Deux raisons font de la dernière élection présidentielle au Nigeria un événement de portée mondiale:
- parce que ce pays est le plus peuplé et, potentiellement, le plus riche du continent africain,
- parce que le président élu, le général Muhammadu Buhari, paraît bien décidé à réorganiser une nation désarticulée. Et, dans l'urgence absolue, donner vie à une armée jusqu'ici sans volonté et sans âme.
Le Nigeria est une mosaïque d'ethnies, de langues et dialectes livrée à la corruption, affaiblie par une distribution inégale des richesses, notamment pétrolières, ayant un fonctionnement administratif chaotique. Jusqu'aux premiers crimes de masse commis par Boko Haram ( l'occident est un péché) l'opinion publique internationale se montrait fataliste. Les compagnies pétrolières, les entreprises d'import-export, les banques comme le reste de l'univers financier, s'accommodaient d'une telle situation. Peut-être même que ces gens-là y trouvaient aisément leur compte. Le gouvernement sortant (et battu, une grande première) du président chrétien Goodluck Jonathan semblait incapable de réagir contre la désagrégation de l'Etat fédéral. C'était au point que, pour lutter contre la barbarie, on avait dû faire appel aux forces armées de pays voisins (Cameroun, Tchad, Niger).
Heureusement, déjouant les pronostics pessimistes de la presse et de l'ONU, l'élection présidentielle s'est déroulée sans gros incident (en dépit de l'expérimentation du vote électronique) et son résultat a été immédiatement accepté par le sortant vaincu. Pour ma part, j'ai eu du mal à croire, dans un premier temps, à la réalité d'un tel événement. Il nous faut certes, maintenant, attendre les résultats que produira le gouvernement Buhari, lequel ne s'installera qu'au début de l'été. Mais nous avons plein de bonnes raisons d'espérer que ce sera le début d'un retournement positif de situation. Au Nigeria, certes, mais aussi dans tout le reste du continent.
Antoine Blanca