En France on a un peu parlé des plus récents scandales qui secouent nombre d'évêchés de Boston à Dublin. Il a fini
par nous être révélé que la pédophilie faisait des ravages, depuis des temps immémoriaux, que des centaines de prêtres profitaient de leur privilège religieux pour s'adonner à leurs penchants
pédophiles. Nombre de Séminaires et d'établissements catholiques ont été montré du doigt. Il y a eu finalement des enquêtes, des demandes de pardon aux victimes et à leurs familles. L'Eglise a le
plus souvent été condamnée, a dû mettre la main à la poche. Sans doute l'avait-elle déjà fait préventivement pour étouffer d'autres scandales.
Mais le plus important est encore à venir. Il concerne le fondateur des "Légionnaires du Christ", cette garde prétorienne du catholicisme romain forte de 80000 fidèles, dont 800 prêtres et dont
le principal terrain d'élection est (le présent est de rigueur) le monde hispanique.
Son nom ? Marcial Maciel. Un prêtre mexicain arrivé très jeune, en 1941, dans l'Espagne franquiste où la Sainte Eglise, au lendemain de sa victoire dans sa croisade contre les "rouges",
accueillit son projet à bras ouvert. Le pouvoir temporel aussi : Franco chargea son ministre Martin Artajo de faire le nécessaire pour que la nouvelle "armée des âmes" soit mise en place.
Une réussite: les Légionnaires sont maîtres d'une trentaine de grands séminaires, d'une centaines d'internats et d'une université à Madrid.
Pourtant le Saint-Siège avait reçu, dès 1944, des rapports précis sur les tendances perverses de Marcial Maciel. Au Mexique, beaucoup étaient même déjà persuadés qu'il avait empoisonné au cyanure
son maître à penser, et oncle, l'évêque mexicain Rafael Guizar. Un livre détaillé sur cette affaire obscure se vend toujours dans le monde hispanique. L'évêque Guizar aurait découvert les
activités perverses de son neveu dans le Séminaire q'il dirigeait.
Rien n'a empêché les "légionnaires" de prospérer. Pie XII les encourageait, Jean-Paul II protégea avec enthousiasme Marcial Maciel jusqu'à sa mort. Il s'en proclamait l'ami. Ce fut son
successeur, Benoît XVI, bon connaisseur du dossier en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (ex Saint Office de l'Inquisition) qui lança l'enquête ecclesiastique à peine
élu. "Que de saleté il y a au sein de l'Eglise", s'était-il exclamé quelques jours avant sa proclamation comme Pape.
Les enquêteurs viennent de remettre les résultats de l'enquête. Elle n'a pas encore été communiquée au monde profane.
Mais déjà nous savons que le fondateur des Légionnaires a eu plusieurs femmes et une demi-douzaine d'enfants dont deux filles reconnues (l'une d'elles vit à Madrid, a fait voeu de silence contre
la propriété de son vaste appartement dans le centre de la capitale espagnole et un de bonnes mensualités versées par les Légionaires). Mais qu'il s'est rendu aussi coupable de centaines
d'agressions sexuelles sur des mineurs et couvert des milliers d'autres actes de pédophilie à l'abri de ses séminaires et internats.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage, voici les noms de certains des plaignants: Alejandro Espinosa, les frères Fernando et José Antonio Pérez Olvera, Samuel Barrales, Arturo Jurado,
Juan José Vaca, José Barba et Félix Alarcòn.
"Marcial Maciel est un guide efficace de la jeunesse", avait dit son ami et suprême protecteur Jean-Paul II.
Antoine Blanca