Personne n'a été surpris par le résultat. Même si pour ma part je plaçais Ennahda en tête, je situais son résultat entre 25 à 35% des votants. En fait ce pronostic "à vue de nez" s'est avéré
erroné. Ce parti a finalement obtenu 41% des sièges. 90 élus sur 217. Il lui faudra donc conclure des alliances. Et pour gouverner, et pour adopter la nouvelle constitution. C'est dans la
négociation démocratique que l'on pourra apprécier l'esprit d'ouverture de la formation politique désormais majoritaire, mais contrainte de rechercher des alliances. Un exercice sain pour vivre
le régime du dialogue permanent.
Il n'y a aucune raison valable pour suspecter a priori Ennahda de ne pas vouloir inscrire son action dans le respect du pluralisme. Plus que tout autre pays la France, hier puissance
coloniale peu respectueuse des libertés fondamentales et des Droits de l'Homme, doit faire preuve de mesure, de modestie dans ses jugements. Evitons les procès d'intention à l'égard du nouveau
pouvoir qui va se mettre en place. Manifestons au contraire notre bonne disposition désintéressée à aider à la reconstruction républicaine, dans un pays qui nous est si proche.
Je voudrais bien, comme nombre de mes compatriotes et beaucoup d'amis tunisiens, que le nouveau gouvernement soit composé, à Tunis, de disciples de Jules Ferry, du petit père Combes et,
pourquoi pas, de Jean Jaurès. Ce ne sera pas le cas et c'est, au fond, bien naturel puisque telle est la décision du peuple. La démocratie à la tunisienne est en train de se mettre en place dans
les esprits avant de l'être dans les textes. Rendons nous disponibles pour contribuer, si cela nous est demandé, à construire le chemin du droit et de la raison. Mais ne nous posons pas en
censeurs. Nous ne sommes nullement fondés à le faire.
Antoine Blanca