Depuis la signature, en 1972, des accords établissant, entre le PS, le PCF et les radicaux de gauche, une stratégie d'union politique, les choses ont bien fonctionné, avec des hauts et des bas. A
tous les niveaux: municipal, départemental, régional et national. Lors des récentes consultations les désistements réciproques n'ont donné lieu à aucune discussion préalable. Comme si tout cela
allait de soi. Il n'y a pas eu de bavure, même quand l'écart de voix entre un socialiste et un communiste était minime au premier tour. C'est que personne n'aurait trouvé avantage à casser la
mécanique. Le PS ne veut pas avoir les Verts pour uniques alliés. Trop fragiles, très capricieux, assurément imprévisibles. Pour sa part les dirigeants du PCF ne veulent pas du seul tête à tête
avec un Mélenchon qui, à tout moment, peut les dérouter, les prendre à contre-pied. Même diminué par une prestation individuelle décevante, le personnage les inquiète et les incite à la prudence.
Les résultats électoraux médiocres, la suprématie parlementaire d'un PS peu disposé à faire des concessions sur son programme pour consentir une place à des ministres communistes, sont autant de
facteurs qui contraignent le parti à dépendre davantage encore de la prédication mélenchonienne. C'est ainsi qu'il va être décidé de ne pas voter la confiance au gouvernement Ayrault. De ce fait
l'union de la gauche n'existera bientôt plus en tant que stratégie d'exercice du pouvoir. Seul le pragmatisme au cas par cas va prévaloir. C'est, d'une certaine manière, accorder la pratique à la
réalité de terrain.
Pourtant le discours du candidat présidentiel du Front de gauche n'offre aucune perspective dans une démocratie européenne telle que la nôtre. En Allemagne la tentative d'Oskar Lafontaine de
fédérer un petit univers néo-marxiste venu du SPD, et les rénovateurs survivants du parti unique de la RDA, n'est désormais porteuse d'aucune espérance. Et en Grèce la coalition de petits partis
progressistes est empêtré dans ses innombrables contradictions. Le moment ne tardera pas qui obligera le PCF à revenir à la stratégie traditionnelle d'alliance qui est, pour lui, la garantie
d'une certaine forme de survie.
Antoine Blanca