Contrairement au message empoisonné que prétendent distiller certains commentateurs de presse (inutile de parler d'une opposition vociférante), François Hollande n'avait annoncé dans son
programme que des réformes, des engagements qu'il était persuadé de pouvoir tenir. Les militants avaient accepté de manière presque unanime, ce programme fait de modération et de réalisme. Ce
n'était pas facile pour beaucoup d'entre nous qui vivions dans la nostalgie du changement tumultueux de 1981, pour ne pas parler du souvenir historique de 36, et des quelques mois de fête
populaire qui ont précédé, puis suivi sa victoire*. Aujourd'hui on parle davantage de réduction des déficits, de relance de la production industrielle, d'équilibre du commerce extérieur...Des
ministres donnent parfois une image de pompiers répondant aux appels d'urgence, tandis que les syndicalistes défendent la survie de leur entreprise sans se siituer toujours dans le cadre
plus global de la lutte pour l'emploi et de la défense des droits des travailleurs.
La base du PS était disposée à comprendre et même à accepter des entorses à son idéal. Les excès verbaux d'une opposition partagée entre réactionnaires et conservateurs ne nous touche pas. En
revanche les militants ont du mal à contenir leur indignation face aux bévues ministérielles qui se multiplient et qui donnent du grain à moudre à ceux qui parlent d'amateurisme de la gauche. La
précipitation infantile qui a obligé le Conseil Constitutionnel à rétoquer la loi sur le logement social est sans doute l'exemple le plus douloureux de ce comportement bien léger. Et que dire de
son couronnement par le Premier Ministre lui-même annonçant une décision que les 'Sages' n'avaient pas encore prise officiellemennt. Nous préférons oublier les manquements au devoir de réserve de
certaines de nos excellences, imbues de leur personnalité, pressées de gravir les échelons du pouvoir. Peiilon n'a-il rien de mieux à faire, à l'Education Nationale par exemple, que de s'occuper
de la dépénalisation du canabis? Montebourg, pour son immodeste part, peut-il supporter de rester une semaine sans faire, d'une manière ou d'une autre, le buzz des médias...
Alors, camarades du gouvernement, pensez un peu plus à ceux qui ont passé des mois à se battre pour une victoire qui n'est, qu'en partie, la vôtore. Les membres de vos cabinets respectifs
ne sont pas toujours en phase avec la masse des militants. La plupart d'entre eux ne sont à l'aise que dans les luttes de pouvoir. Ils jouent une sorte de reality show, mettent en
pratique ce qu'ils ont appris à l'ENA. Alors, camarades du gouvernement, ne perdez jamais le fil de ce qui vous rattache aux profondeurs du peuple de gauche.
C'est lui seul qui vous a placés là où vous êtes.
Antoine Blanca
* On tend à oublier, tant notre désir est grand de privilégier la légende, que la victoire de 36 fut suivie par le déclenchement de la guerre civile en Espagne, et les premiers trains emportant
les enfants des congéés payés, par l'adhésion à la politique de non intervention. En 81 la victouire fut suivie par le vote de grandes réformes: nationalisation de la banque par exemple. 85 des
110 propositions étaint adoptées en un temps record. Mais en même temps le monde libéral s'organisait, nous entraînait dans la spirale de l'inflation incontrôlée, du déficit ddu commerce
extérieur. Reagan et Mme Thatcher avaient allumé les contre-feux. S'il n'y a pas d'amour heureux, il n'y a pas non plus de victoire de la gauche navigant sur un petit nuage de pur bonheur...