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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 15:54

Depuis le départ de Moubarak et de son clan familial, le malaise était perceptible: les forces armées égyptiennes veulent continuer de contrôler le pays et ses habitants. Ce qui vient de se produire place Tahrir dépasse le pire des scénarios imaginables. Un nombre encore mal déterminé de manifestants sont décédés par asphyxie ou par empoisonnement au gaz(1). Car ce ne sont plus des "lacrymos" ordinaires qui sont lancés sur les jeunes en colère. Ce sont des fumées potentiellement mortelles qui sont en cours d'analyse par des scientifiques. De nouveaux produits qui, apparemment, n'avaient encore jamais été employés. Par aucune force de répression au monde.

La détermination des militaires à rester maîtres du terrain est ainsi tragiquement démontrée. Au pouvoir depuis le coup d'Etat des "officiers libres"(en 1952, avec le général Neguib derrière lequel se profilait le colonel Nasser) l'armée est demeurée la seule véritable force politique du pays des pharaons. Elle a bien changé d'idéologie avec Sadate, puis Moubarak, mais elle n'a jamais cédé les rênes du pouvoir. Une force demeurée mystérieuse. Quel est le véritable groupe aux commandes? Ce qui est certain: ces officiers ne sont pas décidés à partager avec les représentants élus du peuple. Par la ruse ou par la violence.

Observons les événements avec attention: l'épreuve de force est peut-être entrée dans une phase décisive. Car les manifestants paraissent aussi déterminés que les répresseurs le sont à les mater.

Or l'Egypte est le pays arabophone le plus important du monde. Et il est au coeur d'une région en pleine convulsion.

Antoine Blanca

1- plus de deux cent personnes sont soignées dans des hôpitaux de fortune.

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 09:56

J'ai fait connaissance avec Danielle Mitterrand au cours d'un voyage à Cuba à l'automne 1974. La délégation du PS, qui répondait à une invitation de Fidel, était nombreuse et de qualité. François Mitterrand la dirigeait. Gaston Defferre, Régis Debray, André Rousselet en faisaient partie. Notre séjour a duré une semaine et le "Comandante" ne nous a pratiquement pas quittés. J'ai alors découvert que je partageais avec l'épouse du Premier Secrétaire (lequel venait d'être battu de justesse par Giscard à la présidentielle) une même passion pour le monde latin des Amériques et des Caraïbes. Nous ne perdîmes, depuis cette rencontre, jamais contact. Je partageais régulièrement avec elle mes informations sur les drames que connaissaient les pays du Cône sud et sur les guerres qui ensanglantaient l'Amérique centrale. Je me souviens du bonheur avec lequel nous avions célébré l'entrée victorieuse des sandinistes à Managua, le 19 juillet 1979. Les motifs à célébrations étaient alors, hélas, bien rares.

Après 1981 Danielle passa à une étape plus organisée, plus opérationnelle aussi de son militantisme. On fonda une association "du 21 juin"(1) dont je fus nommé secrétaire général. Elle préfigurait la Fondation, beaucoup plus lourde à installer. Nommé Ambassadeur itinérant pour l'Amérique latine, je voyageai sans cesse dans une région où il se produisait toujours quelque chose. Il ne se passait alors pas de semaine sans que je fasse part à Danielle de mes informations et de mes impressions. La guerre que faisaient les "contras", à partir du Honduras, au Nicaragua sandiniste, la révolution éphémère de Maurice Bishop dans la petite île anglophone de Grenade, la consolidation progressive d'une opposition légale au régime militaire de Brasilia, la répression en Argentine et en Uruguay, le renforcement de la démocratie clandestine dans le Chili de Pinochet, les conséquences régionales de la guerre des Malouines...

C'est à propos de l'Argentine que des divergences m'opposèrent à Danielle. Je considérais, en tant qu'Ambassadeur de France, que le Président élu, Raùl Alfonsin, avait fait ce qu'il fallait, en organisant une sorte de nouveau procès de Nuremberg contre les chefs de la Junte militaire, en les faisant condamner au terme d'un long procès exemplaire. Il ne disposait pas des moyens politiques pour aller plus loin. Aux prises à une terrible crise économique et financière, l'Argentine ne pouvait se permettre de vivre au rythme de centaines de procès interminables. L'armée, encouragée par Reagan, demeurait puissante et menaçante. La générosité de la présidente de France Libertés, elle, ne connaissait pas de telles limites. Elle avait épousé la cause des Mères de la Place de Mai. Moi celle de la consolidation prioritaire de la démocratie. La Fondation travailla encore sur mon territoire diplomatique après un tremblement de terre qui ravagea la région andine de Mendoza. Grâce à elle des centaines de familles purent être relogées. Mais rien ne fut plus, entre nous, comme avant...

