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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:45

Ingrid Betancourt, devenue en France une sorte d'héroïne, publie chez Gallimard le récit de sa longue captivité au coeur de la forêt tropicale colombienne. Cette sortie en librairie bénéficie, depuis plusieurs semaines déjà, d'une couverture médiatique exceptionnelle. C'est que chez nous son drame avait reçu un appui presque unanime du monde politique (de Sarkozy à Delanoë en passant par un Villepin qui se serait bien vu en Tarzan amazonien délivrant Jane). Dans ses terres d'origine, du côté de Bogotà, en revanche, on ne cache pas sa surprise de voir notre pays l'honorer à ce point: là-bas elle a douché à l'eau glacé les mieux disposés à son égard en réclamant à l'Etat colombien des millions de dollars de dommages et intérêts pour ne pas l'avoir faite libérer plus vite. Et de s'interroger sur cet excès de gloire scénarisée.

On comprend alors mieux les raisons qui l'ont conduite à venir s'installer en France. Et en Française. Prétendra-t-elle un jour à un mandat politique sur l'Hexagone après ses désespérants ratages en terre américaine? Car c'est en candidate, "verte", à la Présidence de la Colombie que l'ex-sénatrice, créditée charitablement de 0,5% dans les sondages, était allée se jeter dans la gueule du loup malgré les mises en garde des forces de l'ordre et de tous ceux qui lui voulaient du bien. Dans le but  évident d'attirer  l'attention de ses concitoyens de là-bas sur sa personne. Elle allait, toute seule, discuter avec la guérilla. On allait bien voir!

Elle n'imaginait pas, faut-il le dire, que cela se terminerait par une longue captivité dans de bien pénibles conditions. Libérée, avec d'autres, par l'armée de son pays, au terme d'une opération secrète frisant la perfection, elle est apparue  en bonne forme physique devant les caméras. Nous nous en réjouissons d'autant plus qu'elle a pu très vite venir en France, remercier tous ceux qui auraient bien voulu être ses libérateurs (ils l'ont été d'ailleurs un peu) et, surtout, se rendre à Lourdes couverte de voiles pour rendre grâces à la Vierge et à Bernadette Soubirou. Avant d'aller baise dévôtement l'anneau du Saint Père. On ne lui connaissait pas une telle piété.

Aujourd'hui elle va vendre son livre en attendant que ses compagnons et compagnes de captivité complètent ausssi leurs souvenirs. Ils seront moins glorieux pour l'Ingrid franco-colombienne. Soyons-en certains.


Et les ravisseurs dans tout cela? L'histoire des FARC commence en 1948 avec l'assassinat d'Eliecer Gaitan, héros populaire, idole des sans-droit. C'est alors la déchaînement, une répression sanglante, une guerre civile interminable. Une période que les Colombiens appelèrent "VIOLENCIA". Avec les répercussions de la guerre froide dans le sud du continent américain, les commmunistes s'armèrent de leur côté. Les FARC sont les lointaines héritières, aujourd'hui dévoyées, de leur organisation militaire. Sans objectif politique véritable, les FARC se ravitaillent désormais par le rackett, le commerce d'ôtages et, surtout la protection et la promotion du trafic de stupéfiants. Pourtant, il y a trente ans encore, la conclusion d'une paix avec le pouvoir avait autorisé ces communistes à revenir à la vie civile après avoir déposé les armes. Ils se transformèrent en parti politique nouveau, l'Union Patriotique, décidé à participer électoralement à la vie démocratique du pays.

Cela s'avéra  impossible du fait de la droite et de ses escadrons de la mort. En quatorze mois 800 responsables de l'UP furent assassinés. L'auteur de ces lignes en sait quelque chose: il avait aidé à convaincre un jeune chirurgien et son épouse à reprendre leur place à l'hôpital. Ils furent massacrés presque aussitôt. 

Sans rien vouloir excuser du présent, il convient parfois de regarder vers le passé récent. Pour comprendre.

 

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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