On a beaucoup parlé de gauche radicale en Grèce et ailleurs. Au bout d'un chemin aventureux, c'est finalement la voie du réformisme qui s'impose dans l'Europe telle qu'elle est. Et qu'elle sera dans les décennies qui vont suivre...La social-démocratie n'est pas parfaite. Mais tout autre choix conduit au désastre. En Grèce, qui à la ruine sans espoir de rédemption, a préféré les épreuves de la reconstruction. En France, où l'alternative à la démocratie sociale est une forme ou une autre de fascisme. Concrètement l'abandon de l'idéal européen, tant décrié par les corporatismes de tout poil, mais qui garantit les préoccupations humanistes.
Au bord du précipice, le peuple grec n'a vu de salut que dans les propositions de Tsipras: s'enraciner dans l'Europe, négocier durement en visant l'équilibre budgétaire à long terme, moderniser un vieux pays où il reste bien de privilèges, énormes ou petits, à abolir. Supprimer aussi les coutumes qui conduisent à des pratiques de corruption et qui sont bien ancrées dans les mentalités. Procéder à ces réformes, c'est rassurer les investisseurs...
Il faut aussi, sans délai, créer les conditions du retour à la confiance dans l'avenir, notamment pour les jeunes diplômés qui rêvent de Canada ou d'Australie...Alors que ce sont la Grèce et l'Europe qui ont financé leur formation...
Dans ma jeunesse, je chantais à pleine voix, plein d'espoir "nous construirons sur les ruines, le socialisme ordre nouveau". "La jeune garde" demeure un chant par moi vénéré, qui évoque des souvenirs heureux de militantisme partagé. Mais ses paroles ne sont pas d'actualité dans notre société démocratique, empreinte à la fois de libéralisme et de socialisme humaniste. Tsipras l'a compris qui, par amour de son pays et de ses hommes, a préféré choisir l'action contre la tentation d'abandon dans les bras flétris de la nostalgie douloureuse. Alexis Tsipras est en train de devenir un social-démocrate de terrain. Atypique? Ils l'ont tous été.
Antoine Blanca