Il demeure que mon admiration et mon affection à l'égard de cette militante enthousiaste, inlassable, à la sincérité têtue, sont restées intactes. Nous avons continué à nous parler et à nous voir. Et elle n'ignorait pas que j'aurais toujours été disposé à me jeter à l'eau pour l'aider.

Danielle Mitterrand était une personnalité rare: courageuse et généreuse, inflexible dans ses convictions et discrète dans sa vie, jalouse dans ses amitiés auxquelles elle demeurait fidèle comme elle l'était à la mémoire du Président. Je pense que ceux qui l'ont approchée et aimée sont en droit de la pleurer sans retenue.

Antoine Blanca

1-simplement parce que ses contours ont été imaginés le 21 juin 1981.

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 10:33

L'Espagne reste pour moi, fils de réfugié politique espagnol, une affaire très particulière. Bien malgré moi le spectre de la guerre civile me saisit tout entier quand un événement, important ou pas, concerne le pays d'où je suis venu, enfant, un jour pourtant lointain. Il peut être musical ou sportif, littéraire ou touristique: je dois combattre la même obsession, désormais bien insensée.

Car l'Espagne est une démocratie politique, pluraliste, depuis au moins 34 ans. Il est temps de faire son deuil des batailles gagnées, et toujours finalement perdues. On ne meurt plus à Madrid. Seulement par accident ou de mort naturelle. Certes, il y a encore, et toujours, les descendants des vainqueurs et ceux des vaincus. Les premiers peuvent visiter les tombes et les monuments honorant leurs parents morts au cours de leur "croisade". Les seconds le peuvent rarement. Les corps des fusillés au bord des routes et des chemins finissent de pourrir, anonymes, avec ceux des bêtes. Et beaucoup d'autres ont dû être enterrés dans une terre d'exil.

Une victoire électorale de la droite, en Europe ou ailleurs, m'attriste ou m'indigne. Mais quand il s'agit de l'Espagne, il me faut faire des efforts pour me convaincre que ses représentants sont des adversaires, non des ennemis. La raison finit heureusement toujours par l'emporter. Mais c'est dur. Quand je vois la carte électorale toute en bleue, couleur adoptée par le PP de Aznar et de Rajoy, je me souviens que c'est aussi, en plus sombre, la couleur des chemises phalangistes. Avant de reprendre mes esprits, je revois l'Espagne de Franco victorieux.

Allons! Secoue-toi! Ce n'est pas un retour à la vie clandestine qui commence, mais la préparation fiévreuse, pour tes camarades espagnols, des victoires électorales à venir! Amen...

Antoine Blanca

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 10:18

Curieusement les Espagnols vont donner toutes les clés de la maison et de ses dépendances à une droite qui ne fera aucune concession. Celle-ci contrôlera demain non seulement le Congrès des députés et le Sénat, mais aussi les gouvernements autonomes à l'exception de celui d'Euzkadi (pays basque) dont le Lendakari est socialiste, et de la Catalogne dirigée majoritairement par les indépendantistes de droite. Car le bastion andalou, depuis trente ans aux mains du PSOE (les refondateurs du parti dans les années 1970, Felipe Gonzalez, Alfonso Guerra, Manuel Chàvez et Luis Llañez sont des sévillans), va aussi sans doute passer aujourd'hui aux mains des conservateurs.

Mariano Rajoy, après deux échecs successifs face à Rodriguez Zapatero, va donc gouverner sans entrave parlementaire ou territoriale. La seule chose plaisante pour les hispanisants est l'effort de prononciation auquel journalistes et hommes politiques français sont contraints pour se référer au futur Président du gouvernement espagnol. Roulement puissant du "R"initial, JOTA ultra gutturale, sans compter la dernière syllabe...Mais cela ne suffira pas à nous rendre le sourire. L'intéressé se présente sans programme. Il s'est contenté de vagues constatations sur le chômage, la dette, les déséquilibres budgétaires. Aucune solution offerte.

Et pourtant les électeurs vont faire le choix d'accentuer leurs souffrances, essentiellement celles des classes moyennes (ou de ce qu'il en reste), approfondir les inégalités (50% des jeunes sont sans travail) et favoriser la spéculation intense des banques, notamment les pratiques du Banco de Santander, tristement connu dans le monde ibérique. Ceux qui se sont rendus célèbres, les auto-proclamés "indignados", moralement soutenus selon les sondages par 75% de leurs compatriotes, resteront chez eux ou voteront pour des partis marginaux.

