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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 15:35
Aujourd'hui il est de bon ton, monde politique et médias confondus, de parler indifféremment de socialistes, de social-démocrates, voire de sociaux-démocrates, à propos des membres de la II e Internationale. Apparemment l'utilisation de ce vocabulaire est justifié: les partis scandinaves et l'Allemand, pour ne citer que ces exemples, ne s'intitulent-ils pas "social-démocrate". Mais il s'agit là d'une manipulation de l'histoire du mouvement ouvrier et...de la grammaire! Plus particulièrement quand on utilise le pluriel "sociaux-démocrates" pour social-démocrate. En effet dans les langues germaniques et anglo-saxones, le substantif est placé après l'adjectif. SPD doit se traduire: Parti démocrate socialiste (et non "démocrate-social", comme on veut le faire croire). Il en va de même pour les partis suédois ou norvégiens.
Bien entendu il n'échappe à personne que derrière le langage, il y a une volonté politique: le terme "socialiste" est trop lié à la terminologie marxiste, et c'était très mal porté au temps de la guerre froide. Les Etats-Unis sont ainsi parvenus à terroriser idéologiquement les Amériques et certaines contrées d'Asie en parlant du "socialisme" comme d'une épidémie hautement contagieuse, sans doute mortelle comme la peste ou le choléra. Au contraire, parler de "social-démocratie" permettrait d'obtenir l'absolution du Grand frère de Washington.
A partir du moment où la IIe Internationale a commencé à utiliser indifféremment social-démocratie et socialisme (avec une préférence pour le premier nommé), les adhésions latino-américaines ont afflué au siège de Londres.
C'est ainsi que, discrètement mais sûrement l'ancienne internationale ouvrière est devenue une vague alliance de centre-gauche.
Il est vrai que ces habiletés de vocabulaire s'appuient historiquement sur des réalités.
Les Socialistes suédois ont pris démocratiquement le pouvoir dès 1919 sans procéder pour autant à des nationalisations des grands moyens de production et d'échange. Ils ont préféré réguler par l'impôt. Les riches ont ainsi financé de grands programmes sociaux. Il en va de même pour les travaillistes britanniques. Et surtout le SPD allemand a procédé, en 1959 au Congrès de Bad-Godesberg, à une révision totale de sa doctrine. On abandonnait la notion de luttes de classe, on renonçait à la socialisation de l'économie en particulier et au marxisme en général. C'est à partir de 1959 qu'on commença à opposer, avec certains artifices non dénués d'arrière-pensées, "socialisme" et "social-démocratie". Etant entendu que les partisans de cette dernière seraient des socialistes de droite.
Il faut dire que les pays industrialisés occidentaux se sont donnés, grâce aux partis socialistes et aux confédérations syndicales qu'ils contrôlaient (sauf en France depuis le Congrès d'Amiens de la CGT, en 1908) des systèmes de protection sociale et un accès au savoir pour tous qui constituent des avancées progressistes considérables.
Mais faut-il pour autant baisser la garde, abandonner le Tiers Monde sur la route, se contenter d'un relatif bien-être géographiquement limité? Déjà nombre de partis populaires qui avaient rejoint l'IS dans les années 70 et 80 sont dépassés, souvent littéralement enfoncés, par de nouvelles forces qui, au Venezuela, en Equateur, en Bolivie, au Pérou, au Brésil et ailleurs, remettent en cause une société dominée par les nantis, par les terrains de golf et les clubs de luxe.
Les socialistes français devraient, eux aussi, revoir leurs certitudes et se garder de jeter aux orties, sur le plan national et international, les valeurs originelles qui sont au coeur de leur idéal.
Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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