En Amérique latine désormais, la démocratie a fini par s'imposer partout, avec ses différents visages, mais toujours par la
voie des urnes. Même quand un coup de force vient toubler le cours des choses, les chefs putschistes s'efforcent de
lui donner des couleurs constitutionnelles. Nous voulons parler du Honduras où l'élection présidentielle vient d'avoir lieu alors que le Chef de l'Etat sortant est toujours cerné par les
militaires à l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa (il s'agit, vous vous en souvenez, de Manuel Zelaya, coupable d'avoir voulu organiser un référendum pour modifier la Constitution).
Démocratie et vote citoyen partout, donc, dans le sous-continent américain.
Les mauvaises langues lient cette vitalité libertaire au fait que les Etats-Unis ont cessé d'intervenir directement, depuis plus de vingt ans, dans les affaires intérieures de la région.
L'explication est un peu courte. On sera amené à revenir sur la question.
Il demeure que les régimes militaires et répressifs d'hier ont laissé des traces profondes sur les corps et les esprits.
C'est le cas de José(Pepe) Mùjica. Il a succédé le dimanche 29 novembre à un autre président de gauche. Le "Frente Amplio" s'est donc installé dans la durée. Cette fois c'est bien la fin de
l'alternance traditionnelle entre les partis "Blanco" et "Colorado" qui pratiquaient une sorte de caciquisme paternaliste dans ce pays laïc, pro-français et garibaldien.
Pepe (prononcer pépé) est un personnage de roman d'aventures. D'aventure militante. Il a été de ceux qui ont combattu par les armes la "bourgeoisie", avec les maquis de Fidel et le message du Ché
en tête.
Le régime militaire le lui avait fait payer très cher. Onze ans de prison, dont deux enfermé dans un puits sans lumière, où il ne pouvait pas même s'allonger, et six isolé dans une cellule sans
ouverture où il lui était interdit de lire.
Aujourd'hui Pepe n'en finit pas de rattraper le temps perdu dans le silence qui lui était imposé. Il peut parler, dit-on, 28 heures à la file. Il parle du divin et de l'humain. Du projet
révolutionnaire par les armes il ne reste pas même des cendres, constate-t-il. Les programmes de lutte contre les inégalités sont tenus pour absolument compatibles avec la loi et les règles du
marché. Pepe Mùjica annonce même une présidence "où la démarche consistera à négocier, négocier et encore négocier. Jusqu'à l'insupportable".
A 74 ans le nouveau leader de l'Uruguay n'aspire qu'à une chose: consacrer son mandat à son pays et à son peuple. Son intégrité est aussi proverbiale que son verbe.
BOLIVIE: Evo Morales a triomphé avec 62% des voix dès le premier tour. Il a redonné à la majorité andine, aymara et quéchua, toutes les valeurs que les envahisseurs lui avaient volé, comme
ils leur avaient pris leurs terres et les richesses de leur sous-sol. Mais cela ne l'empêche pas d'être un homme fou de progrès et de modernité. Personne ne pourra mettre en doute, en tout
cas, désormais, sa légitimité.
Antoine Blanca