L'exercice de la profession ne leur en laisse pas le choix: les journalistes de radio et de télé sont aussi un peu
comédiens. La plupart ne parviennent que rarement à dépasser le niveau du cabotinage de boulevard. D'autres ont davantage de succès et se verraient bien à l'affiche du Français.
M.Aphatie, vedette de Radio-Luxembourg et de Canal+, est de ceux-là. Il peut se révéler remarquable dans le rôle de Tartuffe.
Au cours des dernières semaines il s'en est pris avec une particulière virulence à des personnalités socialistes de premier plan aussi différentes que Martine Aubry, Ségolène Royal et, hier
encore, à Benoît Hamon. Les deux premières l'ont remis à sa juste place, avec tout à la fois énergie et élégance. Qu'elles soient félicitées pour la clarté et la courtoisie de leur propos.
Mais la Palme d'or de la réplique revient à Benoît Hamon auquel le "grand journal" de Denizeau avait tendu un authentique traquenard.
Aphatie, sur le ton de la vierge outragée, revenait au livre anti-PS stigmatisant la fraude qui sévirait dans les consultations internes de ce parti. "Comment osez-vous",
s'exclamait-il,"organiser une nouvelle consultation sans avoir, au préalable, démasqué et puni les fraudeurs!" Je ne reviendrai pas sur la réplique mesurée et ferme du porte-parole. En quelques
mots il renvoyait tout le monde aux lacunes de cet ouvrage bâclé, dont seul Aphatie parle encore comme d'une oeuvre majeure, une référence du journalisme d'investigation.
Mais je voudrais surtout inviter mes lecteurs à suivre régulièrement les apparitions et les interventions de M.Aphatie. Ils ne pourront que noter la distance qu'il y a entre son agressivité, qui
se veut destructrice, contre ses interlocuteurs du PS, et la tartufferie dont il fait étalage quand il s'adresse à des représentants du sarkozysme (pour donner le change il envoie volontiers
quelques vacheries à des seconds couteaux ou à ceux ou celles qui sont tombés en disgrâce), ou quand ses interlocuteurs sont des concurrents , verts ou d'une autre gauche, qu'il faut promouvoir
pour affaiblir le seul parti susceptible de pouvoit tenir tête avec succès au pouvoir en place. Tout cela est pratiqué avec la malignité des virtuoses.
Bien entendu si j'aborde le cas Aphatie, c'est à titre d'exemple. Les "aphatie " ne sont pas tous aussi talentueux que l'original,mais dans tous les médias ils obéissent à la même
préoccupation: se faire bien voir du maître, se prémunir contre toute disgrâce. Aphatie lui-même, son proche entourage le sait bien, enrage de ne pas faire partie du petit cercle d'interwievers
attitrés du petit-grand bonhomme de l'Elysée.
C'est dire que nous avons affaire à un grand journaliste indépendant, intransigeant sur l'éthique, professeur de déontologie.
Il faut qu'il sache que nous ne sommes pas dupes de ses manèges. Peut-être pourrons-nous un jour prochain lui être, à notre tour, agréable. Après avoir joué du Molière, il pourrait bien avoir à
interpréter du Beaumarchais.
Antoine Blanca