En dépit du plâtre qui devrait l'handicaper*, Fillon veut faire la course à l'échalote UMP en tête, et prendre de court son seul adversaire sérieux, le carnassier jazzman Copé. Et le voilà parti
sur la piste mal cendrée. Du pied droit, bien entendu. Sur le plan social il éradiquera une bonne fois pour toutes les 35 heures (cinq ans passés à Matignon ne lui auront donc pas permis de
procéder à cette contre-réforme jugée 'indispensable'...), mettre enfin au travail ces fainéants de fonctionnaires (trop nombreux, faut-il le dire). Mais le coeur de l'esquisse de son projet
tient en deux résolutions, a priori contradictoires: faire du sarkozysme d'une part, s'émanciper en parallèle de l'image de l'EX en ce qu'elle a d'imprésentable.
Car, à reprendre les réflexions qu'il vient de livrer au Point, on ne peut que remarquer sa critique de l'action passée, celle qui a conduit à la défaite. Le thème est clair: 'quand j'ai
eu les mains libres, on a fait avancer la machine dans le bon sens; quand on m'a lié les mains (sous-entendu, le Président et les gens de son premier cercle), on a commis de lourdes erreurs'...On
enterre Sarkozy, mais sous une montagne de chrysanthèmes.
Aucune véritable critique, cependant, du virage vers l'extrême droite qui a caractérisé la fin de la dernière campagne. On retrouve là une ambigüité qui ne surprendra que les non initiés: Fillon
est un vendéen (calotte, travail, famille...) dissimulé derrière une réputation mal fondée de 'gaulliste de gauche' ("Sarkozy n'est pas mon mentor en politique, car mon mentor c'était
Philippe Seguin", répondait-il, à la fin de l'année dernière, à un journaliste qui l'interrogeait sur sa filiation idéologique). Bref, le nouveau député de Paris est fait pour plaire à la droite
'convenable', au bourgeois de base. Il fait en quelque sorte partie d'un improbable 'institut pour la conservation du patrimoine' héritier de Thiers et de Mac Mahon.
Avec sa raie bien tracée, ses cheveux gominés et son sourire contenu, il fait plus 'messe du dimanche en famille' que chanteur de tango. Je respecte trop la mémoire de Carlos Gardel* pour oser
cette dernière comparaison.
Antoine Blanca
* figure emblématique du tango, né à Toulouse, parti, encore enfant, en Argentine avec ses parents, via Montevideo. Avec le général San Martin, c'est l'autre Gloire de l'Argentine.