Sans doute leur indignation attend les événements qui ne pourront que les renforcer dans leur état d'esprit. Leur indignation se transformera en fureur.  Déjà le PSOE a pris ses marques de futur opposant en préparant les ripostes à venir avec les deux grandes confédérations syndicales, UGT (socialiste) et Commissions ouvrières (la CGT espagnole). Face à un gouvernement de gauche le syndicalisme s'était contenté de faire les gros yeux. Désormais, on va passer aux choses sérieuses. Dès le premier trimestre 2012 Rajoy et les siens auront intérêt à courir aux abris.

Antoine Blanca

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:18

Certains se comportent comme si on devait voter demain. Or la campagne va  encore durer plus de cinq mois. Et une partie du succès reviendra à ceux qui auront su doser leurs efforts. Il faut donc, aujourd'hui, prendre de la distance et de la hauteur, refuser la loi du quotidien.

Françoic Hollande est sur un ton juste en se refusant, pour l'instant, à tenir de grands meetings, à prôner des rassemblements massifs. En bon fils spirituel de François Mitterrand, il souhaite, comme ce dernier, "donner du temps au temps".

La négociation avec les écolos est conforme à ce que l'on pouvait craindre: limitée sur les vrais thèmes de fond, médiocre quand il s'agit du facteur humain. C'est à dire de ce qui intéresse le puritanisme de nos partenaires: les mandats électifs. Le message a été reçu cinq sur cinq par les négociateurs socialistes. Ils ont donné tout ce qu'ils pouvaient raisonnablement donner. Sur le terrain, dans les circonscriptions concernées, cela ne sera pas aussi simple. A Lyon et Paris notamment. Delanoë est, si l'on peut dire, payé pour le savoir: travailler au quotidien avec les Verts est un vrai chemin de croix. Et il croit comprendre que l'ambition de Cécile Duflot pourrait être, in fine, de prendre son fauteuil en faisant obstacle à l'avènement programmé de Anne Hidalgo. Un ami me disait: "les écolos sont comme les coucous, qui font leur lit dans le nid des autres".

Mais notre alliance stratégique avec EELV est pour le moment incontournable, avec les sacrifices qui l'accompagnent. On sait que, contrairement à ce que pense une partie de l'opinion, les candidats écolos ne sont pas des idéalistes, surtout pas de purs esprits. Ils ont emprunté simplement un raccourci opportuniste pour s'installer dans la vie politique professionnelle.

On ne peut pas se battre contre le mur des réalités.

Antoine Blanca

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 11:34

La colère des Koweïtis, qui viennent d'envahir leur parlement pour demander la fin de la corruption et du népotisme, est une preuve, à mes yeux riche de signification, de la profondeur et de l'intensité du mouvement insurrectionnel qui touche une grande civilisation. Cette monarchie, le Koweït, était le symbole  même du RAS (1), rien à signaler. Petit pays de 2 millions d'habitants, hier envahi et occupé par les troupes de Saddam, sauvé par une intervention ordonnée par l'ONU, on le supposait vivre en sybarite sa discrète opulence pétrolière, à l'abri du séisme qui fappe le reste de l'univers arabophone. Il n'en est donc rien.

Les citoyens exigent partout, dans une vaste région qui va de Rabat à Oman, que l'on respecte leur dignité en respectant leurs droits fondamentaux. Ce ne sont pas des explosions passagères. L'héroïsme démontré, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, par le peuple syrien doit interpeller nos consciences endormies. Le mouvement de révolte est en train de s'inscrire dans la durée.
On a pu apaiser la colère au Maroc par la parole du Roi et par ses promesses, en Egypte, par des élections à venir, sous surveillance militaire, à Bahrein, par l'intervention armée du voisin saoudi...Mais il s'agit d'une mise en attente, d'un temps donné à la réflexion.

Partout la prise de conscience est trop forte pour que l'on puisse l'endormir en chantant des berceuses. La lourde, très lourde Ligue arabe a fini par le comprendre. Elle tente désormais de peser sur l'événement tandis que, de l'extérieur, la Turquie paraît vouloir, de son côté, user de sa nouvelle influence. Tout est en train de se transformer. Dans le même temps, au Yémen et en Syrie c'est la guerre civile qui se profile.

Nous, Français, qui avons montré nos muscles en Libye, paraissons pour le moment dépassés par la dimension d'un mouvement général  mais multiforme, dans des pays qui devraient nous être familiers. Et où notre parole est attendue.

