Au lendemain de la Libération une série de dispositions législatives avaient été adoptées pour que soient garanties et la
diversité de la presse et l'indépendance des journalistes. On devait désormais être à l'abri des puissances de l'argent. Peu à peu ces dispositifs ont été contournés. Avant d'être détruits. Les
progrès technologiques ont bénéficié essentiellement aux milieux d'affaires. La presse politique d'opinion a disparu, du moins celle qui exprimait des opinions progressistes. Hersant a été le
premier à se constituer un empire. Les quotidiens régionaux ont vu leur nombre se réduire au point que, le plus souvent, il n'existe plus qu'un seul quotidien pour couvrir plusieurs
départements. Les radios dites périphériques se sont appropriées une partie significative de l'audience, tandis que, avec De Gaulle et Pompidou, l'ORTF devenait un instrument entre les mains du
pouvoir. Devenu Chef de l'Etat, ce dernier n'hésitait pas à dire: "la radio et la télévision sont la voix de la France". Autrement dit la sienne et celle de ses puissants amis de la grande
finance dont il avait été, dans une vie antérieure, le serviteur zélé.
Mitterrand avait bien tenté d'endiguer cette permanente dérive. Chirac avait été contraint de s'en accomoder: jusqu'en 2002, avant la défaite de Jospin, il n'avait pas les mains libres. Après
c'est au sein de ses propres troupes qu'il rencontrait des difficultés à s'imposer.
Depuis l'arrivée aux commandes de Sarkozy il n'y a plus de dérive. C'est une vague de fond qui balaye la République de la libre expression. Le journaliste sait désormais que son avenir dépend de
son comportement. Le Président peut, sans émouvoir ses confrères, s'en prendre publiquement à un directeur de quotidien (comme il l'a fait avec le directeur de Libé, pourtant très accomodant),
choisir ceux et celles qui auront l'honneur de lui poser des questions à la télé et envoyer un avertissement indirect à tel éditorialiste de RTL et de Canal + qui aspirait à être admis à
l'émission.
Message apparemment reçu 5 sur 5. Depuis Jean Michel Aphatie multiplie les mauvaises manières contre les représentants de l'opposition chaque fois qu'ils lui tombent sous la main et se montre
très discret dans ses critiques, toujours atténuées, de bon aloi, avec les représentants de la majorité. Sauf quand il croit savoir qu'ils sont tombés en disgrâce. Nous ne pouvons soulager notre
âme contestataire qu'avec quelques chansonniers à l'impertinence intacte, dans des émissions de variétés, avec les Guignols de l'info et, bien entendu, avec la lecture du "Canard enchaîné".
Nous en sommes-là. Le PS avait organisé un colloque sur le thème des libertés (même s'il a mal choisi la dimension de la salle pour traiter d'un thème relativement austère) et publié de nombreux
documents qui ont servi à Bayrou pour son petit livre qui se voulait frondeur.
Ce que ne peut pas faire Sarkozy, c'est voter à notre place.
Envoyons lui notre message. En sachant que la véritable forme utile de le faire est de voter pour les propositions du Parti socialiste européen.
Antoine Blanca