C'est aujourd'hui qu'ont lieu les obsèques solemnels de Raùl Ricardo Alfonsin, Président de la restauration démocratique (1983-1989). Le peuple argentin lui
rend hommage après l'avoir longtemps boudé. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé devant son cercueil exposé dans le grand salon du Congreso et toute la presse est unanime pour
rappeler qu'il a été un exemple de courage et d'intégrité.
Il y a dix jours à peine il appelait de son lit d'hôpital ("pour des raisons évidentes personne ne peut douter que cet appel est désintéressé") tous les partis, tous les hommes politiques et les
syndicalistes à prendre conscience de la gravité de la situation et à converser pour rechercher des solutions à la crise profonde qui secoue son pays.
Président de l'Union civique radicale, l'UCR, il lui sera resté fidèle depuis son adhésion, il y a 64 ans, au mouvement de la Jeunesse radicale, jusqu'à sa mort dans la nuit du 31 mars.
Fondée en 1891 par Leandro Alem, l'UCR est la plus ancienne formation politique du pays. Son combat fondateur, l'obtention du vote libre et secret, fut mené par tous les moyens, y compris par les
armes. Alem et ses compagnons connurent la répression et la prison. Alem devait se suicider, mais d'autres continuèrent la lutte derrière son neveu, Hipolito Yrigoyen, qui devint en 1916 le
premier président élu au suffrage universel, direct et secret. L'UCR avait d'abord imposé au Président mal élu Saénz Peña, le vote d'une loi de réforme de la loi électorale (1912).
Les radicaux Yrigoyen et Alvear, qui se succédèrent à la téte de l'Etat pendant douze ans ( Hipolito fut réelu en 1928, mais sera renversé par un coup militaie trois ans plus tard), instaurèrent
l'école laïque et obligatoire, luttèrent contre le latifundisme et démocratisèrent, profondément, une société semi-féodale dans l'agriculture et l'élevage, et sous contrôle britannique dans
l'économie. Les riches propriétaires terriens exposaient leur immense richesse sans retenue et avaient un sens très limité de leur appartenance à la Nation.
Il est incontestable que Raùl Alfonsin aura été, avec Hipolito Yrigoyen, le président le plus fidèle aux principes fondateurs du radicalisme argentin.