L'Espagne reste pour moi, fils de réfugié politique espagnol, une affaire très particulière. Bien malgré moi le spectre de la guerre civile me saisit tout entier quand un événement, important ou
pas, concerne le pays d'où je suis venu, enfant, un jour pourtant lointain. Il peut être musical ou sportif, littéraire ou touristique: je dois combattre la même obsession, désormais bien
insensée.
Car l'Espagne est une démocratie politique, pluraliste, depuis au moins 34 ans. Il est temps de faire son deuil des batailles gagnées, et toujours finalement perdues. On ne meurt plus à Madrid.
Seulement par accident ou de mort naturelle. Certes, il y a encore, et toujours, les descendants des vainqueurs et ceux des vaincus. Les premiers peuvent visiter les tombes et les monuments
honorant leurs parents morts au cours de leur "croisade". Les seconds le peuvent rarement. Les corps des fusillés au bord des routes et des chemins finissent de pourrir, anonymes, avec ceux des
bêtes. Et beaucoup d'autres ont dû être enterrés dans une terre d'exil.
Une victoire électorale de la droite, en Europe ou ailleurs, m'attriste ou m'indigne. Mais quand il s'agit de l'Espagne, il me faut faire des efforts pour me convaincre que ses représentants sont
des adversaires, non des ennemis. La raison finit heureusement toujours par l'emporter. Mais c'est dur. Quand je vois la carte électorale toute en bleue, couleur adoptée par le PP de Aznar et de
Rajoy, je me souviens que c'est aussi, en plus sombre, la couleur des chemises phalangistes. Avant de reprendre mes esprits, je revois l'Espagne de Franco victorieux.
Allons! Secoue-toi! Ce n'est pas un retour à la vie clandestine qui commence, mais la préparation fiévreuse, pour tes camarades espagnols, des victoires électorales à venir! Amen...
Antoine Blanca