Antoine Blanca

1- Du moins depuis la fin de la première guerre d'Irak, il y a 20 ans

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 16:57

Les Etats-Unis (et accessoirement Israël) ont coupé les vivres à l'UNESCO. La décision de Washington est presque un arrêt de mort, à moyen terme, pour la seule grande agence onusienne à avoir pour siège notre capitale. Disons en passant que cette décision, moralement inconcevable, ne paraît avoir ému ni notre gouvernement, ni l'opposition à ce dernier.

Washington est, pour sa part, coutumier de ce genre de pratique arrogante. Reagan avait déjà arrêté de payer sa contribution obligatoire à l'ONU, à la fin des années 1980. Et le gel avait duré plusieurs années. La grande organisation internationale ne s'en ait jamais complétement remis. Elle avait été créée à San Francisco, par les puissances alliées, après leur victoire commune sur le totalitarisme. A l'ONU, comme à l'UNESCO, la contribution américaine représente 22% du budget ordinaire. Et aucun pays, ou groupe de pays, n'est légalement fondé à se substituer à un Etat, volontairement ou involontairement, défaillant. L'UNESCO a d'ores et déjà décidé de geler ses programmes jusqu'à la fin de l'année.
Pour la science, la culture, l'éducation, c'est un véritable tsunami dévastateur qui va frapper des pays pauvres, même s'ils renferment des trésors pour l'Humanité.

Reagan hier, Obama aujourd'hui, insultent la démocratie en violant l'esprit et la lettre de la Charte de San Francisco. Au nom de leur grand pays ils veulent faire passer leur volonté du moment avant celle de la communauté internationale. Frapper l'UNESCO est particulièrement symbolique. Domination par l'argent plutôt que partage par le dialogue.

Si les Etats-Unis sont coupables, ceux qui sont, par leur silence, leur complice, le sont aussi. Même si la France a voté en faveur de l'admission de la Palestine (prétexte à cette grève de la contribution "obligatoire"), on n'a guère entendu sa véhémente protestation. Elle qui abrite, en sa capitale, l'organisation visée par cette décision despotique. Et qui, de ce fait, en est un peu la mère protectrice.

Antoine Blanca

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 14:37

Les socialistes ont, depuis 1920 (date de la scission d'avec les communistes à la fin de cette année là), une relation difficile avec leurs frères séparés. Il y a eu de courtes lunes de miel et des périodes de grande agressivité. Au cours de l'une de ces dernières, le Komintern avait parlé des "social-démocrates" comme relevant de "la volaille à plumer". Mais ce genre de discours n'était plus de mise depuis quarante ans: le rapport des forces a changé de nature, et la politique d'union de la gauche s'est étendue au moindre conseil municipal. Les noms d'oiseaux sont passés de mode. Le dialogue musclé est préféré à l'offense délibérée.

Après son OPA personnelle, conduite avec succès, sur le PCF, Mélenchon vient donc de renouer avec une pratique détestable. Et, disons-le, stalinienne: un triste exploit pour un ancien trotskiste. Certes, il a troqué les propos de basse-cour pour  ceux ayant davantage rapport à la navigation de proximité, avec le jeu de plage plutôt qu'avec la haute mer. François Hollande, capitaine de pédalo? Sport peu pratiqué dans le Limousin d'ailleurs. Pendant la Résistance on y préférait les sports de combat, et c'est la région qui a donné le plus de Justes, ces protecteurs anonymes des persécutés, y compris des enfants juifs.

Mais en se voulant insultant, Mélenchon veut surtout faire parler de sa personne. A cette fin il utilise ce qui lui sert à la fois de troupes et de munitions: son verbe. Il estime sans doute que cela ne porte pas à conséquence et qu'il sera toujours temps de corriger le tir, le moment venu. Comme il le fait régulièrement avec des journalistes: "Comment, je vous ai traité de pintade, chère Claire Chazal? Allons donc, c'était pour rire!"

En qualifiant le candidat de la gauche majoritaire de navigateur d'opérette, Mélenchon veut seulement qu'on lui réserve, à lui qui a déjà beaucoup reçu du PS (n'est-ce pas, monsieur le Secrétaire d'Etat, monsieur le Sénateur?), une bonne place, en remorque du pédalo. C'est sa vision, à lui, de la grandeur...

Antoine Blanca

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 09:50

Dans une Espagne que l'on dit indignée du sort qui lui est fait, la victoire de la droite, qui renforcera les mesures anti-sociales, paraît curieusement inéluctable. Il semble que les électeurs vont se comporter avec une sorte de masochisme, que des travailleurs voteront en nombre pour leurs bourreaux. La seule inconnue, à l'heure présente, est l'ampleur de l'avance du PP sur le PSOE.

