Avec l'annonce de la libération du journaliste et reporter Roméo Langlois*, il était naturel que l'on reparlât de la situation d'autres compatriotes privés de liberté dans tel ou tel pays. Et,
par un raccourci audacieux, mais hélas habituel, on en est venu au cas de Florence Cassez, arrêtée et lourdement condamnée à Mexico pour complicité d'enlèvements avec extorsion de fonds. Dans le
même mouvement ont été rappelés d'autres drames: ceux que vivent des Français détenus dans le désert africain par 'Al Qaïda au Maghreb islamique' (Aqmi). De très loin, c'est la détention de ces
derniers qui a le plus de signification politique, et qui doit nous inquiéter particulièrement.
Aux confins d'un Mali (tronçonné par une guerre qui ne dit pas son nom), de l'Algérie, de la Mauritanie, du Niger, nos concitoyens se trouvent dans une zone de non-droit, avec djihadistes et
indépendantistes touaregs disputant le territoire, ensemble ou séparément, à un gouvernement reconnu par la loi internationale, mais lui-même aux prises aux soubresauts de l'incertitude. Il est
réconfortant de savoir que nos autorités, à Paris comme dans la région concernée, diplomatiques et militaires, officielles et officieuses, sont mobilisées. L'entreprise est suffisamment délicate
pour qu'on les laisse agir sans interférence médiatique ou partisane.
Mais en revanche, avancer le cas de Florence Cassez dans le même contexte est plus que mal venu. Cette jeune femme n'est pas aux mains d'une bande de pirates, mais de la justice d'un Etat de
droit, reconnu par la communauté internationale. Si, à la fin du mois d'août, elle est libérée, ce sera parce que des irrégularités de procédure ont été reconnues et prises en compte. Non parce
que son innocence aura été établie. Son dossier est plein d'incertitudes et la malheureuse a déjà passé sept ans en prison. Il est néanmoins avéré qu'elle vivait maritalement chez Israel Vallarta
Cisneros qui a reconnu dix enlèvements avec rançon et un assassinat.
Ce qui continue de choquer l'opinion publique mexicaine, c'est la légèreté de l'intervention de Nicolas Sarkozy qui a traité leur pays comme on se comporte avec une république bananière. Florence
Cassez n'est pas une ôtage détenue contre rançon. Soyons discrets et laissons faire les avocats et les hauts magistrats de la justice du Mexique**.
Antoine Blanca
* Langlois n'a pas, à proprement parler, été 'enlevé' par les FARC. Il couvrait, comme reporter, une opération militaire contre les rebelles. Blessé au bras, il a été trouvé sur le terrain alors
que le détachement de l'armée avait décroché au terme d'un combat.
** L'aventurisme de Sarkozy était allé jusqu'à annuler "l'année du Mexique en France" qui avait demandé quatorze mois de préparation aux universitaires, conservateurs de musée, experts des deux
pays.