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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 19:24

Panama aujourd'hui, 3,5 millions d'habitants. Une capitale, Ciudad de Panama, un "port libre", Colòn, paradis fiscal, paradis des armateurs et du pavillon de complaisance. Mais surtout LE CANAL qui aura doublé sa capacité en 2014. Aujourd'hui, 5% du commerce mondial passe par là. Pour nous, Français, LE CANAL c'est Ferdinand de Lesseps et, surtout l'un des plus grands scandales politico-financiers de notre histoire républicaine.

Pour les Etats-Unis, le grand voisin, Panama incarne un moment essentiel du développement de son impérialisme. En 1903, quand la nouvelle voie reliant l'Atlantique au Pacifique devenait opérationnelle, ce qui était une province colombienne se sépara providentiellement de Bogotà pour devenir un protectorat de Washington. Le canal était sous son contrôle direct. La sécurité du nouveau pays (il se situe pour moitié en Amérique centrale, pour moitié en Amérique du sud), était assuré par une garde prétorienne (Garde nationale) dont la formation et le recrutement étaient assurés par le grand frère du nord.

Avoir recours à ces rappels élémentaire d'histoire et de géographie, c'est tenter de mieux éclairer les enjeux de l'heure. Depuis l'élection à la présidence du milliardaire (roi des supermarchés) Ricardo Martinelli, en 2009, le petit pays est en voie de redevenir le protectorat qu'il était avant l'intervention du général Omar Torrijos, chef de la Garde converti au nationalisme de gauche. Les accords qu'il signa avec Carter, à la fin des années 70, allaient permettre de rendre LE CANAL aux Panaméens et de faire évacuer la "zone", enclave que les Etatsuniens occupaient en maîtres.

Pendant longtemps, l'Etat panaméen, dont l'exécutif émane du suffrage universel, est resté fidèle à la ligne patriotique définie par Omar Torrijos (lui-même disparu en août 81 dans l'explosion, demeurée inexpliquée, de son avion). De 2005 à 2009 c'était son propre fils Martin qui présida aux destinées du pays. Mais il y a deux ans la candidate du parti "torrijiste", le PRD (membre de l'Internationale socialiste) fut battue par le conservateur Martinelli, lequel entreprit aussitôt de libéraliser le système économique et social, de réintroduire les Agences de sécurité américaines au coeur du pouvoir (WikiLeaks a apporté la preuve que la CIA avait contribué, avec sa meilleure technologie, à mettre sur écoutes les partis d'opposition et leurs chefs), de supprimer les programmes sociaux. Le magnat new-yorkais Donald Trump vient d'inaugurer sa propre tour de 70 étages au bord du canal (lequel s'est transformé en une sorte de petit Manhattan et Trump a déclaré, comme en passant, que son pays avait fait "une bêtise" en "rendant" LE CANAL).

Enfin, cerise sur le gâteau, le Président-milliardaire veut changer la Constitution qui lui interdit la réelection immédiate. Avec Martinelli pourtant le Panamà est un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine (source: la Banque Mondiale). Le taux d'homicides a doublé en trois ans pour atteindre le chiffre de 22 assassinats pour 100000 habitants. Tout a été nivelé par le bas: éducation, santé, assainissement, infrastructures routières et transports publics.

Martinelli s'est "offert" le pays où il fait prospérer son infrastructure commerciale, avec un statut , de fait, de monopole. Espérons que les citoyens pourront le faire partir dans deux ans.

Antoine Blanca

  PS: la France a un intérêt tout particulier à observer ce qui se passe dans cettre zone stratégique des Amériques où nous comptons trois de nos départements.

 

 

 

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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