Résumons la situation: au terme de deux mandats, le premier complet (4 ans), le second écourté de quelques mois, les socialistes présentent un bilan qui pourrait apparaître plutôt positif, s'il n'avait été obscurci par la force dévastatrice de la crise. La chute est d'autant plus sensible que le développement et la modernisation du pays avaient été plus rapides. L'entrée dans l'Union européenne a été bénéfique à toute la péninsule. Celle-ci s'est équipée, s'est transformée de manière presque fulgurente. Hélas, sur la façade méditerranéenne surtout, elle a été aussi défigurée. Au point d'être devenue parfois monstrueuse. Mais la croissance était là. Puissante et fragile en même temps.

Aujourd'hui c'est la fragilité qui surgit. Et les taux d'emprunt deviennent prohibitifs, la spéculation et la finance frappant toujours avec violence les corps affaiblis. Le capitalisme financier est sans pitié. Il s'enrichit toujours, que les choses aillent bien, ou qu'elles aillent mal. Il gagne toujours le Jack-pot.

Apparemment les électeurs du 20 novembre vont voter librement en faveur de ceux qui s'en prendront à leurs acquis sociaux. La droite de M.Rajoy récolterait entre 40 et 45% des suffrages et obtiendrait une très large majorité absolue. Cette droite n'est pourtant pas belle à voir: partout où elle dirige villes et régions, les scandales liés à la corruption éclatent. Rajoy ne parle jamais de programme: il se contente de se laisser porter par la vague. On n'annonce jamais les mauvais coups qu'on prépare.

Ces derniers jours les socialistes sont peut-être parvenus à convaincre une partie des millions d'indécis. Largement diffusée, une vidéo illustrant les effets sur leur vie quotiidienne d'un gouvernement Rajoy, a connu un véritable succès. La différence entre PP et PSOE ne serait plus que de 9 points (au lieu de 15). La confédération syndicale UGT s'est de nouveau rapprochée de ses racines.

La possibilité de limiter le désastre se laisse entrevoir.

Antoine Blanca

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 10:15

En Grèce, Lucas Papademos a déjà prêté serment devant le patriarche de l'Eglise chrétienne orthodoxe de son pays(1). Il présentera aujourd'hui au Parlement son plan de sauvetage.

En Italie, Mario Monti est invité à solliciter un vote de confiance dans les dix jours.

L'un comme l'autre sont des hauts fonctionnaires expérimentés et respectés, familiers des institutions européennes qu'ils ont fréquentées au plus haut niveau. On ne peut douter de leur volonté de réussir. C'est en tout cas notre souhait.

Ceci dit, leur désignation est surtout un aveu d'échec démocratique. Certes le gouvernement qu'ils vont former et diriger sera investi par les représentants élus du peuple. Mais ni Lucas, ni Mario n'ont jamais affronté le suffrage universel. Ils doivent impulser la remise en ordre de la maison commune et redonner confiance à leurs concitoyens et aux autres européens. Mais leur mission consiste surtout à rassurer les marchés mondiaux. Ces mêmes marchés qui, dans le système d'économie ultra libérale que nous connaissons, sont co-responsables du désastre qui nous accable. Comme quand il s'était agi du sauvetage des banques coupables de pratiques à la limite du délit. Là aussi le sauvetage se fit grâce aux deniers des contribuables. Tout cela échappe à notre conception d'une bonne logique et de notre sens de l'équité.

Hélas, nous n'avons pas le temps nécessaire au débat et à la réflexion sereine. La maison brûle et on a appelé les pompiers. Ils sont, techniquement, les plus capables d'éteindre l'incendie.

Mais ce ne sont pas eux qui pourront procéder à la reconstruction. Si nous en sommes là, ce n'est pas uniquement à cause des hommes: les fondations sont elles-mêmes en cause. Et pour en bâtir des nouvelles, il faudra bien que, au préalable, les peuples se prononcent en connaissance de cause. Il serait désastreux qu'ils le fassent en fonction des seuls intérêts de Wall Street, de la City et du Palais Brogniart.

Antoine Blanca

1- Il est désagréable de constater que, dans une Grèce qui ne reconnaît pas la séparation des Eglises et de l'Etat, un patriarche religieux, nominalement  à la tête d'une fortune colossale en propriétés, palais et terres agricoles, pour lesquels il est dispensé de tout impôt, soit habilité à bénir un gouvernement chargé...de ne pas en finir avec les privilèges que le patriarche représente. Il ne reste plus, à Papademos, qu'à prêter serment de fidélité aux armateurs, milliardaires eux aussi dispensés d'impôt.

Mais j'ai conscience de me répéter...

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Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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