous aurons, j'en suis convaincu, une bonne et saine direction des travaux. J'ai fait, dès le premier jour de sa candidature, le choix de la Maire de Lille. Mais j'applaudirai avec le même espoir à la désignation du Président corrézien. L'un ou l'autre mettra en application une même feuille de route. Les caractères et les personnalités diffèrent, mais les convictions sont identiques.

Ce qui m'inquiète, ce sont les ambitions des proches. Les entourages ne sont pas toujours porteurs de bons conseils. Les ambitions, en s'entre-choquant, peuvent produire des étincelles. et certains se voient déjà occupant tel ou tel bureau rue de Varennes, de Grenelle, à Bercy ou au Quai d'Orsay. Quand ces ambitions se transforment en égoïsme, elles obscurcissent la vision au détriment de l'intérêt général.

Alors, chère Martine, cher François, qui allez débattre ce soir, restez vous-mêmes. Durant la campagne du 1er tour vous avez dit tout ce que vous aviez à dire. Et, à mon avis, vous l'avez bien dit. Les différences entre vous sont minimes. Du troisième homme ne retenez que ce qui est compatible avec le projet socialiste. Il avait été adopté à l'unanimité. C'est notre socle commun.

En un mot, ne nous gâchez pas la fête!

Antoine Blanca

Repost 0
11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 10:18

Il y a deux semaines, dans les faubourgs du grand port mexicain de Vera-Cruz et dans ses environs, les corps de 49 personnes furent découverts. Ils avaient été exécutés par arme à feu, et les témoins qui se manifestèrent plus tard furent très clairs: les fusilleurs portaient des cagoules, des tenues de combat sans distinctifs de l'Armée ou de la police. Il s'agissait, en fait de groupes de miliciens mercenaires qu'aux Amériques on appelle "para-militaires". Des groupes de ce type avaient sévi en des temps récents en Amérique centrale (Guatemala et Le Salvador) et en Colombie. Ils étaient le bras armé de mouvements d'extrême droite; et de gros propriétaires terriens les finançaient. Il s'agissait de liquider toute velléité syndicale des ouvriers agricoles indiens ou métis, et de dissuader les plus décidés d'entre eux, de rejoindre les guérillas de gauche.

Mais ce sinistre phénomène ne s'était jamais manifesté, dans l'histoire récente, au Mexique. Un gouvernement fédéral fort, une stabilité politique solide, garantissaient depuis 1929 une certaine sécurité citoyenne, en dépit de ses imperfections, voire de la corruption avérée de nombre de policiers.

Cette sorte d'équilibre a donc été rompu à Vera-Cruz. Les 49 morts étaient tous de petits trafiquants de drogue. Certains avaient donc décidé de braver l'autorité en faisant justice à leur manière. Les assassins étaient cagoulés pour mener à terme leur "opération massacre". Ils s'étaient vus contraints à déposer leurs armes en Colombie. Ils renaissent au Mexique. Une preuve supplémentaire de la faiblesse du président Felipe Calderon.

A l'heure où la région avance avec décision vers l'éradication de la pauvreté et la consolidation du développement, le grand problème auquel sont confrontés certains pays, en premier lieu le Mexique (qui a remplacé la Colombie comme épicentre du trafic de stupéfiants) avec ses ramifications centro-américaines, est celui de la violence engendrée par les cartels. Tueurs et tués proviennent presque tous de l'univers de la misère. Des dizaines de petites guerres qui ont déjà fait des dizaines de milliers de morts.

Dans une longue interview accordée au quotidien espagnol El Paìs, le Directeur du PNUD(1) pour l'Amérique latine déclare notamment:

Le PNUD s'apprête à lancer un projet régional sur la sécurité citoyenne. Il analysera les situations et fera des recommandations aux gouvernements...Nous dirons quel est le coût de la violence...Une étude sur Le Salvador révèle déjà que le coût de la violence équivaut à la totalité des revenus de l'impôt direct et indirect. 4 milliards de dollars. Au détriment de l'Education, de la Santé, des infrastructures. Priorité doit être donnée au combat contre le crime, une véritable épidémie là-bas...

Même s'il est vrai que les Amériques latines sont largement épargnées par la crise (croissance moyenne de 8,5% par an), si la grande pauvreté recule, les inégalités continuent de creuser leur sillon. La lutte contre les inégalités sera désormais la priorité des institutions spécialisées de l'ONU dans la région. Mais en finir avec les nouvelles formes de violence n'est pas de leur ressort. Le prochain président mexicain, sortira des rangs du PRI, une puissance réelle, forte de 70 ans d'exercice du pouvoir et du contrôle, qu'il exerce déjà, sur une bonne partie du pays grâce à ses gouverneurs élus. Espérons qu'il aura tiré les leçons de ses dérives passées: 12 années dans l'opposition lui auront en tout cas donné le temps d'une saine méditation.

Antoine Blanca

(1) Heraldo Muñoz, personnalité chilienne de la gauche démocratique, est sous-secrétaire général de l'ONU et Directeur du Programme des nations unies pour le développement, PNUD, en charge de l'Amérique latine et des Caraïbes. Dans son pays, sous la présidence de Ricardo Lagos, il avait occupé la fonction de Secrétaire général du gouvernement.

 

 

 

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens